"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

jeudi 17 juillet 2014

Paysage


Au bord des eaux l’horizon lent dormait, iguanes charbonneux nimbés de linges humides.
Au plafond de leurs gueules pendent des chauves-souris, lanternes funèbres.
Un jour comme un autre et puis un autre encore passeront courbes, mouillés et pauvres.

Les reptiles affaissés, collines épuisées, érodées, laminées, gardaient le silence.
Dans leurs cavernes impénétrables planent des poussières de lueurs défuntes.
Un jour comme d’autres sur le lac glisseront, lisses, glacials et décolorés.

Un œil s’était éteint autrefois dans un flanc, dont on parlait alors sur un ton de légende.
Demeure la trace d’un couteau, une tombe, sur une pente lézardée de la lande.
Un jour et tant d’autres murmureront là, faufilés dans le vent aux courants rugueux.

Au-dessus des échines immobiles, humbles paraissaient loin des airs de sable en feu.
Une insolite oreille découpée nette somme le crane d’un des monstres inertes.
Un jour et d’autres d’un puits plieront l’écoute de ce corps dans le temps prostré.

Tout avait d’une fin la nature absente d’un commencement pétrifié.
Mendiant traverse un voyageur longeant d’un pas méfiant une rive boueuse.
Un jour ou l’autre que fera l’écho du ciel d’une charité au soin sournois.

Les dragons désarmés s’enfonçaient peu à peu sous les eaux inhabitées.
La montée d’un évanouissement recueille amère la rosée d’une main nuageuse.
Un jour après l’autre naîtra, mourra, et rien ne sera vu, rien entendu.

Nulle peine n’était là, et joie n’y eut pas davantage, ainsi que rien qui ait eu lieu.
Une écoute sans fin, une tombe sans fond, sur le dos étroit d’une ombre persistent.
Un jour et d’autres jours, seuls, à force d’attendre, en parleront peut-être.

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