"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

mercredi 2 novembre 2011

Tout allant


Tout ouvert sur cet autre où rien ne luit ni brille,
Où vague se confond un éveil en plein rêve
Qu’habite un enfant seul qui promène son trille
Pour envoûter les chants qui rampent sur les grèves.

Où tout va l’abandon aux souvenirs punis,
Une ronde aussi ample que celle des astres
Dont s’éloigne et se perd dans l’unique infini
La vaine possession d’un absurde cadastre.

Où ici bousculée par un trouble sismique
Semble geindre la pierre d’une armée honteuse,
Prostrée dans les rubans d’une histoire mythique
Et sèche d’un grain noir sous des capes houleuses.

Où tout va cette route inclinant son profil
Vers la courbe plongée des bains crépusculaires,
Rite aux gloires penchées des marches nécrophiles,
Entre des talus pleins de remords ossuaires.

Tout béant de cette antre où rien ne ploie ni pleure,
Où agençant d’un geste imprécis ses remparts
L’enfant désemparé joue à charmer des heures,
Traversées d’une guerre dont tout le sépare.

Où tout va sa cohorte de jeunesse en fuite
Issue du fond des siècles d’une raison folle,
De trophées dispersés sur des ruines sans suites
En poussière gazeuse enfumant les écoles.

Effleurent sur des sols au rougeoyant glacis,
Et vont et viennent sur des paravents de verre,
Et pleuvent de lumière les graves récits
Qui enchantent la mort d’un sublime calvaire.

Demeure obstinément, parmi ces pages rudes,
Etonné et distant d’une conscience blanche,
Le mutique héritier dans ses froides études,
D’une épée chimérique pendant à sa hanche.

Or d’un œil tout là-bas, dans le terrible front
D’une épaisse ténèbre, une aiguille liquide,
Une goutte captive loin comme un micron
Qu’une hésitante main cherche d’un doigt candide.

Guette le mince fil serré dans les déboires
Portés par un chaos incessant de son drame.
Une pure seconde ôtée au réservoir
Du flot jamais tari que verse un ciel sans âme.

La fraction d’un battant dans le bris d’une ampoule
D’où la prémisse crue d’une tranchante faille
Irait déchiquetant le tableau d’où s’écoulent
Les pieux poisons dont l’œuvre encense les batailles.

Pourtant de cet accroc si loin, si minuscule,
Rien ne se tend assez pour toucher la présence,
Et toujours sur un gouffre son voyant recule
D’un doute pris au piège des pâles patiences.

Les yeux restent ouverts tels des sondes chétives
A boire l’horizon comme une eau vierge et fade.
L’insomnie s’y étiole d’une envie rétive
Quand l’énigme du mal revoit le jour maussade.