"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

mercredi 20 juillet 2011

Opéra tousse



J'y peux rien ça m'énerve ! Quoi !?! vous exclamez-vous tout de go between une tranche de cake et une tasse de thé ou entre une louche de caviar et un bidon de whisky selon le fuseau horaire que vous avez enfilé aujourd'hui – et quand je dis enfilé ne voyez pas le mâle partout non plus . Et derechef de vous inquiéter : « Qu'est-ce qui t'énerve mon canard, mon loulou, mon caillou, mon chou, grand con, ma biche, mon poulet, vieil ahuri ? » lancez-vous au gré des sentiments bien légitimes que vous inspire ma considérable et modeste personne.
A vrai dire un innombrable nombre de choses m'énerve.
J'ai seulement décidé aujourd'hui de m'en prendre à une sorte de genre d'espèce de type d'individus : les gens qui toussent à l'opéra.
Vous aussi, j'en suis sûr, pour peu que le destin vous ait fort heureusement porté à préférer les chefs d'oeuvres de Wagner et de Mozart aux platitudes comédialo-franco-musiqueuses de chez Chouraqui Obispo and Co, vous supportez mal. Oui, nous supportons mal, je supporte mal, qu'au moment où Pamina tremble pour Tamino, qu'au moment où Isolde meurt et va rejoindre Tristan, qu'au moment où Marguerite consume ses beaux jours d'une ardente flamme pour M’sieur Faust, il se trouve toujours, lors que toute beauté suspend ses grâces au dessus, autour et parfois jusque dans nos âmes hébétées, il se trouve toujours, donc, une poignée d'encrassés pulmonaires pour crotter dans ces instants suprêmes les bruits goitreux que suscitent leurs efforts compulsifs à faire savoir qu'ils ont enfin réussi à remonter du graillon du fond de leurs bronches glaiseuses.
Celles et ceux qui me connaissent le savent : je suis la tolérance faite homme. Ou femme, peu importe, à quelques centimètres près on va pas se chamailler.
Seulement voilà : de même qu'il devrait y avoir des limites à la bêtise, ce qui certes compromettrait des cohortes de carrières notamment médiatiques, il devrait y avoir des limites à la toux. Que cette manie soit d'origine névrotique ou autre, il s'impose de réglementer les cathareux.
Afin d'éviter d'éventuelles confusions, précisons tout de go between un croissant à la banane et un bol de chocolat ou entre une choucroute au saké et une bière au pissenlit selon le fuseau horaire qui vous aiguillonne, précisons que les cathareux ne sont pas, en tout cas pas forcément – les plus récentes fouilles achéobronchiques sont formelles - des descendants des Cathares.
En effet les Cathares furent, au XIIme siècle et au début du XIIIme, un ensemble de groupes d’adeptes principalement connu pour avoir cultivé une interprétation des évangiles – sorte d’autobiographies de Jésus Christ écrites par ses potes pour cause d’empêchement suite à une bête cruci-fiction – interprétation qui à l’époque faisait chier le saint siège, si l’on ose dire…
Disons qu’entre autre chose certaines projections eschatologiques provoquaient de sérieuses quintes de toux à Rome-Vatican et dans ses succursales. Bref, car je ne voudrais non plus m’égarer dans des papotis sans fin sur le sexe des anges ni sans sexe sur la fin des anges, bien mal en pris à ces braves gens de faire les malins car ils finirent tous découpés en rondelles, massacrés de diverses façons, et grillés sans fines herbes au pieds du château de Montségur. On a même ouï parler d’un de leurs persécuteurs notoires qui, lors qu’il opéra, lyrique, une de ces expéditions bouchères, et ennuyé de ne pas bien savoir à quoi on reconnaissait un Cathare d’un bon gros toutou se serait exclamé : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les chiens ! » Propos un peu absurde puisque sans avoir besoin d’éparpiller les morceaux on voyait bien à l’œil nu quand un chien remuait la queue alors qu’un Cathare, beaucoup moins.
Contrairement à certaines assertions d’historiens trempés dans du vieux marc il n’existe aucune trace d’un manifeste fondant les principes de cette communauté : un genre de Cathare Acte qui aurait précipité leur chute.
Pour l’anecdote le Pape du moment, très en courroux et très peu en coucou contre les Cathares s’appelait Innocent III. On nous dit qu’il fut un pape éclairé, et l’un des plus grand du moyen âge : sans doute,… sans doute,… puisqu’il imposa aux juifs le port de la rouelle afin qu’on ne les prenne plus pour des dromadaires …
Pour revenir au sujet qui m’occupe, si je ne digresse pas, remarquons surtout que les Cathares allaient fort peu à l’opéra.
Nous en étions donc aux poitrinaires qui ponctuent les plus belles pages pour ne pas dire les plus belles plages lyriques du son importun de leurs crachats intérieur. Enfin quand je dis intérieur, j’espère ! Comment savoir dans le noir !? Manquerait plus qu’ils bavent sur les moquettes en plus !!
En ces temps troublés où la lutte sociale et politique met en confrontation le care et l’anti-care, pour ne pas dire la trousse de secours et le clystère Napoléon III, je milite officiellement pour que les toux cesse quand Carmen s’allume.
Ce problème n’est pas sans solution.
Nous ne rechignons déjà pratiquement plus à l’idée de nous retrouver à poil jusqu’à l’os dans des sas d’aéroport où on nous zieute au rayon X au cas où on aurait un missile sol-air glissé à côté de l’œsophage, ou un couteau suisse serré dans l’orifice anal : pourquoi ne soumettrions-nous pas à une radio des poumons toutes personne surprise à se racler la gorge en attendant l’ouverture des portes de la salle de spectacle ? D’autant que normalement la radio des poumons devrait suffire. Sauf bien sûr si tout en se raclant la gorge le suspect se gratte le cul.
Pour les réfractaire à l’ordre respiratoire silencieux on proposera un bâillon.
Enfin dans le cadre de la modernisation des salles et pour les plus entêtés, ayant refusé la radio des poumons et le bâillon, on disposera d’un dispositif de détection du glaire errant, qui fera fondre sans bruit sur la moindre menace de grattement du larynx une cloche de toile plastique étanche munie d’un système de sanglage automatique qui isolera immédiatement le contrevenant du reste des spectateurs.
Quelques détails techniques nécessiteront des ajustements : sachant qu’un acte d’opéra peut durer plus d’une heure, si le délinquant à compromis la paix du lieu dés le début, il risquera l’asphyxie. On entend d’ici les organisations humanitaires s’offusquer d’un traitement qu’elles n’hésiteront pas à qualifier de dangereux.
Je le dis d’emblée c’est possiblement négociable.
Je ne sais pas encore exactement comment.
En tout cas pas à n’importe quel prix.

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