"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

vendredi 15 avril 2011

La grenouille

La grenouille : amphibien. On pourrait espérer en savoir plus, mais c’est très très risqué. Au mieux murmurera-t-on que ça aurait à voir avec le genre des ranidae. Après c’est un foutoir sans nom. Ou plutôt avec des noms dans tous les sens. Pour être précisément imprécis, et néanmoins plus ordonné, on rangera la grenouille, avec le crapaud, la salamandre et le triton dans le tiroir des batraciens en haut à gauche en partant de la droite sauf si votre dyslexie vous les a fait ranger dans le miroir auquel cas ne vous étonnez plus : c’est bien vous que vous voyez de l’autre côté.

Une bonne partie des batraciens apprécie les milieux aqueux : c’est la raison pour laquelle on en trouve en grand nombre à Paris dans le quartier du Marais. Toutefois les milieux simplement humides peuvent leur suffire et on en trouve encore une majeure partie en régions hétérosexuelles. Notons d’ailleurs sans plus attendre que la grenouille est une fille alors qu’il y a des grenouilles garçons comme le crapaud est un garçon alors qu’il y a des crapauds filles.

Le crapaud serait un futur prince charmant ainsi que le rapporte un grand nombre d’observations légendaires à usages infantilo-baratinatoires. Ce qui nous permet de constater, concernant certain prochain mariage princier de facture Britannique entre un rejeton de chez les Windsor et une hébétée vagino-clitoridienne dont, par chance, le patronyme m’échappe, que l’impétrant descend sûrement moins d’un batracien à grande bouche que de la lignée des têtes royales qui compte notamment la célèbre Reine Victoria, dont tous les historiens s’accordent à dire qu’elle ne suça jamais son Prince Albert de mari, ce qui serait à l’origine de l’air profondément déçu que celui-ci affiche sur toute l’iconographie le représentant.

En outre, et comme nous sommes quand même ici pour nous instruire et pas seulement pour gloser sur les descendances dont les ébats meublent les conversations de mémères de tous âges, avec ou sans fibrome, apprenons que le crapaud a la particularité hallucinante, c’est le cas de le dire, de contenir du LSD dans son épiderme. Ce qui explique que la moindre godiche bergèrisante, que la première souillon filant sa quenouille, (sans contrepèterie, merci.) qui se mettait en quête de rouler un patin à un crapaud de hasard pouvait légitimement s’imaginer dans la seconde suivante en train de gamahucher avec Tom Cruise ou Julien Lepers. Ou les deux pour les plus gourmandes.

En fait une seule chose est sure c’est que le crapaud est un modèle de fauteuil. Après c’est à chacun ses goûts en matière d’orgasme.

Pour revenir à la grenouille sachons qu’il en existe environ cent vingt douze mille cent quarante sept trois mille cinquante cinq espèces : à deux ou trois près qui ne se prononcent pas. Va falloir faire un tri. En tachant de ne pas trier trop fort pour ne pas les déranger.

Eliminons tout de go la grenouille de bénitier : le timbre maugréant du coassement de la grenouille de bénitier est très caractéristique de son insatisfaction sexuelle chronique. Elle croit dur comme fer, malgré la façon dont il est habillé, que Jésus est un prince charmant et elle prend pour des sex-shop les boutiques à bondieuseries de Lourdes où elle a acheté son dernier crucifix lumineux à double clignotement bleu et rose. Et monsieur le curé a eu beau lui montrer le doigt de Dieu, rien n’y fait.

Gardons-nous de la grenouille à fable. Loin d’être ineffable, au contraire elle en dit long. Et loin de prétendre qu’à la fontaine elle ne boira pas de son eau, à défaut que la vérité sorte du puits, elle y rencontre généralement un bœuf. Il faut dire que la vie sociale de ce batracien est assez compliquée. Et là, comme un vulgaire candidat à une élection présidentielle elle se met instinctivement à enfler. Les tous derniers progrès de la science du marketing permettent de nos jours à l’enflure de se maintenir pendant une certaine durée ce qui oblige le bœuf, et pas mal d’autres, à attendre de plus en plus longtemps avant d’exploser de rire.

Méfions-nous de l’homme-grenouille. Sorte d’hybride de l’espion et du sous-marin il est aussi bien capable de rechercher des petits bout du Phare d’Alexandrie avec ou sans Alexandra, que de poser par inadvertance para-gouvernementale une bombinette sous la coque d’un bateau appartenant à une organisation de défense des intérêts de la nature.

Oublions la grenouille Kermitterrand : mémorable représentation en marionnette d’un chef d’Etat de gauche aux manières très adroites et fort appétant des ambiances propres aux grenouillages en tout genre.

Redoutons de même le crapaud tapie, le crapaud minc, et plus généralement le crapaud assureur et le boursico crapaud, classés parmi les espèces les plus invasives du moment.

Retenons la rainette : créature plutôt mignonne dont la couleur de la robe, ou du smoking, est différente de celle de la pomme du même nom ce qui outre le volume de chacune, évite opportunément qu’on en fasse des tartes tatin.

Admirons la grenouille tomate : mais abstenons-nous d’en faire du ketchup. Cette jolie bestiole, comme la plupart de ses congénères d’ailleurs, secrète, dés qu’on s’en veut saisir sans qu’elle soit d’accord ou qu’elle ait trouvé une copine pour garder son sac à main, une toxine qui brûle et peut provoquer des empoisonnements.

Et soutenons sans réserve la grenouille rieuse, dont les interminables partouzes printanières s’accompagnent d’esclaffades propres à rendre jaloux pas mal de comiques appointés qui à contrario cherche plus souvent leur talent dans leur slip, persuadés que là seul se trouve leur esprit. Il est vrai que pour beaucoup c’est effectivement le cas.

Alimentation : les grenouilles se nourrissent principalement d’insectes. Pas toutes mais si je commence à faire le détail, l’ensemble des rayons d’un supermarché n’y suffira pas. En matière d’insectes les grenouilles mangent notamment des moustiques et des libellules. Mais les libellules mangent aussi des moustiques. Or les libellules sont jolies et les moustiques sont moches. Serait-il possible de trouver un accord pour que les grenouilles et les libellules se partagent les moustiques qui sont moches et que les aimables grenouilles cessent de dévorer les gentilles libellules ?

Prévention routière : les batraciens sont aussi stupides que les hérissons. Au lieu de traverser la route lorsqu’il n’y a pas de voiture ils attendent au contraire de voir les phares surgir à toute vitesse pour se précipiter sur l’asphalte. Et floc ! Voire floc ! floc ! floc ! …

A l’intention de nos amis Britanniques, dont nous avons évoqué plus haut les errements philo-monarchistes et leur aléas buco-génitaux, je ne mange pas de grenouille : je trouve ça indécent. En revanche, c’est vrai, je n’ai aucun état d’âme à ce qu’on gave des oies pour mon plus grand appétit de foie gras : je ne pardonnerai jamais à ces connes Capitoliennes leurs bruyants jacassements ayant jadis prévenu les romains d’une visite surprise de nos ancêtres les gaulois. Na !

dimanche 3 avril 2011

Sondagite

Sondagite : n.f. (ce qui veut dire nom féminin et pas Norme Française). Du vocable aqueux « sonde », instrument utilisé pour déterminer la profondeur de l'eau et la nature du fond, de toutes sortes de fonds, et du verbe « agiter » qui veut dire remuer, secouer, exciter, troubler. Activité consistant à prendre des mesures, y compris sur un mode et dans des circonstances douteuses, à seule fin de provoquer des réactions qui le soient également.

N.b. En l’espèce il faut noter que le milieu aqueux est souvent transformé en milieu boueux et que l’intention d’exciter n’a plus que très lointainement à voir avec l’éveil des sens, interdits ou pas.

La sondagite désigne en effet l’usage, le mésusage, et souvent l’abusage de techniques destinées à faire croire à une analyse lucide, utile et objective des opinions et des tendances lessivières, voitureuses, politiques ou autres dans un ensemble social déterminé.

La sondagite se pratique sur la base de séries de questions plus ou moins claires, pouvant couvrir un spectre aussi large que l’appétence à un quelconque produit récurant, l’inclinaison à préférer tel ou tel modèle de véhicule automobile, et la sensibilité a une catégorie ou une autre de posture politique. Il s’en déduira notamment que pour conduire le char de l’Etat telle voiture sera retenue à condition que pour laver plus blanc certaine tête d’affiche opte habilement pour la poudre aux yeux plutôt que pour la poudre d’escampette.

Nulle clarté n’est expressément requise de se manifester alors qui contrarierait la recherche plus habituellement faite d’une foire aux commentaires durant l’expression desquels on cessera opportunément de penser aux sans travail, aux sans domicile fixe, au sans enseignement, aux sans justice, aux sans soins, et autres pauvres.

La sondagite est l’activité principale d’une catégorie d’officine ayant pignon, et parfois gros pignon, sur rue, sur avenue, de là la propension de tous les média à leur offrir un boulevard pour y étaler leurs productions. Ces officines se parfument communément de la pompeuse appellation d’Institut de Sondagite.

La sondagite est une activité à but tout à fait lucratif. Et même très lucratif. Pour s’exercer la sondagite a donc besoin de clients. Comme il ne viendrait à nul commerçant en poudre à blanchir de vendre à un client une poudre qui ne blanchisse pas, qu’il ne viendrait à aucun vendeur de véhicule automobile de vendre un véhicule qui ne soit pas automobile, il ne peut venir à l’idée d’un marchand de sondagite de proposer à un acheteur de sondagite une sondagite qui ne sondagite pas comme l’acheteur de sondagite souhaite que, justement, ça s’agite. Ou se trouble, ou s’excite, pour reprendre deux des acceptions du verbe agiter.

En conséquence le marchand de sondagite doit, en toute honnêteté, fournir à son client et afin que celui-ci en soit content, un résultat objectif orienté dans le sens qui satisfera le dit client. Le marchand de sondagite est donc soit un malade mental, soit un affairiste peu scrupuleux.

Fort avisé cependant, le marchand de sondagite n’est pas en manque d’astuces. Et bon commerçant il offre une de ses principales astuces en cadeau à chacun de ses clients : les marges d’erreurs. Pour revenir à de précédentes comparaisons c’est un peu comme si le droguiste inscrivait sur le paquet de poudre à blanchir qu’il n’est pas sûr que cette poudre blanchisse vraiment, ou comme si le vendeur de véhicules automobiles indiquait sur le mode d’emploi d’un véhicule qu’il n’est pas tout à fait certain qu’il soit complètement automobile.

La matière première de tout exploitant en sondagite est l’échantillon représentatif. L’échantillon représentatif est censé être une micro-société, dont on interroge toutes les personnes et où l’on doit trouver à peu près tout ce qui se fait comme genre d’êtres humains à l’exception des poireaux, des cancrelats, des pianos à queue, et des lampes de poches. Un très savant, un très très savant dispositif permet ordinairement au fabricant de sondagite de n’oublier personne. Ni le moindre vieillard africain juif homosexuel communiste, ni la moindre secrétaire écologiste catholique héroïnomane divorcée, ni les éventuels enfants de ces deux-là. On ne plaisante pas avec ces choses-là dans le domaine de la sondagite !

Ceci étant, et sachant à quel point se développe la perfidie chez les hommes, et aussi chez les femmes soyons juste, la sondagite souffre de plus en plus d’un mal bien embêtant pour les actionnaires de ses éminents instituts : on craint en effet que les gens interrogés soient de plus en plus enclins à mentir lorsqu’ils répondent aux interrogatoires,… hum pardon,… aux questionnaires.

Il sera donc plus que nécessaires d’intégrer prochainement les instituts de sondagite au sein même des commissariats de police, (ou le contraire, après tout peu importe…), et d’établir une réglementation un peu plus stricte, dans un pur objectif scientifique, et punissant d’emprisonnement sans sursit tout sondagé qui n’aura pas répondu sincèrement aux questions.


Pour avoir, il fut un temps, étudié la science des statistiques, et m’être intéressé au déploiement d’un enseignement théorique tout à fait séduisant, je n’en oublie pas moins que tout redevint insolublement obscur au moment où tout ce déploiement se trouva ramassé en une formule algébrique parfaitement incompréhensible : nul doute que c’est à partir de cette formule que les sondagiteurs exploitent à l’envie un langage explicatif de leurs cuisine en vue d’illusionner tous amateurs de contes à dormir debout qu’on compte aisément en grand nombre dans une société contemporaine.

Le sondagiteur est à la sondagite ce que l’économistateur est à l’économisterie. Autrement exprimé tous deux sont parmi les plus gros émanateurs de fumée dont on ne laisse pas d’être étonné que les volumes qu’ils exhalent comptent pour si peu dans la calcul de la mauvaise qualité de l’air qu’on respire.

Lorsque l’économistateur économistate, on voit surtout qu’il se tâte. Lorsque le sondagiteur sondagite on retient surtout qu’il agite. Tous deux ont donc pour vocation de corroborer le célèbre mot de Monsieur de Montaigne : « Le monde est une grande branloire pérenne. »

Las, avons-nous tant besoin, et de tant d’aide, et de cette aide-là, pour branler ?!?