"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

mercredi 2 novembre 2011

Tout allant


Tout ouvert sur cet autre où rien ne luit ni brille,
Où vague se confond un éveil en plein rêve
Qu’habite un enfant seul qui promène son trille
Pour envoûter les chants qui rampent sur les grèves.

Où tout va l’abandon aux souvenirs punis,
Une ronde aussi ample que celle des astres
Dont s’éloigne et se perd dans l’unique infini
La vaine possession d’un absurde cadastre.

Où ici bousculée par un trouble sismique
Semble geindre la pierre d’une armée honteuse,
Prostrée dans les rubans d’une histoire mythique
Et sèche d’un grain noir sous des capes houleuses.

Où tout va cette route inclinant son profil
Vers la courbe plongée des bains crépusculaires,
Rite aux gloires penchées des marches nécrophiles,
Entre des talus pleins de remords ossuaires.

Tout béant de cette antre où rien ne ploie ni pleure,
Où agençant d’un geste imprécis ses remparts
L’enfant désemparé joue à charmer des heures,
Traversées d’une guerre dont tout le sépare.

Où tout va sa cohorte de jeunesse en fuite
Issue du fond des siècles d’une raison folle,
De trophées dispersés sur des ruines sans suites
En poussière gazeuse enfumant les écoles.

Effleurent sur des sols au rougeoyant glacis,
Et vont et viennent sur des paravents de verre,
Et pleuvent de lumière les graves récits
Qui enchantent la mort d’un sublime calvaire.

Demeure obstinément, parmi ces pages rudes,
Etonné et distant d’une conscience blanche,
Le mutique héritier dans ses froides études,
D’une épée chimérique pendant à sa hanche.

Or d’un œil tout là-bas, dans le terrible front
D’une épaisse ténèbre, une aiguille liquide,
Une goutte captive loin comme un micron
Qu’une hésitante main cherche d’un doigt candide.

Guette le mince fil serré dans les déboires
Portés par un chaos incessant de son drame.
Une pure seconde ôtée au réservoir
Du flot jamais tari que verse un ciel sans âme.

La fraction d’un battant dans le bris d’une ampoule
D’où la prémisse crue d’une tranchante faille
Irait déchiquetant le tableau d’où s’écoulent
Les pieux poisons dont l’œuvre encense les batailles.

Pourtant de cet accroc si loin, si minuscule,
Rien ne se tend assez pour toucher la présence,
Et toujours sur un gouffre son voyant recule
D’un doute pris au piège des pâles patiences.

Les yeux restent ouverts tels des sondes chétives
A boire l’horizon comme une eau vierge et fade.
L’insomnie s’y étiole d’une envie rétive
Quand l’énigme du mal revoit le jour maussade.

mardi 11 octobre 2011

Indignation

L’indignation : effet de mode. Ensemble de démonstrations polymorphes, pour ne pas dire informes, informelles, sporadiques, sans idées, sans idéologie, sans lendemains, sans perspectives, individuels, individualistes même en groupe, même en masses, dynamique de ventres pleins, ou pas assez vides, expression de nostalgismes nationaux pétris de passéisme : que n’a-t-on pas entendu à ce sujet et de la part de combien de commentateurs autorisés, intellectuels profilés, experts agrémentés, et que n’entend-on pas encore, et quels formats de langages ne continue-t-on pas à travailler pour discréditer, minimiser, railler ou détourner cette forme de plus en plus répandue de manifestations chez des peuples manifestement, pour le moins, perplexes entre la dérive généralisée d’un modèle économique vendu par toutes les plus grandes bouches politiques depuis des dizaines d’années et l’immense difficulté de restaurer démocratiquement un projet alternatif à ce modèle qui a triché, volé et menti plus vastement qu’aucun autre, à ce jour, de toute notre Histoire ? Oui, plus vastement même que celui de l’ancienne URSS. Plus vastement et avec un aplomb, une arrogance, une sournoiserie, un cynisme, si déroutants que, c’est vrai, la réplique est bien compliquée à trouver et à affirmer, et a fortiori à traduire en acte dans un avenir proche, un avenir plein d’urgences.
C’est que, il est vrai aussi, ces commentateurs, ces intellectuels, ces experts, sont depuis de nombreuses années rompus à l’exercice de la controverse, et que, pour les moins niais d’entre eux, ils n’hésitent malicieusement pas à aller chercher en face des arguments manipulables qu’ils puissent retourner à leur avantage avec s’il le faut la froideur compatissante, la douceur de ton, le velours de calme sagesse qui leur servait il y peu, et qui leur sert encore dans certains cas, à vendre l’évidence de l’économie libérale, l’existence sacrée du « Marché », le liberticide imperium de l’Etat, et autres outrances sorties de leur bible, judicieusement, parait-il, non écrite.
A mots couverts, ou pas, par des propos assez savamment agencés, ces gens, ces élites car c’est bien de ce sérail là qu’ils aiment à être reconnus, pointent en définitive un seul vrai responsable, un responsable de fait multiple : les peuples. Dans les démocraties Etasuniennes et Européennes où est née la « doctrine », d’où elle s’est répandue progressivement sur le monde entier, notamment à partir des années cinquante, imposant son catéchisme, éduquant ses évangélistes, rééduquant presque tous les personnels politiques, promettant l’abondance, la richesse, la satisfaction des désirs et le bonheur des sociétés, elle est parvenue à éradiquer la plus importante partie de ses oppositions, reléguant au rang de débris de l’Histoire tout ce qui contredit encore son credo totemisé dans toutes les salles de marché. Et dans toutes ces démocraties comment a pu, de génération en génération, s’établir son règne si ce n’est parce les responsables politiques rendus de gré ou de force à son autorité, n’en ont pas moins été portés au pouvoir par le suffrage des peuples.
« Indignés dites-vous ? Mais de quoi s’indignent-ils, s’interroge le moindre « alain minc » qui passe devant un micro ou devant une caméra ? Ils ont tout eu ! On leur en a proposé davantage, ils ont dit oui, ils l’ont eu aussi ! Ils en ont voulu encore plus ? On leur a servi ! La prospérité ils n’ont pas craché dessus ! On en a fait des consommateurs ! Génial non ? Et qu’est-ce qu’ils s’imaginaient ? Que les arbres montent au ciel ? (Excusez-moi, je sais pas pourquoi, cette expression me fait toujours rigoler…) Et maintenant ? Eh bien maintenant il va falloir commencer sérieusement à en rendre. A nous rendre. Parce c’est bien beau le progrès social qui est allé avec tout ça, (surtout parce qu’on a pas pu faire autrement, jusque là), mais nous, vous comprenez, ça nous coûte. Et ça nous coûte d’autant plus que grâce à la mondialisation, (quelle belle trouvaille ça aussi !), on a plus trop besoin de gens qui se comportent comme des nantis. (Des nantis capitalistes hi hi hi !!! Je blague !) Sans compter qu’avec ce joujou extra qu’on s’est fabriqué, la spéculation financière, on devrait pouvoir arriver à tenir les états en laisse pendant… pendant mille ans peut-être. (Non mille ans c’est un peu maladroit comme référence…) Disons… le temps de mettre une bonne fois pour toutes les économies de la planète à notre botte. D’ailleurs à propos de bottes ça me fait penser qu’il faut que j’investisse un peu dans le cirage. S’il s’avérait utile d’appuyer des partis néo-fasciste ou néo-nazis pour conserver un certain ordre social ça va sûrement faire monter les cours : c’est qu’il faut que ça brille dans ces cas-là ! Mais je bavarde, je bavarde, et je vais me mettre en retard pour ma conférence internationale sur la famine dans la Corne de l’Afrique.»
Indignés. Oui. Et si nombreux que nous le soyons, à nos places ou sur la place, quotidiennement époustouflés par les dernières informations qui nous parviennent en continu des cénacles politiques, des officines financières, des agences de boursicotage, des G8, des G20, des conseils d’administration des consortiums bancaires, nous ne nous départissons pas de ce détestable malaise où le chantage qui nous est fait et la connaissance que nous avons des moyens que nous avons démocratiquement donnés aux maîtres chanteurs, se confondent dans un mélange d’abattement et de colère. Alors le moindre « alain minc » qui passe peut se permettre de nous mordiller la conscience, de chacune et de chacun, de son vilain sourire matois.
On pouvait entendre il y a peu – mais on en entend assez régulièrement – un de ces fameux intellectuels, sur des ondes radio qui ne sont pas, loin s’en faut, les pires auxquelles on puisse prêter attention, nous faire une leçon de morale. Plus exactement une leçon de modération de morale. Ce monsieur, qui fait profession de philosopher, expliquait méthodiquement comme il serait dangereux d’en appeler trop à un retour de la morale pour inspirer la gestion et la résolution des dossiers en cours, qu’ils soient ceux de la finance folle, de l’économie agonisante ou des affaires judiciaires concernant des responsables politiques de tous bords, et au plus haut niveau pour ce qui est d’un de ces bords. Il fallait entendre dans le discours de l’intervenant à quel point il serait redoutable que quelques instances politiques, sous prétexte de crise généralisée, soient prochainement dévolues, qui plus est par la voie démocratique, à de nouveaux Saint Just. Voire à de nouveaux Robespierre. Pour ce monsieur, dont on avait appris quelques temps plus tôt que selon lui le capitalisme n’avait pas a être moral, ce qui n’a le mérite que d’une cohérence bien douteuse, tout doit être fait pour préserver le « dogme » fondateur du libéralisme et rien ne doit entraver son règne total, sous prétexte de judiciarisme forcément excessif, et pourquoi pas même au nom d’une passion égalitaire forcément néfaste. Une des mentions préférées à laquelle ce type de propos s’attache comme à une vérité quasi céleste c’est que « le Marché » est la garantie de la démocratie. Et on a beau pointer alors la très peu démocratique Chine, la très peu démocratique Russie, et multiplier les exemples de pays où la démocratie régresse, en Europe, aux Etats-Unis, rien n’y fait.



Indignation : n. f. Sentiment de colère qui peut être mêlé de mépris qu'excite une injustice criante, une action mauvaise ou honteuse. (Dictionnaire de l’Académie)



Nous y sommes. Nous y sommes parce que quoiqu’on soit fondé à renvoyer les peuples à leurs bulletins de votes ces bulletins ne sont pas pour autant des blancs-seings. Et que, quelques soit le serrement des liens qui les tiennent ligotés à la « doctrine » et au « dogme », qu’il s’y soient rendus tout heureux d’en partager entre eux les fruits enflés de corruption ou qu’il s’y soient soumis, honteux et empruntés, les politiques, individus et leurs programmes, qui n’ont pas voulu ou pas su empêcher l’horreur économique qui se déploie actuellement, et qui était depuis si longtemps prévisible, sont les plus hauts responsables, les premiers, les plus fautifs, ceux qui doivent rendre des comptes. Et leurs aréopages d’experts, de commentateurs et d’intellectuels ont beau faire assauts de prudence et de modération, d’appels à on ne sait quel bon sens, tout en expliquant que tout ça est très compliqué et qu’il faut faire confiance à ceux qui savent et le prouveraient par le seul sabir abscons qu’il utilise pour multiplier de vaines explications, ça ne suffit plus. Et il y fort à parier que cela va, si on ose dire, suffire de moins en moins.
Parce que là où les intrigants de la crise actuelle se sont crus en devenir d’être les maîtres absolus, là où on s’est pris à rêver que les états ne demeureraient, à leur service, que des chefs de police ou des expéditeurs de justice, il est bien possible que les peuples, en nombres grandissants, nouvellement instruits, même si ce n’est que partiellement, du détail de la tromperie inédite qui les a menés là où ils en sont, se mettent en disposition de revendiquer réparation et bien plus encore, de l’injustice criante qui leur est faite.
Certes les experts, les intellectuels et les commentateurs, ainsi évidemment que leurs commanditaires, gardent pour quelques temps encore le recours d’agiter la menace démagogue, le danger populiste, pour tenter de freiner l’avance en politique des voix, taxées de trop de véhémence, accusées d’en appeler directement, trop directement, au corps électoral. Comme si ce corps n’était pas prioritairement le bien inaliénable de ceux qui ont fait de chaque électrice et de chaque électeur un agent de consommation uniquement dépendant de ses désirs de supermarché.
Mais là aussi, on aura beau faire, il est à craindre que l’astuce se soit effilochée.
La sottise qui anime fréquemment cet aréopages est d’autant plus confondante que s’y découvre régulièrement leur méconnaissance de ce que pensent les gens. Et finalement de ce qu’ils sont. Les femmes et les hommes dans leur diversité et néanmoins cette indignation. Nul ne songe aujourd’hui à inscrire la pureté morale dans la constitution. Pas plus qu’à instaurer des tribunaux d’exception. Ni a demander des comptes privés pour avoir accès à une situation publique.
En revanche, et c’est bien là un héritage mûri de la démocratie, quoique tout n’y soit pas forcément d’une honnêteté limpide, quoiqu’il faille parfois y négocier dans des conditions particulières, qu’un certain degré d’arrangement y soit nécessaire, indispensable, les institutions et ceux qui en ont la charge et l’usage doivent en observer les limites, et ne pas les franchir.
C’est ce qu’on peut appeler un modus vivendi.
Les conditions de ce modus ayant été saccagées les citoyennes et les citoyens en demandent raison à ceux qui n’ont su ni le conserver ni le développer.
Et au gré des terribles conséquences de ce manquement grave à la préservation des conditions dans lesquelles une société doit être garantie de pouvoir se maintenir et progresser, demander raison revient aujourd’hui à chercher les moyens d’exprimer la légitime colère qu’on ressent.
L’indignation est en l’occurrence une forme pacifiquement, et même sagement exprimée de la colère.
On peut sentir comme une insulte que d’aucuns en dévoient le contenu et en méprise la forme.

vendredi 7 octobre 2011

La sente


Adossé au manteau de l’intérieur lugubre,
Ca hésite empêtré dans les mailles crochues
De la pensée et vide de grâces insues
Ca toise le néant d’un regard insalubre.


Furent milliers de jours, seront milliers de nuits
Et une sente au flanc sur laquelle on ne penche
Que lorsque pend du cou un trouble qui s’épanche,
Mais autrement qu’on fuit pire que tout l’ennui.


Suivant le lent lacet si mince et sinueux,
Tantôt battu d’embruns, tantôt brouillé de sable,
Silhouette tendue d’un trait impénétrable,
Il marche déférent d’un pas respectueux.


Il dessèche et s’emplit impassible passeur,
Officiant dévoué d’un rivage sans carte,
Tout au sévère emploi de guider qui s’écarte
Ou le laisser rejoindre les plaines sans heures.


Phare à l’œil inversé sur son œuvre latente,
Mu comme la vigie d’une lanterne enclose,
Il transmet simplement, froide métamorphose,
L’inerte reliquat d’une raison vacante.


La ronde suturée de ce sentier étroit
Où les eaux et les terres mornes se répondent
S’est couverte de tant de ces errantes ondes
Et depuis tant que tous leurs infinis s’y noient.


Qu’être là dépendant de ce fil acrobate
Hanté de trop de soi comme une perte humaine,
Que fossoie une jauge dont le sable draine
L’orgueilleuse mémoire aux rides scélérates.


Jolie maigre crevure aux vermineux attraits
Qu’enfle un sang saturé des idoles ivrognes,
Où rient à pleins poumons des lois qui s’entrecognent,
Doigtées de géoties où feint l’autoportrait.


Dans l’innocente étoffe ourlée d’ombre soyeuse,
Ultime habit tombant sous le poids qui s’attarde,
Se dénoue l’enveloppe et presque par mégarde
Une vie s’évapore en archive rêveuse.


Lui se tient pas à pas, servant d’ordre mineur,
Une ligne de vie filant dans une paume,
Encodée au coin d’un absurde palindrome,
A l’accomplissement menant le promeneur.


Sans espérer y craindre une vaine misère
Tout nulle part ici n’existe que pour un
Qui sous un ciel sans foi visite son défunt
Consolant l’océan et la terre, déserts.


Adossé au manteau de mon sombre intérieur
J’hésitais empêtré dans les mailles défaites
De ma pensée et vide de grâces distraites
Je sondais le néant d’un œil approbateur.

lundi 3 octobre 2011

L'adolescent

L’adolescent : mammifère marin, aérien, et quelquefois terrien, de la famille des hominidés, sous-classe des épongidés, souvent mu par des drôles d’idées.

La découverte de cette espèce animale est assez récente. Jusque là le sujet de cet article était considéré comme un simple objet d’éducation rigoureuse de nature à permettre à ses géniteurs et à leurs complices de se venger bassement des traitements subis durant leur propre passage de l’état d’enfant dérangeant à l’état d’adulte dérangé.   

L’adolescent est une créature mi-homme mi-bête, quand l’adolescente est, elle, une créature mi-femme mi-bête. Dans les deux cas on voit que la bête est omni-présente. Alors que le prédécesseur de l’adolescent, couramment nommé enfant, pose des tas de questions, l’adolescent pose des tas de réponses.

L’adolescent a des tas d’occupations quant il souhaiterait en fait avoir un tas d’inoccupations. La principale occupation de l’adolescent est d’aller au collège, puis au lycée, puis, selon les cas, à l’université ou au chômage. Ou à l’université puis au chômage s’il n’a pas la chance de devenir stagiaire. Au collège et au lycée l’adolescent peut apprendre que la Cochinchine n’a jamais été la cousine du cochon d’Inde, que la guerre des Gaules ne fut ni une partie de pêche ni une partie de jambes en l’air, et que les racines carrées ça ne sert pas à faire des frites. En revanche il est vrai que l’enseignement reste plutôt aride en ce qui concerne la nouvelle version du jeu XXXWarTrashBeat, les résultats du championnat de baballe au pied, les réservations pour le prochain concert d’Enlaidie Gagadona ou l’avancement des états péniens ou clitoridiens de telle ou telle star-teup. C’est le conflit des générations.

Le régime alimentaire de l’adolescent est très particulier. Capable en théorie de se nourrir à peu près de tout, il peut tout aussi bien prétexter des états de famines locales ou mondiales pour justifier d’aller s’entasser dans des aquariums clinquants dans le seul but d’absorber des aliments issus de l’industrie de retraitement des excédents de chez Canigou et Ronron. Faut pas gâcher. Le grand M jaune qui sert d’enseigne à une de ses chaînes d’aquariums est même devenu le symbole de cette démarche ascétique paradoxale.

Notons ici encore une différence entre les sexes : l’adolescente mange peu pour rester mince et devenir top-model. L’adolescent mange beaucoup parce qu’il a tout le temps faim.

L’adolescent aime le bruit. Franchement si vous aimez le calme prenez plutôt un chat. Ou un poisson. Ou mieux encore un poisson-chat.      

Il arrive que  l’adolescent se sente pénétré quelque soit son sexe d’une certaine dimension intérieure. On a alors coutume de lui attribuer des caractères romantiques, poétiques, romanesques, et même dans certains cas une intelligence sensible qui n’est pas sans évoquer une ombre d’humanité. Ce sont des situations où pour se rendre les choses supportables l’adolescent peut être enclin à fumer des pétards, à lancer des pétards, voire à se mettre en pétards. La mèche, plus ou moins habilement mêlée à un monde de tifs dans un ordonnancement approximatif, étant un signe distinctif qui ne trompe pas. Il fut un temps où on pouvait encore convaincre l’adolescent de se coiffer. Aujourd’hui il faut se satisfaire qu’il mette un soin particulier, voire méticuleux, à se décoiffer.

L’adolescent s’éveille à la sexualité. A deux mains, à deux pieds, la tête en bas, roulé en boule, dans sa chambre, dans les toilettes, dans la chambre d’une copine, d’un copain, ou des deux, ou seul, tout seul, toujours tout seul car personne ne l’aime. Dans certains cas cet éveil s’accompagne d’une fièvre créatrice : l’adolescent écrit alors des poèmes : comme il a les deux mains occupées il écrit avec les pieds.

L’adolescent s’éveille tellement à la sexualité que ça frise l’insomnie. D’où sa propension à rester au lit très tard le matin jusqu’à en oublier d’aller au lycée, à la fac, à son cours de guitare  électrique, à l’attaque de la société bourgeoise, à son rendez-vous avec Pénélope, à la répétition du groupe de rock prometteur qu’il à constitué avec deux ou trois potes qui sont encore au lit aussi, alors à quoi bon.

L’adolescent à la capacité d’être sympathique avec l’adulte : les cas d’argent de poche, de permissions de sortir, et de projets de vacances entre congénères lors d’un voyage initiatique dans des contrées faméliques heureusement épargnées par les affres du consumérisme mais où il y ait quand même du réseau pour les sms et les mms, ne sont pas toujours les seuls motifs de cette sympathie.   
L’adolescent veut refaire le monde. A défaut de remettre de l’ordre dans sa chambre. La chambre de l’adolescent c’est la planète. Certains prendront le temps de s’apercevoir qu’ils vont y laisser leur jeunesse et d’autres se rendront vite compte que le cac 40 n’a pas que des défauts.

L’adolescent est sale. Davantage dans sa version mâle que dans sa version femelle, quoique : l’égalité des sexes aidant, si on peut dire, on rencontre de plus en plus d’adolescentes chez qui l’usage du savon passe après celui du verni à ongle.  

L’adolescent est libre. Il manifeste notamment sa liberté en s’habillant comme il veut. C’est à dire de la même manière qu’une multitude de ses semblables, défendant ainsi, sûrement à son insu, la singularité collective : façon de ménager de la sorte une vague nostalgie des options communautaires sorties par l’issue de secours d’un lointain joli moi de mais, (où et donc or ni car de CRS), ménageant aussi par là même les chiffres d’affaires des fabricants de logogos pour jeunes à cartes bancaires. Pour d’autres la contrefaçon peut faire illusion. Pour d’autres encore ce sera la contrefashion. Mais l’objectif est le même. L’important c’est d’être d’une tribu ou d’une autre. Car l’adolescent qui n’est pas à une contre-addiction près est tributaire en toute liberté.

En dépit des apparences qui sont contre lui, d’ailleurs tout est contre lui, l’adolescent est une source de revenus. Les « labels », dénomination consacrée, (en deux mots donc), pour parler des marques de fabrications de décibels, (d’où la rime riche label/décibel, profitez-en y’en a pas d’autres), les « labels » l’ont bien compris, car il n’y a pas que les chiffonniers et les concepteurs de joy-stick qui ont l’intelligence de la bourse, « labels » dont l’industrieuse léthargie créatrice occasionne à longueur de temps la répansion planétaire d’une soupe informe et surtout conforme dont les ingrédients sont calibrés plus sûrement encore qu’une banane peut-être cambrée par une directive européenne. C’est peu dire. Pour paraître moins malhonnête il s’est inventé pour soutenir cette homogénéisation sonore un concept comme seuls les plats esprits qui sont les leurs savent en pondre : la world music.

Heureusement ou pas l’adolescent est rebelle, et désormais plus doué de ses doigts sur un clavier d’ordinateur que pour tourner les pages d’un livre, ce qui pourrait passer pour un progrès de l’évolution digitale, il lui est donc venu de jouer les pirates. L’adolescent vole donc électroniquement des kilomètres de son, et aussi d’images, sans les payer à des personnes qui en fabriquent des containers dans le but de se faire des couilles en or en produisant à 95,23% de la merde. Il en est ressorti qu’une bande de politiciens partis en guéguerre contre ce vol traitent aujourd’hui ces pirates d’ado-pie.

Tout libre est rebelle qu’il est l’adolescent est dépendant. On ne le voit pratiquement plus circuler dans le monde de tout le monde sans qu’il transporte son son avec lui au moyen d’un appareillage dont les appellations varient mais dont le nom générique est prothèse musicale : pour en vérifier la pertinence amusez-vous une fois à tirer subrepticement les écouteurs de l’appareil des oreilles d’un ou d’une de ces individus ; dans le métro par exemple : vous verrez alors le sujet chanceler, pâlir, verdir, et les jambes soudain toutes molles menacer de se liquéfier à vos pieds. Ne prolonger par trop avant l’expérience et replacez prestement les écouteurs dans ses orifices auditifs, (tant qu’ils le sont encore) ; ce n’est pas la peine de risquer un procès pour non assistance à personne en danger.

En marge de ces stéréotypes dont toutes les géométries se croisent presque qu’exhaustivement dans ce qui précède, (évidemment avec une phrase pareille ça pas être simple de trouver un lectorat parmi les 15/20ans !), il y a des individus qui passent de l’état d’enfant à l’état d’adulte sans répondre pour autant au descriptif que je viens de faire. J’en ai même connu un qui a l’époque, (lointaine), où les filles de la classe s’arrachaient les dernières nouvelles de la vie à paillettes d’un chanteur tellement survolté qu’il finit brièvement sa carrière en phare d’Alexandrie en se branchant directement sur le secteur, et où les garçons retenaient leurs érections devant les exploits d’un footeux devenu depuis chef mafieux à la tête d’une officine de gestion de ballons, un qui à cette époque donc en était à ignorer presque tout sur Monsieur Jagger, (Mick de son prénom), sauterelle rockeuse qui poussa l’anticonformisme jusqu’à s’aller faire décorer le plastron par Madame de Windsor, (Elisabeth II de son nom de scène), et à ne suivre aucune des rencontres de ballots-pieds cette célèbre année où dans un grand élan humanitaire la coupe du monde se déroula dans des stades opportunément débarrassés de tous opposants à la junte militaire au pouvoir dans l’Argentine dont il s’agissait alors et bien qu’on ne sut jamais ce qu’il advint des dits opposants.


Enfin, car il faut bien en finir, nous observons que l’adolescent fait tant recette qu’on en prolonge depuis quelques temps la survivance aussi tardivement que possible grâce à l’une des dernières trouvailles des ceusses qui accouchèrent également des « séniors » et des « bobos » : l’ « adulescent » : mélange d’adulte lassé et d’adolescent adulé.
Intéressé que je suis parfois à me faire un peu de thune, et soucieux de contribuer au développement de la langagerie, qui plus que linguistique rime aisément avec ménagerie, je m’apprête à promouvoir un nouvelle fusion lexicale : le « bobulescent ». En poussant un peu on devrait pouvoir intégrer un peu de vieux là dedans et parvenir à une nouvelle cible : le « bobulescenior ».

Mais bon, en attendant je vais aller ranger ma chambre.

dimanche 11 septembre 2011

11 septembre

Je ne sais quelle fièvre commémorative tout à coup m’étreint à grande vitesse, mais il m’a semblé en tout cas utile d’en partager les émois d’une part parce que j’aime partager et d’autre part puisque il s’agit de moi. Je n’ai bien sûr  pas l’intention de me commémorer, quoiqu’il y aurait matière, mais bien plutôt de rappeler à nos mémoires engourdies quelques célèbres évènements de notre histoire qui ont à travers les siècles marqué la date du 11 septembre. Pourquoi cette date là me dires-vous ? Et plein de ce sens de la répartie et pas seulement carrée que vous me connaissez je vous répondrai : et pourquoi pas ? Voilà qui clos le débat.
On le sait peu, voire on ne le sait pas du tout, et il a d’ailleurs fallu de très nombreuses recherches pour parvenir à exhumer du fond des millénaires ce fait désormais avéré, c’est un 11 septembre de l’an 13989 avant J.C. qu’eut lieu un évènement planétaire. Ce jour là, et pour la première fois depuis que nos lointains ancêtres avaient opté pour la station verticale afin de pouvoir lire le journal tout en se promenant dans Central Park, Monsieur Grr Bronk, tout émoustillé par l’air tiède et diaphane dont s’ornementait le calme matin de son week end bien mérité, honorait Madame Fll Bronk dans la position du missionnaire. Les professeurs, (en deux mots donc), Sucçor Vitenlbranks, éminent éthno-vaginologue de mensurations Finlandaise et sa camarade de jeu Félicia Ouadanlgaga, incontestable neuro-zobologiste de consistance Sénégalaise, sont formels : la fesse du monde en fut changé.  
Et pas que. Si j’ose ajouter.
Certes la levrette, à peine connue en ces temps reculés comme étant madame lévrier, mais qui nous est parvenue aussi comme étant la position primitive de relation, et pas que sexuelle, entre les êtres humains, allait durant quelques siècles tomber en désuétude, mais ce n’était que partie remise…
Aussi ébouriffant que cela puisse paraître c’est également un 11 septembre, de l’année 11523 ou 11528, les avis divergent, en tout cas c’est toujours avant J.C., que la prise par derrière revient en force. Et dans des circonstances on ne peut plus surprenantes. Ce jour-là, dans sa hutte en peau de bête, Madame Vilkxk s’ennuie à périr. Monsieur Vilkxk est allé chasser avec toute la tribu et elle ne trouve à s’occuper qu’en chassant, elle aussi, les indésirables bestioles qui prennent sa foufoune pour une aire de jeu. Ce que faisant Madame Vilkxk se sens toute chose de tant de stimuli accompagnant ses gratouillages et bientôt ses gémissements incontrôlés attirent l’attention du jeune Gvaadr, retenu au village pour des raisons demeurées obscures, et c’est pas plus mal. Intrigué le jeune homme toque à la porte de Madame Vilkxk, et comme évidemment toquer à une porte en peau de bête n’est pas très aisé pour se signaler, il demande, dans sa rugueuse et chaude langue si émoustillante : « Ca va Madame Vilkxk ? » (J’ai préféré vous présenter directement la traduction, tout le monde ne parle pas forcément la langue rugueuse.) Madame Vilkxk, reconnaissant la voix du fils du cousin d’un de ses amants, et se disant en elle-même que si toute la famille était montée de la même façon il ne fallait pas rater l’occasion lâcha un long et langoureux : « Ooooooooooooooooooooooooooooooh Gvaaaaaaaaaaadr !!! » Si long et si langoureux que le jeune gars, doué d’un solide esprit d’entreprise, était déjà sur la dame lorsque celle-ci ajouta : « Oh oui ! Gvaadr ! Prends-moi toute !»
Las, en ces temps reculés, moins reculés que les précédents bien sûr mais quand même, la chasse était pleine d’aléas et il n’était pas rare que les vaillants chasseurs revinssent au village à une heure pas du tout prévue. D’autant moins prévue que les pendules qui n’existaient pas n’étaient jamais à l’heure. Voila-t-il donc pas que Monsieur Vilkxk rentre à la maison. Et qu’au moment de soulever la porte, (une porte en peau de bête ça se soulève ça ne se pousse pas), il entend distinctement que Madame n’est point seule. Et qu’à l’audition du vocabulaire qu’emploie Madame pour s’entretenir avec l’autre personne, en outre apparemment pas du tout du même sexe qu’elle, ces deux-là ne sont pas en train de papoter des derniers potins. Soulevant délicatement la porte Monsieur Vilkxk découvrit donc le jeune Gvaadr prestement occupé à faire grimper Madame Vilkxk à grands coups de reins. Or telle que la situation se présentait, et refrénant un prime accès d’agacement, Monsieur Vilkxk considéra la croupe légèrement duveteuse, blonde et musclée que le jeune Gvaadr lui présentait à son corps défendant certes et peut-être même à son cul défendu. Devinant une tierce présence dans la hutte le jeune Gvaadr se retourna et n’eut que le temps d’entendre Monsieur Vilkxk lui murmurer de sa rugueuse et chaude voix si émoustillante : « Bouge pas de là mon gars ! » qu’il se sentit concomitamment pénétré d’une dimension intérieure jusque là insoupçonnée.
La levrette était de retour.
Madame Vilkxk, revenue un bref moment de son plafond pour envisager ce qui se passait, vite rassurée sur la bonne entente finalement conclue entre son époux et son nouvel amant, regagna ces cimes non sans regretter de n’avoir pas de téléphone mobile grâce à quoi elle eut pu demander au père et au cousin du jeune Gvaadr de les rejoindre avec leur épouse.
Mais ce n’était que partie remise…   
Très remise même car il faut savoir que le tout dernier bout de téton de Madame Vilkxk avait depuis longtemps dû être tortoré par les asticots de l’époque lorsque la première partouze officielle eut lieu. Et tenez-vous bien ! Oui, ce fut un 11 septembre également ! Quelle coïncidence n’est ce pas ?
Ce matin là la plaine fume d’une écume de brume que la nuit a laissé traîner ça et là, d’une part en devenant le jour et d’autre part comme d’habitude quand c’est la saison. La tribu des Umbhécylles fait face à la tribu des Oth’khons. Car cette fois-ci ça suffit, faut que ça cesse, la coupe est pleine, ce qui selon les travaux du célèbre linguiste Grec Papillos Titillobavos se traduit par : « Zheug èm’iz oh vérhe » bien que le dit Papillos n’en dise pas plus sur la langue en question. Mais bon, précisons que nous ne sommes encore qu’en l’an 5069 avant J.C. et les enregistrements audio en ces temps quand même encore pas mal reculés n’étaient que rarement de très bonne qualité.
Bref, car il faut parfois savoir faire court, ce matin là donc, deux armées de fiers guerriers aux regards ombrageux  et aux libidos ombragées sont sur le point se foutre, certes, mais plutôt copieusement sur la gueule que de toute autre manière, afin de laver leur honneur. Il y avait déjà fort longtemps d’ailleurs, et cette tradition perdure, que les parties mâles des sociétés mettaient plus de cœur à se laver l’honneur qu’à se laver le cul.
L’instant est crucial. Les vautours prennent l’apéritif. Les devins ont fini de lire les entrailles de la presse du jour. Le chef des Umbhécylles lève un bras souverain armé d’un gros dard en forme d’épée et s’apprête à pousser son fameux cri de ralliement : « Grrraaaaazooooaaaaaarrrrrr ! » tandis que le roi des Oth’khons lève un bras armée d’une grosse paire de masses d’arme et harangue une dernière fois ses troupes en lançant son fameux cri de ralliement : « Grrrooooozaaaaooooorrrrrr ! »
Or voilà-t-il pas que vers le milieu de la plaine qui a cessé de fumer, sortant en ribambelles joyeuses des caches où elles s’étaient fourrées, (à moins que ce ne soit le contraire), toutes plus nues qu’un vers qui se croyant solitaire aurait oublié de mettre un slip avant d’aller faire ses courses, les femmes des deux tribus déboulent avec à leur tête Germaine, l’épouse du chef des Umbhécylles, et Ginette l’épouse du roi des Oth’kons. (N.b. La transcription des prénoms d’origine laisse un peu à désirer mais ne négligeons pas l’option qu’en toute hypothèse il soit opportun de n’en avoir rien à battre.)
Stupeur et consternation chez les meutes testostéronées et leur meneur abasourdi. D’autant que ces dames, non contentes de débarquer ainsi à l’improviste et de s’égayer comme des petites folles dans l’herbe verte et souhaitant qu’elle le reste, entreprennent illico d’étendre de grandes nappes à carreaux, pourtant fort peu usitées à l’époque, et de déballer les paniers pique-nique dont chacune porte un exemplaire.
Retentit alors la voix courroucées du chef des Umbhécylles dont le bras levé commence à lui occasionner une crampe carabinée :
« Germaine ! Qu’est-ce que tu fous là ? »
Voix aussitôt couverte par celle du roi des Oth’khons :
« Ginette ! Qu’est-ce tu branles ici ? »
Et les deux ensembles d’ajouter :
« Qu’est-ce que c’est qu’ce bordel ? »
(N.b. La transcription des dialogues laisse un peu à désirer mais ne négligeons pas l’option qu’en toute hypothèse il soit opportun de n’en avoir rien à battre.)
Prenant son mari au mot Germaine lui répond :
« Ta gueule connard ! Ramène tes fesses ! »
Alors qu’au même moment Ginette crie au sien :
«  Ta gueule connard ! Ramène ton cul ! »
Ce qui revient à peu près au même.
Las, le mâle guerrier, quand bien même aurait-il le regard ombrageux et la libido ombragée résiste peu au rire que lui inspire ce type d’échange entre Madame et son chef de mari, surtout lorsque celui-ci est sur le point d’inaugurer une nouvelle boucherie.
Toujours est-il que la bataille n’eut pas lieu et qu’à sa place se déroula la première partouze officielle, partouze dont hélas Messieurs Lagarde et Michard, ainsi que pratiquement tous leurs collègues, ont négligé, et continue à négliger de rapporter les détails dans leurs manuels.
C’est ce genre de négligence qui fait que le 11 septembre est si peu fêté.
Car depuis force est de reconnaître, et plus précisément dans les années postérieures, si j’ose dire, à J.C., que ce jour-là on célèbre peu. On pourra toujours commémorer le sacre de l’Empereur Louis le Pieux, en 813, dont la charge érotique n’est pas avérée. La Naissance de Monsieur Pierre de Ronsard, en 1524, poète socialiste qui aurait proposé jadis à une certaine mignonne d’aller voir si la rose, etc, etc, sans dévoiler le prénom de la demoiselle, Martine ou Ségolène. La découverte en 1609 de l’île de Manhattan, bout de terrain en friche et qui faillit le rester. Et puis au hasard le début, en 1941, de la construction du Pentagone, inépuisable lupanar des Q.I. militaro-industrieux régulièrement reconvertis en contrats pour des fabricants d’armements.
Dernière précision, la plaine qui fumait la toute à l’heure existe toujours. Après avoir été très longtemps consacrée à des orgies rituelles destinée à conjurer les démons estripailleurs elle a servi à stocker du bois. Son nom nous est parvenu : dans l’idiome local on la nomme Woodstock. Toute une histoire encore à vous narrer : mais ce sera pour plus tard.
Ce n’est que partie remise…
Bon je vous laisse, j’ai une furieuse envie de me revoir le Seigneur des Anneaux : surtout le deuxième épisode : « Les Deux Tours ».

mardi 30 août 2011

Fragment d'enquête

Une large douche blanche tombe du plafond. Dans l’aquarium vert pâle rien ne bouge. Ni mille mains ni deux n’ont trouvé. N’auraient pu y parvenir. Ce n’était pas seulement quelques grammes de métal de la taille d’un obus minuscule, dont la résistance d’un os avait écrasé le museau térébrant. Tout juste le pire degré dans l’accident humain. Ce à quoi tout espoir, fétiche hasardé à des rambardes aux lointains inaudibles, tend irrémédiablement un miroir à deux faces. Qu’on n’en finisse pas. Et puis qu’on en finisse.
La guerre finie. Celle-là. Sans hésitation. Une de plus.
La dépouille blême bleutée, devenue objet, plus stupide qu’un vin sans alcool. Le silence recousu en cicatrices grossières. Quelques odeurs chimiques déjà chassées par le délabrement déjà commencé. Le masque lisse de la souveraine indifférence enfin justifiée.
Le dossier passé en d’autres mains.
Celles-là croisées sur les pans avachis d’un imperméable passe muraille. 
Puis au dehors des halots falots de topazes embruinées qui grésillent dans la gigantesque montagne de la nuit où creuse le pas inégal d’un mineur en habit d’inspection parmi les galeries où il ne croise que d’informes éponges qui frottent les murs de leur pelage ammoniaqué. Ce sont des chiens mouillés d’acide. Encore eux. Déjà entendu parlé. Des chiens qui n’aboient que s’ils sont sûrs de souffrir et de ne pas en crever. Sinon ils laissent dans leur sillage de rampants quadrupèdes des relents de plaintes qui ressemblent aux sons d’outres vides dont on voudrait tirer une ultime goutte, presque enfin un aveu, et qu’on tord, et qu’on presse, et qui finissent par lâcher un grotesque bruit d’air coincé dans des entrailles amollies. Des chiens qui vont, obsèques à rebours, irrésolus comme des tristesses de gosses sans histoire et sans hargne, allant et ramassant, absorbant, au gré de leurs divagations sans âmes, les pelures miteuses des assassins assassinés qui, sur leur passage, se décollent, cibles silhouettes, des porches où s’éteint, rouge loupiotte, témoin consommé, leur crime obligatoire.      
Il suffit de rien, tout le récit est là.
L’enquêteur se faufile d’un clebs à un  autre en goûtant sur sa langue les mots d’un suspect aux poches retournées : « Nous n’avions pas fini de voler dans les airs des visions d’anges débarrassés. »
De même il se faufile d’un murmure à un autre. Des signaux qui chuintent et parfois font dresser une oreille inquiète sur la tête pendante d’un ramasseur de désarmés. Et il cherche, avec cet horizon sous égout que lui laisse le ciel de roche où l’écho de son pas s’abuse d’un moindre passage, tout ce qu’il peut entre la fiche d’autopsie aux données sériées et l’éventualité d’un jugement aux conclusions ballantes.      
D’un murmure à un autre il questionne entre deux morts. Il tend au vent, aux coulées de vents qui se meuvent en serpents minces et suaves, veules et corrompus, une écoute de scribe aux transmissions incodifiables.
Il a noté sur un carnet les mots d’un mourant déjà de quelques dix ou douze meurtres. On ne sait pas. On n’a pas encore retrouvé tous ses dires. Il s’en cache sûrement d’autres. Au fond d’un puisard planqué dans une friche industrielle. Un de ces mausolées piaillant de tous ses vieux fers disjoints. Dans des caves à rats leur grignotant leur reliure et tapissant les trous où ils se reposent avec les pages désordonnées. Des mots à prières adressées dans le plus absolu déni de toute présence qui voudrait prétendre être plus fatale que l’horizon sans vie de toute chose.
 « Te voilà donc, oh te voilà ! Mon froid, mon cher froid. Mon cher froid qui va couvrir les corps obscènisés. Le corps obscènisé. Le corps obscénisé, mille, et tant encore, et tant, élimes de langes choyant parterre en bris desséchés comme des visions érodées par les courants évidents des mystères essorés. Ô mon cher froid d’une question sur toutes les affiches, toutes les images mouvantes ou figées, et leurs autels aux piétés venteuses, aux rituels filtrés de machines méduses : des sous-sols rehaussés de tuteurs fondements, la pointe sous le crâne embrochant les esprits, pour que tiennent, un décor, des mimes clonés aux joies automatiques, aux émois calibrés. Que tous sont donc encore tellement morts ! Où tellement saignants leur cuir tout raboté sous les veines qu’ils doivent parcourir en courbant leur nuque à l’angle bas. »
Il a noté ça sur ce carnet. Et puis tant d’autres aveux qui n’en sont plus. N’ont pas pu en être, tant le bras pour sa force pourrissait dés le départ. Et la bouche fumait de paroles désossées. Et l’œil d’une dent de verre balafrait toute adversité. Et tant rien n’avait fuit entre les fluides mécaniques pour signifier fut-ce un écart de conduite à épancher.
Il n’y avait plus qu’à punir.
Engoncé dans sa pluvieuse sans pluie l’enquêteur évite les guets de pierres aux châsses entrebâillées. Il devine depuis longtemps les frétillances qui s’y agglutinent. Langues oriflammes aux contes bossus, dardant leurs assurances prothèses pour sucer un peu d’horreur à même le pavé. Gueusailles sans naissances épouvantées d’un sort dont elles ne connaîtront que la main qui froisse une motte de terre.
De même évite quelques prêtresses aux robes de corbeau qui savent toutes quelque chose de trop tard, de trop noir, qui se taisent dans des impasses où elle font mine d’attendre, une entrave oracléenne à la cheville.
Et quelques pêcheurs séchant à la rampe d’estaminets obscurément ralentis dans des pénombres jaunâtres où les doubles sans visages s’effacent dans un vin rugueux.
Et puis, plus rarement, évite un jeune couple d’amants voletant prestement dans les rues, follet brièvement luisant comme une lampe de mercure aux argents invincibles.    
Dans son sale sac à bruine il recompte les arpents de la ville. Il cherche des indices en traversant les intérieurs prisonniers. Les intérieurs honteux. Les intérieurs complices. Intérieurs pleins, débordants, suintants, mais aux viscères scellés comme des panses embaumées.
Un jour ou l’autre il trouve des clés. Et la porte a déjà changé de chambre. Et dans les entrepôts où on range les anciens évadés, ou quelquefois les futurs fuyards, on ricane dans des rêves juste un peu plus cruels que la vengeance du monde sur ses parias indexés. 
Lorsqu’il arrive parfois au bout d’une assez longue rue il s’arrête de longs moments à la sortie de la caverne. Si loin qu’il sait ne jamais pouvoir y atteindre un immense feston coloré semble séparer le ciel et la terre. Comme un énorme, un gigantesque réceptacle s’entrouvrirait et il s’interroge sur les forces qui feraient entrer toutes lumières jusque dans les endroits les plus sombres de la cité, ou qui feraient s’écouler toute les ombres de la ville dans l’océan d’un dernier jour, dans une éternité à jamais empoisonnée.
Mais ce n’est qu’un éther huileux de la fatigue.
Il n’y a que nuit et jour. Et jour et nuit. Et les halls de quelques palais fastueux pour se recouronner de temps à autre d’être un peu humain encore si c’est possible. Laisser choir sur le sol la pelisse crasseuse. Et fondre lâchement comme d’un très vieil, d’un très antique éblouissement, comme d’une pincée de notes gracieuses effeuillées entre d’agiles doigts plumeux, dans le laps éphémère de ces solitudes entendues, multiples, ordonnées par les noblesses dénuées des sas crépusculaires.
L’imper tâché d’acide qu’il traînera derrière lui en rentrant lui regrimpera sur les épaules sans presque qu’il s’en aperçoive.
L’institut médico-légal a déjà dû rappeler et laisser un message.   

mercredi 20 juillet 2011

Opéra tousse



J'y peux rien ça m'énerve ! Quoi !?! vous exclamez-vous tout de go between une tranche de cake et une tasse de thé ou entre une louche de caviar et un bidon de whisky selon le fuseau horaire que vous avez enfilé aujourd'hui – et quand je dis enfilé ne voyez pas le mâle partout non plus . Et derechef de vous inquiéter : « Qu'est-ce qui t'énerve mon canard, mon loulou, mon caillou, mon chou, grand con, ma biche, mon poulet, vieil ahuri ? » lancez-vous au gré des sentiments bien légitimes que vous inspire ma considérable et modeste personne.
A vrai dire un innombrable nombre de choses m'énerve.
J'ai seulement décidé aujourd'hui de m'en prendre à une sorte de genre d'espèce de type d'individus : les gens qui toussent à l'opéra.
Vous aussi, j'en suis sûr, pour peu que le destin vous ait fort heureusement porté à préférer les chefs d'oeuvres de Wagner et de Mozart aux platitudes comédialo-franco-musiqueuses de chez Chouraqui Obispo and Co, vous supportez mal. Oui, nous supportons mal, je supporte mal, qu'au moment où Pamina tremble pour Tamino, qu'au moment où Isolde meurt et va rejoindre Tristan, qu'au moment où Marguerite consume ses beaux jours d'une ardente flamme pour M’sieur Faust, il se trouve toujours, lors que toute beauté suspend ses grâces au dessus, autour et parfois jusque dans nos âmes hébétées, il se trouve toujours, donc, une poignée d'encrassés pulmonaires pour crotter dans ces instants suprêmes les bruits goitreux que suscitent leurs efforts compulsifs à faire savoir qu'ils ont enfin réussi à remonter du graillon du fond de leurs bronches glaiseuses.
Celles et ceux qui me connaissent le savent : je suis la tolérance faite homme. Ou femme, peu importe, à quelques centimètres près on va pas se chamailler.
Seulement voilà : de même qu'il devrait y avoir des limites à la bêtise, ce qui certes compromettrait des cohortes de carrières notamment médiatiques, il devrait y avoir des limites à la toux. Que cette manie soit d'origine névrotique ou autre, il s'impose de réglementer les cathareux.
Afin d'éviter d'éventuelles confusions, précisons tout de go between un croissant à la banane et un bol de chocolat ou entre une choucroute au saké et une bière au pissenlit selon le fuseau horaire qui vous aiguillonne, précisons que les cathareux ne sont pas, en tout cas pas forcément – les plus récentes fouilles achéobronchiques sont formelles - des descendants des Cathares.
En effet les Cathares furent, au XIIme siècle et au début du XIIIme, un ensemble de groupes d’adeptes principalement connu pour avoir cultivé une interprétation des évangiles – sorte d’autobiographies de Jésus Christ écrites par ses potes pour cause d’empêchement suite à une bête cruci-fiction – interprétation qui à l’époque faisait chier le saint siège, si l’on ose dire…
Disons qu’entre autre chose certaines projections eschatologiques provoquaient de sérieuses quintes de toux à Rome-Vatican et dans ses succursales. Bref, car je ne voudrais non plus m’égarer dans des papotis sans fin sur le sexe des anges ni sans sexe sur la fin des anges, bien mal en pris à ces braves gens de faire les malins car ils finirent tous découpés en rondelles, massacrés de diverses façons, et grillés sans fines herbes au pieds du château de Montségur. On a même ouï parler d’un de leurs persécuteurs notoires qui, lors qu’il opéra, lyrique, une de ces expéditions bouchères, et ennuyé de ne pas bien savoir à quoi on reconnaissait un Cathare d’un bon gros toutou se serait exclamé : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les chiens ! » Propos un peu absurde puisque sans avoir besoin d’éparpiller les morceaux on voyait bien à l’œil nu quand un chien remuait la queue alors qu’un Cathare, beaucoup moins.
Contrairement à certaines assertions d’historiens trempés dans du vieux marc il n’existe aucune trace d’un manifeste fondant les principes de cette communauté : un genre de Cathare Acte qui aurait précipité leur chute.
Pour l’anecdote le Pape du moment, très en courroux et très peu en coucou contre les Cathares s’appelait Innocent III. On nous dit qu’il fut un pape éclairé, et l’un des plus grand du moyen âge : sans doute,… sans doute,… puisqu’il imposa aux juifs le port de la rouelle afin qu’on ne les prenne plus pour des dromadaires …
Pour revenir au sujet qui m’occupe, si je ne digresse pas, remarquons surtout que les Cathares allaient fort peu à l’opéra.
Nous en étions donc aux poitrinaires qui ponctuent les plus belles pages pour ne pas dire les plus belles plages lyriques du son importun de leurs crachats intérieur. Enfin quand je dis intérieur, j’espère ! Comment savoir dans le noir !? Manquerait plus qu’ils bavent sur les moquettes en plus !!
En ces temps troublés où la lutte sociale et politique met en confrontation le care et l’anti-care, pour ne pas dire la trousse de secours et le clystère Napoléon III, je milite officiellement pour que les toux cesse quand Carmen s’allume.
Ce problème n’est pas sans solution.
Nous ne rechignons déjà pratiquement plus à l’idée de nous retrouver à poil jusqu’à l’os dans des sas d’aéroport où on nous zieute au rayon X au cas où on aurait un missile sol-air glissé à côté de l’œsophage, ou un couteau suisse serré dans l’orifice anal : pourquoi ne soumettrions-nous pas à une radio des poumons toutes personne surprise à se racler la gorge en attendant l’ouverture des portes de la salle de spectacle ? D’autant que normalement la radio des poumons devrait suffire. Sauf bien sûr si tout en se raclant la gorge le suspect se gratte le cul.
Pour les réfractaire à l’ordre respiratoire silencieux on proposera un bâillon.
Enfin dans le cadre de la modernisation des salles et pour les plus entêtés, ayant refusé la radio des poumons et le bâillon, on disposera d’un dispositif de détection du glaire errant, qui fera fondre sans bruit sur la moindre menace de grattement du larynx une cloche de toile plastique étanche munie d’un système de sanglage automatique qui isolera immédiatement le contrevenant du reste des spectateurs.
Quelques détails techniques nécessiteront des ajustements : sachant qu’un acte d’opéra peut durer plus d’une heure, si le délinquant à compromis la paix du lieu dés le début, il risquera l’asphyxie. On entend d’ici les organisations humanitaires s’offusquer d’un traitement qu’elles n’hésiteront pas à qualifier de dangereux.
Je le dis d’emblée c’est possiblement négociable.
Je ne sais pas encore exactement comment.
En tout cas pas à n’importe quel prix.

vendredi 3 juin 2011

Traîne

Un lent creux de repos faible contre un rocher,
Un soir et noire sa marée montant au loin,
Une hauteur de temps de son cours détachée,
Ouvert aux vents fatigués, un calme besoin.

Une latente intrigue tendue après soi,
Des remous qui sans bruits, dans la plaine passée,
Par des brèches mimant des visages sans voix,
Du lit froid des rivières aux berges glacées,

Au retour de regard font de toute existence
Un pays dépecé où il n’est plus de preuve
De l’avoir traversé que la frileuse instance
Des témoins travestis et grimés qui s’y meuvent.

Ils ont la hanche étroite et la tête masquée
Sous des porches poudreux menant aux catacombes,
Et cherchaient du mystère aux sucs alambiqués
Jouant de leur bravade accroupis sur des tombes.

Ils enjambaient le monde en dansant des parades
Fiers comme des drapeaux fleuris gueules rebelles,
Agonisant déjà l’éphémère ambassade
Que leur furtive mort offraient aux éternelles.

Et souvent s’engonçant d’un rôle trop précoce
Ils tiennent sans raison, serrées entre leurs côtes,
Des grinçantes fureurs de misérables gosses
Coupables insensés d’une incurable faute.

Ils ont mine pendante à la brûlante haleine,
La mâchoire énervée s’extirpant des charniers.
Le fusil à la main ils braillaient des rengaines
Crachant entre leur dents le sort des prisonniers.

Ils dorment sous le ciel, nus d’une blanche peau,
Un spasme régulier dans leur cœur tributaire,
Ainsi que la pesante goutte d’un fardeau
Qui achève sans fin sa chute pendulaire.

Et comme des séchoirs de trames élimées,
Reliques pantelantes aux pourpres défaites,
Il bruisse au dessus d’eux, d’amour inanimées,
Des pages au destin resté vierge soustraites.

Glissantes des épaules en incandescences,
Cela luit par caprice au gré des éclairages,
Ondoyantes jetées révélant leur présence,
D’un hasard débrayé sur un point de hallage.

C’est tout ce qui se traîne accroché à la nuque,
Par le chemin couvert jusqu’à ses lassitudes,
Entre soi contemplant des doublures caduques
Et le sacre abdiqué d’une prime hébétude.

Et tous autres parmi ce multiple du seul
Ne sont plus que les traces qui s’en est gardé.
Imprécises bien plus souvent qu’elles ne veulent,
Dont le vertige tient du viatique fardé.

Lors peuvent dresser là sous des airs de château
Des fastes abusés leurs terribles visions,
Si pour finir en vain sous un noir chapiteau
Il se préfère encore enivré d’illusion.

Lors peut le mouvement sur cet immense étal,
Dernier regard tourné, fondant dans la muraille,
Convaincre le passant en son lent creux létal
Que s’échappe pourtant quelque chose qui vaille.

Et du geste fuyant d’une main transparente,
Le laisser caresser dans un remord paisible
Le pays familier des siècles de l’attente,
S’en allant devenir de nouveau insensible.

mardi 17 mai 2011

Sohnsaad

Sohnsaad avait dû penser que semblable chose put arriver. Pas tant parce qu’il en avait lu tant des récits imaginaires dans tant de livres de contes. Non plus grâce aux films qu’il préférait, où des histoires vaines de sentimentalisme irritant baignaient dans des atmosphères fantasques et déglinguées, dressant les décors d’un futur gris sale, vert livide et jaune crasseux comme des fortins de boucan vigile entre deux guerres jamais évitées. Et pas davantage parce que sa nature, à Sohnsaad, n’avait su se développer que dans le terreau mental dont il transpirait tous les relents d’humidité tiède, de feuillage mort dans la pluie, de soleil bas aux éclats pulvérulents, de pierre au salpêtre, et d’insectes mouillés et grouillants.
Les états du passé quel qu'il ait été ou quel qu'il aurait pu être, ressemblent à des grandes pelisses disposées les une à côté des autres, presque bords à bords, sous lesquelles reposent d'un sommeil sournois, accablés, parfois grinçant, rarement paisible, fréquemment agité par dessous le sol qui les tient, des paysages intérieurs où courent sans fin et sans but des silhouettes indéfinissables dont le sort est jeté de devoir vainement les retrouver.
Que semblable chose put arriver. Oui. Mais il s’était aussi tellement habitué à déléguer à son autre monde les avatars que le réel produisait tout en parvenant à n’en contenir aucun, dans un réflexe, né d’un conditionnement très ancien et salutaire, de préservation opiniâtre, afin de toujours faire décemment partie de la famille des humains, et remplissant ainsi l’infini virtuel dont l’accès lui était aussi commun que pour d’autres d’aller chercher leur pain à la boulangerie ou de faire ressemeler leurs chaussures chez un cordonnier, et dont l’empire souterrain dissimulait à autrui les quantités de tristesse et de terreur à partir de quoi son énergie vitale persistait à maintenir en situation de fonctionner son existence aberrante.
Une des voie les plus surprenantes qu’avait empruntée son habitude, son réflexe, sillonnait, s’était depuis un temps incertain mise à sillonner, son ciel, un plafond de tourbe fourmillant de grappes d’yeux fluorescents de la taille de têtes d’épingles. Des yeux qui le captaient, au début, puis au fur et à mesure que grossissait leur nombre, des yeux qui le capturaient. Des yeux qui faisaient perler sur lui, autour de lui, des filaments ondulants à la densité changeante, dont le réseau s’épaississait quelquefois et s'atténuait durant de longs moments. Ainsi variait alors sous ce toit de terre marine une clarté de méduse moirée de mauves pâles, de bleus gazeux, de gris veineux.
Il n’avait rien tenté contre ça. C’était une matrice retournée du monde dont les attentions tactiles mangeaient le sien et le nourrissaient d’un autre dont il ne percevait que les constellations urbaines, les résilles géographiques, et les essaims en amas ou en désordre qui peuplaient des étendues comme un entre-deux eaux, et lui semblaient le plus souvent des lignes affolées de pixels buggants sur un rouleau sans fin dévidant sans objet un parchemin sans histoire.
Pour autant qu’on l’eut croisé déambulant hors de chez lui, de son habitat et de son avers, divaguant d’une complexe allure de plomb maigre, cosmonaute sorti de sa capsule, on eut bien remarqué, soie de lait fine et tendue, sa peau sur son visage, et juste dessous un multiple vers sanguin qui hantait silencieusement, affleurant aux tempes et au front, plongeant dans le creux des joues, tenant à lui seul comme une treille magnétique une matière mutante, une gelée sensible aux résonances ultrasoniques.
Il ne répondait plus. Il était devenu non-répondant. De même sans question. Des diffractions. Un découplage. Un bouquet de distorsions. Des obstacles d’air mareyeurs aux sensations atomisées. Des bourdonnements dépliées à perte de tout sens sur des pentes de lavoir où les sentiments se décoloraient. Il n’eut qu’à admettre de délaisser.
A façonner les vidanges des superflus.
Vivant bel et bien là.
Il s’installait à la console de verre et jouait sur les lames avec des petites mailloches de soie, des stylets d’or ou juste avec ses ongles, frappant les notes en vives suites de chiquenaudes. Il sondait un cri dans une faille. Une très ancienne et très solitaire apparition d’un appel fortuit, dont le nom d’appel abusait, que la fortuité qualifiait de trop. Une seconde au possible précis d’avant l’idée de tout autre. Malgré le nombre assaillant, condamné à se dépasser et à se supprimer. En dépit de l’incongruité du visage étrange qui n’avait jamais été le sien, regards et rictus, étonnement, douleur, commisération, ou alors si, mais c’était demeuré inenvisageable à quelque rencontre. Ou alors si, mais ça n’aurait pas pu suffire. Ou alors très vite il aurait fallu se tromper.
Il allait dans la rue pourtant. Dans d’autres logis. Il parvint même à faire un voyage en avion. Il allait à l’épicerie. Il achetait des fleurs. Il regardait des gens. Mais de moins en moins. Allant progressivement d’une fluidité indifférente.
La dureté des contraires le harcelait. Afin de s’opposer à cette antique fatalité était apparue en lui la visée singulière de se défaire du meuble mouvant dont il se sentait tributaire, comme d’une poche inutile contenant ce qui ne lui appartiendrait à aucun vrai moment où il en puisse user, ayant la douceur intelligente et la force émouvante désormais indispensable. Abolir les parois.
Venir à quoi se diluer. Une virgule partout faisait défaut à des essoufflements inclus en séries dans des lignes compulsives de transports. Un chiffre, seul, anodin, détournait des pluriels décomposés. Des lettres se vidaient en champs de points glissant d’un liquide agité dans des charpentes de conduits aux circulations percluses.
Venir venimeux troubler le corps hydresque d’une échappatoire commune à toute absence d'un courage laminé en sa puissance par les routines forcenées.
Ombre émancipée. Ombre au devant de soi. Pressée par un jour levant. Un jour peu importe poussant sa roue profitable au maître gré des compresseurs.
C’était si peu d’être là, Sohnsaad. Si peu. A part peut-être la désolation.
Tentation où il avait assimilé avec des tribus de hasard le cristal voyant des horizons dérobés, et sur les murs claqués de basses tectoniques, plaqués de flaques aux chromes fractales, vu le noir dessin de son projet sans cause perdre les contours auxquels il était jusque là supposé tenir et se dissoudre, coton ondoyant en sinuosités qui dissolvaient en les détachant par de méticuleux écorchements des tissus superposés sur une unité originaire apparemment anéantie. Les habits immémorables d'une espèce aux boursouflures vouées, de toute manière, à un vital dessèchement.
Tout extérieur, ordinaire, froidement d'un ordre insouciant, pointait une audace inusable. Un banc avec son mort greffé d'un jour de plus. Un moteur, trait de fer flétrissant le moindre charme perfusé. Une poignée d'errants fiévreux autour d'un feu sauvage. Du commis propulsé le nez hameçonné d'appâts, mouches mordorées aux noms de fétiches. Des rendez-vous partout en foule de miettes balayées, ramassées, renversées, piétinées, recueillies, jetées jour après jour, débris d'un mur inexpugnable, intraversable, presque jusqu'aux derniers instants. Un mioche avec sa faim enflée d'un jour de moins.
Sohnsaad n'était pas né. C'est du moins ce qu'au plus près, c'est à dire encore si éloigné de son soupirant ballottement de foire orageuse chuchotant d'une douceureuse contine de barbarie, on pouvait sentir. Ressentir. Et l'escapade avait, logique naïve de n'être pas, insinué dans son esprit déguisé, un fil vierge. Un long et fin soupir de voix, l'emplissant de ses entrelacs, et où s'était comme dans une nature primitive des choses, tel que les éléments incertains d'une native prémisse s'ignorent et se touchent au hasard, là où nulle conscience n'a pu être présente, frottés, contactés, à peine mêlés, aux ondes lactées de la matrice intime, imprimée de toute l'incalculable expansion de la vie inhabitée.
Que semblable chose put arriver. Parce que de toute façon, absolument de toute façon, devenir. Et nul, nulle part, qui soit capable d'en dire. Quoique ce soit. Que seule une invention insoupçonnée pourrait, on ne sait quand, en rapporter quelque chose.
Dégagé de toute initiative, Sohnsaad. Rétracté en un millième de rien, une incandescence, volée de cendre à trace de pollen. Un volt précipité, lueur d'une membrane clignant une seule fois dans l'atmosphère revenue à sa tranquillité apparente. Fin d'une peur, où ne serait-ce qu'une inquiétude, de passer, de repasser, par une sorte de rien.
Fin de l'extension d'être : les fourmillements dans les bras, dans les jambes, les remous dans l'abdomen, les soudures dans les reins, les arythmies dans leur cage, les aridités du souffle, et toutes les proies des pensées aux costumes prévus et aux dévoilements intenables.
Retourner, réduit, délesté, décortiqué, au lieu d'une attente insue, dans l'éclatement de bogue mure d'un hiatus, sans encore ce qui précède l'idée peut-être éternellement isolée d'aimer. Seule promesse valable à des astres, des ténèbres ardentes, aux questions dont se pleurent tant les réponses arrangées que celles qui ont appris, et dans quelles terribles conditions, tant de fois.

Chez lui, où il habitait, comme on dit pour de vrai, dans l’immense immeuble où des voisins le croisaient, bien que rarement, on ne l’y trouva un jour plus. Depuis quand fut la question la plus insoluble. Plusieurs jours sans doute, des semaines qui sait. L’inspectrice de police, chargée de l’enquête ne trouva aucun indice précis d’un matin ou d’un soir où Sohnsaad serait parti et où on ne l'aurait plus vu. Pas davantage l’inventaire des vêtements dans le placard que le chiche contenu du frigo ou une date figurant sur un des papiers griffonnés qui s’amassaient en tas divers sur une table de travail ne permit d’accéder à une indication précise.
Il y avait bien cette odeur nitreuse qui stagnait.
Il y avait bien un sofa qui paraissait avoir gardé dans son velours jaune le creux étroit d’une forme qui s’y était tenue, si mince en outre qu’on était surpris qu’elle fut aussi marquée.
Un écran d'ordinateur avec un fond grisâtre derrière lequel on ne put récupérer aucune information.
On apprit plus tard, beaucoup plus tard d'ailleurs que l'enquête avait conclu à une simple disparition.
Rien de plus.

vendredi 15 avril 2011

La grenouille

La grenouille : amphibien. On pourrait espérer en savoir plus, mais c’est très très risqué. Au mieux murmurera-t-on que ça aurait à voir avec le genre des ranidae. Après c’est un foutoir sans nom. Ou plutôt avec des noms dans tous les sens. Pour être précisément imprécis, et néanmoins plus ordonné, on rangera la grenouille, avec le crapaud, la salamandre et le triton dans le tiroir des batraciens en haut à gauche en partant de la droite sauf si votre dyslexie vous les a fait ranger dans le miroir auquel cas ne vous étonnez plus : c’est bien vous que vous voyez de l’autre côté.

Une bonne partie des batraciens apprécie les milieux aqueux : c’est la raison pour laquelle on en trouve en grand nombre à Paris dans le quartier du Marais. Toutefois les milieux simplement humides peuvent leur suffire et on en trouve encore une majeure partie en régions hétérosexuelles. Notons d’ailleurs sans plus attendre que la grenouille est une fille alors qu’il y a des grenouilles garçons comme le crapaud est un garçon alors qu’il y a des crapauds filles.

Le crapaud serait un futur prince charmant ainsi que le rapporte un grand nombre d’observations légendaires à usages infantilo-baratinatoires. Ce qui nous permet de constater, concernant certain prochain mariage princier de facture Britannique entre un rejeton de chez les Windsor et une hébétée vagino-clitoridienne dont, par chance, le patronyme m’échappe, que l’impétrant descend sûrement moins d’un batracien à grande bouche que de la lignée des têtes royales qui compte notamment la célèbre Reine Victoria, dont tous les historiens s’accordent à dire qu’elle ne suça jamais son Prince Albert de mari, ce qui serait à l’origine de l’air profondément déçu que celui-ci affiche sur toute l’iconographie le représentant.

En outre, et comme nous sommes quand même ici pour nous instruire et pas seulement pour gloser sur les descendances dont les ébats meublent les conversations de mémères de tous âges, avec ou sans fibrome, apprenons que le crapaud a la particularité hallucinante, c’est le cas de le dire, de contenir du LSD dans son épiderme. Ce qui explique que la moindre godiche bergèrisante, que la première souillon filant sa quenouille, (sans contrepèterie, merci.) qui se mettait en quête de rouler un patin à un crapaud de hasard pouvait légitimement s’imaginer dans la seconde suivante en train de gamahucher avec Tom Cruise ou Julien Lepers. Ou les deux pour les plus gourmandes.

En fait une seule chose est sure c’est que le crapaud est un modèle de fauteuil. Après c’est à chacun ses goûts en matière d’orgasme.

Pour revenir à la grenouille sachons qu’il en existe environ cent vingt douze mille cent quarante sept trois mille cinquante cinq espèces : à deux ou trois près qui ne se prononcent pas. Va falloir faire un tri. En tachant de ne pas trier trop fort pour ne pas les déranger.

Eliminons tout de go la grenouille de bénitier : le timbre maugréant du coassement de la grenouille de bénitier est très caractéristique de son insatisfaction sexuelle chronique. Elle croit dur comme fer, malgré la façon dont il est habillé, que Jésus est un prince charmant et elle prend pour des sex-shop les boutiques à bondieuseries de Lourdes où elle a acheté son dernier crucifix lumineux à double clignotement bleu et rose. Et monsieur le curé a eu beau lui montrer le doigt de Dieu, rien n’y fait.

Gardons-nous de la grenouille à fable. Loin d’être ineffable, au contraire elle en dit long. Et loin de prétendre qu’à la fontaine elle ne boira pas de son eau, à défaut que la vérité sorte du puits, elle y rencontre généralement un bœuf. Il faut dire que la vie sociale de ce batracien est assez compliquée. Et là, comme un vulgaire candidat à une élection présidentielle elle se met instinctivement à enfler. Les tous derniers progrès de la science du marketing permettent de nos jours à l’enflure de se maintenir pendant une certaine durée ce qui oblige le bœuf, et pas mal d’autres, à attendre de plus en plus longtemps avant d’exploser de rire.

Méfions-nous de l’homme-grenouille. Sorte d’hybride de l’espion et du sous-marin il est aussi bien capable de rechercher des petits bout du Phare d’Alexandrie avec ou sans Alexandra, que de poser par inadvertance para-gouvernementale une bombinette sous la coque d’un bateau appartenant à une organisation de défense des intérêts de la nature.

Oublions la grenouille Kermitterrand : mémorable représentation en marionnette d’un chef d’Etat de gauche aux manières très adroites et fort appétant des ambiances propres aux grenouillages en tout genre.

Redoutons de même le crapaud tapie, le crapaud minc, et plus généralement le crapaud assureur et le boursico crapaud, classés parmi les espèces les plus invasives du moment.

Retenons la rainette : créature plutôt mignonne dont la couleur de la robe, ou du smoking, est différente de celle de la pomme du même nom ce qui outre le volume de chacune, évite opportunément qu’on en fasse des tartes tatin.

Admirons la grenouille tomate : mais abstenons-nous d’en faire du ketchup. Cette jolie bestiole, comme la plupart de ses congénères d’ailleurs, secrète, dés qu’on s’en veut saisir sans qu’elle soit d’accord ou qu’elle ait trouvé une copine pour garder son sac à main, une toxine qui brûle et peut provoquer des empoisonnements.

Et soutenons sans réserve la grenouille rieuse, dont les interminables partouzes printanières s’accompagnent d’esclaffades propres à rendre jaloux pas mal de comiques appointés qui à contrario cherche plus souvent leur talent dans leur slip, persuadés que là seul se trouve leur esprit. Il est vrai que pour beaucoup c’est effectivement le cas.

Alimentation : les grenouilles se nourrissent principalement d’insectes. Pas toutes mais si je commence à faire le détail, l’ensemble des rayons d’un supermarché n’y suffira pas. En matière d’insectes les grenouilles mangent notamment des moustiques et des libellules. Mais les libellules mangent aussi des moustiques. Or les libellules sont jolies et les moustiques sont moches. Serait-il possible de trouver un accord pour que les grenouilles et les libellules se partagent les moustiques qui sont moches et que les aimables grenouilles cessent de dévorer les gentilles libellules ?

Prévention routière : les batraciens sont aussi stupides que les hérissons. Au lieu de traverser la route lorsqu’il n’y a pas de voiture ils attendent au contraire de voir les phares surgir à toute vitesse pour se précipiter sur l’asphalte. Et floc ! Voire floc ! floc ! floc ! …

A l’intention de nos amis Britanniques, dont nous avons évoqué plus haut les errements philo-monarchistes et leur aléas buco-génitaux, je ne mange pas de grenouille : je trouve ça indécent. En revanche, c’est vrai, je n’ai aucun état d’âme à ce qu’on gave des oies pour mon plus grand appétit de foie gras : je ne pardonnerai jamais à ces connes Capitoliennes leurs bruyants jacassements ayant jadis prévenu les romains d’une visite surprise de nos ancêtres les gaulois. Na !