"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

samedi 27 mars 2010

Anthémios

Sur la voie hiératique
Aux eaux vertes diaprées
Anthémios au front bleu
Les yeux changés en ancres
Majesté impassible
Austère et silencieuse
Pénétrait dans la ville
Descendant les écluses.

Sarcophage titan
En sa coque d’acier
Glissant avec lenteur
Vers les grands escaliers
Retenant son cortège
Aux abords des machines
Anthémios arrivait
Aux portes du haut bief.

L’officiant aux commandes
Les gestes et le pas
Hors du masque des heures
Et hors de sentiment
Dans sa simple tenue
De rituel sans âme
Ordonnait aux consoles
Les échanges des eaux.

Anthémios à la fois
La tombe et le défunt
De même feu un astre
Et cendres colossales
Toujours ayant régné
Et régnant à jamais
Attendait dieu bercé
A l’orée du passage.

Au niveau de ses pieds
A la poupe servile
Deux esclaves en noir
Préparant des amarres
Cependant qu’à la proue
Devant l’auguste front
S’ouvrirent pesamment
Les portes de l’amont.

Quelques gens avisés
Des nobles funérailles
Les têtes découvertes
Aux mines affligées
Le chagrin retenu
Sous les nuques penchées
Observaient dans le calme
Un deuil émerveillé.

Anthémios enserré
Dans les parois du sas
Les portes de l’amont
Refermant leurs vantaux
Les serviteurs honteux
Qu’il soit ainsi enclos
Pressaient leur sombre office
En lestes soins agiles.

L’officiant éclusier
Digne et indifférent
Sur un autre pupitre
Actionnant les manœuvres
Dans le recueillement
De la cérémonie
Lâchait les eaux montées
Vers le bief du dessous.

Anthémios ou légende
D’un prince déploré
Saisi dans un sommeil
A tout autre effrayant
Beau soleil reposant
Condamné aux ténèbres
Je t’ai vu t’enfonçant
Dans la cale funèbre.

Partout par les regards
Dans la solennité
Dans les airs désolés
Sur ta tombe flottante
Ton gracieux souvenir
A nous tous immanent
La peine répandait
Son offrande sacrée.

Encore un peu plus mort
Encore un peu plus loin
Encore un peu plus froid
De ton lit de métal
Et moi un peu plus pauvre
Et moi un peu plus court
Je vis s’ouvrir les portes
Sur le bief inférieur.

Les esclaves debout
Puissants et dévoués
Leur visage sévère
Leur silhouette fière
Contenant en soldats
Leur destin mortuaire
Tendaient vers l’horizon
Leur méfiance glaciale.

Sur la voie hiératique
Aux eaux vertes diaprées
Anthémios en quittant
Le sas aux murs trempés
Son malheureux secret
Scellé dans ses longs flancs
S’engagea tristement
Vers la prochaine écluse.

Elevant dans le ciel
Une lumière pâle
Noyant dans les nuées
Sa pudique clarté
Le jour en révérence
D’un soleil embué
Sema des feuilles d’or
Sur les eaux irisées.

Les cœurs mornes émus
Tournés vers ton convoi
Pensant déjà la suite
De ton voyage ultime
L’assistance patiente
A elle-même rendue
Regardait Anthémios
S’éloigner le destin.

Et moi sur ton visage
A la grâce invisible
Posant l’imaginaire
D’un hommage éperdu
Gardant de ton passage
Un songe mystérieux
Je t’ai vu Anthémios
Rejoindre l’infini.

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