"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

samedi 16 janvier 2010

Je déteste le mot "glamour" ! (Et j'ai raison!)

Vous me connaissez, (dans le cas contraire autant dire que vous êtes affligés d’un retard dont il va nous falloir nous résoudre à imaginer dans un grand élan d’optimisme débridé qu’il ne soit pas irréversible et pas trop dommageable à la qualité de nos rapports présents et à venir), donc vous me connaissez, disais-je, je suis la tempérance faite homme. L’extravagrifouillante* complexion de ma modeste personne me porte au pragmatisme et à la détermination, à la lucidité comme à l’inspiration, au charme et à la franchise, et je me parfume sans effort d’être à la fois instruit et curieux, éloquent et posé, ouvert d’esprit et disponible de cœur. Pour faire simple vous avez sacrément du bol de me connaître.
Toutefois il m’arrive, rarement certes, mais il m’arrive de me laisser emporter par des engouements qui confinent à l’irrationnel et par des rejets qui le disputent au pathologique. A moins que ce ne soit l’inverse. Peu importe, engouements ou rejets, ce qui est sûr c’est qu’au fond, après mûre analyse, il s’avère à chaque coup que j’ai raison. Je sais, c’est agaçant, mais c’est comme ça.
Je vais donc séant vous faire part, alors que vous n’en demandiez pas tant, de l’aversion illimitée que m’inspire le mot « glamour ».
Selon M. Kikipédia, qui suffira bien à nous éclairer sur l’existence de ce vocable de plastique mou, il s’agirait à l’origine, ce qui nous confirme d’être en faveur de l’avortement, d’un anglicisme destiné à qualifier je cite "une beauté sensuelle, pleine de charme et d'éclat, caractéristique de certaines vedettes féminines de Hollywood ". Par extension, pour ne pas dire par répansion*, on est venu à user de ce paquet collant de sept lettres pour qualifier un peu tout et n’importe qui ou quoi, pourvu que cela s’attache à cette mythologie de papier peint à paillette, principale composante d’un décor ou trône une éternelle marmite de glucose suffocant destiné à embrumer certaines populations shootées aux sodas insipides afin de leur faire prendre des vessies pour des lanternes. Et reconnaissons-le, ça marche plutôt pas mal !...
Il n’est que d’entendre sur quel ton d’animateur enamouré de marketeur sub-gondolier, le turluteur de micro s’emploie à glousser ce mot comme si le shamallow était d’essence divine. Y compris sur des antennes dont la tenue conduit plus fréquemment les officiants à évoquer des œuvres à caractère culturel que les sanglots glando-clitoridiens de je ne sais quelle clique de fraîches potiches niaiseuses en train de siruper leur quart d’heure de célébrité de fond d’égout ripoliné.
Il n’est plus de nos jours, de nos nuits non plus d’ailleurs, de minois délicatement fendu d’un sourire de dentifrice, de fringues savamment écharpées par un créââââteur avec un nombre de a accents circonflexes proportionnel au niveau se son auto-surestimation, ni de pince-fesses artistico-princiers sans que des dégoulinades de « glamour » ne suintent d’entre les protubérances labiales des commentateurs ou tatrices. Il n’est plus un gazou ou une gazelle pagayant devant un micro sur une musique génialement composée avec deux notes, (le la et le mi comme ça ça fait l’ami et ça c’est cooool), sans que le rétro sénile de service aux commandes de l’émission ne fasse sous lui en pondant du « glamour » comme si on était au bord d’une pénurie sucrière. Jusqu’aux fonctions ministérielles ou le titre de ministre la plus « glamour », entre deux ou trois cruches qui tant vont à la soupe qu’à la fin elles se casent, est débattu par des hypothèses de journalistes dont on peut entrevoir parfois les bouilles sur-cotées en première page des magasines dévolus à ce culte plus poisseux qu’une raie, au milieu ou pas.
De quoi se compose le mot « glamour » : du mot amour grâce auquel on connaît autant de propensions à s’interpénétrer qu’à s’entretuer, et qui, en gros, à la louche, a servi de vecteur à la création de ce qui s’est fait de plus beau en ce monde depuis qu’il est venu à l’être de vouloir devenir humain dans le but compréhensible d’échapper au destin de sacs à mains de son cousin le crocodile. Il y a en effet autant de possibilité que l’être humain monte du saurien qu’il descende du primate. Si on va par là, oui. Et pourquoi n’irait-on pas ? Donc « glamour » se compose du mot amour et d’un ridicule préfixe « gl » : or, à quel début de mot servent également ce g et ce l : à gluant, à glauque, à glaviot, à glaire, à gloussement, à glapissement, à glandouiller, et j’en passe.
Il n’est donc pas besoin de plus d’acuité auditive que celle que nécessite usuellement une chanson qui ne soit pas forcément écrite par une quelconque paire de genoux, pour s’apercevoir de la laideur sonore du mot « glamour ».
En revanche si on considère le taux de sur-reproduction de toutes sortes d’encombrants à prétention artistique, où l’on constate l’exploitation effrénée du stade anal, on comprend que la dissonance grossière du mot « glamour » puisse passer inaperçue.
Mais c’est pas une raison !
Pas plus tard qu’il y a un certain temps j’ai pu ouïr, saillant d’un écran devant lequel mes pérégrinations du jour me conduisirent quelques minutes, la voix d’un inculte présentateur de programme pour déficientes de moins de cinquante ans qui susurrait au sujet d’une œuvre de Wolfgang Amadeus Mozart, qu’il la trouvait « glamour ». J’ai beau être un indéfectible partisan de l’abolition de la peine de mort, j’avoue qu’il m’arrive, à moi aussi, quelquefois, de rêver aux charmes de la profession de boucher.
Certes on pouvait s’étonner agréablement que le bavouilleur susdit connût Herr Mozart. Mais ce maigrichon projet de satisfaction rôdant aux confins d’une auto-complaisance paresseuse, ne peut que piteusement suffire. Mozart, c’est tout ce qu’on veut, et on peut même ne pas en être touché plus que ça : mais ce n’est pas « glamour » ! De même Michel-Ange, ce n’est pas « glamour » ! De même Victor Hugo, ce n’est pas « glamour » ! Même en comédie musicale ! Na !
Soyons clair ce vocable chimique, cet additif pétro-huileux, ne peut au mieux convenir qu’aux mondes hébétés auxquels l’indigence commune des peuples de bocaux d'eau froide sert de viatique sous le règne de la sainte église de Mickey.
Mettons-nous d’accord : qu’il n’en sorte pas !
Merci !

* Inventions lexicales dont les définitionnements** se trouvent dans le célébrissime dictionnaire analphabétique**.
** Voir *

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