"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

jeudi 27 août 2009

Les solitudes d'or

Rendu à soi au delà du rideau de sel
La scène balayée des déchet de ses mains
Des éclats de ses yeux, des bribes de cervelles,
Redevenu désert tout le parterre humain,

Ton comédien retourne au trou où le sang froid
Conserve ton moyen d’envisager les bords
D’où l’aube saisissante d’un nouvel effroi
Te fait craindre toujours d’abandonner ton fort.

Les chiens toutes la nuit, en étoiles hurlantes,
Crachats d’astéroïdes aux longues détresses,
Des chacals embaumeurs, les répliques errantes,
Ont rongé l’apparat de tes dernières liesses.

Car l’usure acharnée, sur tes orgueils flétris
Quand tu croyais te vaincre au long de tes dédales,
Sans cesse travaillant ton cuir endolori
T’aura bientôt défait de sa gangue brutale.

Même tes premiers soins envers ses funérailles,
Lorsque tu caressais les pierres étendues
Dans les parcs où pourrissent toutes les batailles,
Et leurs lâches espoirs sont à présent perdus.

Il survit dans la peau de terre médusée
Où ta froideur nouvelle en habits de parade,
Au mépris de ton sang avait su s’amuser,
A l’enfermer dans le trou de ta dérobade.

C’était le répondant au monstre quotidien
A la goule de souffre et à la silhouette
Que vêtait un drap rouge et qui, tu t’en souviens,
Rampait au fond de toi affolée et muette.

C’était le répliquant du réel hébété
Où cent mille fenêtres s’inquiétaient de toutes,
Rendaient grâce à l’hivers et criaient tout l’été,
Et de la nef des fous ne bouillait qu’une soute.

Voyant aux yeux croisé d’un royaume de Siam,
Arpenteurs scrupuleux des solitudes d’or,
Renifleur de magie à la cour de Priam,
Rassuré en lisant les Chants de Maldoror.

Apprenti évadé qui priait pour des charmes,
Maladroit écorcheur de sa frêle nature,
Il comprenait comment contenir un vacarme
D’une main et de l’autre éprouver sa capture.

Détaillant à l’allure d’un lilliputien
Les volumes d’histoire du drame et du crime,
Il sondait l’antidote des génies anciens
Sur la vrille obstinée de son barbare intime.

De lui battait ton cœur à la surface atone.
De lui chantait en toi la souterraine voix
Dont ton jour s’irriguait. De lui naissaient les zones
Dont la loque soyeuse étendait ton endroit.

De lui tu as reçu le don de vie manquante
Pour ajouter à celle que remplit la boue
Des venins délégués. Le don de vie vacante
Pour trouver le refuge où te tenir debout.

De lui tu as reçu les doigts de tisserand
Et le double langage de fil et de trame.
Le pouvoir de changer en temps de l’artisan
Le cours du précipice et ses pataudes rames.

De lui tu tiens l’offrande des noirceurs sans tain
De derrière lesquelles ce qui va venir
Est à peine infusé d’un brouillon de destin
Qu’on en sait l’os déjà jusqu’à son souvenir.

De lui tu tiens et lui tu l’as enseveli.
Emmuré de ta brique en conscience poreuse.
Noyé comme un oiseau sous de vilaines pluies.
Vendu comme un délit aux vanités heureuses.

Mais lui il a grandi et toi tu rapetisses.
Ignare tu savais. Quand tu penses danser
C’est lui qui se débat. Dans le moindre interstice
Où tu crois sommeiller il vient se dépenser.

Suaire liquéfié sur une chair vivace,
Tu vas croire périr sous des chutes salées.
Ton théâtre commun du goudron de sa crasse
Alors va prendre feu dans leur bouche avalé.

Lorsque tu reverras la route qui te sait
Tu le seras là bas, tout maigre aux yeux brillants.
Et en te retournant, les fumées sur le quai
Dévoileront les chiens calmés et sommeillants.

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