"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

dimanche 31 mai 2009

Noires heures

Les noirceurs ondulantes en huiles dorées
Créatures dansantes aux gestes charmeurs
S’élèvent sur la plaine au berceau déploré
Nouant en haut du ciel de troubles profondeurs.

Leurs longues mains sont celles qui durent verser
Des bassins plein de larmes dans la nuit des temps.
Là leurs palmes informes aux bras élancés
En recueillent les grains pour faire de l’encens.

Dans leur poisseux visages aux masques sans traits
Quelques trous de regards percent d’un autre monde.
Il en pleut de ce froid aux terrifiants attraits
Qui resserre le corps d’une vieillesse immonde.

Créatures démentes aux tendres langueurs,
Elles ont pour chanter d’un lancinant murmure,
Le souffle qui s’échappe des caves du cœur,
Et les mélodies qui s’étranglent en brisures.

Là tu dors éveillé. Là les cruels vestiges
Qui se sont érigés, stèles des vœux ravis,
Ile de ton délire, puit noir d’un vertige,
Protègent ta prison. Là tu vis hors la vie.

Là tu traînes avec des grâces dépravées,
Creusant avec méthode dans le moindre indice
D’une clé où le nom de ton sort soit gravé
Pour la tordre avec la rage de ton délice.

Tu allonges la liste d’astres moribonds,
Et tu les attribues aux guerres ancestrales,
Avant de les couvrir des thèses des démons,
Invoqués pour plaider l’habitude brutale.

Tu lis dans les abysses des textes anciens.
Tu scrutes les raisons que cache le présent.
Tu sens venir la proie des écrans reptiliens.
Et le ciel toujours vide armé de partisans.

Là tu laisses donc sombrement te consoler,
Les fantasmes obsédants de ta servitude.
Au milieu d’eux tu sondes, l’esprit désolé,
L’origine immature de ton hébétude.

Aussi tu interroges d’exsangues ferveurs
Qui te tenaient debout pour gagner un peu d’or
Du continent promis à l’absurde faveur
Des bavardes statues que les peuples adorent.

Tu guettes le moment d’anéantir la danse
Que font autour de toi, fluides gras et luisants,
Les déports de ton être aux inquiètes voyances,
Qui calment l’horizon d’un enclos apaisant.

Ce n’est pas tant qu’existent ce profond lavoir
Ni que son industrie à chaque fois augmente.
Mais tu sais la séduction dont a le pouvoir
La mort qui avec ton désir tour à tour mentent.

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