"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

mercredi 29 avril 2009

Nuysse

Où un champs de bataille aux heures déjà closes,
Au temps de chasse au toit ouvert et la nuit pose
Sa blafarde pâleur dont les fluides colorent
La pesante chaleur qui monte et s’évapore,

Se fait ville engloutie sous la rumeur commune,
Et la scansion cardiaque égare sa fortune
En silhouettes noires aux fièvres masquées
Auras d’esprits atones en corps décalqués.

Des guerriers sans épées rodant sous les portiques
Certains à moitiés nus traînant comme un viatique
Un crime dans le ventre d’une faim sans âge,
D’autres dissimulés dans des angles de cages,

Des mouvements de sang qui peinent dans les gorges,
Sous des épiages lourds dans des souffles de forge.
Des accrocs de défis, d’inquiètes diagonales.
Brutaux épanchements. Prédations diffractales.

Je t’ai vu t’arrêter, nerveux et indolent,
Dos et reins appuyés et la tête roulant
Sur la pierre d’un mur où la coupe incisive
D'un néon partageait ton visage en deux rives.

Je t'ai vu arriver, aux aguets, le pas court,
De dessous tes paupières filtrant tout autour,
Gibier inquiet qui s'offre au milieu d'une arène,
Mourante chair à d’autres plus mortes et vaines.

Je t'ai vu pendu de tout là haut par un fil,
Traversant le grand pont qui verse sur cette île,
Guidé par une main tenant dans des doigts sourds,
Une instance d’en rompre ou d’en piéger le cours.

Je te devine dés que les images fondent
Que seules les famines des âmes répondent,
Comme autant de percées dans l'épaisseur peureuse
D’où râlent des langueurs aux fragrances trompeuses.

De linges sombres aux contours d’anges creusés,
Et d’ailes amputées aux paumes aiguisées,
Ton immersion dans l’onde de cet instant mort
Lente a commencé de s’emparer de ton sort.

Ta dure chair peu à peu prise et transpercée
Défaite de toi même volant renversé
Dans les orbites aux insondables fournaises
Des ogres somptueux que jamais rien n’apaise,

Qui font le festin des nocturnes Phaétons,
En s’abreuvant sur eux des larmes de Pluton,
Ne laissent échapper leur proie que parfumée
Des senteurs des venins dont ils vont embaumés

Ta chair décavée lorsqu’ils seront assouvis,
Et laisse celle dont ils se sont asservis
Sur un semblant d’autel aux portes des arènes,
Livide et palpitant, du souffre dans l’haleine.

Le froid et l’œil vitreux de l’aube qui va poindre
L’éveillera plus tard pour qu’il aille rejoindre
Les couloirs de coton de sa tiède existence
Un petit goût d’enfer coincé dans la cadence

D’un sage balancier sans peine et sans émoi.
Tu oublieras jusqu’aux accès de ton effroi,
Quand jouant de ta carne les fauves sublimes
Te soulevaient entre eux comme un morceau d’abîme.

Tu te sentiras moins présent qu’au crépuscule.
De même dans certains affreux rêves circulent
La sensation de perdre en faveur du néant
L’insoluble raison qu’endure le vivant.

Et tu retourneras manger cette poussière,
Affamé de toi-même avec pour cimetière
La ruine se creusant de ton désir furieux,
Combler ton cœur sans cri d’un vide délicieux.

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