"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

dimanche 22 mars 2009

W T Q X Y Z D O R E M I F A K G B C H U S N J V P L

Chères Amies, Chers Amis, Peuple du Monde, même si ceci s’adresse principalement aux usagères et aux usagers de la langue de Molière, et de la mienne … (Enfin bref, passons…), ce jour est un grand jour !
Voici enfin que va paraître sous vos yeux éberlués l’analphabet qui manquait pour régler la classification de ce dictionnaire analphabétique auquel je sais que chaque jour, et même chaque nuit paraît-il, nombre d’entre vous s’attachent, de plus en plus, convaincus, au fur et à mesure de sa progression irrésistible, que ce siècle, que dis-je, que ce millénaire, ne sera pas sans cette invention libératrice, sans cette véritable révélation qui nous vient et dont je ne suis, sachez-le, que le modeste, l’humble, le fragile messager !

Ça va comme ça ?
Oui, c’est pas mal.
Je veux dire c’est pas trop too much ?
Non. Non.
T’es sur ?
Oui. T’es bien dans ton truc là !
C’est pas un peu emphatique ?
Mais non. Mais non.
C’est pas un peu pompeux ?
Mais non j’te dis !
Bon ok.

Donc, disais-je, j’ai l’immense plaisir, l’ineffable de la fontaine joie, l’incommensurable de lapin bonheur, l’inconjugulable* satisfaction, l’inouïstitie* félicité, l’indubitable pour deux près de la fenêtre ravissement, et j’en passe, si, si, de vous présenter l’analphabet de la langue française. Certes l’élan qui m’emporte saurait faire que ne puisse se tarir le flot qui m’emporte aussi, c’est assez dire si nous vivons un très emportant évènement. Mais c’est bien un nouveau vent qui se lève où vont s’envoler vaille que vaille les vieilles valises valétudinaires dont le poids nous voûtait le dos.

C’est bien ça, non ?
Ouai ça en jette !
J’te sens comme un doute ?...
Oh non.
Si, si.
Non… C’est… C’est poétique !...
Tu crois !?
Y’a pas un peu trop de v ?
Voui… Peut-être…
Bon c’est pas grave. Continue.
Ok.

Voici donc un nouveau désordre dont je forme ici le vœu qu’il ne devienne jamais un nouvel ordre. Sinon c’est pas la peine de se casser la tête. Vous êtes d’accord avec moi ! Non, ce n’est pas une question.
Mais sans plus attendre je vous laisse à présent déguster cette merveille, avec, en prime, quelques explications dont les lumières ne seront peut-être pas de trop, si ce n’est pour vous aider à comprendre, du moins pour éclairer à mon intention, vos visages émus, vos yeux étincelants, vos fronts empreints d’une si neuve et si touchante virginité !

M’sens un peu fatigue là…
Tu m’étonnes !
Vais m’allonger un peu…
C’est ça. J’t’amène ta tisane.

Well, well, well :

L’analphabet s’énonce ainsi :

W T Q X Y Z D O R E M I F
A K G B C H U S N J V P L

Alors oui, disons-le tout de suite, ça commence par le W. Je dois en effet à l’honnêteté, qui m’en doit aussi d’ailleurs, mais c’est une autre histoire, de dire que je règle là un vieux traumatisme d’enfance : l’appel par ordre alphabétique ! La distribution par ordre alphabétique ! Le passage par ordre alphabétique ! Et ce n’est pas Monsieur Z…, ni Mademoiselle Y… qui me contrediront. Les heures d’attente ! Sauf ! Sauf lorsqu’un enseignant, par exemple, prenait tout à coup un étrange plaisir à distribuer, en inversant l’ordre susdit, les copies d’un devoir pour lequel la note attribuée avoisinait la température de l’eau avant qu’elle se transforme en patinoire. Mais c’était rare. Grâce à cet analphabet, Mademoiselle A… et Monsieur F… vont frimer un peu moins !
Et pour faire bonne mesure, au cas où, dans un contexte social et relationnel marqué par une vaste tendance à la familiarité, on ferait l’appel par le prénom, le T, délicate majuscule de mon charmant prénom, est en deuxième position. Na !
Ensuite vient le Q. Je vous en prie, on se calme. Il ne s’agit pas là de compléter je ne sais quelle trinité introductive. C’est seulement que je voulais être sur de ne pas l’oublier : je suis tellement tête en l’air quelquefois !...
En quatrième position on découvre le X : vous savez comme il arrive que l’inspiration, et l’expiration aussi, il faut bien le dire, empruntent parfois des voies mystérieuses. De ce fait je dois vous avouer que je ne sais trop comment expliquer que le X arrive directement après le Q. Mais nous savons que certaines autres voix sont, comment dit-on déjà ?... Oups, j’ai oublié. Ca va me revenir, ne vous inquiétez pas.
Sautons du X au Y, puisque l’un et l’autre se suivent. Là encore vous me retrouvez : eh oui : XY : c’est un garçon ! Je vous l’accorde, ce n’est pas plus rassurant que ça. Mais c’est tout de même un repère qui peut avoir son utilité. Dans certains bas résilles… N.b. Je n’ai jamais porté de bas résilles. Mais soyons prévoyant…
En sixième position le Z. Là encore pour ce qui est de remonter dans un ordre où cette lettre faisait figure de lanterne rouge ce ne sont pas Messieurs Zapatero, Zorro, Zaratoustra, Zacharie, Zapata, Zatopek, Zeeman, Zinoviev, Zurbaran, Zelenski, Zworykin, Zidane, Zeppelin, Zedong, ni Mesdames Zézette et Zizijeanmaire qui s’en plaindront. Bien qu’il soit possible que ça n’en ait pas gêné certains, ou certaine, d’être à la queue.
De la septième à la quatorzième place nous trouvons une enfilade musicale : D O R E M I F A : n’est-ce pas délicieux ? J’ai même pensé à mettre de la musique dans cet analphabet ! Quel talent n’est-ce pas ? Oui, je sais…
Ensuite cela devient plus, comment dire, conceptuel. En effet la quinzième, la seizième et la dix-septième place sont occupées par les lettres K, G et B : difficile de me souvenir de ce que veulent dire ces plaisantes initiales, cependant de vagues réminiscences esquissent dans un lointain assez peu festif des imperméables sombres, même par beau temps, des chapeaux mous sur des crânes durs, et des interviews rarement teintées de peopolisation, en vue de savoir ce que Monsieur Untelovkov a comme excuse pour ne pas être venu acclamer en ce 1er mai prolétaire le riant défilé des ogives nucléaires parkinsonnesquement* saluées sur la Place Rouge par une brochette de momies engoncées dans leurs couches confiance. Sous entendu est-ce la marque des couches qui dérange Monsieur Untelovkov ? Un peu dérouté par cette vision, le K, le G et le B m’ont échappé, moins dans le souci de rendre hommage au sémillant héritier de cette aimable officine qui dirige la Russie actuelle avec une main de fer dans un gant d’acier que dans l’impatience de voir le sémillant en question plus proche de la bière dont on visse le couvercle que de celle dont on vide quelques bocks.
En dix-huitième, dix-neuvième et vingtième position nous rencontrons le C, le H et le U. Une petite fantaisie sanitaire en ces temps où il fait de moins en moins bon se distraire à être malade lorsqu’on a pas la chance d’être du côté de la queue sur le billard et qu’on est réduit à faire la boule dans l’espoir maigrissant et amaigrissant de ne pas tomber trop vite dans un trou noir.
En vingt-et-unième, vingt-deuxième et vingt troisième position le S, le N et le J. Oui ça fait SNJ, c’est pour ça que j’ai préféré mettre CHU avant, pour que ça ne touche pas KGB : on n’est jamais trop prudent. Ce n’est pas Anna Politkovskaïa qui va s’en formaliser, et pour cause.
Et nous terminons avec le V, qui perd une place, le P, qui en perd neuf, et le L qui lui en perd quatorze. Notez que ça donne l’occasion de mettre un peu de higth tech dans cet analphabet grâce au VPL : Virtuel Programming Language ! Vous ne vous y attendiez pas ? Moi non plus… Vous ne savez pas ce que c’est ? Moi non plus… Vous vous en tapez finalement ? Finalement, moi aussi !
Nous tenons toutefois, avec un nous solennel et donc de majesté, à présenter à toutes les personnes dont le patronyme commence par la lettre L, nos excuses les plus rigolotes. Et puis que voulez-vous ce n’est quand même pas ma faute si lorsqu’on fait une liste faut tout le temps qu’il y ait un premier, un dernier, et quelques indécis entre les deux !

Et hop, c’est fini !

Deux précisions : il n’est pas exclu que, mon caprice aidant, comme si j’avais besoin de son aide pour ça, je me livre ultérieurement à quelques retouches. Il est fort probable de toute manière, dés que je m’apercevrais qu’on s’y habitue, que je chamboule tout ça vite fait bien fait.

Ah oui ! Les voix la toute à l’heure ! C’est impénétrables il me semble qu’elles sont.
* prochaines entrées dans le dico analph.

4 commentaires:

Rom a dit…

Et là je suis pété de rire.
t'es vraiment malade !!!!

Thy Wanek a dit…

Oui ! Je suis un grand malade !!! Rhâââââ !!!

Nelson a dit…

Je veux pas t'embêter mais je crois que le V perd deux places, pas une.
:-D

Thy Wanek a dit…

Tu m'embête pas Gazou !
Et t'as raison : j'm'ai trompé ...
Mais bon j'laisse comme ça.
C'est bien qu'il y ait un p'tit défaut dans une grande oeuvre.