"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

lundi 9 mars 2009

Harvey Milk



C’est à propos d’un temps que les moins de quarante/cinquante ne peuvent pas avoir connu. Vu de la où on se balade la main dans la main, tous sexes confondus, fidèles ou pas fidèles, dans Castro et autour comme rue Sainte Croix de la Bretonnerie et ailleurs, ça va paraître incroyable à certains ces images de descentes de flics tabassant des mecs en les extrayant de force de leurs lieux de rencontre et les entassant dans des fourgons. On sera moins étonné par les propos d’Anne Bryant ou du sénateur Briggs qui brandissent la loi de Dieu pour dénoncer, fustiger, condamner les « déviants » : ce sont des propos qu’on entend encore aujourd’hui. Pour paraphraser Bertolt Brecht, le ventre de la haine reste fécond.
Restons vigilant.
Rien n’est jamais fini.
C’est aussi ce que dit ce film.
Ce film qui est aussi un film qui milite pour la politique. La politique au sens noble. Pas au sens pur. Car la politique ne peut pas être pure. Elle doit s’efforcer de l’être le plus possible. Pour permettre au mieux le progrès vers une société qui ne soit pas un monde des uns contre un monde des autres, mais un monde de tout le monde.
C’est un film juste et drôle. Je veux dire un film qui mêle avec finesse ces deux caractères que j’aime voir cohabiter, nonobstant d’autres, dans la nature humaine : la gravité et la légèreté. C’est un film qui montre aussi comment se tissent entre elles les nécessités individuelles et sociales. Les raisons d’être seul et celles d’être ensemble. Un film où on reconnaît que le courage n’a pas forcément besoin d’héroïsme. Et où pourtant la lucidité dessine dés le début, pas seulement parce que l’histoire nous est connue, le profil du destin qui menace le premier ou la première d’entre nous qui ose. Mais qui ose quand même. Exemple édifiant de celui qui dépasse son ombre pour emmener ses sœurs et ses frères vers un peu plus d’humanité.
Un film de Monsieur Gus Van Sant : ce qui, il faut le dire, se fait de mieux dans le cinéma actuel. Ce n’est pas un hasard.
Avec Monsieur Sean Penn : oui, excellent.
Pas une performance, non.
Plutôt un don.

6 commentaires:

Nelson a dit…

Je suis allé voir ça hier soir. C'est fort. Emouvant. Et j'ai trouvé ça paradoxalement assez optimiste. Malgré la fin tragique. Ca ne t'a pas fait un peu cet effet ?
Bise.

Thy Wanek a dit…

Si, c'est un peu de cet effet dont je cause en disant que ça montre quelque chose de politique au bon sens du terme.
Ce qui demanderait d'autres développement... à venir... ;-)
Bise aussi !

pigiconi a dit…

Tout à fait juste ta distinction entre "la politique au sens noble du terme" et pas au sens pur. Moi ce qui m'a frappé, après coup, c'est combien ce sentiment vif de vie réputée indigne est un moteur d'action: de la vraie subversion. Et aussi (mais là le constat est plutôt navrant): combien nos vies peuvent, assez facilement, ne pas nous paraître suffisamment indignes pour que nous nous taisions comme si nous nous laissions nous en déposséder.

A la sortie du film, j'étais à la fois satsifait sur ce quelque de politique qu'il montre et aussi inquiet.
Maios ça sera l'objet d'une thèse à venir

Thy Wanek a dit…

Je vois ce que tu veux dire, je crois, au sujet de l'inquiétude. Il me semble que cela peut provenir aussi du fait que nous aimerions que tout soit gagné défintivement au fur et à mesure que nous le gagnons. Mais rien n'est moins sur encore...
Nous aimerions peut-être pouvoir nous reposer un peu.
Mais la dignité, sans cesse est remise en cause.

pigiconi a dit…

En définitive, tout cela fait partie de mon travail actuel sur Judith Butler.............

Thy Wanek a dit…

Au sujet de laquelle je n'ai guère progressé... Je vais essayer de lui trouver une place dans mes bagages à la fin du mois... En plus je vais aux Etats Unis... ;-)