"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

mardi 17 mars 2009

Contricipation

Fallait-il mettre un peu d’ordre ? Le doute n’est pas permis. Il est même plus prohibé qu’une bouteille de whisky dans les Etats Unis du début du siècle dernier et qu’une armure en acier trempé lors d’ébats sexuels. Enfin bon, ça dépend.
Donc mettre un peu d’ordre.
Le saviez-vous ? Je tiens, enfin j’essaye de tenir, à jour, et parfois à nuit, la liste des mots déjà définitionnés, ou en attente de définitionnements, pour l’établissement de ce dictionnaire analphabétique. Et qu’est-ce que je m’aperçois-je en l’ouvrant ce matin : c’est même pas classé ! Consternation ! Et perplexité …
Et oui, perplexité, car imaginez-vous, imagine-toi, peuple avide de connaissance, que mon premier réflexe fut immédiatement de classer tout ça par ordre… alphabétique … J’en ris encore. Donc un ordre analphabètique est à l’étude : il vous en, il t’en sera, fait part très prochainement, peuple béat devant tant d’inventivité !
Mais plus inquiétant, je me suis aperçu que certaines lettres n’étaient représentées par aucun mot, ni définitionné, ni en attente de l’être : il s’agit du H, du J, du Q (je n’en suis qu’à peine remis), du W, du X et du Z.
Bon pour le W j’ai une petite idée qui devrait fonctionner à merveille…
Mais pour les autres …
Enfin j’ai fait le bilan du nombre de mots définitionnés depuis la création de cette œuvre à caractère encyclopédique et du nombre de mots en attente de l’être. Bilan 36 mots définitionnés à ce jour, et 26 à ce jour, qui patientent dans les limbes de la conscience humaine.
Un bon quintal de responsabilité vient donc, concomitamment, de me tomber sur les épaules, certes solides, mais bon, je vais peut-être embaucher quelques déménageurs… Ca aidera.
Vous voilà donc informés de l’état des lieux : ne venez plus dire qu’on vous tient à l’écart des affaires.
Vous en déduisez, ce que j’en ai déduit moi-même, c’est dire si on est jamais seul à avoir une bonne idée surtout lorsque je l’ai eu en premier, qu’une sorte d’organisation va dorénavant présider aux destinées de ce dictionnaire. Et ça vous rassure. Ca te rassure, peuple égaré dans les méandres où sinuent les ondes vagues de nos incertitudes impérieuses bousculées par les courants aléatoires de nos repères provisoires !?! Hein !?! Ne dis pas non. Je te sens du chef qui opine en ton fors intérieur. Qu’est-ce que tu crois ? Que tu peux te dissimuler à ma prescience ? Ha la la : tant d’insolence dans un être aussi chétif…
Donc on va s’organiser.
En trois points.
En trois points ?
Oui, pourquoi ?
Pour rien.
C’est pas un peu… maçonique.
Rhôôô, c’que tu peux être suspicieux.
Suspicieux ?
Oui, suspicieux. Je trouve.
Bon ok. Alors trois points.
Oui trois points.
Premier point : il sera prochainement établi un ordre analphabétique afin que vous puissiez vous-même ranger ces mots selon la classification dont je vais décider.
Deuxième point : il sera procédé aux définitionnements de mots de tel sorte que les lettres non représentées à ce jour, soit que des mots les utilisant sont en attente, soit qu’aucun mot n’existe encore pour les représenter, soient enfin présentes et complètent ainsi le projet faramineux dont auquel il est question.
Troisième point : il sera mis un frein à cette pratique, ô combien blâmable, consistant à ne plus jamais respecter la place d’un mot dans la file d’attente au détriment de certains qui sont en souffrance, et je suis poli, et au bénéfice d’autres qui jouent les stars comme une vulgaire pétasse déguisée en starcacadémie qui rentre dans le métro avec son closer dans sa mimine peinturlurée en s’imaginant qu’elle gravit le podium des trouduc awards. (Et je suis poli.)

Voilà, voilà.
Et donc, afin de combler le manque de C dans ce dictionnaire et de faire droit à un mot qui commençait sérieusement à prendre la poussière sur sa petite étagère je vous présente, today :

Contricipation : n.f. (n.b. : n.f. ne veut pas dire norme française, ça veut nom féminin.) Au premier regard on distingue très bien un nombre plus ou moins déterminé de racines possibles. A l’exception de la racine carrée, et encore, je connais des pervers qui la voient partout. Evidemment on trouve du con. Le con est, selon les humeurs, soit l’organe sexuel de la femme, soit un individu dont un trait de la pensée peut être, par exemple, de croire qu’en coupant quelques têtes on est susceptible d’améliorer le contenu qui se trouve dans celles que l’on ne coupe pas.
On trouve du tri. Le tri est une activité, là encore ce n’est qu’un exemple, qui permet à un homme qui préfère le con lorsqu’il s’agit de l’organe sexuel de la femme, de ne pas se tromper en essayant de sodomiser un individu dont un trait de la pensée serait, par exemple, d’imaginer qu’en coupant quelques têtes on est susceptible d’améliorer le contenu qui se trouve dans celles que l’on ne coupe pas.
On trouve du ci. Ce ci là n’a rien à voir avec le si qui gît entre le la et le do dans la gamme des notes dites de musique qui permettent dans certains cas à un homme qui préfère le con lorsqu’il s’agit de l’organe sexuel féminin, de roucouler dans l’attente plus ou moins frénétique de perdre la tête sans qu’on la lui coupe, dans d’exubérants ébats avec l’objet de sa préférence qui sera bien venue de perdre la tête aussi tant que cela ne relève pas de l’obsession de quelque individu dont un trait de la pensée soit, par exemple, de rêver qu’en coupant quelques têtes on est susceptible d’améliorer le contenu qui se trouve dans celles que l’on ne coupe pas.
On trouve du pa. Et dans la foulée du tion. Pour ne pas dire du pation. Au féminin cela donne passion. Autant dire une affection qui ici, on l’aura utilement observé, oppose deux catégories de personnes dont les théories au sujet de ce qu’il en est de perdre la tête n’empruntent guère ni aux mêmes moyens, ni, surtout, aux mêmes objectifs.
Et on se dit bon : maintenant que j’ai les racines je vais comprendre ce que ce mot veut dire. Et on se trompe. Comme souvent. Particulièrement quand les racines sont de la sorte enchevêtrées.
Eh oui : quelquefois dans la vie il faut savoir faire simple. Le mot contricipation est à vrai dire une contraction maïeutique qui résulte d’un coït entre le mot contribution et le mot participation. Pourquoi faire me direz-vous tout pantoisant* ? Tout simplement dans le but légitime d’accoupler deux notions distinctes afin d’en créer le déséquilibre d’une troisième. Voyez-vous lorsqu’on contribue on apporte son tribut. Lorsqu’on participe on prend sa part. On ne peut tout de même pas, sans arrêt, prendre sa part sans apporter son tribut, ni apporter son tribut sans prendre sa part : ça serait pas bien. Au bout du compte on resterait sans tribut ou sans part. C’est bien d’avoir un peu des deux. Certes vous soulignerez avec ce doigté de crayon que j’apprécie tant chez vous qu’il faudrait s’entendre sur la nature de la part et sur celle du tribut. Comment vous donner tort ? Sans avoir recours à ma mauvaise foi légendaire ? C’est impossible. Je vais donc avoir recours à ma mauvaise foi légendaire.
Et ce n’est qu’un début.

* Prochaine entrée dans cette fabuleuse contricipation** au progrès de la conscience humaine. Selon les règles en trois points fixées en préambule du présent article.

** Ca, ça vient tout juste d’entrer, si vous suivez un peu…

6 commentaires:

Etienne a dit…

Excellent et décidément, quel talent !!!
Etienne

Guillaume a dit…

je vois que l'artiste est toujours aussi prolixe...

guillaume

Guillaume a dit…

excellent ton blog!!! J'aime bcp cet auteur trop méconnu comment s'appelle-t-il déjà ? ah oui Jean-claude Vandamme !)

Guillaume a dit…

au fait que penses-tu de : "on se persuade mieux pour soi-même par les raisons que l'on a soi-même trouvées, plutôt que par celles qui naissent de l'esprit des autres ? pascal -les pensées-

N'est-ce pas de la psychanalyse avant l'heure ?

Guillaume

Thy Wanek a dit…

Merci ! Merci ! ca se voit pas mais je rosis ;-D
Oui je trouve que ce grand poéte suréaliste qu'est J.C. Vandamme est un peu trop négligé par nos contemporains.

La pensée de Pascal : hum, hum,... Peut-être que l'emploi du verbe "persuader" obère légèrement la pertinence de ce rapprochement, à mon avis. Mais disons qu'il y a une indéniable mécanique psychanalytique.

Thy Wanek a dit…

"N'est-ce pas de la psychanalyse avant l'heure ?"
Ca dépend : il était quelle heure ?