"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

dimanche 15 février 2009

A carreaux !

Vous vous souvenez sans doute que lors d’un des mes inoubliables articles concernant le périple Irlando-Ecossais avec Greg au mois de novembre 2008, j’avais évoqué les carreaux. Si si c’était le 6 janvier de cette année.
Je faisais l’éloge du tissu écossais dont on fait quelques pantalons, et surtout pas mal de jupes très seyantes dans les contrées de l’au delà du Mur d’Hadrien.
Et je précisais à quel point cette éloge était exceptionnelle eu égard à ce que je pense en général des vêtements à carreaux, des vêtements à carreaux portés par des hommes, et plus encore des vêtement à carreaux portés par des hommes en dessous de la ceinture.
Et ce que j’en pense c’est qu’un vêtement à carreaux, quel qu’il soit, porté par un homme, en dessous de la ceinture, c’est à dire un short, un bermuda, un pantalon, n’est rien moins qu’une démonstration du plus mauvais goût qui puisse se manifester. Et pourtant on sait à quel point la concurrence dans ce domaine tentaculaire est rude et les concurrents nombreux !
Avec un sens assez développé d’une mansuétude, de l’ordre de celle qui nous ferait accorder notre pardon à quelqu’un qui prétend se restaurer en allant quérir quelques nutriments malodorants dans une boutique très laide de type mac-pouet-pouet ou mac-plouf-plouf, nous savons éviter de pendre par les pieds au dessus d’une marmite de ketchup bouillant le bipède qui se proposerait d’accompagner sa blanquette de veau à l’ancienne d’un soda de marque coca quand ce n’est pas carrément cola.
Assuré d’une capacité de pédagogie plus assise sur de saines lectures que sur des programmes d’élucubrations de formatages pour conditionnement sous vide d’encéphales sous perfusion audiovisuelle, nous parviendrons toujours à vouloir d’abord parlementer avec le jeune bubon, ou la jeune bubonne, qui envahit la rame de métro avec sa sono à la main au lieu de se carrer les bouchons de sa prothèse musicale dans les esgourdes afin d’épargner aux co-voyageurs de la rame le débit consternant des tubes de pâte à trous de balle dont il ou elle se lubrifie les orifices, plutôt qu’à dévisser la tête de celui-ci ou de celle-la à grand coup de battoirs à cinq doigts dans le but, très hypothétique par ailleurs, de provoquer un sursaut des deux ou trois neurones qui sub-vagissent très aléatoirement au fond de son bocal d’eau froide.
Patiemment armé d’un humanisme aussi bien fondé sur la certitude que de toute façon sans faculté de distanciation on est trop insupportablement trop proche de tout, et sur la confiante espérance qu’en fin de compte même le plus antédiluvien des supporters de jeu de baballe est inexorablement condamné à progresser, nous n’en finirons jamais de labourer inlassablement le sillon du vivant, en y semant tout ce nous pourrons, et croirons être, de tendresse penchée, de petites beautés germinantes, de douceurs savamment dosées d’acidités salutaires, et de retenue indécrottablement hanté par ce que nous savons être souvent la vanité du coup de pied au cul, le superflu de l’écartèlement en place publique ou privée, et même la condamnation à perpétuité à lire des œuvres littéraires pour les abonnés inconditionnels des torchons de papiers glacés aussi hebdomadaires que déroutant d’une grotesquerie qui ferait paraître une intervention de Madame Angot pour un message d’élévation de la pensée universelle.

Mais !... Mais !...

Mais le port d’un short, d’un bermuda (quel vilain mot !), ou d’un pantalon à carreaux par un individu de sexe masculin, plus ou moins affirmé, là n’est pas la question, ne saurait en aucun cas pouvoir relever dans son appréhension d’une des attitudes ci-dessus énoncées.
Le port d’un short, d’un bermuda ou d’un pantalon à carreaux par un humanoïde plus ou moins pourvu d’une zigounette, et plus ou moins accessoirement de deux coucougnettes, n’est susceptible d’aucune clémence, d’aucune excuse, d’aucun pardon, d’aucune mansuétude, d’aucun sursis.
C’est comme ça ! Ca ne se discute pas !
Admettons-le, puisque nous n’avons guère le choix, l’a-t-on eu un jour, l’humanoïde de type femme, si j’ose dire, s’est toujours habillé comme ça lui chantait, s’habille toujours comme ça lui chante, et s’habillera toujours comme ça lui chantera. Sauf dans les régions de la planète infestées d’agités à turbans et autres couvre-chefs ridicules, agités à force de mettre les doigts dans la prise de coran, et où l’humanoïde sans quéquette est tenue de se dissimuler à la concupiscence libidineuse des illuminés qui l’asservissent, sous divers modèles de bâchages fantomatiques.
Donc la femme normale, émancipée, affairée, romantique, amoureuse, politique, éclectique, facétieuse, peut porter des escarpins verts pomme avec une robe rose à rayures bleues, un chapeau en forme d’usine pétrochimique et un manteau à carreaux serti d’écrous clignotants, ça ne pose aucun problème.
Mais rien ne peut expliquer qu’un humain à testicules les blottissent dans un tissu à carreaux. Rien. Vous pouvez explorer toutes les sommes de réflexions philosophiques, toutes les légendes fondatrices des civilisations, toute la poésie, toute la littérature, la peinture, la sculpture, la musique, vous pouvez tout investiguer sur le marxisme, sur le capitalisme, et même sur le libéralisme, il ne s’y trouve pas la moindre trace de quoi que ce soit qui justifie qu’un homme au sens pénis du terme se fagote d’un couvre fesse à carreaux.
S’il fallait une preuve confirmant le bien fondé de ce que je dis, en voilà bien une !

En ces temps où nous aimons que des statistiques viennent étayer les raisonnements que nous comptons tenir, à moins que ce ne soit le contraire, je serais curieux, que dis-je, je suis curieux, de savoir qui procède aux achats de ses vêtements incongrus.
Bien sur certains individus diversement pourvus de joyaux au niveau de l’entrecuisse doivent se commettre eux-mêmes dans ces emplettes. On mesure alors l’indigence des autorités gouvernementales, dans ce domaine comme dans tant d’autres en ce moment, au fait que toute politique soucieuse de la cohésion sociale devrait d’urgence prévoir des cellules d’aide psychologique pour ces pauvres égarés.
Cependant il est très probable, voir assurément soupçonnable que d’aucunes compagnes des individus en question s’ingénient elles-mêmes à acquérir, peut-être en secret, ces sapes tout droit sorties de l’imagination perverse de créateurs implosés.
Ce qui, indubitablement, est une circonstance considérablement aggravante.
Aussi je le déclare sans ambages, toute créature sans zizi qui achète à l’intention d’une créature à zizi, un short à carreaux, un bermuda à carreaux, un pantalon à carreaux, doit être sanctionnée.
Dés que je serai en disposition d’agir politiquement dans ce sens je promets solennellement de faire voter en urgence une loi qui comblera le vide dont on profite pour faire commerce de ces aberrations vestimentaires qui sont une véritable négation de la dignité et de la conscience humaine.

Et pour répondre d’ores et déjà à celles et à ceux qui m’opposerait que mon attitude relève d’un fanatisme anti-carreauxiste, j’objecte que je possède une chemise à carreaux. Et même si je ne la mets presque jamais, ou alors sous un pull, je l’ai, chez moi, et je l’assume avec calme, tranquillité, sagesse et tolérance.
Alors hein ?!? Bon !

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