"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

lundi 23 février 2009

La Girafe

Notez que j’ai mis une majuscule à girafe dans le titre de cet article et vous aurez une idée de mes dispositions sentimentales à l’égard de ce quadrupède fabuleux.
Et cela vous permettra, si vous êtes girafophobe, mais comment une chose pareille serait possible, de quitter immédiatement ce blog et de retourner aux activités que vous avez abandonnées, suspendues, interrompues, pour venir vous égayer sur mes pages.
Je suis en effet girafophile.
J’en ai parlé à mon cheval. Il m’a dit que c’était normal tout en me précisant que, contrairement à ce que je croyais la girafe est un ruminant. Ca m’a pantoiser*.
Ruminant vous savez ce que ça veut dire : en gros ça signifie que la bestiole mange, avale, régurgite, puis avale de nouveau. Dans le cas de l’adorable mammifère dont il est question je vous laisse imaginer les trajectoires de la petite boulette de nutriment. En voilà une qui voyage.
Car outre sa bouille charmante, sa démarche inimitable, sans talons aiguilles, et ses manières d’équilibriste lorsqu’elle va pour se désaltérer, c’est bien sur l’interminable cou de la girafe qui en fait selon moi, qui aie si souvent raison, une des plus sublimes, si ce n’est la plus sublime des créatures terrestres.
Si Dieu existe, c’est à coup sur elle qui le voit de plus près. S’il pleut elle est la première à le savoir. Si Attila déboule à plusieurs avec ses Huns, elle est la mieux placée pour faire le guet. Et si elle voit passer, devant ses grands yeux à grands cils, la courbe croissante des impérities gouvernementales, elle se doute que ça doit grave chauffer dans les chaumières, et elle va se planquer afin de ne pas être réquisitionnée pour porter les banderoles.
Brillant sujet d’étude dans les plus savants laboratoires de la planète, eu égard, par exemple, à son système sanguin qui lui permet de gambader, de courir, de s’envoyer en l’air et de faire les pieds au mur sans jamais craindre la phlébite ni l’hémorragie cérébrale, la girafe n’en est pas moins une grande coquette qui aime à se faire peigner. Jadis, à l’époque où il était courant de croiser des girafes en train de faire leur shopping dans les grands magasins, il était d’usage d’engager des demandeurs d’emplois pour s’occuper de les coiffer. Cette pratique tombée en désuétude a laissé des traces : on a pu ainsi entendre il n’y a pas si longtemps un certain Excité Elyséen, lorsqu’il était en peine de devenir calife à la place du calife, prétendre que les chômeurs étaient avant tout des gens qui préféraient peigner la girafe. Il y a même eu une pétition de protestation à ce sujet de la part de l’A.I.G., l’Amicale Internationale des Girafes, mais on a su plus tard que la majordame judiciaire de l’Excité Elyséen avait étouffé l’affaire. Ce qui n’étonnera pas beaucoup de monde…
Ceci dit, foin de digression politique, même si on pourrait déduire aisément, du seul fait de la belle rousseur de son élégant pelage que la girafe soit un animal très probablement enclin à adhérer à ce qu’il a de plus démocrate dans ce domaine. Et comme elle aurait raison !
Pour ce qui est de sa démarche la girafe va l’amble. Comme vous et moi. C’est à dire qu’elle met une patte devant l’autre. A ça près qu’elle met une patte avant droite et une patte arrière droite devant une patte avant gauche et une patte arrière gauche. Essayez, vous allez voir c’est pas si facile.
D’aucuns, d’aucunes s’amusent, un rien moqueurs, voire moqueuses, de l’allure de la girafe quant elle galope. Car la girafe galope, et peut ainsi atteindre sans dopage la vitesse de 50km/hre. Peu de cyclistes peuvent en dire autant… Et c’est vrai que la girafe adopte alors une allure étrange dont la principale particularité est de bien écarter les pattes de devant dans le souci très compréhensible de ne pas se mélanger les sabots. Surtout si dans sa course elle se trouve préoccupée de ne pas rater le dernier jour des TBM au Bon Marché. TBM veut dire Très Bon Marché et pas ce que vous pensez, bande d’obsédés !...
A ce propos, revenons au cou de la girafe.
Selon moi, qui aie si rarement tort, le long cou de cet aimable ongulé artiodactyle, n’est rien d’autre qu’un rappel permanent et paradoxal de la nature au principe que ce n’est pas la taille qui compte, c’est l’inaccessible. Et c’est sans nul doute le cou de la girafe qui inspira à Monsieur Shakespeare de faire grimper Roméo à une échelle pour atteindre la balcon de sa bien-aimée. En tout cas je ne vois aucune autre explication. Et c’est évidemment ce qui fait de la girafe l’animal le plus poétique de la création. Certes, on me rétorquera qu’il y a aussi des girafes mâles. Et c’est vrai. Heureusement pour elles !
Je répondrais qu’il n’est pas interdit d’envisager qu’on inversa certaines situations et que Juliette grimpa à son tour à une échelle pour aller roucouler sur le balcon de son bien-aimé. Par ailleurs, et cet ailleurs est riche, je ne sache pas qu’on ait jamais relevé quelque cas d’homophobie que ce soit chez cette sympathique grande folle des savanes. Donc on peut toujours rêver.
Et ne nous le cachons pas : la girafe fait rêver !


* prochaine entrée dans le dico analphabétique : mais quand ?...

samedi 21 février 2009

Interview !

Vous n’allez pas le croire. Pourtant je vous en ai fait gober des trucs sur ce blog. Mais là vous allez voir c’est énorme !
Ca sonne chez moi cette nuit, il devait être environ trois heures. Je ne dormais pas du tout. J’étais en train de gratter sur mon écran. Pas du givre, non. Des fourmis. J’étais en train de gratter des fourmis. Je dis à haute voix « Entrez ! » Car il faut savoir que je ne ferme jamais ma porte à clé lorsque je suis chez moi : y’a aucune raison. Puisque je suis là. La porte s’ouvre timidement et un mec entre, prudemment. Je lui dis d’avancer, il avance, presque jusqu’à moi l’air un peu inquiet. Il est au milieu de la pièce. Pas très grand, un peu pâle, petite moustache. Il me dit son nom en me précisant qu’il est ici incognito. Il hésite. Je lui demande ce qu’il veut. Il me dit qu’il souhaite m’interroger. Je lui demande à quel propos. C’est au sujet d’une étude statistique sur la vie secrète des fourmis, me répond-il. Ca tombe bien, je suis en plein dedans, m’exclamé-je. Je sais, fait-il sur un ton un peu mystérieux. Il me demande s’il peut m’emprunter mon ordinateur. Je m’étonne qu’il n’ait pas son matériel personnel. Il m’explique que c’est pour se déplacer plus aisément. Surtout lorsqu’il faut passer les douanes. C’est souvent un peu kafkaïen de se faire dédouaner. Il y a quelque chose d’un peu anachronique dans sa tenue. Et pas que dans sa tenue. Mais il a l’air vraiment sympathique. Il me propose de m’allonger sur mon canapé et s’installe à ma table de travail. Je lui demande si ça ne risque pas d’être un peu bizarre comme situation. Il me dit que non. Et que si j’ai l’intention de trouver ça bizarre c’est que je ne dis pas ça par hasard. Il dégage quelque chose de plutôt rassurant. Je n’insiste pas. D’autant qu’il ajoute calmement et assez mystérieusement que tout le temps perdu ne se retrouve pas toujours. Il se tourne vers moi, me demande si je suis prêt. Je réponds que oui, je suis prêt.
Et voilà. Ca a duré une petite heure. Il me questionne de sa petite voix douce et presque enfantine. Puis, lorsque c’est terminé il imprime l’entretien et me demande de le signer. Je m’exécute. Il plie le document en trois, le glisse dans une poche intérieure, me salue, distant, poli, en souriant. Puis s’en va, comme il était venu.
Incroyable non ?
En me remettant à ma table de travail, vaguement interloqué, je m’aperçois qu’il a laissé la page de l’entretien ouverte. Je m’empresse de la sauvegarder.
Au moins c’est la preuve que je n’ai pas rêvé.
Jugez-en vous-même.
Je trouve curieuses ses initiales, et ce Moi qu’il met à ma place, au lieu de mettre mes propres initiales.
Il se passe de ces choses… Il se passe de ces choses…

Bon, voici donc le texte des questions et de mes réponses. Peut-être un test… Une enquête… Ca me laisse perplexe.

M.P. - Quel est le principal trait de votre caractère ?
Moi - Le choix de la sensibilité.

M.P. - Quelle est la qualité que vous préférez chez un homme ?
Moi - La sensibilité.

M.P. - Quelle est la qualité que vous préférez chez une femme ?
Moi - La sensibilité.

M.P. - Qu’appréciez le plus chez vos amis ?
Moi - Les qualités grâce auxquelles ils m’aiment.

M.P. - Quel est votre principal défaut ?
Moi - Le manque de foi. Ce qui n’a rien à voir avec Dieu. Je préfère le préciser.

M.P. - Quel est votre occupation préférée ?
Moi - Essayer, essayer, essayer sans cesse.

M.P. - Quel est votre rêve de bonheur ?
Moi - Devenir vieux et être content.

M.P. - Quel serait votre plus grand malheur ?
Moi - Ne plus avoir le temps.

M.P. - Que voudriez-vous être ?
Moi - Ce qu’on est tenté de croire que je suis.

M.P. - Dans quel pays désireriez-vous vivre ?
Moi - Dans tous : c’est peut-être pour cette raison que je ne voyage pas assez.

M.P. - Quelle est votre couleur préférée ?
Moi - La couleur d’origine : le noir.

M.P. - Quelle est la fleur que vous aimez ?
Moi – Toutes et un peu plus celle qui va éclore.

M.P. - Quel est l'oiseau que vous préférez ?
Moi - Je les aime tous, mais j’avoue une faiblesse pour celui qui danse.

M.P. - Qui sont vos auteurs favoris en prose ?
Moi - Marguerite Yourcenar et J.M.G. le Clézio. Et quelques autres

M.P. - Qui sont vos poètes préférés ?
Moi - Mallarmé, Pasolini et quelques autres.

M.P. - Qui sont vos héros dans la fiction ?
Moi - Ah ! Ce sont des personnages de fictions ?

M.P. - Qui sont vos héroïnes favorites dans la fiction ?
Moi - Et elles aussi ?

M.P. - Qui sont vos compositeurs préférés ?
Moi - Wagner, Shostakovich, et pas mal d’autres.

M.P. - Qui sont vos peintres favoris ?
Moi - Jérome Bosh, Francis Bacon, et certains autres.

M.P. - Qui sont vos héros dans la vie réelle ?
Moi - Toutes celles et tous ceux qui se destinent à apaiser la souffrance d’autrui. Mais ils se prennent très rarement pour des héros.

M.P. - Qui sont vos héroïnes dans l'histoire ?
Moi - Louise Michel et ses sœurs à travers les siècles. Mais elles se prennent très rarement pour des héroïnes.

M.P. - Quels sont vos noms favoris ?
Moi - Le mien et celui que je m’invente pour le tenir de moi.

M.P. - Que détestez-vous par-dessus tout ?
Moi - La lâcheté et la laideur : celles dont on construit aujourd’hui ce qu’on appelle le divertissement.

M.P. - Quel est le personnages historiques que vous méprisez le plus ?
Moi - L’actuel occupant de l’Elysée.

M.P. - Quel fait militaire admirez-vous le plus ?
Moi - La désobéissance et les traités de paix : mais je ne suis pas sur que ce soit des faits militaires.

M.P. - Quelle est la réforme que vous estimez le plus ?
Moi - Elle est à venir : c’est celle qui permettra qu’on ait plus à la tête d’un état une personne méprisable.

M.P. - Quel don de la nature voudriez-vous avoir ?
Moi - Un genre de grâce et peut-être un peu de beauté.

M.P. - Comment aimeriez-vous mourir ?
Moi - Un matin, éveillé, calmement, avec sur les lèvres un petit sourire de reconnaissance.

M.P. - Quel est l’état présent de votre esprit ?
Moi - Il fait nuit, une lueur de lune entre par la fenêtre, je me sens bien. Confiant.

M.P. - Quelles fautes vous inspirent le plus d'indulgence ?
Moi - A peu près toutes. Surtout celles que je suis parfois tenté de commettre ou que j’ai commises.

M.P. - Quelle est votre devise ?
Moi - Je suis encore trop jeune, ça changerait trop souvent.

G 17


Les murs vivants striés
Tout le nerf de la bête
S’écrit dans le désordre
Pour que le miroir saigne
Tout lisse de ciment.

Mais là rien ne s’écoule.

Des éclairs pétrifiés
Décalqués des orages
Graffitent les appuis
Des opiniâtres fronts
Au multiple inusable.

Mais là rien ne s’écroule.

Interne position
Des poings clos entêtés
Lente ouverture en fleurs
Dans l’enclave aux pensées
Vivants effondrements.

Le noir s’épanouit.

Et les jets de peinture
Décrivent les envers
Chétive identité
Proclamée sur le laid
Des zones affalées

Sous les constantes nuits.

mercredi 18 février 2009

Hordelou 1

Né d’une pluie battante. Diluvienne. D’un orage brutal sous lequel toute vie se terrait. Les façades, les arbres, les autos garées, le moindre banc, les lampadaires, saisis d’une immobilité nerveuse. Il y avait sûrement des siècles qu’un orage de cette ampleur, de cette force, ne s’était pas produit.
Né détrempé, désarticulation électrique scratchée d’un éclair sur un piton rouillée d’où pendait une chaîne. Né d’un hurlement bleu et osseux qui doubla le vacarme des éléments, se fracassa sous le ciel tendu et rampant, explosa en brisures acérées et finit dans un miaulement de chat écorché, emporté par la crue du caniveau qui passait là, à ses pieds. Et d’un gargouillis ricanant de douche glacée derrière le rideau de néon accroché à l’aplomb du mur de briques.
Un long sac de bras et de jambes d’où dépassait une tête, maintenu à un clou. Un haillon vaguement humain surgi d’un phénoménal claquement de foudre. Un pantin sordide rempli puis vidé d’un fracas de tonnerre qui l’abandonna sur place, atteint de sa décharge.
Tombé d’un ravage. Accouché d’un seul coup d’éclat spectral par une outre d’encre projetée en copeaux cinglants de verre liquide. Vomi, fœtus développé dans une antre de rage, par l’atroce avatar d’une existence avortée. Libéré d’une gangue de tempête glacée, par l’incongruité hasardeuse d’une conjonction violente, et lâché comme vivant d’une seconde de démence au milieu de rien.
Naissance soustraite au regard de tout autre grâce à la puissance insoutenable qui délivrait ses fureurs jusqu’au delà des périphériques et interdisait que quiconque se risqua à l’extérieur. Au plus était-il possible de distinguer, signes dérisoires de secours inutiles, quelque alarme étouffée que traînait avec elle une unité d’intervention d’urgence qu’on avait appelé à l’aide.
Derrière les fenêtres, les volets clos, l’absence totale d’éclairages laissait imaginer des hommes, des femmes, des enfants, remplis d’angoisse, couchés, accroupis, ou assis, les épaules repliées, sans prières, attendant que ça passe, et, pour les plus audacieux, se demandant ce qu’il en serait après.
Il entrouvrit les yeux. Ca fumait encore sous ses fringues. Il plaqua ses paumes contre le mur, hoquets instinctifs d’automate, et d'un coup sec de son cou maigre il arracha sa nuque de la tige de fer brûlante, puis il dégagea son corps de la chaîne. Des fumerolles noires sortaient par les orifices de sa tête, aussitôt dissoutes par la pluie féroce. Il fut secoué quelques secondes par des tressautements. Il en perdit l'équilibre et s'écroula à genoux sur le trottoir inondé. Prostré il s'ébroua, et sa tignasse sombre et épaisse vola autour de son crâne où elle était plaquée. Ses longs bras ondulèrent. Il ôta un à un avec des gestes mécaniques quelques concrétions de matière morte dont les gants étaient restés collés à ses reins, à ses épaules, à ses cuisses. Il les jeta dans le torrent qui submergeait la rue.
De nouveau un éclair crépita. Le tonnerre gronda, plus loin. L’orage commençait à s’épuiser. Sur le bitume que l’eau n’avait pas recouvert, et sur le quai en retrait, la pluie s’écrasait en milliers de minuscules ampoules qui éclataient au sol.
D’un mouvement de sa nuque, lente charnière, il releva sa tête, cambrant son échine, la renversa en arrière, plia son dos jusqu’à le briser, offrant son visage au ciel d’encre d’où le déluge se précipitait.
Une fine peau blanche, à peine doublée d’un peu de chair couvrait son front et ses pommettes, tendait les creux de ses joues, tirait sur sa mâchoire ouverte. Il ouvrit complètement les yeux. Deux larges orifices et un regard gris pâle qui hésitait à la surface, muet, vide, sans âme.
Un dernier éclair électrisa le ciel et projeta sur lui sa blanche clarté stroboscopique. Il se renversa davantage jusqu’à ce que les extrémités de sa chevelure trempe sur le trottoir.
Le coup de tonnerre qui suivit vint de si loin cette fois qu’on eu dit un énorme animal éreinté retournant par delà ses montagnes, rentrant dans sa caverne, grognant avant d’aller s’assoupir.
La pluie commençait elle aussi à s’épuiser. Le son de sa chute furieuse ne couvrait plus celui du torrent qui dévalait la rue, que les égouts ne parvenaient pas à boire, et qui débordait en face jusqu’au pied des immeubles.
Il garda sa posture, renversé, ce qui lui tenait lieu de chemise collé à son torse étroit, intérieurement animé des infimes mouvements que pouvaient nécessiter la détente de ses articulations, de ses muscles.
Quelques chétives lueurs de réverbère chassaient un peu d’obscurité.
Au carrefour d’un boulevard, un peu plus haut, moins inondé, des lumières de phares apparurent. Un petit camion blanc barré de bandes rouges et bleues stoppa. Le véhicule voulu s’engager dans la rue et au moment où il tentait de le faire, un gyrophare se mit en marche sur le toit et une sirène commença à hurler simultanément.
Il sursauta. Se redressa. Lança un regard effrayé vers le carrefour. S’affala dans l’eau et roula sur lui même contre le mur de brique pour se blottir dans la pénombre.
Le petit camion ne put aller très loin tant la rue était devenue impraticable. Il recula et repris le boulevard. La sirène se tue. Les flashs du gyrophare disparurent.
Allongé de tout son long dans l’encoignure du mur et du trottoir il ne remua plus.
La pluie cessait. Le ciel n’était plus qu’un gros paquet de linges lourds qui égouttait. De nouveau, au carrefour, des faisceaux blancs, suivis d’une voiture fendant prudemment la couche d’eau et faisant jaillir autour d’elle des lames courtes en forme de nageoires.
Torpeur d’avant un éventuel soulagement, un calme morne se répandait mollement au fur et à mesure que le ciel reprenait de la hauteur. Les égouts débordaient et diluaient leur puanteur dans les flots opaques qui s’accumulèrent au bas des pentes de rues, dans les cuvettes des places, sur des avenues devenues marécages, cherchant de nouveaux accès pour s’écouler vers les canaux, vers le fleuve.
Aussi inerte qu’un chevron de bois rongé par les intempéries, face enfoncée dans l’angle de brique et de goudron, une terreur sans nom le paralysait. Que tout s’apaisa progressivement autour de lui l’engonçait encore plus dans cette positon à laquelle rien n’était en mesure de l’arracher, venant de lui-même.
Il entendait des bruits de moteurs d’autos qui devaient se remettre à circuler sur le boulevard. Il sentit des présences. Des bruits de pas dans l’eau à proximité. Des êtres réapparaissaient. Courbés. Gris. Pressés. Il dégagea son visage, discrètement pour un coup d’œil par dessus son épaule. Il remarqua deux silhouettes debout dans l’encadrement d’une porte d’un immeuble, de l’autre côté de la rue, qui regardaient à leurs pieds le torrent dont le courant ralentissait. Au dessus de sa tête il perçut un son, celui d’une chute d’eau par un robinet qu’on aurait ouvert. Il se recroquevilla et se ramassa pour s’asseoir contre le mur. Levant les yeux il vit un gros individu, à moins d’un mètre de lui, aux traits épais hérissé d’une barbe clairsemée, aux fringues déchirées par endroit, qui pissait contre le mur.
Ayant capter sa présence la trogne poisseuse maugréa :
« ‘lors gars ! Ké qu’tu fous là ! Faut pas rester l‘ans l’noir ! t‘vas t’faire pisser d’ssus sinon ! »
Il recula en se mettant debout, sans lâcher du regard l’hirsute qui puait. L’autre s’éloigna le long du mur et disparu par une étroite ouverture en se tortillant.
Il continuait à reculer, apeuré, ne saisissant rien de ce qui se passait autour de lui. Il fut bientôt sur le quai. Il scruta toute la largeur du bassin, fouillant l’obscurité, ne sachant quoi chercher, pivotant sur lui-même, les yeux fixes, exorbités. Des frissonnements parcouraient son dos, et faisaient trembler ses bras, ses jambes, ses mains. Une sensation de malaise, de nausée, envahissait son ventre creux. Il tournait sur lui-même, marionnette sans fils, corps désaccordé, bouche ouverte, volatile mutilé, lèvres pâles, ne parvenant nulle part à arrêter son regard, ignorant vers où, vers quoi se diriger.
Fouillant les alentours immédiats qui se présentaient à ses yeux écarquillés, il finit par distinguer de plus en plus nettement une fenêtre, dans les hauts étages d'un immeuble sur l’autre rive du bassin. C'était la seule fenêtre qui fut éclairée. Une fenêtre très large où une ombre se découpait. Une ombre d’homme qui semblait, de loin, habillé d'un épais vêtement d'intérieur. L’homme tenait dans une main un récipient qu'il porta plusieurs fois à hauteur de sa bouche. Une douce lumière orangée baignait la pièce derrière les vitres.
Il ne détacha plus son regard de cette fenêtre. L’homme le regardait. L’observait. Il n’avait certainement aucun moyen de s’en assurer. A peine le besoin. La silhouette statique dans l’encadrement, le geste mesuré de porter à sa bouche le récipient tenu d’une main, tandis que l’autre plongeait dans la poche du vêtement, cela pouvait suffire.
Détournant son regard un bref instant, il repéra un endroit, et fixa de nouveau la fenêtre éclairée.
Il marcha d’un pas saccadé vers la pile d’une passerelle qui enjambait le bassin, sans plus quitter des yeux la silhouette de l’homme, et arrivé au bas du petit édifice de pierre il plaqua son dos dans un recoin noir et glissa jusqu'au sol puis il replia ses jambes contre lui, les enserrant dans ses bras.
Du petit amas qu’il formait n’émergeaient plus que ses deux yeux décolorés, si clairs, comme deux trous phosphorescents braqués sur la fenêtre d’en face.
L’homme dans la fenêtre ne bougea pas.
Il attendait peut-être que les paupières s’abaissent sur les deux lueurs vides qu’il arrivait à voir de là où il était.
Une fine pointe dorée perçait au delà des portes de la ville sous les décombres de l’orage.

dimanche 15 février 2009

A carreaux !

Vous vous souvenez sans doute que lors d’un des mes inoubliables articles concernant le périple Irlando-Ecossais avec Greg au mois de novembre 2008, j’avais évoqué les carreaux. Si si c’était le 6 janvier de cette année.
Je faisais l’éloge du tissu écossais dont on fait quelques pantalons, et surtout pas mal de jupes très seyantes dans les contrées de l’au delà du Mur d’Hadrien.
Et je précisais à quel point cette éloge était exceptionnelle eu égard à ce que je pense en général des vêtements à carreaux, des vêtements à carreaux portés par des hommes, et plus encore des vêtement à carreaux portés par des hommes en dessous de la ceinture.
Et ce que j’en pense c’est qu’un vêtement à carreaux, quel qu’il soit, porté par un homme, en dessous de la ceinture, c’est à dire un short, un bermuda, un pantalon, n’est rien moins qu’une démonstration du plus mauvais goût qui puisse se manifester. Et pourtant on sait à quel point la concurrence dans ce domaine tentaculaire est rude et les concurrents nombreux !
Avec un sens assez développé d’une mansuétude, de l’ordre de celle qui nous ferait accorder notre pardon à quelqu’un qui prétend se restaurer en allant quérir quelques nutriments malodorants dans une boutique très laide de type mac-pouet-pouet ou mac-plouf-plouf, nous savons éviter de pendre par les pieds au dessus d’une marmite de ketchup bouillant le bipède qui se proposerait d’accompagner sa blanquette de veau à l’ancienne d’un soda de marque coca quand ce n’est pas carrément cola.
Assuré d’une capacité de pédagogie plus assise sur de saines lectures que sur des programmes d’élucubrations de formatages pour conditionnement sous vide d’encéphales sous perfusion audiovisuelle, nous parviendrons toujours à vouloir d’abord parlementer avec le jeune bubon, ou la jeune bubonne, qui envahit la rame de métro avec sa sono à la main au lieu de se carrer les bouchons de sa prothèse musicale dans les esgourdes afin d’épargner aux co-voyageurs de la rame le débit consternant des tubes de pâte à trous de balle dont il ou elle se lubrifie les orifices, plutôt qu’à dévisser la tête de celui-ci ou de celle-la à grand coup de battoirs à cinq doigts dans le but, très hypothétique par ailleurs, de provoquer un sursaut des deux ou trois neurones qui sub-vagissent très aléatoirement au fond de son bocal d’eau froide.
Patiemment armé d’un humanisme aussi bien fondé sur la certitude que de toute façon sans faculté de distanciation on est trop insupportablement trop proche de tout, et sur la confiante espérance qu’en fin de compte même le plus antédiluvien des supporters de jeu de baballe est inexorablement condamné à progresser, nous n’en finirons jamais de labourer inlassablement le sillon du vivant, en y semant tout ce nous pourrons, et croirons être, de tendresse penchée, de petites beautés germinantes, de douceurs savamment dosées d’acidités salutaires, et de retenue indécrottablement hanté par ce que nous savons être souvent la vanité du coup de pied au cul, le superflu de l’écartèlement en place publique ou privée, et même la condamnation à perpétuité à lire des œuvres littéraires pour les abonnés inconditionnels des torchons de papiers glacés aussi hebdomadaires que déroutant d’une grotesquerie qui ferait paraître une intervention de Madame Angot pour un message d’élévation de la pensée universelle.

Mais !... Mais !...

Mais le port d’un short, d’un bermuda (quel vilain mot !), ou d’un pantalon à carreaux par un individu de sexe masculin, plus ou moins affirmé, là n’est pas la question, ne saurait en aucun cas pouvoir relever dans son appréhension d’une des attitudes ci-dessus énoncées.
Le port d’un short, d’un bermuda ou d’un pantalon à carreaux par un humanoïde plus ou moins pourvu d’une zigounette, et plus ou moins accessoirement de deux coucougnettes, n’est susceptible d’aucune clémence, d’aucune excuse, d’aucun pardon, d’aucune mansuétude, d’aucun sursis.
C’est comme ça ! Ca ne se discute pas !
Admettons-le, puisque nous n’avons guère le choix, l’a-t-on eu un jour, l’humanoïde de type femme, si j’ose dire, s’est toujours habillé comme ça lui chantait, s’habille toujours comme ça lui chante, et s’habillera toujours comme ça lui chantera. Sauf dans les régions de la planète infestées d’agités à turbans et autres couvre-chefs ridicules, agités à force de mettre les doigts dans la prise de coran, et où l’humanoïde sans quéquette est tenue de se dissimuler à la concupiscence libidineuse des illuminés qui l’asservissent, sous divers modèles de bâchages fantomatiques.
Donc la femme normale, émancipée, affairée, romantique, amoureuse, politique, éclectique, facétieuse, peut porter des escarpins verts pomme avec une robe rose à rayures bleues, un chapeau en forme d’usine pétrochimique et un manteau à carreaux serti d’écrous clignotants, ça ne pose aucun problème.
Mais rien ne peut expliquer qu’un humain à testicules les blottissent dans un tissu à carreaux. Rien. Vous pouvez explorer toutes les sommes de réflexions philosophiques, toutes les légendes fondatrices des civilisations, toute la poésie, toute la littérature, la peinture, la sculpture, la musique, vous pouvez tout investiguer sur le marxisme, sur le capitalisme, et même sur le libéralisme, il ne s’y trouve pas la moindre trace de quoi que ce soit qui justifie qu’un homme au sens pénis du terme se fagote d’un couvre fesse à carreaux.
S’il fallait une preuve confirmant le bien fondé de ce que je dis, en voilà bien une !

En ces temps où nous aimons que des statistiques viennent étayer les raisonnements que nous comptons tenir, à moins que ce ne soit le contraire, je serais curieux, que dis-je, je suis curieux, de savoir qui procède aux achats de ses vêtements incongrus.
Bien sur certains individus diversement pourvus de joyaux au niveau de l’entrecuisse doivent se commettre eux-mêmes dans ces emplettes. On mesure alors l’indigence des autorités gouvernementales, dans ce domaine comme dans tant d’autres en ce moment, au fait que toute politique soucieuse de la cohésion sociale devrait d’urgence prévoir des cellules d’aide psychologique pour ces pauvres égarés.
Cependant il est très probable, voir assurément soupçonnable que d’aucunes compagnes des individus en question s’ingénient elles-mêmes à acquérir, peut-être en secret, ces sapes tout droit sorties de l’imagination perverse de créateurs implosés.
Ce qui, indubitablement, est une circonstance considérablement aggravante.
Aussi je le déclare sans ambages, toute créature sans zizi qui achète à l’intention d’une créature à zizi, un short à carreaux, un bermuda à carreaux, un pantalon à carreaux, doit être sanctionnée.
Dés que je serai en disposition d’agir politiquement dans ce sens je promets solennellement de faire voter en urgence une loi qui comblera le vide dont on profite pour faire commerce de ces aberrations vestimentaires qui sont une véritable négation de la dignité et de la conscience humaine.

Et pour répondre d’ores et déjà à celles et à ceux qui m’opposerait que mon attitude relève d’un fanatisme anti-carreauxiste, j’objecte que je possède une chemise à carreaux. Et même si je ne la mets presque jamais, ou alors sous un pull, je l’ai, chez moi, et je l’assume avec calme, tranquillité, sagesse et tolérance.
Alors hein ?!? Bon !

vendredi 6 février 2009

Onobster

Dans un grand élan de je ne sais pas quoi, peut-être une pulsion maniaque, un accès névrotique non maîtrisé, un surgissement hystérique incontrôlé, me voici déjà usinant le définitionnement d'un mot tout juste annoncé dans le définitionnement du dernier mot qui fut définitionné dans cette oeuvre encyclopédique, et dans encyclopédique y'a cyclope, c'est vous dire si je vous ai à l'oeil. Mine de rien.
Or donc je m'en va vous définitionner un verbe tout simplement surréaliste. Un verbe qui doit toute sa curiosité à un usage à la fois légendaire et mystique que j'en fais en dérivant d’une simple préposition. Un usage à la fois incantatoire et conjuratoire. Un usage peut-être même laboratoire et philoprétoire*. Un usage qui confine au messianique et au téléphérique. Qui pourrait atteindre à l'apocalyptique en passant par le multi-prise à rayon laser.
Vous voyez ce que je veux dire ...
Il est question du verbe onobster.
Ouai !... C'est comme j'vous l'dis !
Donc :

Onobster : v. Notons tout de suite que nous allons peu nous préoccuper de savoir si c'est i. ou t., c'est à dire de savoir si ça transite, si ça transite pas, et par où. Cela devrait nous éviter quelques querelles intestines. D’autant qu’on va avoir assez affaire sans s’encombrer de ce qu’un conflit doit, (ou autre palmipède), apporter dans certains cas à un débat pour l’enrichir, alors que de toute façon pour ce qui nous occupe il n’y a pas débat. Ni d’ébats. Ni des hauts. Ni rien. Nous sommes nus devant un néant néanmoins rempli d’un vide qui nous laisse hagards, et pas que d’Amsterdam, où y’a des marins qui prennent le train, où dans le train, où qui restent sur le quai en se demandant si c’est vraiment une bonne idée d’avoir remplacé les haubans par des caténaires.
Donc : de « on », dont nous avons déjà vu dans le définitionnement du verbe onnoyer, (en date du 18 avril de l’an de grâce 2008, après J.C. et 48 après Moi), qu’il signifiait en substance, si j’ose dire, personne. Il a souvent été question d’ailleurs de ce problème dans une certaine littérature à venir : le père sonne et la mère dit « Tiens, on a sonné ! ».
Et de « obster » dont de distingués latinistes et d’approximatifs nostalgiques de la langue de Tacite, alias Publius Cornelius Tacitus, ne manqueront pas d’observer que cela nous rappelle clairement la formule « nihil obstat » couramment utilisée chez les cadres de la Vatican Christian Trade Corporation Limited and Co pour confirmer que rien ne s’y oppose. Ne s’oppose à quoi ? Ne s’oppose à l’édition d’un laïus à caractère moral ou liturgique du fait qu’on y trouve aucune trace de fornication, ni sur un mode génito-génital, ni sur un mode bucco-génital. Ni même sur un mode bucco-buccal. C’est vrai qu’il n’y a pas que le sexe dans la vie. Y’a aussi le doigt de Dieu.
Mais revenons à nos boutons comme dirait un adolescent qui aurait de l’humour.
Et je vous arrête tout de suite : connaissant votre savoir anticlopédique, par lequel il appert que vous n’aimez pas clopiner du neurone, et votre propension à émettre des points d’interrogation comme certains petits enfants lunaires produisent des bulles, je vais répondre à votre perplexité née de ce qu’il vous semble bien que ce verbe vous rappelle quelque chose, mais quoi, et que s’il vous en souvient bien il y avait, le jour où vous croisâtes ce quelque chose, à plusieurs reprises, y compris au bout de vos chaussettes, un n au début. Oui un n. Et que là, y’en a pas. Ca commence par un o. Et vous vous demandez, à juste titre, voire à juste sous-titre pour les plus minutieux, s’agit-il du même mot.
Et je vous réponds oui, d’une certaine façon. Et non, d’une autre manière.
Car justement n’onobstons jamais qu’il faille parfois onobster. En clair, ne reculons devant rien, même le néant moins le vide, vous voyez que tout se tient, sachons être personne ne s’opposant, et personne s’opposant.
Personnellement j’onobste qu’un ministre des affaire étranges qui doit son maroquin au talent avec lequel il est allé manger dans la papatte d’un fanfaron présidentiel soit traduit en justice suite à la parution d’un livre qui révèle le détail de ses étranges affaires.
D’un autre côté je n’onobste pas que chacune ou chacun tire ses propres conclusions des comportements de ce même ministre avant qu’il le devint, lorsqu’il allait proposer ses services d’expert-consultant à un dictateur africain en échange d’émoluments assez somptuaires pour apaiser sa conscience d’humaniste estampillé, qui fut assez courageux pour vaincre ses doutes et défendre les agissements d’une célèbre compagnie pétrolière oeuvrant à ses bénéfices colossaux dans un autre pays écrasé par la botte d’un pouvoir certes Birman, mais surtout sanguinaire.
Vous sentez la différence ?
Oui j’en suis sur. Car je commence à bien vous connaître, vous savez.
Dans un autre domaine, il onobste qu’il faille nécessairement prendre le train pour voyager.
Mais il n’onobste pas concomitamment que l’avion ait à cet égard des prétentions follement ébouriffantes.
Pour finir onobstons qu’ayant le ventre qui crie famine le p’tit voleur roule à tombeaux ouvert au volant d’une voiture qui ne lui appartient pas pour ne pas rater la fermeture de la soupe populaire, prenant notamment les virages sur les chapeau de roue.
Et n’onobstons pas que la faim justifie les moyeux.

Epilogue :

Nonobstant que la préposition nonobstant puisse garder toute son utilité : soyons bon. Oui bon sans s car c’est Moi qui soyons.

*En... attente... hum...hum...

mardi 3 février 2009

051103_fr2V


Précipices des enfants, bordures de trottoirs
D’un coté coule l’Amazone
De l’autre montent des falaises
Une racine de géant les oblige à tremper le talon
Dans l’eau verte des caïmans
Des créatures de tôle les repoussent au pieds des canyons.
Il faut aussi lutter contre les aiguilles encodées
Que montrent à leur pattes les faucheurs indigènes
Qui vont-viennent qui vont-viennent qui vont-viennent.
Ou trottoir comme étal
Sourires
Aux yeux vidés
Changés
En fric de hyènes
Trafic de corps ployants
Sous désirs d’ossements.

Précipices des enfants, chants en voix de verre
Traçant compas dans l’air
Des bulles aux sorcières
Point de point virgule, rien que des carabi
Des caraba des carabo
Des billes farceuses sous les souliers alignés.
Ça tient à la main dans le noir dont il faut avoir peur
Des épingles cachées pour dégonfler les ogres
Et quelques grains de lune pour amadouer les loups.
De même
Brisure
A la parade de Wolfy
Rien qu’en sautant un mur
Deux trois notes mineures
Ou quatre et
C’est tout.

Précipices des enfants, questions secrètes
Ce peu qu’ils osent
A moins qu’ils dessinent
A moins qu’ils espèrent
Car le fuyant plus tard
Déplace les pierres au courant de leur traversée.
D’un pied sur l’autre ils grandissent aux poussements du corps
Sauf si le terrassement d’un grand arbre abattu
Les propulse d’un coup de plusieurs graves enjambées.
Et abysses
Réponses en rideaux
Rideaux en cocons
Cocons en étoiles
Etoiles en terminus
Poursuite seul.

Précipices des enfants, écrans entre les mondes
Milliers de vitres polychromes
Aux sons d’oiseaux électrisés
Les tubes cathodiques masquent la forme des visages
Bariolent des peintures de guerre
Transportent des argonautes de circuits intégrés.
A hauteur des cruautés disposées en jalons de dentiers
S’invente vanté d’innocence l’héroïsme de déjouer
Le songement pour distraire et les ruses du réel.
Mais à-pics
De sabres cannes en hauts hurleurs
De pointillés pointus
De tracets filant
Qui trouent l’étui
Où glisse
Le fil.
Contes métalliques
Livres de portières épaisses
Jours en crocheté
Qui agrippent la nuque
Le thorax
Où fleure
La chair.

Précipices d’enfants, fond de nuit de mai
Abandon des grillages
Braquant le défendu
Une trouille de friche à la clôture blessante.
Dans les mains solennelles
Se lèvent les paupières d’inédites incandescences
Cendres et fumée, salive et tremblements,
Coucher avec le verbe apprendre sans honte dans les bras
Savoir surtout ne savoir qu’arrivant on s’en va.
Puis
Vertige
Lent manège
Cran de plus à la roue
L’en allé en mémoire
En première ligne
Ça s’écrit
C’est ton tour
C’est ton tour
C’est ton tour
C’est à toi