"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

samedi 18 octobre 2008

Seul

Plus rien ne se déchire.
Tout tient dans un enclos.
Retour de voix de contre la pierre et le verre.
Grande coque retournée, au dessus, et la chair,
Infiniment mourante, une plage enroulée,
Des pages de désert.
Et ce vrai, plus que vrai, une corde,
Seule,
Qui vibre.
Quelques lignes de mots arrimés
A la marge.
Filets flottants dans l’eau d’un lac
Inhabité.
Le temps de rien.
Le rien du temps.
Plus de dérive.
Tout tient dans une peau.
Retour de voix baissée au fond noué du palais.
Berceau inversé sous la ronde extérieure,
Tellement éloignée.
Multitude exilée.
Livres décomposés.
Et l’implacable vrai
Battant dans l’entrepont, un tambour,
Seul.
Scansion sans yeux.
Le bagage est bouclé.
Le monde peut partir.
Une petite figurine sur un quai enfumé
Fuit avec sa nef sous le bras,
Saute furtive sur un pont.
Et le pan de banquise se détache.
Toutes les saisons dans une poignée de phalanges.
Toutes les morsures dans une pincée de rouge.
Toutes les larmes dans une plume noire.
Toutes les joies dans un recueil de rouille.
Toutes les beautés dans des seringues bleues.
Toute la mort dans un flacon d’alcool.
Et va le temps de rien.
Et va le rien du temps.
Le vent balaye.
La pluie lave.
Le soleil sèche.
Vaines les parures d’anthracite,
Les vasques de ciselures,
Les pendules des stations,
Les esquisses de blessures,
Les écritures vagues.
Vaine jusqu’au moment de n’en être que soi.
Soi comme soir.
Soi comme matin.
Soi comme demain.
Soi comme autre inconnu.
Soi comme un puits d’hier.
Une nuit primaire.
Comme commencement
Au sonar hébété.
Et ce toujours qui veut,
Et ne se tait jamais,
Et cette complaisance à le servir.
La caverne manquante.
L’abri dans la forêt.
Tout en haut de la tour
L’antique encensoir
Sans adresse.
Pourtant tout tient.
Même le chant hissé dans l’ombre qui résonne,
Et sa voile glacée.
Le poème tracé d’une main désarmée.
L’impudeur.
La corde et le tambour se mêlent.
Reconnaissent.
Se trompent.
Mais l’accord
Le temps d’un verre
De liqueur corrosive,
L’accord fait son œuvre de leurre.
Et l’heure passe,
Plusieurs,
Jusqu’à la prochaine rive.
Où à nouveau le temps de rien.
Où à nouveau
Le rien
Du temps…

7 commentaires:

Bruno a dit…

Sublime chanson précédée par un très beau texte. Tu dois connaître aussi, puisque tu connais les lettres à un jeune poète, les mots de Rainer Maria Rilke au sujet de la solitude.
"Nous somme seuls... On peut s'illusioner ..."

Clic!

Anonyme a dit…

Et pourquoi dans courrier envoyé ?

Thy Wanek a dit…

Salut Bruno! Oui je connais, bien sur, et d'autant mieux que tu sais quoi ? Barbara en enregistra une lecture, un peu confidentielle, au début des années 90. cett voix là avec ce texte là, jete raconte pas !
Merci !

Monsieur l'Anonyme : dans courrier envoyé pour que ça puisse partir et éventuellement arriver. En tout cas c'est comme ça souvent que ça marche le mieux. Non ?
(Non il n'y a pas d'adresse, si ça doit être la question suivante : comme ça arrivera où ça veut.)

Anonyme a dit…

Very very beautiful text !

W.

Thy Wanek a dit…

Thank you mysterious W !

Bruno a dit…

Et ça se trouve où cet enregistrement ? Est-ce que ça a été commercialisé ?

Thy Wanek a dit…

Ah non, ça n'a pas été commercialisé ! Du coup ça se trouve chez quelques personnes. Notamment chez moi ... La la la !...