"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

jeudi 30 octobre 2008

Définitionnement

Alors ça ! Vous ne le croirez pas ! J’en suis encore tout abasourdi ! Le cul par terre ! On sonne chez moi la toute à l’heure à 4 heure ! Oui, à 4 heure du matin ! Dans l’état titubant de quelqu’un qu’on vient de jeter par dessus le bord, je multiplie les tâtonnements à la recherche simultanée d’un semblant de vêtement, d’un semblant de lumière, et d’un semblant de mémoire quant à savoir où se trouve ma porte d’entrée. Une fois regroupés ces trois accessoires, le battant de mon huis s’ouvre enfin dans des conditions à peu près acceptables. Un type se tient là, dans une livrée uniforme dont la facture, de laquelle j’ignore le montant, tient du plombier d’hôtel de luxe et du liftier de bordel sado-maso. J’entreprends de le dévisager. Il a une tête absolument quelconquifiée* par une mine aussi engageante que celle d’un officier de bonne famille, instruit dans les respects des saints commandements, à qui un joyeux drille vient de faire une proposition de sodomisation mutuelle. Sa main me tend une enveloppe. Dans un geste d’impatience il la secoue brièvement. L’air sans doute ahuri, et rapidement convaincu qu’il ne s’agit pas là d’un interlocuteur, je prends enfin l’enveloppe de sa main. Raide comme un i il fait alors demi tour et disparaît au coin du couloir. Je referme ma porte. Je regarde l’enveloppe, lis mon nom sur le recto, et au verso une pléiade de mentions : Secrétariat Général de l’Unescoco, Secrétariat Perpétuel de l’Académie de Pain, Secrétariat Majestueux de la Queen Zaza II, Secrétariat Approximatif du Parti Sans Laisser d’Adresse, Secrétariat Multimédia des Fournisseurs d’Accès à Double Sens, Secrétariat International du Bureau International du Travail du Chapeau, etc… etc … J’en ai compté un vingtaine en tout ! Certains, contrairement à ceux qui précèdent, dont je n’avais jamais entendu parlé.
Un peu interloqué, on le serait à moins n’est-ce pas, je reprends ce qu’il me reste possible à reprendre comme esprit et, un peu fébrile tout de même, je déchiquette maladroitement l’emballage de la missive.
Saisi par ailleurs par une récurrente folie des grandeurs, je m’imagine déjà promu Grande Plume à New York, Réanimateur en Chef d’Immortels Sub-Clapotants ou Grand Chancelier de l’Ordre du Bain Moussant avec des Essences Rares Dedans.
Je déplie une simple feuille où sont reprises en en-tête les identités de la vingtaine d’expéditeurs. Et, bien sûr je tombe de haut. Heureusement je m’étais assis entre temps.
C’est une pétition ! Oui, vous avez bien lu, chères lectrices, chers lecteurs, une pétition ! Signées par tous les intervenants expéditeurs. Et une pétition qui dit quoi ? Et bien voilà, en substance : on m’enjoint, sur un ton en outre à peine courtois, de procéder sans plus de délai au définitionnement du mot définitionnement dans mon dictionnaire analphabétique**. Rien moins. Et attendez, c’est pas terminé ! Tout nouveau retard suite à cette injonction me condamnerait illico presto à me voir tatouer, en place publique, sur l’ensemble de la couenne, les œuvres complètes de Christine Angot : vous connaissez plus pervers vous ?
J’avoue que j’ai eu du mal à m’en remettre.
Le seul réconfort que j’ai ressenti, c’est que je me suis rendu compte à quel point mon entreprise académique était suivie en haut lieu.
Ajouté à cela la perspective de me voir couvert à l’aiguille à coudre d’une prose dont l’envie d’en acheter le moindre volume m’est plus lointaine que le plus lointain cailloux flottant dans notre cosmos, j’ai opté dans le sens de m’exécuter moi-même.
Cela étant, je n’ai pas dit mon dernier mot. C’est le cas de le dire …

Bon alors :

Définitionnement : n.m. de l’à peu près terminé « défini », lui même issu de « défi » qui veut dire si on en croit Monsieur Corneille : « Te mesurer à moi, qui t’a rendu si vain, toi qu’on a jamais vu marcher sur tes deux mains ! » suivi de « Parle sans t’émouvoir. Je suis jeune il vrai, mais aux âmes bien nés la valeur n’attend pas et là je suis pressé » (citations de mémoire…) et de « ni » qui fait joli à la fin, tout en instillant cette note d’incertitude qui provient du fait que défini, à force de jouer au dé, ça peut indiquer que c’est peut-être pas si fini que ça, voire c’est en train de ne plus être fini. Comme dans défaire, si vous voyez ce que je veux dire… Et de « tionnement » dont il faut bien se rendre à l’évidence qu’après les recherches les plus approfondies, on a les pires difficultés à savoir d’où ça vient. Y’a bien l’idée de quelque chose qui ne ment pas, mais ce « tio » qui traîne juste avant ça ressemble plus à une arnaque qu’à une racine. En fait de racine le seul tio que nous ayons répertorié dans le monde, et depuis l’origine des temps, c’est vous dire qu’on ne lésine pas sur les moyens d’investigation, c’est une bûche catalane, une bûche de Noël, en bois donc peu comestible, et qui est censée prodiguer des petits présents, contrairement aux Rois Mages qui s’occupent de représenter le Grand Absent.
Bref, on va garder ce « tio » là, pour les petits présents que sont après tout ces mots dont j’augmente obstinément nos vocabulaires dans l’extravagrifouillante** ambition communicationnelle dont je me parfume si utilement.
Et puis si je ne finis pas ce définitionnement aujourd’hui vous savez ce qui va m’arriver. Je peux en soupçonner certains de se régaler à la pensée de me voir graver sur l’épiderme l’ensemble de la production escrivailleuse* d’une hystéro-parano-blablateuse, ce qui n’est pas hyper gentil soit dit en passant, mais franchement, moi qui ait su jusque là résister à cette mode douteuse consistant à se transformer en bande dessinée ambulante, j’aimerais mieux éviter cette épreuve.
Résumons donc, si c’est encore possible : « défini » de « défi » et de « ni » et de « dé » aussi, et « tionnement » du « tio » qui ne ment pas, ça nous y fait bien : définitionnement : qui donc veut dire : vrai petit cadeau bien fini et qui ne doit rien à un coup de dé, nommant en particulier la description et l'explication du sens d’un mot dont vous ignoriez tout, et moi de même, parfois, et que maintenant vous allez pouvoir utiliser à l’envi, autant dans vos dîners en ville que dans vos gazouillis sous la couette.
Attention : le définitionnement ne concerne que les mots parus dans ce dictionnaire analphabétique. Les autres prétendants à la création lexicale, faut-il qu’il y en ait des insolents, sont priés de me demander la permission, où de se creuser eux même le néo-cortex.
Après tout je viens de risquer ma peau moi !

* Ca vous savez ce que ça veut dire.
** Et ça aussi !

4 commentaires:

Nelson a dit…

:-D

Thy Wanek a dit…

;-)

Rom a dit…

Dis-donc t'en fréquentes du monde !!!

Thy Wanek a dit…

Ben tiens ! Qu'est ce que tu crois ??? :-))))