"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

jeudi 30 octobre 2008

Définitionnement

Alors ça ! Vous ne le croirez pas ! J’en suis encore tout abasourdi ! Le cul par terre ! On sonne chez moi la toute à l’heure à 4 heure ! Oui, à 4 heure du matin ! Dans l’état titubant de quelqu’un qu’on vient de jeter par dessus le bord, je multiplie les tâtonnements à la recherche simultanée d’un semblant de vêtement, d’un semblant de lumière, et d’un semblant de mémoire quant à savoir où se trouve ma porte d’entrée. Une fois regroupés ces trois accessoires, le battant de mon huis s’ouvre enfin dans des conditions à peu près acceptables. Un type se tient là, dans une livrée uniforme dont la facture, de laquelle j’ignore le montant, tient du plombier d’hôtel de luxe et du liftier de bordel sado-maso. J’entreprends de le dévisager. Il a une tête absolument quelconquifiée* par une mine aussi engageante que celle d’un officier de bonne famille, instruit dans les respects des saints commandements, à qui un joyeux drille vient de faire une proposition de sodomisation mutuelle. Sa main me tend une enveloppe. Dans un geste d’impatience il la secoue brièvement. L’air sans doute ahuri, et rapidement convaincu qu’il ne s’agit pas là d’un interlocuteur, je prends enfin l’enveloppe de sa main. Raide comme un i il fait alors demi tour et disparaît au coin du couloir. Je referme ma porte. Je regarde l’enveloppe, lis mon nom sur le recto, et au verso une pléiade de mentions : Secrétariat Général de l’Unescoco, Secrétariat Perpétuel de l’Académie de Pain, Secrétariat Majestueux de la Queen Zaza II, Secrétariat Approximatif du Parti Sans Laisser d’Adresse, Secrétariat Multimédia des Fournisseurs d’Accès à Double Sens, Secrétariat International du Bureau International du Travail du Chapeau, etc… etc … J’en ai compté un vingtaine en tout ! Certains, contrairement à ceux qui précèdent, dont je n’avais jamais entendu parlé.
Un peu interloqué, on le serait à moins n’est-ce pas, je reprends ce qu’il me reste possible à reprendre comme esprit et, un peu fébrile tout de même, je déchiquette maladroitement l’emballage de la missive.
Saisi par ailleurs par une récurrente folie des grandeurs, je m’imagine déjà promu Grande Plume à New York, Réanimateur en Chef d’Immortels Sub-Clapotants ou Grand Chancelier de l’Ordre du Bain Moussant avec des Essences Rares Dedans.
Je déplie une simple feuille où sont reprises en en-tête les identités de la vingtaine d’expéditeurs. Et, bien sûr je tombe de haut. Heureusement je m’étais assis entre temps.
C’est une pétition ! Oui, vous avez bien lu, chères lectrices, chers lecteurs, une pétition ! Signées par tous les intervenants expéditeurs. Et une pétition qui dit quoi ? Et bien voilà, en substance : on m’enjoint, sur un ton en outre à peine courtois, de procéder sans plus de délai au définitionnement du mot définitionnement dans mon dictionnaire analphabétique**. Rien moins. Et attendez, c’est pas terminé ! Tout nouveau retard suite à cette injonction me condamnerait illico presto à me voir tatouer, en place publique, sur l’ensemble de la couenne, les œuvres complètes de Christine Angot : vous connaissez plus pervers vous ?
J’avoue que j’ai eu du mal à m’en remettre.
Le seul réconfort que j’ai ressenti, c’est que je me suis rendu compte à quel point mon entreprise académique était suivie en haut lieu.
Ajouté à cela la perspective de me voir couvert à l’aiguille à coudre d’une prose dont l’envie d’en acheter le moindre volume m’est plus lointaine que le plus lointain cailloux flottant dans notre cosmos, j’ai opté dans le sens de m’exécuter moi-même.
Cela étant, je n’ai pas dit mon dernier mot. C’est le cas de le dire …

Bon alors :

Définitionnement : n.m. de l’à peu près terminé « défini », lui même issu de « défi » qui veut dire si on en croit Monsieur Corneille : « Te mesurer à moi, qui t’a rendu si vain, toi qu’on a jamais vu marcher sur tes deux mains ! » suivi de « Parle sans t’émouvoir. Je suis jeune il vrai, mais aux âmes bien nés la valeur n’attend pas et là je suis pressé » (citations de mémoire…) et de « ni » qui fait joli à la fin, tout en instillant cette note d’incertitude qui provient du fait que défini, à force de jouer au dé, ça peut indiquer que c’est peut-être pas si fini que ça, voire c’est en train de ne plus être fini. Comme dans défaire, si vous voyez ce que je veux dire… Et de « tionnement » dont il faut bien se rendre à l’évidence qu’après les recherches les plus approfondies, on a les pires difficultés à savoir d’où ça vient. Y’a bien l’idée de quelque chose qui ne ment pas, mais ce « tio » qui traîne juste avant ça ressemble plus à une arnaque qu’à une racine. En fait de racine le seul tio que nous ayons répertorié dans le monde, et depuis l’origine des temps, c’est vous dire qu’on ne lésine pas sur les moyens d’investigation, c’est une bûche catalane, une bûche de Noël, en bois donc peu comestible, et qui est censée prodiguer des petits présents, contrairement aux Rois Mages qui s’occupent de représenter le Grand Absent.
Bref, on va garder ce « tio » là, pour les petits présents que sont après tout ces mots dont j’augmente obstinément nos vocabulaires dans l’extravagrifouillante** ambition communicationnelle dont je me parfume si utilement.
Et puis si je ne finis pas ce définitionnement aujourd’hui vous savez ce qui va m’arriver. Je peux en soupçonner certains de se régaler à la pensée de me voir graver sur l’épiderme l’ensemble de la production escrivailleuse* d’une hystéro-parano-blablateuse, ce qui n’est pas hyper gentil soit dit en passant, mais franchement, moi qui ait su jusque là résister à cette mode douteuse consistant à se transformer en bande dessinée ambulante, j’aimerais mieux éviter cette épreuve.
Résumons donc, si c’est encore possible : « défini » de « défi » et de « ni » et de « dé » aussi, et « tionnement » du « tio » qui ne ment pas, ça nous y fait bien : définitionnement : qui donc veut dire : vrai petit cadeau bien fini et qui ne doit rien à un coup de dé, nommant en particulier la description et l'explication du sens d’un mot dont vous ignoriez tout, et moi de même, parfois, et que maintenant vous allez pouvoir utiliser à l’envi, autant dans vos dîners en ville que dans vos gazouillis sous la couette.
Attention : le définitionnement ne concerne que les mots parus dans ce dictionnaire analphabétique. Les autres prétendants à la création lexicale, faut-il qu’il y en ait des insolents, sont priés de me demander la permission, où de se creuser eux même le néo-cortex.
Après tout je viens de risquer ma peau moi !

* Ca vous savez ce que ça veut dire.
** Et ça aussi !

G 16

La rondeur, soulignée par la ligne,
Séparation entre le monde du haut
Et tout ce qu’il y a en bas,
Disparue.

A sa place un découpage à mains nues.
Une dentition de roche
Qui sertit le ventre,
Affreux,
D’où tout est venu.

Du dessus de l’exil, où les chimères meurent,
L’accumulation rapetissée
De leur minéralisation.

La dernière distance couverte à plat ventre,
Dans une mythique hypnose,
Vers le bord du lit.

Toutes les pointes et tous les traits
Sont entrés dans les paumes.
De tout l’insecte secrétaire.
Les pages recopiées
Sur l’unité interne.

Devant, le sas de la chute.

Croire assez en un cri plus puissant que ce gouffre.
En un cailloux assez, dans cette infecte gorge.
En un poison assez, dans le laid de ce goitre.
En une vive mort contre cette gorgone.

Sans cible

Marcher. En équilibre régulier sur le métronome à deux balanciers. Des arpents de macadam, de pierre, de pavés, d’allées, de contre-allées. Dans un dédale inventé de l’intérieur. Sans panneau indicateur. Sans boussole. Sans électronique. Sans mesure puisqu’elle est toute éparpillée dans un halo feutré. A la recherche de se perdre. Jusqu’à l’évanouissement de la fatigue. Toute clarté comme son contraire, ou les entre deux, sont sans importance.
Marcher sans but. Sans rien qui attende. Rien qui demande. Rien qui ait voulu. Rien qui ait su. Presque rien. Avoir juste appris à se tenir debout. En provenance de nulle part. Laissant le froid s’insinuer et remplacer la chaleur naturelle entre les vêtements et la peau. Transpirer de sa simple silhouette une brume fine. Ainsi que semblent la transpirer aussi les passagers de ce même navire qui avance immobile, droit, vaste et tranquille sur une eau insulaire.
Economie du mouvement. Dans les reins. Les hanches. Impact étouffé de chaque pas. Dilution du dos sous le vague tangage des épaules. Tête légèrement inclinée et penchant un peu vers l’avant dans de rare moment d’hypnose. Bras le long du corps. Mains dans les poches. Anodin. Le moins existant. Le moins présent. Le moins passant. Le moins allant.
Seulement au plus étroit, au plus profond, le petit moteur de l’âme que le cœur alimente de son carburant biologique. Petit moteur presque sans bruit. Timide sensation de son dans le thorax. Frêle circulation de l’air, seul commerce obligé avec l’extérieur. Petite industrie permanente que marcher fait se taire. Alors cela se tait tout en continuant de tourner. De tourner assez loin de portée, qu’on ne puisse tirer un fil, débrancher un contact, coincer une pointe dans un rouage. Mais cela se tait parce qu’on ne l’entend plus. Cela ronronne si sourdement, pure mécanique pleine d’incandescences, d’humeurs, de fluides troubles, de paillettes insaisissables, de désirs intraitables, de cadrans voilés, de gestations, de conduits de givre noir. Maigre machine posée, le temps de faire un tour, un grand tour, un tour sans fin, dans un trou de glace, sous un couvercle capitonné.
Marcher. En équilibre au large de la plaie du monde pour ne plus y grouiller avec notre peuple aux bras ballants. Déserter le chahut des chœurs inaudibles qui remplissent les peurs avec des accusations et les explications avec des rasades de contrition et des émulsions de bonne conscience. S’échapper vainement de sa propre vanité, pour une, plus insignifiante, plus simple, plus lâche aussi, et peut-être aussi plus dérisoire. S’éloigner du courant que gonfle le tumulte des morceaux de temple qui s’y précipitent, les noyades de croyances qui se débattent, les monceaux d’avenir qui s’y font rattraper. Fuir les brasiers anesthésiés par les torrents de cendres. Fuir le ballet des éclats qui luisent et se multiplient sous les arcades basses. Fuir le roulement lourd aux grondements sporadiques, dont la menace rampe et dont le vacarme s’élève de place en place, insidieusement couvert par la foire aux questions, et qu’on voudrait croire trop pesant, et de sources trop disparates, pour que plusieurs foyers s’unissent jamais en un volcan.
Marcher. Croiser le long d’un quai les immense sarcophages qui charrient solennellement leur cargaisons invisibles. Croiser sous des rangées d’arbres des êtres sans visages. Se diluer dans cet indistinction. Mur, arbre, passant. Devenir brume évadée d’un soupirail. Devenir pendule automatique. Devenir non devenant. Un trait noir et flou comme un curseur égaré.
Marcher. Dernière présence. Dernière manifestation d’être. Réduit à l’ultime sensation de sa main disparue. De son regard transformé puis oublié. De son hypothèse au bout de laquelle croire, comme au bout d’un voyage, découvrir un pays où n’être pas allé auparavant. De son éventualité de recueil aux atomes évaporés retombés en pluie de fourmis inertes dans un fouillis alphabétique. Passer la digue de l’épuisement et, d’un flot seulement trop penché, déborder vers l’inconnu d’en emplir l’insatiable besoin d’imaginer ce qui devrait être pour tromper l’immobilité au goutte à goutte paralysant. Fabriquer du dedans par escale pour qu’apparaissent des destinations. Aiguiller pas à pas avec le fil d’une ariane cécité le cheminement hypocritement hasardeux d’une interminable couture.
Marcher. Jusqu’à cette mort de tout soi descendue de la nuque, du sommet du crâne, des épaules, remontée du bas des jambes, des cuisses, venue des extrémités des pieds, des doigts, du sexe, refluée du ventre et des reins, jusqu’à cette mort enfin regroupée autour de la petite machine obstinée qui ne s’arrête pas, et qui dans son exil reposée prend le relais et murmure à nouveau, et tend une lettre commencée, un brouillon, une poignée de bribes, quelques notes d’un air esquissé, et profite de la vacuité de l’enveloppe éteinte qui continue sa promenade, pour retendre paisiblement l’espace de son vivant au rythme désincarné des pas.
C’est sans retour. Rentrer n’est pas revenir. C’est arriver.
Ce sera encore avoir marcher pour rejoindre un itinéraire. Et arriver au lieu indifférent où s’étendre, cadavre en rémission.
Ce ne sera pas dormir. Ce sera patienter que cette mort s’épuise à son tour. Que cette mort finisse par mourir.
Et marcher, jusqu’au bout d’un sommeil sans fin pour l’emmener au bord du précipice,et la pousser dans le vide.

N.b. Prévoir du temps pour le réveil.

samedi 25 octobre 2008

Pleurler

Vous vous souvenez, car vous avez de la mémoire, sinon ça serait moins commode, et que vous avez d’autant plus de mémoire que n’êtes pas encore tout à fait intégralement alzheimerisé, vous vous souvenez donc que jadis, ça devait être fin novembre de l’an de grâce de l’année dernière, notre extravagrifouillante* académie produisait un définitionnement** à tomber à la renverse du mot pleurire. Il paraît même qu’on continue à en causer dans certains cercles littéraires et dans tous le gotha escrivantain** qui pullule à la surface des mondes connus. C’est lunaire n’est-ce pas ?
Et bien voilà-t-il pas, peuples tétanisés par trop d’incrédulité dont la conversion est aussi facile que la recherche du fossile de son neurone dans le crâne d’une lectrice de Gala, que je m’en vais tout de go ré mi fa sol la si go vous définitionner le verbe pleurler.
Ah bon ! Vous entends-je vous exclamer.
Ben oui ! Réponds-je.
Et pourquoi ça ? Questionnez-vous, perplexe comme un chat devant une aiguille qui en a déjà un.
Ben, parce que tel et mon bon plaisir, tiens donc !
Et puis parce que voilà :
Récemment empêtré dans une houle insomniaque, je me promenais sur mon écran et sur les pages d’un fournisseur patenté de vidéos diverses. Tapant des sujets un peu au hasard je me mis à chercher ce qu’il y avait sur Barbara. Oui, vous vous en êtes aperçu, car vous êtes apercevants, je traverse une crise évidente de barbarisme en ce moment. Et je tombe sur une série de vidéos extraites de son supercalifragilistique*** spectacle à Pantin. Pas une nouveauté pour moi, je le connais par cœur, c’est le cas de le dire. Mais bon, je m’en mate quelques unes , et entre autres celle de sa supercalifragilistique chanson : perlimpimpin.
Et de quoi ne m’aperçois-je pas ? A un moment, ça je le savais, elle se plante dans un mot : elle doit dire parler, en fait, prise d’émotion sans doute, elle commence par dire pleurer et se rattrape au milieu du mot : et je n’avais jamais fait attention à ce que ça donne finalement : bah voilà, ça donne pleurler.
Evidemment, comme vous le devinez, car vous êtes globalement toutes et tous plus malins qu’un glapisseur matutinal de radio commerciale, mon instinct de définitionneur vira au rouge vif devant cette trouvaille.
Et donc je vous propose pour une fois un mot qui ne doit rien à mon génie inventif, rien à Greg, et rien à aucun autre contricipateur** dont certaines et certains ont pu légitimement garder le souvenir ému, et comme je les comprends.
Je vous propose rien moins qu’un mot inventé par Barbara : ça calme hein !?!
Donc :

Pleurler : v.t. ou i. de pleurer, action de manifester son émotion la moins gaie lorsqu’on a totalement dépassé ses capacités d’humour à l’audition des consternantes interventions de Madame Christine Lagarde, et de parler, action consistant notamment pour un leader socialiste à dire un peu tout et n’importe quoi pour assurer la continuité de sa survivance médiatique.
Pleurler signifie faire parler ses pleurs au lieu d’en faire de vaines répansions* à grand renfort de braillements, de chuintements, de sanglots étranglés, de grincements agaçants, accessoirement de morve au nez, et quelquefois de larmes dans les yeux. Cette double action requiert néanmoins une égale capacité à pleurer et à parler. Pour ce qui est de la première rappelons qu’on en parfera mieux et de plus riche manière son apprentissage en étudiant Baudelaire et Aragon qu’en s’engluant les tympans avec des sirupeuses productions de type laurent-voulzesques : il y a des valeurs sures et il y a des choses sures sans valeur. Faut savoir distinguer les deux. Afin d’user de la fonction pleuratoire avec pertinence on optera de même plus utilement pour une cueillette de beauté d’âme dans un roman de Monsieur Modiano que dans une compilation épaissie d’ennui du genre bernard-henri-lévitée. On gagnera itou à cultiver ses dispositions émotives lacrymales en écoutant une fantaisie de Shubert ou une sonate pour violoncelle de Bach, surtout si elle est jouée par Casals, Rostropovitch ou Yo Yo Ma, qu’en se repaissant du best-of d’une couineuse de arènebi, attachée à faire croire qu’elle chante en remuant ses fesses alors qu’elle bouge son cul en tentant hypocritement de faire diversion avec sa bouche.
D’une manière plus générale on s’augmentera toujours d’une plus solide fragilité humaine en regardant la vraie vie plutôt qu’en se branlant le nœud dans la gorge en se mirant dans des mircrans*.
Pour ce qui est de parler, c’est plus compliqué, et en même temps plus simple. On parle souvent plus facilement qu’on ne pleure. On est amené à se demander si ce déséquilibre est bien raisonnable. Tout le monde parle, vous avez observé ça ? Moi-même, et bien que je répugne à trop évoquer ma misérable personne dans ces pages que la réserve hante et que la pudeur habite, je dois confesser, (donc en un seul mot, merci), que mon avarice en parole est un mythe aussi sûrement établi que celui de la déontologie chez un journaliste de TF1. Donc on parle. Ca c’est sur. De tout, de rien, plus fréquemment du second. Parce que je ne sais pas si vous avez remarqué, vous qui êtes si remarquants, qu’on parle beaucoup pour se contenir. On parle conventionnellement. On parle pour se déguiser. On parle pour mimer, ce qui est un comble attendu que le mime lui doit rester muet, sinon ce n’est plus un mime. On parle pour l’autre aussi, et souvent contre. On parle pour la forme. Pas pour le fond. On parle pour occuper, pour envahir, pour exister, faute de mieux. On parle pour ne pas s’émouvoir. A un type qui, il y a quelques temps, m’apostrophait sur un forum politique et me reprochait de mettre trop de sensibilité dans mes propos, ce qui à son sens nuisait aux qualités requises par un argument sain, je répliquais que rien au monde ne me ferait changer d’attitude. Y compris lorsque je parle politique. Maintenant que ce mot, dont il est question dans cet article, peut rentrer dans mon usage en attendant que cet usage se répande, je lui répondrais, à ce monsieur, que je pleurlerais autant que je veux.
Et les raisons de pleurler ne manquent pas : parmi les 259672 sujets que je peux appréhender à l’œil nu autour de moi je n’ai qu’à piocher au hasard. Et hop, j’en choppe un. Je déplie le petit papier devant l’assemblée suspendue aux lèvres du clavier des doigts de mon stylo : le lauréat est : ce jeune garçon enfermé dans la prison de Metz qui s’est suicidé dans sa cellule il y a quelques jours. Il avait seize ans.

Allez vas-y ma grande, chante, je t’en prie, chante !




* C’est dans l’dico !
** Ca y est pas encore et je sais pas quand ça y sera ! La la la …
*** Voir le Dico de Mary Poppins ! La la lère …

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Ca ne pensait pas. Ca ne pensait plus ; que cela reviendrait ; que cela reviendrait avec la même force que déjà c’était, autrefois, autrement, venu.
S’imagine-t-on guéri de ça. Qu’une fois vécu, maladie dont on aurait pu mourir, vraiment mourir, bien que demeurant vivant, qu’une fois traversée, et ayant cru se noyer mille fois, avec horreur, avec délice, avec horreur et délice, cela puisse nous reprendre, et comme si rien ou presque ne nous en était connu, nous saisir, installer, réinstaller, inexorablement sa dévastation.

Ce que l’expérience vécue précédemment produit c’est qu’on sent mieux, plus précisément, les alchimies qui se manifestent ; on est incapable de maîtriser, mais on les suit avec quelquefois, si on parvient à circonscrire avec de la lucidité, la pression qui s’exerce en soi, une curiosité inédite.

Le thorax vide, vide même de tout air respirable, et dans sa cage sombre aux odeurs de sang et de mucus collés aux parois, aux barreaux, par la force d’un gonflement paradoxal augmentant l’espace du vide pour n’y mettre que ça, le cœur qui se balance imperceptiblement au bout d’un fil de verre dans un vilain son de cristal étranglé par une étoffe de soi. Oui, sans e.

Le crane, boule de bois creuse aux hublots rivetés, bouche hermétiquement ouverte, oreilles tendues aux échos muets d’une nuit de fond de ville dégoulinante, dans lequel flotte parmi les neurones d’un bocal abyssal, l’idée d’un cerveau dont toute l’économie s’occupe autant de ne pouvoir renoncer à vivre et à ce gouffre, que de chercher les moyens d’échapper à cette vie là, et à ce gouffre..

Singe malicieux, joli comme une peluche de foire, agile comme un enfant de cirque, doux comme le sable noir des volcans, et méchant comme un renoncement à pleurer, le senti ne ment pas ; il devient, où qu’il soit dans le corps, tout le corps. Inconsistance, atonie, là où il n’est pas, essoufflement, arythmie, là où il passe, oppression, torsion, là où il s’arrête.

Les bruits, les parfums, ce qui brûle et ce qui embrume, ce qui plie et recroqueville, ce qui teinte le visage, la voix et la fibre des heures, myriades absconses, ce qui compte goutte à goutte les mots, ahuris de vacuité, du quotidien qui continue, guichetier métronome, officiant immuable, ce qui fait angle de toute part et où se frotte la chair amaigrie dans un pauvre manteau blanc contre la crasse redevenue le sable infect qui s’écoule.

La douce et redoutable présence des êtres chers qui s’inquiètent et qu’on a rien pour rassurer, plus la moindre pièce, la moindre valeur ; la ronde imperturbée des autres qui bousculent même de loin, qui ennuient même intéressants, qui fatiguent ; chaque main posé du « ça va bien » désole le peu de respiration qui persiste ; chaque drôlerie, petit encouragement à endurer la banalité qui nous tient en premier recours, arrache à la mâchoire un rictus de participation, effort inouï à débit limité.

Les objets s’échappent entre les doigts ; on voudrait ne plus rien avoir à tenir ; un banc perdu sur un boulevard d’hivers ferait juste mieux l’affaire que tous les avions du monde. On se sent une parenté avec certains fruits qu’on laisse dans une corbeille et qu’on oublie, et qui ne pourrissent pas, rappelant leurs présences par l’odeur des moisissures, qui dessèchent seulement, durcissent, se transforment en cailloux, dont pourrait s’emparer une bande de gosses pour jouer à la marelle.

Et il y a ce grondement au fond du puit ; roue d’acier d’un charroi de pierre roulant sur les pavés d’une route hors plan, au travers de prairies déshabillées qui surnagent dans le vent.

Il y a ce lendemain des mots que voilà, auxquels s’ajouteront les mots de son lendemain, et d’autres, d’autres encore, et encore d’autres, rivières danaïdes.

Cette transparence aveugle où se fondent toutes les fenêtres, les grilles des parcs, les surfaces des étangs, les rues, toutes les rues.

Le regret ingrats qui gratte à la porte.

La sale petite pourriture de mort qui renifle par dessous.

S’asseoir dans un grand fauteuil de bois, une salamandre glacée dans une main et un sort acéré dans l’autre.
S’asseoir au milieu de murs en ruines d’une quelconque vieille bâtisse et y confondre tous les courants d’air avec son bouleversement ; et que soit balayée de ces vents les tourbillons de souffre.
Sentir s’en aller de soi cette barbarie dégoûtante de boue. S’asseoir dans un torrent de colère surgi des rochers noirs, et se laver de cette courbure gluante qui met le front à hauteur des genoux.
Chasser les chimères de cette solitude grandie d’un inexistant, s’asseoir à la proue d’une machine infernale et les déchiqueter en y prenant le plaisir du diable à détruire du merveilleux presque complice.
Voler aux hyènes leur phénomène maxillaire pour exploser les anneaux sur les dalles où sont retenues les poids qui clouent au sol.
Découper le ciel d’un coup magistral d’une épée gigantesque et vomir tout ce qu’il est possible dans cette plaie imbécile.
La gueule dans la poussière, prier qui voudrait entendre, mais qui, de racheter son être qui ne vaut pas plus contre une amputation.

Dans la ville ordinaire, traîne, pratiquement l’air de rien, l’air complètement vivant, un corps intérieur difforme, et va d’un jour à l’autre, d’une nuit, enfouie dans la suivante, avec ce gnome en soi.

Lui. Qu’il peut regarder à quelques centimètres de son visage.

Lui.

Là.

Dans une porte creusée, embrasure emplie de lueurs pâles et mouvantes. Il y a si peu en temps qu’il le sait ; et tant paraît-il qu’il le connaît. Aucune colère ne tiendrait contre lui cette distance ou il se sauve, lui qui craint si peu.
Insupportable miroir.

dimanche 19 octobre 2008

La machine à bleu

C’était pendant que vous dormiez. Bandes de frileux assujettis aux contingences des superficies. Foules de paresseux qui profitez de la moindre fatigue et des règles horlogères pour vous couvrir de draps, de couettes, de couvertures, refuges manufacturés de vos prétextes nocturnes. Au lieu de vous révolter. C’était pendant que vous mouriez d’un fragment de sommeil. Que vous ronfliez pour prolonger le ronronnement obsédant d’existences encombrées de compensations et d’agitations. C’était pendant que vous sombriez dans l’apaisement provisoire, au gré des derniers vagissements, ressac faiblissant des retombées d’orgasmes, de jouissance, de plaisir, aux dépenses négociées à des liaisons de hasard. C’était pendant que vous étiez encore une fois absent, avec tellement d’excuses qu’on en bâtirait des bibliothèques.
La nuit se faisait jour. Pas l’alternance, non. Pas le passage de l’une à l’autre. La nuit se faisait jour comme l’amour quelquefois se fait jour. Comme une pensée se fait jour. Comme un désir. Comme une beauté. Une apparition dans le cosmos obscur où une bulle lumineuse s’éclaire par l’inversion d’un regard photographique dans son épreuve négative. Celle où les visages noirs sont blancs et où les visages blancs sont noirs.
Au centre de la zone incadastrable où le halot s’élargissait, se dressaient les vasques, les énormes silos, les armatures. Le ciel était d’un azur plus profond que le plus profond des désespoirs.

Dans cette masse liquide plus éblouissante qu’un milliard d’écrans vides au maximum de leur luminosité, tout avait pu se noyer. La parfaite uniformité témoignait en tout cas que rien n’y survivait. Par la moindre étoile. Pas la moindre excroissance de satellite. Pas la moindre formation cotonneuse.

Détaillant les hauts cylindres, les réservoirs, les entrelacs de poutrelles, je ne mis pas très longtemps à comprendre. L’altitude des uns, les tonnes de sables dont débordaient les autres, la solidité de la structure qui tenait tout cela ensemble, et davantage encore la couleur qui avait fini par déteindre sur toutes les parois extérieures, il n’y avait pas de doute.


C’était la machine à bleu.


Lequel d’entre vous, apprenti rêveur ou docteur onirique causa, laquelle d’entre vous, fileuse de songes ou agrégée de l’être, qui parmi nous du simple rameur au puissant armateur, n’a pas passé ne serait-ce que quelques instants, généralement au fil de l’enfance, quant on a que ça à faire, à se demander d’où venait tout ce bleu où nagent nos solitudes et où folâtrent nos rares moment d’optimisme béat.
Il est vrai qu’à force d’avoir pu compulser des monceaux de magazine, d’avoir mirer des kilomètres de film plus ou moins truqués, d’avoir avaler des quantités industrielles de publicité mythomaniaque, une forme de réponse, bien sur fausse, archi fausse, a pu combler cette question pourtant si pertinente, d’un lieu commun définitif.
Le bleu ne vient de nulle part. Il faut seulement savoir que chacun doit tout faire pour y aller, à pied, à cheval, en avion, en bateau, car c’est là, uniquement là, que nous serons tous beaux, intelligents, performants, et amoureux.
Erreur grave !
Et j’en avais la preuve vivante devant moi.

Il n’y a qu’à voir tout le malheur qui persiste et se répand sans cesse sous des latitudes où le bleu est si fort que sa substance se fait métal et que le soleil qui y frappe le fait sonner à en écraser le vivant y compris des herbes les plus résistantes.

Oui la preuve était là. Evidemment la machine ne fonctionne que secrètement. Elle était inerte lorsque je l’ai vue. Cependant, en étudiant la place de chaque composant, sa solidarité avec les autres, le parcours des tubes, les bouches d’aciers, les tapis roulants pour transporter les matériaux, les moteurs, il n’était pas possible d’imaginer autre chose.




N’étant pas ingénieur je ne saurais détailler le mécanisme. Je pense que les matériaux sont amenés dans des chambres de distillation, après avoir été broyés parfois, selon leur texture, puis que d’autres circuits en alimente les grands cylindres soumis alors à diverses pressions ou élévations ou abaissements de température, cela doit dépendre des saisons, afin que le résultat de la transmutation puisse s’échapper des ouvertures à leurs sommets et se déverser dans les fond du toit de l’atmosphère.

Certainement que des explications techniques plus poussées permettraient de mieux saisir le schéma de ce fonctionnement plus complexe que je ne puis le restituer.
Pour ce qui en est des matériaux, je n’ai vu que du sable. Pourtant certaines trace de résidu autour de la machine indiquait qu’une certaine diversité de ressources devait, ou pouvait intervenir.

Il y avait là, jonchant le sol, des plumes de tailles différentes, des lambeaux de cuir, un enjoliveur d’auto de luxe, une fiole de larmes millésimée sans son bouchon, les restes d’un catalogues d’agence de voyage, une manche de chemise blanche, une ballerine, une demi douzaine de touches de piano, une sandale usée, une tuile romaine, la moitié d’un poisson bariolé, une poignée de cheveux roux, la pochette d’un cd d’un chanteur inconnu, une chaîne avec une pince qui avait dû retenir un bijou, un pot de miel vide, un bouquet de tiges dont les roses et les épines avaient disparu, la spirale d’un carnet, un morceau de mosaïque, un pied de verre en cristal, un bout de couronne princière, la queue d’un chat, une dent en or, un œil de chair à l’iris gris, un flacon d’encre renversé, une bougie consumée, un éclat de miroir, une tête de papillon, un faux cil de girafe, un petit tas de soupirs, un itinéraire de délestage, etc, etc.
J’avais entamé un inventaire, et puis devant le capharnaüm que c’était je n’ai finalement retenu que ça.
La chose d’ailleurs la plus curieuse à ce sujet c’est que j’ai pu prendre les quelques photos qui agrémentent cet article, photos de la machine, mais que toutes les photos que j’ai prises de ces objets ou de ces traces d’objets divers sont ratées.
On y voit que du sable.

samedi 18 octobre 2008

Seul

Plus rien ne se déchire.
Tout tient dans un enclos.
Retour de voix de contre la pierre et le verre.
Grande coque retournée, au dessus, et la chair,
Infiniment mourante, une plage enroulée,
Des pages de désert.
Et ce vrai, plus que vrai, une corde,
Seule,
Qui vibre.
Quelques lignes de mots arrimés
A la marge.
Filets flottants dans l’eau d’un lac
Inhabité.
Le temps de rien.
Le rien du temps.
Plus de dérive.
Tout tient dans une peau.
Retour de voix baissée au fond noué du palais.
Berceau inversé sous la ronde extérieure,
Tellement éloignée.
Multitude exilée.
Livres décomposés.
Et l’implacable vrai
Battant dans l’entrepont, un tambour,
Seul.
Scansion sans yeux.
Le bagage est bouclé.
Le monde peut partir.
Une petite figurine sur un quai enfumé
Fuit avec sa nef sous le bras,
Saute furtive sur un pont.
Et le pan de banquise se détache.
Toutes les saisons dans une poignée de phalanges.
Toutes les morsures dans une pincée de rouge.
Toutes les larmes dans une plume noire.
Toutes les joies dans un recueil de rouille.
Toutes les beautés dans des seringues bleues.
Toute la mort dans un flacon d’alcool.
Et va le temps de rien.
Et va le rien du temps.
Le vent balaye.
La pluie lave.
Le soleil sèche.
Vaines les parures d’anthracite,
Les vasques de ciselures,
Les pendules des stations,
Les esquisses de blessures,
Les écritures vagues.
Vaine jusqu’au moment de n’en être que soi.
Soi comme soir.
Soi comme matin.
Soi comme demain.
Soi comme autre inconnu.
Soi comme un puits d’hier.
Une nuit primaire.
Comme commencement
Au sonar hébété.
Et ce toujours qui veut,
Et ne se tait jamais,
Et cette complaisance à le servir.
La caverne manquante.
L’abri dans la forêt.
Tout en haut de la tour
L’antique encensoir
Sans adresse.
Pourtant tout tient.
Même le chant hissé dans l’ombre qui résonne,
Et sa voile glacée.
Le poème tracé d’une main désarmée.
L’impudeur.
La corde et le tambour se mêlent.
Reconnaissent.
Se trompent.
Mais l’accord
Le temps d’un verre
De liqueur corrosive,
L’accord fait son œuvre de leurre.
Et l’heure passe,
Plusieurs,
Jusqu’à la prochaine rive.
Où à nouveau le temps de rien.
Où à nouveau
Le rien
Du temps…

vendredi 17 octobre 2008

Chili con carne

Parmi les plats que je me félicite, car on n'est jamais si bien servi que par soi même, voire par soi m'aime, que je me félicite donc de réussir pour le plus grand bonheur des personnes avec lesquelles je double ce bonheur en les partageants avec elles, il en est un dont la dimension métaphysique m'oblige à m'y attarder au gré du présent article dont je vais m'efforcer de ne pas abuser du prétexte pour en faire un roman fleuve, ce qui semble mal parti vu déjà la longueur de cette phrase dite d'introduction, dont on mesurera le caractère interminable au simple fait que je me demande comment je vais y mettre un point final. Ouf !... Voilà, c'est fait.
Le plat dont il s'agit se nomme le chili con carne.
Pour les éventuels ingurgiteurs de nutriments aseptisés et autres engloutisseurs forcenés de bouffe plastifiée qui voletteraient au dessus de cette surface pour s’échiner à en déchiffrer le propos, le chili con carne se présente, en sa base la plus élémentaire, et je dirais même la plus populaire, sous la forme du mélange de deux ingrédients que sont la viande de boeuf et le haricot rouge. Un certain volume d'oignons, d'ail, de tomates, de piment et de chorizo en complète la composition. S'y ajoutent enfin deux touches dont je pris l'initiative il y a déjà un bon petit paquet d'années, au gré des premières tentatives que je fis de cuisiner ce met, premières tentatives qui s'avérèrent être déjà de substantiels succès.
Au fil du temps, la préparation de ce plat est devenue, au delà de rituels, propres notamment aux séjours estivaux à Fontayre, une démarche, une quête, une pratique, une interrogation. Oui une interrogation. Je dois bien le formuler ainsi, puisque c'est plus clairement encore, aujourd'hui, de cette façon que les choses se passent, alors que je suis, une fois par fraction indéterminée de temps, au dessus de la marmite, en train de sonder la matière en sa couleur magnifique faite d'un camaïeux de bruns et de rouges sombres, pour vérifier où ça en est. Ce n'est pas véritablement une affaire de cuisson au sens strict du terme. Je veux parler plus précisément de durée ou de température. Ces dimensions confinent en une manière de préalable sans lequel il n'est même pas imaginable, avec la meilleure volonté du monde, d'aboutir à quoi que ce soit de tout bonnement mangeable. Celle ou celui qui ignorerait d'emblée que la durée est de plusieurs longues heures, au moins soixante quinze à quatre vingt minutes par unité, et que le feu sous le faitout doit être impérativement le plus doux qui se puisse régler, n'ont pas la moindre chance de parvenir au rythme du processus de fusion indispensable. Autant être clair ! Ca évitera des déceptions, même si cela doit aiguiser quelques frustrations.
Dans les lieux nouveaux où se déploie ma nouvelle existence professionnelle, du moins en partie, se trouve une cuisine. Dans ces lieux nouveaux papillonnent également deux amis avec lesquels je m'adonne à mes nouvelles activités : Monsieur A. et Monsieur D.
Monsieur D. ayant, il y a quelques mois, goûté mon chili con carne réclama récemment que j'en confectionna un, avant qu'il s'en aille par la voie des airs visiter ses propriétés en Floride. Car Monsieur D. a des propriétés en Floride, le pauvre ... Monsieur A. acquiesça à ce projet car Monsieur A. est un gourmand et qui plus est un gourmand curieux, ce qui ne gâte rien.
Je me suis donc mis en devoir, hier soir, de faire l'emplette des victuailles nécessaires à l'élaboration d'un chili con carne, afin qu'il ait déjà subit une avant cuisson pour être remis sur le feu le lendemain, c'est à dire aujourd'hui vers 13h50, en prévision qu'il soit dégusté à partir de 20h30.
Oui car il y a une avant cuisson. Tout chili con carne doit avoir été cuit deux petites heures, comptez cinquante minutes par heure, afin d'effectuer en bonne et due forme la mise en présence des ingrédients. Soyons clairs il s'agit d'une avant cuisson, pas d'une pré cuisson. Sinon pif paf !
La mise en présence des ingrédients est indispensable. Il ne saurait y avoir de chili con carne réussi sans que les haricots rouges aient fait auparavant connaissance avec la viande. Que les oignons et l'ail aient concouru à oindre cette union de leur suées collantes et sucrées. Que la chair de la tomate ait introduit dans l'ensemble son fruit fraichement acide. Que l'épice ait répandu sa chaleur florale comme un soleil effleure une peau juste sortie des derniers frimas printaniers. Et que les deux composantes secrètes aient distillé leurs ajouts mystérieux.
Ensuite, plus tard, l’après midi si l’avant cuisson a eu lieu le matin, le lendemain si elle a eu lieu la veille au soir, ensuite est entreprise la cuisson. Et c'est là qu'on va voir si ça veut bien le faire ou pas. Vous avez remarqué, je ne vous ai pas parlé de proportions, de poignées, de pincées, ni de grammes de ceci, ni de kilos de cela. D'abord parce que vous l'aurez aussi remarqué, il faut dire que dans cette discipline vous êtes remarquables, sinon je me demande ce que vous faites encore ici à ce stade de cette communication, d’abord donc, il n'est pas question ici de rédiger une recette de cuisine, et puis parce qu'au delà des pesées c'est une toute autre alchimie qui va être requise. Certes le résultat dépend un peu des quantités, et du savoir faire qui aura présider aux prémices de la préparation : c'est incontestable. Cependant, outre cela, on peut dire qu'avant même d'être envisagé, un chili con carne ça se pense. Ca s'intuite. Ca se rêve. Ca se conçoit de l'intérieur. Ca s'invente, ça se ré-invente. C'est comme une mémoire qui se renouvelle. A chaque fois un peu d'avenir gagné sur une improbable éternité. C'est un mouvement d'immuabilité. Une quintessence de simplicité qui veut gagner les nues du sublime.
Bref, c'est pas n'importe quoi.
Tout est dans la minutie du feu et la longueur du temps. Au début, rien. On soulève le couvercle de la marmite. On remue délicatement. Et longtemps ce ne sera rien qu'une mixture d'éléments, à prétention nutritionnelle, qui chauffe, éléments placés là au hasard d’une coïncidence quasiment accidentelle. Le suspense est engagé. Le chili con carne ne dit rien. Il mitonne. Le jus ocre rouge remonte. Il fume. C'est tout. On a intérêt à se trouver une activité parallèle pendant ce temps. Ca peut prendre sur les nerfs sinon. Ecrire est une excellente idée. Réécouter une bonne version de Tristan et Isolde, tout autant. Refaire la tapisserie se prête assez bien à combler cette attente. S'occuper un peu du jardin.
Et revenir à la marmite, régulièrement. Toutes les heures en fait n'est pas assez. Toutes les demi-heures, c'est trop. Il faut laisser régner l'imprécision. Il faut travailler son zen. Son nez en quelque sorte. Non celui de l’odorat qui au début ne sert pas à grand chose si ce n’est à s’assurer que rien ne crame, plutôt celui du flair que l’inconscient concède à celles et ceux qui ont fait l’effort d’en appréhender les espaces déroutants, quelque soit le mode emprunté. Travailler son calme intérieur. Sa tranquillité. Sa confiance. Il va venir. Il le faut. Ce n'est pas qu'il ait ou n'ait pas le choix. C'est ainsi. Tout est prêt. Tout est loin. Tout est seul. Tout est multitude. La logique abdique.
Revenir à la marmite, soulever le couvercle, plonger tendrement la cuillère de bois et brasser paisiblement la substance. Impossible de dire comment ça vient, cela peut aussi dépendre des saisons, si ce n’est qu’à un moment on va sentir que la corpulence, la densité, le corps apparaît. Chaque ingrédient est là, et notamment les deux principaux. Cependant chacun n'est devenu que le complément de l'autre. Aucun des deux ne pourrait survivre isolé. La fusion est en train d'opérer. Inutile de goûter : c'est encore trop tôt.
Il va falloir encore couvrir une page, un mur. Laisser chanter un acte. Tailler ce rosier.
Et revenir de nouveau au fourneau. Et soulever de nouveau le couvercle. Dont le dessous commence à être taché de jus. Découvrir quelque floconnements au dessus de la matière dans les fumées qui ont épaissi. Remuer, toujours doucement, et recevoir les effluves annonciatrices que la fusion s'est poursuivie, que les éléments ne font plus qu'un, et demeurant identifiables, ne constituent plus pourtant qu'une même chair. On est tenté de goûter cette fois. Tentation à laquelle on peut céder mais qui va laisser une difficile trace d'incertitude. Ca va être là, mais ça n'est pas là. On craint un peu. On craint forcément. On doute. On sent quelque chose se nouer en soi. Bien qu'un indéfinissable sentiment, d'un lointain indéterminable, persiste à envoyer son message indéchiffrable en forme d'onde au fil micronésien, message qui oblige à une patience aux accents moqueurs.
Il faut que le texte soit terminé d'écrire, ou presque. Que les murs soit entièrement retapissés, ou presque. Qu'Isolde soit presque morte. Que le rosier soit prêt pour sa prochaine floraison.
Et revenir à la marmite. Et soulever le couvercle. Inquiet. Et brasser de nouveau la masse brûlante, et recevoir cette odeur qui s'est faite murmurante, oui, ça y est, qui murmure, et porter ses lèvres à la cuillère avec laquelle on a prélevé une minuscule portion, et goûter, taster, et l'entendre, l'entendre comme enfin, enfin, il parle. Il parle. Il sent. Il goûte. Il gouleye. Il fond. Il répand ses parfums dans tout le palais. Il chauffe. Il brûle. Il encense. Il est là. Il est arrivé.
Toute l’évidence de cet avènement irradie instantanément du cœur jusqu’aux extrémités des membres. De tous les membres. Un profond soupir d’aise libère toutes les tensions minutieusement remisées dans une sagesse perplexe.
La page est écrite, même s’il y a encore deux ou trois choses à corriger. Deux ou trois raccords de papier peint dans un recoin. Isolde est morte et a rejoint Tristan, quelques portées de musiques continuent de résonner au bout des partitions. Le rosier n’est plus qu’une promesse pour le prochain printemps.
Et on va pouvoir mettre le couvert.
Oh pas tout de suite, non ! Il faut qu’à partir de la fusion accomplie l’aliment se sublime. Qu’il macère dans la chaleur volcanique et lente comme le pas du bœuf lorsque la terre patiente. Qu’il sourde, le temps que l’appétit détrône la faim, silencieusement, le fumet de son bouquet d’arômes. Qu’il embaume. Linceul de gourmandise qui nous retranche du quotidien brutal dans ses limbes vitales.
Ce n’est pas fini d’en prendre soin. Il faut encore le remuer avec mille précautions. Avec la méticuleuse attention de l’archéologue qui n’en finit plus de remonter d’un invisible abîme les preuves fragiles d’un eudémonisme primitif et essentiel. De sorte que de son apparente situation de plat cuisiné, il prenne autrement vie et force. Qu’il s’épanouisse. Que de l’ensemble originel des matières mortes qui le composent, il se transforme en objet vivant de désir soit-il gastronomique, et de volupté, soit-elle gustative.

La suite n’a plus grande importance. Contrairement à ce qui précède …
Si on en est arrivé là, c’est qu’on a compris quelque chose.

La question du temps est assurée.
On peut ouvrir le vin et préparer la table.

Je ne sais pas si vous avez noté, moi si, que le fait de déguster des nourritures de qualités inspirait fréquemment de tenir des conversations de qualité aussi.

C’est sans doute une des raisons pour lesquelles j’aime cuisiner.
Et converser.

mercredi 15 octobre 2008

Mircran

C’est vrai que c’est un peu le foutoir. Je tiens à jour, ou à nuit, une liste des mots en attente de définitionnement. Définitionnement y figure depuis le début et n’a toujours pas été définitionné. D’autres vocables inédits patientent dans les colonnes de cette liste. Certains y sont quasiment en souffrance. Pourtant, comme un vulgaire gouvernement de droite sarkosiste, capable de prétendre qu’il est près à claquer des centaines de milliards d’euros pour sauver la racaille bancaire du gouffre de la faillite des actionnaires alors que de ces centaines de milliards il n’existe nulle part le premier sou et que le déficit du pays ainsi que la dette de l’Etat se mesure en nombre d’abysses telles que cette même sarkozie n’a de cesse que de demander de se serrer la ceinture à des gens qui parfois n’en ont même plus, pourtant donc, je vais passer outre la liste d’attente et vais donc m’engager dans le définitionnement d’un mot que je n’ai pas encore mis dans cette liste, on croit rêver, et que, si vous avez fait un peu attention, vous avez rencontrer dans une récente chronique qui s’appelle « Morte beauté ». Na !
Il s’agit du mot mircran.
Allez hop, on y va !

Mircran : n.m. de mir, première moitié du miroir, ce qui fait qu’amputé de sa seconde moitié il n’est plus possible de passer au travers ; à ne pas confondre avec une quelconque marque de liquide nettoyant pour la vaisselle ni avec une station orbitale dont la chute coordonnée avec la fin du monde et l’éclipse de soleil de 1999 fit les beaux jours d’un célèbre quincaillier de la haute couture saisi de visions d’apocalypse sûrement macérées dans des tisanes de lsd. Comme quoi il n’y a pas qu’au rabanne qu’on se trompe. Et de cran, seconde syllabe du mot écran, surface(s) vitreuse(s) sur la plus grande part desquelles sont à l’infini tendues les loques rutilantes de produits idiot-visuels dans un permanents concours plus ou moins tacite de racolage actif destiné à organiser des situations de dépendance chez les populations infantilisées des sociétés civilisées, ou en voie de le devenir. Le mot civilisé étant à prendre à un degré où il n’a bien sur plus grand chose à voir avec la civilisation. Comme nous allons tenté de l’évoquer dans ce qui suit.
Le mircran est donc un miroir qui fait écran afin d’obliger celle ou celui qui le regarde à ne se reconnaître que dans ce qu’on lui montre. Et quand je dis montre, il faut savoir qu’effectivement cela a désormais lieu à toute heure. Jusqu’à une époque pas si ancienne que ça, faut pas exagérer, disons jusqu’au début du premier mandat de feu l’ami présidentiel de l’ancien collaborateur Bousquet, les rues, les stations de métro, les gares, les bureaux de poste, les cafés, se concentraient sur leurs activités et n’ambitionnaient pas de se transformer en diffuseurs d’images formatées pour abrutir qui que ce soit. En ces temps là, la citoyenne ou le citoyen lambda disposait d’un poste de télévision à son logis, et de si peu de chaînes de diffusion que les productions rivalisaient encore, quoique plus avec le même zèle que dans les années pionnières, pour proposer à l’attention du contribuable moyen des programmes pas entièrement conçus pour le rendre débile. Mais l’âge dort sans cesse, et du coup on a pas vu venir la génération TF1…
Et, de plus en plus, partout partout, dans une grande frénésie clinquante d’agitation publicitaire, une obsession mercantile de promotion d’imageries gluantes, grossières et tapageuses, un véritable dictat de stroboscopie hystérique, on sent autour de soi se développer les nuées de ces surfaces vitreuses dont le vice suprême et de moucheter notre environnement de leur attractivité luminescente, obligeant à se battre pour y échapper, ou à y soumettre sa passivité.
A propos de cette chaîne de télé dont je ne vais tout de même pas offenser cet article en en écrivant une seconde fois le sigle nauséabond, figurez-vous que j’étais tout récemment stationnant chez des amis, pour des raisons dont le détail est aussi palpitant qu’un épisode de la série sur-glucosée « les fions de l’amour », (ou les feux, je ne sais plus…), et que dans un moment d’égarement au cours duquel je me livrais à un tour d’horizon du paf disponible, je me suis retrouvé sur le programme de ce canal.
Le programme de ce soir-là, c’était cette dégoulinante production de musiques et de mots directement écrits avec l’orifice anal, supposée étalonner des savoir-faire de niaiseux hébétés au niveau des réussites de pacotille de professionnels confirmés de la médiocrité chansonesque. Le tout présenté par un animerdeur dont l’élégance sur-maquillée n’a rien à envier à la tronche de silicone d’un figurant de spot pour lessive ou bagnole. Oui je sais, je demeure très insuffisant quant à rendre compte de ce que c’est que cette répugnante vitrine de pauvreté neuronale : mais je m’entraîne … Or donc, et gardant serrée dans ma mimine la zapette salvatrice, en cas d’étouffement, je me suis maintenu en apnée durant quelques instants devant cette bouche d’égout. Puis j’ai zappé. Quand même tenu presque trois minutes.
Question : comment peut-on avoir si peu de considération envers soi pour se complaire des heures durant devant de pareils immondices ? Et avoir, plus ou moins consciemment le sentiment d’y voir quelque chose de soi, ou qu’on puisse vouloir, qu’on puisse désirer être soi ?
C’est sur ce modèle que sont élaborés les mircrans. Je veux dire ceux qu’on ni le choix d’allumer, ni celui d’éteindre. Ceux dont les clignements ininterrompus, bardés de coloris criards nous guettent au dessus des banquettes des lounge-bars, au détour des couloirs de métro, sentinelles de consumérisme compulsif dans les allées des galeries marchandes, dés que la possibilité de capter le passant dans ces spirales du vide a été calculée comme possible et peut-être rentable.
Il m’en est venu l’idée de réécrire l’air célèbre de Marguerite dans le Faust version Gounod : « Ah je vis de me voir si morte en ce mircran ! Ah je vis de me voir si morte en mircran ! Est-ce toi ? Marguerite ! Est-ce toi ? Est-ce toi ?... Non, non, ce n’est plus toi, non, non, ce n’est plus ton image… C’est le plus vil de toi qu’on exploite au passage ! »

mardi 14 octobre 2008

Krak ma poule !


Vous commencez à me connaître un peu toutes et tous ! Chères lectrices. Chers lecteurs. Vous vous êtes peu ou proue habitués à mes facéties verbales et à mes langueur de torturé congénital. A mon incurable alexandromanie. A mes plaisanteries de cabaret. Bref à tout ce qui fait, ou qui tente de faire, le charme et l’intérêt de ces pages électroniques sans lesquelles pourtant le monde tournerait imperturbablement, ignorant des mes richesses intérieures et de ma propension partageuse à en faire profiter plein de personnes qui n’avaient rien demandé.
Rien qu’à cette introduction à peine moins ronflante qu’un vol de frelon en escadrille, on se demande déjà où ça va encore aller cette fois !
Voyez le titre ! Et pour ne rien arranger ceux auxquels vous avez échappé, encore que non, puisque les voici : « On fait krak-krak ? » « Krak ! Boum ! Huuuue ! » « Krakoukas ! » « Krak 40 » « Krakotte ma cocotte ! » etc …
Vous avez deviné, car votre QI plane suffisamment haut ne serait-ce que pour aborder le contenu abassourdissamment ébouriffant de ce blog, on va causer gros sous !
A vrai dire je me sens dans un état un peu particulier depuis quelques semaines. Frappé d’une sorte de dédoublement réactionnel qui me fait alterner d’inextinguibles fous rires avec des montée de colère dont la totalité de l’expression pourrait s’avérer un tantinet ravageuse. Ballotté de l’une à l’autre de ces manifestations nerveuses, tentant de retrouver un peu d’équilibre pour la sauvegarde de ma pauvre complexion psychique congénitalement perturbée par ailleurs, ce qui n’aide pas, j’oscille entre le projet d’ouverture d’un cabaret comique spécialisé pour économistes, analystes fricoto-financier, et autres commentateurs, et le dépeçage en place publique de ces mêmes individus auxquels il serait alors tentant d’extirper jusqu’au dernier souffle des cris de douleur et d’agonie en proportion de ce que le résultat gigantesquement calamiteux de leurs théories ont produit, produisent, et vont produire, suite aux petites difficultés d’argent que les impérities de maniaques pathologiques ont une vague tendance à imposer à notre joli monde depuis si longtemps, et dont on constate en ce moment les plaisantes et dantesques conséquences.
Oscillation entre la civilisation par le rire, et la barbarie en réponse à la barbarie.

Entendez-les ! Si vous en avez encore la force. Laquelle je l’avoue me manque un peu, certains matins et certains soirs, ces jours-ci. Entendez-les ! Commentez l’écroulement des finances de la planète avec le sage recul de ceux qui seront toujours du bon côté d’où il faut voir les choses pour ne rien ne bouge.
« Oh mais non, mais non ! Cela ne remet pas en cause le système économique libéral ! pensez-vous !... Hou la la non ma Chère ! D’ailleurs surtout pas !»
Que n’ai-je pas ouï, à ce sujet pas plus tard que très récemment ? Madame Monique Canto-Sperber, ci-devant directrice de l’Ecole Normale Supérieure (pour celles et ceux qui auraient renoncé aux études à cm2 +3 ou 4 l’ENS est une luxueuse fabrique d’élites intellectuelles qui fonctionne grâce à nos impôts », ce qui nous pose un peu la personne, femme intelligente, instruite et même cultivée, officiant régulièrement sur une radio culturelle de service public, où il n’est pas toujours agaçant de l’entendre, nous livrer au détour d’un entretien plein de complaisance : « Dans libéral il y a liberté ! Alors quand même ! » Ben voyons ! C’est vrai que les 40000 chômeurs supplémentaires du mois dernier ont beaucoup gagné en liberté depuis qu’ils ont été virés de leurs emplois. Et je ne parle pas des vagues de salariés qui vont prochainement les rejoindre au gré de l’onde de choc que va générer l’effet casino des bourses du monde à la faveur du délire spéculatif des illuminés du Marché. Du Marché ? Oui du Marché ! Avec un M majuscule ? Oui avec un M majuscule ! Ah bon ? Oui ! Demandez à Monsieur Raphaël Enthoven, ça m’étonnerait qu’il désavoue cette preuve de déférence à l’idole qu’il défend si bien. Monsieur Raphaël Enthoven, ancien élève de l’ENS, (tiens, tiens, s’agirait-il d’un programme d’études ?), agrégé de philosophie, enseignant aujourd’hui à Polytechnique et à Science Po, officie lui aussi sur cette même radio où l’on peut entendre Madame Canto-Sperber. Il y trouva en des temps pas si lointains l’aisance nécessaire à traiter l’électorat du non au TCE en 2005 de social-nationaliste, dans cette même considération très démocratique qui inspira l’hilarant Monsieur July de qualifier ce même électorat de xénophobe. Monsieur Enthoven, dans un entretien complaisant qui remonte je crois à la semaine dernière, déclarait que « Non, le capitalisme n’a pas à être moral. » Ce qui a l’avantage, évidemment de régler le problème en évitant sa part la plus fâcheuse.
Mais, me dites-vous, car je vous entends d’ici, je parlais plus haut d’économistes et d’analystes financiers !?! Si vous faites allusion aux cohortes de majordomes appointés alternativement par le Medef et le Consortium du Palais Brongniart, effectivement il y a un petit malentendu. Ceux-là il devrait suffire de les muter en travailleurs sociaux dans le 9-3, en agents d’accueil à l’anpe, en greffiers de tribunal correctionnel, en ex salariés de Moulinex, en futurs licenciés de chez Renault : le choix de carrière ne manque pas pour mettre ces gens en présence du monde qui plie la nuque, si… librement… sous la sainte loi du Divin Marché dont ils sont si docilement les enfants de chœur.
En fait d’économistes, d’analystes, de commentateurs, je parle bien de ces autres, gens, de grande culture et d’intense réflexion, qui se parfument si doctement aujourd’hui d’ânonner sur le ton définitif de ceux qui savent, sous couvert quelquefois d’un doute de façade, les sentences définitives et irréfragables de dogmes dont l’airain n’a rien a envier au matériau qu’utilisaient en leur temps pour forger leurs certitudes, les défendeurs du défunt système économique soviétique.
Dans « libéral il y a liberté ! » et « le capitalisme n’a pas à être moral. » On est bien avec ça !
Madame Canto-Sperber, si le libéralisme se justifie parce que dedans il s’y trouve le mot liberté, vous devriez être tenue de nous en dire plus. Rassurez-vous, vous devriez, mais vous ne l’êtes bien sur pas. Ce que veux dire par là ? Rien que de très simple : je souhaiterais qu’on ne parle pas de liberté, politiquement, économiquement, sans devoir dire de quelle liberté on parle, de la liberté de qui, pourquoi faire, et avec pour limite la liberté de quels autres.
Monsieur Enthoven, si ce modèle de moteur économique qu’est le capitalisme n’a pas à être moral, qu’est-ce qui devra l’être ? Votre proposition, appelons-là ainsi dans un accès de sournoise gentillesse, me fait penser à ces automobilistes qui, puisqu’ils ont eu l’étrange bonheur de pouvoir acquérir une quelconque de ces porsches dont la névrose de certains est si friande, s’autorisent par là même à rouler à la vitesse qui leur plait, au mépris des règles, et potentiellement de la vie d’autrui. C’est au nom de cet amoralisme dont vous vous faites le plaideur qu’on a, des années durant soumis à l’exploitation de l’amiante des générations d’ouvriers du bâtiment. Combien en sont morts, Monsieur, combien en meurent, ou vont en mourir. Faire ici le catalogue funèbres des victimes de cette absence, légitime selon vous, de morale du système capitaliste serait interminable.
Et donc si on vous comprend bien, Madame, Monsieur, il est tout à fait normal, pour ne pas dire essentiel, que l’économie des sociétés dans lesquelles nous vivons, ou survivons, soit libre et amorale.
Ce terrifiant statut est-il accessible à toutes et à tous dans nos mondes ? Est-il selon vous destiné à le devenir ? Doit-on l’espérer pour celles et ceux qui trouveront les armes pour se défendre ? Et sera-t-on convier à le déplorer pour celles et ceux qui n’en trouveront pas ? Parce que les armes ne sont pas à la portée de toutes et de tous. Inclinerait-on à faire qu’elles soient à la disposition de toutes et de tous, ces armes ? Ou ne voit-on pas plutôt votre culte s’ingénier à se protéger comme un forcené derrière toutes les sécurités policières possibles ? Voit-on la commercialisation de l’enseignement et de l’éducation, régulée par les quotients de rentabilité des produits finis qui sont sensés en sortir, encourager le libre épanouissement des êtres ? Ou n’observe-t-on pas, Madame, votre liberté ne se vendre qu’aux plus offrants, qui en ont les moyens, et votre amoralisme, Monsieur, ne servir qu’à celles et ceux qui sont du bon coté de la police, de la justice, et de tous les pouvoirs en général ?
Je vous dis ça parce que je suis personnellement assez libre et amoral pour savoir de quoi il retourne en ces matières. Mais pour me revendiquer, surtout modestement, de ce double état, je sais aussi, comme beaucoup d’autres, que le prix en conscience est des plus élevés. Et je ne suis pas très sur que cela soit une dimension dont la mesure entre en compte dans les incantations de vos dogmes à hauteur de ce qu’elle devrait.
Ce que vous défendez, Madame, Monsieur, ce que vous soutenez, ce que vous prêchez, a ajouté cent millions de personnes au peuple tragique des affamés, dans le monde, cette année.
En toute liberté, en toute amoralité.
Le pays référent de ce que vous défendez, de ce que vous soutenez, de ce que vous prêchez, les Etats Unis d’Amérique, compte plus de trente millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté. Près de la moitié de ces personnes vivent en état d’extrême pauvreté. Plus d’un tiers du total de ces personnes sont des enfants.
En toute liberté, en toute amoralité.

J’en termine, provisoirement, par ce rappel à la désormais célèbre déclaration de Madame la dirigeante du premier syndicat des patrons et entrepreneurs de France, lorsqu’elle prit ses fonctions : «L’amour est précaire. La vie est précaire. La nature est précaire. Pourquoi l’emploi ne le serait-il pas ? » Réponse : que l’amour soir précaire ou pas, Madame, ça ne vous regarde pas. La vie est précaire ? la votre ? La mienne ? la belle affaire ! La nature est précaire ? Oui. C’est vrai que le petit mulot qui courre dans la prairie pendant que le rapace fond sur lui, sa vie est précaire. La gazelle qui va boire au marigot pendant que le gros crocodile s’avance entre deux eaux, sa vie est précaire. Le petit oiseau qui batifole dans son nid pendant que le gros matou progresse vers lui, silencieusement, sa vie est précaire : mais ça, Madame, ça porte un nom : ça s’appelle la loi de la jungle. Et, jusqu’à maintenant, et pour le plus longtemps possible, la loi de la jungle est le sens opposé à toute évolution d’une civilisation digne de ce nom.

Ne perdons pas de vue que si le capitalisme est aujourd’hui le seul système économique qui puisse le mieux s’imposer de part le monde, c’est principalement parce que c’est le système qui correspond le mieux aux travers de la nature humaine. On peut s’en accommoder. On peut devoir ne pas s’en contenter.

lundi 13 octobre 2008

Escalier.

L’escalier descendait depuis un temps immesurable. On ne savait d’où. Il suivait successivement des flancs montagneux, des pentes de collines, des façades d’immeubles, les parois de hauts quais de pierre surplombant des gorges au fond desquelles passaient des eaux imperceptibles. Il enjambait des vides suffocants. Des espaces de néant glacials et parfois même reposants. Il sortait d’un palais perdu. Une caverne originelle que des éternités d’espérance et de désir avaient taillé, creusé, façonné, ouvragé, ornementé. Depuis qu’il avait disparu de portée du regard, on en était réduit à imaginer des colonnes, des frontons, des marbres et des ors. Des salles aux habitats chatoyants. Des terrasses ombragées sous un luxe végétal frémissant. Des fontaines et des lits. Et quelqu’un de lointain multiplié par plusieurs semblables, vivant dans ses murs d’une solitude, elle seule inoubliée. Sûrement que le réel s’il existait encore là-bas, était bien différent. A part la vie. Sûrement qu’il y avait des cris. Des tempêtes. Des écroulements. Des fragments recroquevillés au pied de l’édifice frappé alors d’une vacuité mortelle. Des piles de pages blanches ou couvertes d’une poésie sans échos. Des oiseaux desséchés. Des rires exutoires de colères impuissantes. Des dévorations de fleurs. Des traces de mutilation. Des cavalcades au delà de l’essoufflement au bord du précipice. De longues plaintes noueuses, assis sur la première marche, guettant au dessus du gouffre un retour insensé. Et illusoire.

Sa silhouette sombre au déhanchement fatigué traversait un pallier où des corridors tranchaient d’énormes blocs de rochers rectilignes ça et là percés de fenêtres allumées.
Des harpes de pluie, froides et obstinées, arrosaient en diagonale et finissaient en vernis luisant sur les pans dressés autour de lui et sur le macadam où son pas chaloupait. Volées de gouttelettes fines, serrées et furtivement brillantes qui remplissaient la nuit d’une immense piscine en suspension lascivement brassée de courants d’air.
Il était trempé jusqu’à l’intérieur de ses vêtements. Il sentait par son col ouvert monter une chaleur humide d’eau et de fièvre. Il remontait du sud. Il y avait des heures qu’il marchait. Croisant des nageurs et des nageuses pressés. Quelques poissons insouciants. Quelques amphibiens pliés dans des niches de roches.
Sa fatigue n’avait pas réussi à atteindre son ventre vide et dur, ses mâchoires tendues et entrouvertes, ses yeux sans paupières. Il n’avait ni faim ni soif. Juste besoin de mourir un peu. Pour pouvoir retrouver le sommeil lorsqu’il aurait rejoint sa barque.
Ces heures qu’il marchait s’élevaient comme des jours. Ces jours atteignaient des années. Des années qui ruisselaient de l’escalier avec une mémoire intacte. Et qu’il savait poursuivre sa descente, le précédant et frayant à son insu un tracé sur lequel il penchait en vain tour à tour son inquiétude ou sa curiosité.
Au bout d’un corridor plus étroit il arriva dans un large canyon qu’un chantier sismique avait écartelé, repoussant les parois rocheuses au delà de plateaux où circulaient de rares soumarins dont les lumières des phares étaient mouchetés de gouttes électrisées. Au milieu une longue et mince tombe d’eau immobile, fendait le fond d’un pont à une écluse.
D’un coté des tentes et des cabanes dégoulinaient de pluie, blotties contre des hangars. En face, des toupies à béton étaient garées en file indienne.
Il scrutait chaque détail environnant, arrêté contre un parapet de tôle. Il pouvait imaginer des présences sous les toiles tremblantes et dans les abris précaires. Sous un auvent de planches un brasero fumait encore. Il vit des vieux sièges d’auto et une armoire déglinguée qu’on avait hâtivement couverts de bâches transparentes.

Plus loin il aperçu de l’autre, presque nu, sous le pont, appuyé à une rambarde, en train de se laver les yeux dans les eaux mortes du canal.
Il s’engagea dans la descente pour véhicule qui menait jusqu’au bord du couloir d’eau. Puis très lentement il s’approcha du pont pour détailler progressivement de quoi c’était fait.
C’était fluet. Chétif. Mais d’une fragilité métallique. Indifférence de peau dénudée dans le froid. Chaleur primaire. D’age trop voyagé pour se savoir d’un temps précis.
Plus il avançait vers lui plus il sentait que cela n’existait peut-être pas. Pas encore. Ou qu’il était déjà trop tard. Que cela avait vécu et que cela n’avait plus que rarement d’autres nécessités que sentir du chaud différent contre soi, des mains étrangères. Un souffle inconnu de nouveau répété. Un éclat brut de désir fugace. Un tranchant qui fasse ne rien regretter.
Cela avait tourné la tête vers lui en le sentant se rapprocher.
Visage de lune fermée. Tombé des marches précocement. Yeux décolorés. Tignasse hirsute.
Quelques pas avant le pont il s’immobilisa. L’autre se redressa. Les reins à présent calés sur la rambarde, cela signifiait l’attente.
Il ne voulait pas sous le pont. Il renversa la tête pour mieux recevoir la pluie et étendit ses bras. L’autre hésita. Longtemps. Des minutes entières. Interminables.
Il leva de nouveau la tête vers le ciel et se frotta le visage avec l’eau qui tombait du ciel.
L’autre finit par sortir de dessous le pont. Cela marchait avec souplesse et n’eut aucune réaction lorsque cela sentit l’eau lui mouiller rapidement tout le corps.
Ils étaient à présent l’un et l’autre face à face. Rien de plus. Pas un mot. Toute l’intention était assez dans chacun de leurs muscles, dans chaque ventre évidé, dans le tremblement même de leur cœur inévitable.
Il l’entraîna par la main dans un triangle d’ombre que formait l’amorce du pont avec le mur de soutènement du plateau au dessus.
Ils s’évaluèrent en connaissance de cause. Sans surprise. Sans précipitation. Assurés d’en recevoir assez tous les deux pour ce qu’ils en voulaient. Juste mourir un peu.
Il l’éperonna sans violence, goûtant au mieux ce que chaque mouvement de leurs corps pouvait verser dans l’appétit égoïste de leur plaisir, des mains, des sexes, des reins, des bouches, des nuques, sous la douche pluvieuse. Leurs peaux exhalèrent quelques vapeurs dans le froid. Les sons de leur volupté sourdaient faiblement de leur immersion.
Ils atteignirent sans peine l’estuaire par où s’évacua leur trop plein dans d’inaudibles souffles de soulagement, et prirent encore soin de revenir au calme en échangeant des marques de satisfaction aux signes invisibles.
Rhabillé de ses vêtements gorgés de pluie, il le pris de nouveau par la main et le ramena sous le pont. Il eu brièvement le geste de faire onduler ses doigts dans le désordre de sa tignasse trempée. Puis il recula.
Cela l’observait, s’en allant. Impassible. Une si vague lueur de contentement dans le puits trop clair du regard.
Il recula encore. Le cœur asphyxié. Comme souvent. Comme toujours. Cette sensation que tout avait été là et que cela ne s’effacerait plus jamais.
Il leva furtivement la main dans un salut dérisoire.
Puis se retourna et s’éloigna en direction de l’écluse.
Il marchait plus rapidement. Parvenu à l’endroit d’où il avait découvert le chantier du canyon, il tourna la tête vers le pont. Dessous, la silhouette avait repris sa pose plongeante dans la surface inerte du canal.
Il se remis en route vers le bout de ce pallier, dont il ignorait la distance. Escomptant qu’un peu du provisoire dont il venait de s’emparer saurait remonter jusqu’en haut. En attendant mieux.
Il rejoignit sa barque amarrée dans la hauteur d’un rocher. Là où il l’avait laissée.
La fatigue enfin répandue dans tout son corps.
La porosité de son cœur avait cessé.
Enfermant un peu d’une eau de pluie parfumée d’une eau de chair.

Plus haut, bien plus haut, guetté au dessus du gouffre, un retour insensé. Et illusoire.

samedi 4 octobre 2008

Les amillègues


Tiens, un nouveau mot pour mon dictionnaire analphabétique, se dit-on ?
Pas vraiment. En tout cas s’il doit y avoir un définitionnement à ce vocable inédit, cet article en tiendra lieu, dans la mesure où d’une part je le décide et où, d’autre part, je fais c’ que j’ veux.
J’avais évoqué récemment, (cf chronique du 26 juin), mon univers professionnel, du moins l’univers dans la fréquentation duquel j’entreprenais alors de gagner de quoi vivre, en faisant diversion sur la Grande Chaîne des Touillette. La GCT, pour les intimes.
Je n’ai pas pensé à la mesurer, mardi dernier, 30 septembre, lorsque j’ai quitté mon bureau, mettant ainsi fin à la mission que j’ai, durant deux années, tenté de remplir dans la grande entreprise où elle s’est déroulée. Mais à vue de nez, comme ça, je dirais … une bonne cinquantaine de mètres. Au début de la chronique sus mentionnée, (je vous en prie …), cette GCT allait à peu près de là à là. Au dernier jour elle allait carrément de là à là : ça fait une sacrée différence, n’est-ce pas !
Mais, vous dites-vous, qu’est-ce qui lui prend de remettre ça avec son espèce de chaîne de bidules ridicules ?
Ben voilà : cette chaîne de bidules ridicules, comme vous dites, (CBR pour les intimes), est restée accrochée aux rambardes intérieures de l’open space, (car je travaillais dans un open space figurez-vous ! Ca calme hein ?!?), alors que moi, donc, je suis parti.
Bon, je suis souvent parti. Surtout de là où je travaillais. Souvent pour des raisons multiples, diverses et variées. Ca vous éclaire, n’est-ce pas ?
Disons que c’est comme ça.
Donc je suis parti. (On va l’savoir !!!)
Ca m’est arrivé de partir comme si de rien n’était. Comme un courant d’air. Aussi simplement que le plombier qui est juste venu revisser un robinet. Ni vu ni connu. Ca m’est arrivé de partir dans un joli bouquet d’au revoir chaleureux et de « à un d’ces jours peut-être » plus ou moins suivi d’effets : plutôt moins que plus. Ca m’est arrivé de partir avec des félicitations et un p’tit cadeau sous le bras. Faut dire que ça m’est arrivé de rester une semaine, ou un mois, ou plusieurs mois, parfois plus d’un an. Une fois je suis resté presque quatre ans. Une autre fois presque trois ans. En règle générale autour d’un ou deux ans, c’est arrivé plusieurs fois. Choix plus souvent que contexte. Ou contexte de mon choix. Si vous préférez. Vous préférez ? Ok, alors on dit comme ça : contexte de mon choix. Ca me va. En plus y’a pas de contrepèterie, c’est plus clean !

Du coup on en croise. On s’intéresse, on s’apprécie, on se lorgne, on se toise, on s’attendrit, on se cause, ou pas, on se raconte, on se découvre, on découvre, on est curieux.
De quoi qu’on croise ? Des collègues !
Des avec qui j’ai travaillé, partagé des bureaux, des saisons, des cafés, des déjeuners, des discussions, des plaisanteries, des rires.
Y’en a eu beaucoup au long de mon parcours donc.
Certaines, certains dont je me souviens. Jusque du prénom. Du visage. De l’âge. Même si ça remonte à longtemps. Au temps où je me pointais pour une mission avec le look d’un fan de Cure… A l’époque ça n’inquiétait personne… Plus très sur que ça passerait aujourd’hui…
Des collègues… Seulement voilà, passager d’un temps régulièrement défini, le travail, la fonction, est régulièrement passé au second plan. Je n’ai, je crois, presque jamais négligé ce que j’avais à faire. Pourtant dans quasiment tous les cas il a toujours fallu que je sois curieux de ce qu’il y avait autour de moi. C’est à travers cette attitude que j’ai lentement compris que ce qui m’intéresse le plus dans tout ça, c’est les gens. D’ailleurs je ne dis plus les gens. A un moment je disais les êtres. Ca fait un peu métaphysique. Maintenant je dis les personnes. Et les relations.
Est-ce que je suis d’une nature sociable ? Le suis-je devenu du fait de ce nomadisme professionnel qui seul m’a permis de toujours gagner à peu près correctement ma vie dans l’idée que ce vagabondage en allégeait les contingences ? Les deux.

Et tout ça pour dire quoi ?
Tout ça pour dire que ce mardi 30 septembre, autour du beau buffet de plats salés et sucrés qu’elles et ils avaient organisé pour mon départ, (auquel j’ai craint un moment que certaines et certains tentent de s’opposer en écrivant directement à la Présidence de la République !), je me suis senti ému comme je ne me souviens pas l’avoir été en semblable occasion auparavant.
J’avais pris la décision d’arrêter ma mission pour poursuivre de nouveaux projets, une nouvelle construction. Pour suivre une nouvelle route, plus profitable au regard des contingences. Plus opportune vis à vis de certaines ambitions.
C’est la première fois que je me suis trouvé dans la situation d’avoir quelques mots à dire pour habiter cette émotion qui nous était commune, et qui témoignait avec sincérité de ce que ces fameux collègues, c’est parfois un peu plus que des collègues. C’est aussi des rencontres. Et qu’il y a, là aussi du vrai qui s’exprime. Un peu de ce rare qui fait, simplement, que tout le reste, pas si facile, pas très rigolo, devient plus supportable.
Et c’est comme ça que les collègues deviennent des amillègues !
Vous suivez ?
Faut que je vous le décortique ? Non ? Bon !

Les amillègues ? C’est des personnes qu’on aurait peut-être jamais rencontrées ailleurs que là, et qu’on est drôlement content d’avoir rencontrées.
Finalement, une chose est sure, c’est qu’on ne rend compte de ce qu’on peut éventuellement représenter, à part soi, forcément insuffisant, que lorsque les miroirs humains se tendent. Si on fait abstraction de mon penchant au show of, de mon inclinaison à séduire, je demeure souvent surpris de ce que cela produis. Et ma relative humilité, qui n’est pas si feinte que ça, en est précieusement touchée.
Et vous voulez savoir ? Bah ça fait du bien !
Ai-je su tendre un miroir plaisant ? Intéressant ? Je l’espère.
(Il paraît même que oui !)

So ! Now, ladies and gentlemen, je vais me lancer dans l’exercice périlleusement casse gueule d’écrire ici la liste de toutes et de tous (donc sans oublier personne…) : Geneviève, Olivier, Sandrine, Patricia, Thierry, Alban, Gilles, Yvan, Isabelle, Cyril, Véronique, Christophe, Valérie, Jean-Michel, Hanane, Zora, Georges, Nadège, Anaïg, Magalie, Fred, Philippe, Valentina, Corinne, Elisabeth, Sabine, Fatiha, Kossi, Naouël, Harmony, Houley, … et deux demoiselles de la Csav trop discrètes alors j’ai plus les prénoms, un garçon, charmant, arrivé récemment, pas eu le temps d’apprendre le sien, et en guest Marie-Julie !

Je tremble … Je suis sur que j’ai oublié quelqu’un … Non ? C’est sur ? De toute façon je vais pas tardé à le savoir …

En en-tête de cet article un joli cadre en bois,confectionné en guise de cadeau et de mémorial à la GCT, laquelle est donc restée sur place, avec le destin d’être partagée si des mouvements se font jour dans le service.

Ci-dessous un trilboquet : Georges a sur son bureau un bilboquet qui fut souvent un objet de divertissement pour moi : du coup j’ai eu comme cadeau un trilboquet : je vous laisse imaginer le soujacent …


Et puis j’ai eu aussi un gros lot de gros chèques cadeau que je vais aller dépenser ce week-end.

Je suis sûr aussi d’une chose : je leur ai pas assez dit merci !

A cet effet si elles et ils me lisent, sait-on jamais, je leur propose qu’on se fasse un déj mi-novembre quand je serai rentré de mon voyage en Irlande et en Ecosse ! Ok ???

Et pour finir avec une habile diversion quelques photos, pas très bonne hélas, mais c’est pas grave, de la soirée barbecue chez Geneviève, au mois de juillet. Ok, il a plu et on a dû se réfugier à l’intérieur : mais c’était quand même super : sauf pour ceux qui on pas pu venir …
(Y’en a aussi qui étaient là mais qui sont pas sur les photos … désolé … moi aussi j’avais bu ! hips > Bon faudra le refaire !!)

A bientôt toutes et tous, et par dessus tout prenez soin de vous !!!