"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

samedi 20 septembre 2008

Marguerite Duras (Les mains négatives.)

« Je n’ai jamais écris croyant écrire. Je n’ai jamais aimé croyant aimer. Je n’ai jamais rien fait qu’attendre devant la porte fermée. » M.D.


Il fallait bien en parler aussi. Aussi... Il faut en parler. Puisqu’elle fait partie des femmes de ma vie : Marguerite Duras. Puisque j’ai lu. Lu jusqu’à l’abîme certains jours. Lu jusqu'au plus enfoui creux du ventre. Lu à perte de vue. A perte de sens, quelquefois.
Difficile. D’abord difficile. La première fois, dans un train, je m’en souviens : « Le Ravissement de Lol V. Stein ». Abandonné. Puis repris un peu plus tard. Et abandonné de nouveau. Et repris encore une fois. Et plus lâché.
Une prof géniale à la fac, ensuite, lorsque j’ai recommencé des études. « Un barrage contre le Pacifique ». Et d’autres livres. Plein. « Moderato cantabile ». « L’Amant ». « La douleur ». « Un été 80 ». « Outside ». « Dix heure te demi du soir en été ». « Hiroshima mon amour ». « L’Amante anglaise ». « Détruire, dit-elle ». « Les yeux bleus, cheveux noirs ». « L’Homme assis dans le couloir ». « Agatha ». « La pluie d’été ». « India song ». « Le marin de Gibraltar ». « Ecrire ». Etc…
Pas tout lu. Parce que je pense que c’est une œuvre qui s’étend au delà de ce qu’est une œuvre. Sans limite. Qu’il y a toujours quelque chose qu’on a pas lu, y compris dans qu’on a lu. On peut dire c’est souvent le cas pour tous les auteurs. Oui. Mais ça l’est davantage pour Duras. Alors il faut relire.
Mais à coup sur c’est l’écrivain dont j’ai lu le plus d’ouvrages. Sans jamais éprouvé de lassitude. Du fait sans doute de la musique. La fameuse musique de Duras. Parce que j’aime la musique. Vraiment. Ce qui fait que contrairement à la mode qui consiste à en entendre tout le temps, je n’ai pas besoin d’en entendre tout le temps. Parce que je l’aime vraiment. Et que donc j’ai besoin de silence. Comme du lent reflux du corps après l’amour fait.
Comme de cette tendre dérive qui produit la séparation d’avec le corps de l’autre. Son corps à soi en même temps vide et rempli.
C’est ça également Duras. Une musique et une sensualité dans cette musique.

Je voulais choisir de l’écrit pour illustrer cet article, et puis j’ ai déniché cette vidéo : « Les mains négatives » : une poésie. Une marée. Une danse, sûrement.
La première fois que j’ai lu ce texte je me suis souvenu d’un des plus grands moments de stupeur et de perplexité de mon adolescence. Nous étions allés visiter des grottes dans les Pyrénées. Les grottes de Gargas. La particularité de ces grottes et d’avoir leurs parois couvertes de pochoirs de mains. Contrairement aux « Mains négatives » de Marguerite Duras, celles-ci sont de tailles différentes, et il manque des phalanges. Cependant, dans un cas comme dans l’autre, on se perd en conjectures à leur sujet. Il n’a jamais été possible d’avancer la moindre explication tangible à la présence de ses mains peintes, il y tant de milliers d’années, dans ces cavernes.




Donc vidéo : « Les mains négatives » : c’est un texte magnifique : quitte à ce que cela paraisse too much, et ainsi que Duras l’écrit au début d’un livre, je ne me souviens plus lequel : « Apprenez à lire, ce sont des textes sacrés. », apprenez à écouter :

Ville déserte, archet du souffle sur une corde cardiaque.

12 commentaires:

Mire à belle a dit…

C'est pas au début de la "Douleur" justement ce qu'elle dut : apprenez à lire ?
En tout cas c'est bien cet article pour elle.
Et c'est bien de l'entendre dire son texte. Le film ça meplait moins. Mais c'est ça aussi Duras ...

Thy Wanek a dit…

Ben oui, c'est le ciné de Duras ...
Sinon, oui j'avais pensé à "La Douleur", mais apparemment c'est pas dedans : en tout cas pas dans l'exemplaire que j'ai.
Bien ton orthographe pseudonymique ! :-D

J.L. a dit…

Oui, je confirme faut écouter, et ré-écouter.
On peut trouver le texte ?

Bise

J.L.

Thy Wanek a dit…

Hello J.L. !!

J'ai une édition aux Mercures de France ; mais ça du être édité ailleurs je pense.
C'estdans un ensmeble de textes où on trouve aussi "le Navire Night" et des variations "Aurélia Steiner".

Sinon le texte tu peux l'avoir en le copiant à l'écoute ?!?

Bizzz

Thy

Nelson a dit…

Salut Thy,

voila j'ai enfin atterri... sur ton blog : je n'ai pas encore tout lu, bien sur, mais je l'ai mis dans mes favoris.
Pour le moment j'aime à peu près tout et beaucoup certaines choses.
Je t'en dirai plus long plus tard.
Sur Duras c'est bien ce que tu dis. Je m'y retrouve.

A bientôt,

Nelson.

Thy Wanek a dit…

Oh ! Nelson !!!!!
Merci M'sieur !!!
Prend ton temps !

Et bienvenu dans mon p'tit monde, que tu connais déjà un peu ...

Bises !!!

Thy

Mi ra belle la si do a dit…

J'ai pas retrouvé le livre en question. j'ai cherché hier chez moi ... Bizarre.
j'ai fait lire ton blog à une amie qui était chez moi hier, elle a bien aimé.

Si je peux me permettre un avis, il y a des poèmes qui demanderaient à être re-travailler. On sent que tu as été un peu trop rapide. Si tu vois ce que je veux dire.

Bisou.

Thy Wanek a dit…

Si mi la ré si mi la ré si sol do fa !!!
:-D

Merci pour ton coté public relation !!

Ton avis ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd, si je puis dire.

Bizoux aussi !

Gaëlle a dit…

Bonjour,

Mirabelle m'a donc montrer ton blog. Je me régale en le lisant. C'est un beau mélange de drôle et de profond. Et de très beaux alexandrins. C'est rares.

Merci et continue !

G.

Thy Wanek a dit…

Chère Gaëlle, bienvenue dans mon p'tit monde ...
Et merci pour tes encouragements !

Thy

XY-PROJECT a dit…

Difficile. D'abord difficile. Abandonné. Je ressens ça. Depuis longtemps (très) Marguerite Duras exerce une attraction sur moi. J'ai ouvert ses livres. Puis vite reposé. Une sorte de paresse? De peur? Je ne sais pas. Un blocage en tout cas... J'ai "connu", aimé la femme avant les livres. Sans l'avoir lue, elle me touchait, m'attirait... Je l'ai approchée "en crabe", latéralement, par le biais de la biographie (magnifique) que Laure Adler lui a consacrée. Et ensuite, ça a été parti. C'est le seul auteur que j'entends me susurrer ses phrases, qui est omniprésent, qui hante le papier. C'est le seul auteur avec les livres duquel j'ai un rapport affectif. Les objets, je veux dire.

Thy Wanek a dit…

Je m'y suis repris à trois fois avant de pouvoir lire le ravissement de Lol V Stein.
Oui pour la petite voix.
Oui pour le rapport intime.
C'est cela aussi pour moi Duras.
Merci !
;-)
Thy