"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

dimanche 31 août 2008

Provoc' , exhib' et faute au maton ...

Je viens d’être pris en otages par une poignée d’irréductibles neurones primaires qui m’ont contraint, toute la journée à me soumettre à leur volonté : je n’ai dû d’être libéré qu’à la condition expresse que j’accepte de publier le résultat de ce coup de force et que je promette de ne pas prévenir la police ni de porter plainte.
C’est la complicité d’une force extérieure qui leur a permis de perpétrer leur forfait. Mais cela n’atténue pas leur responsabilité.
Faut bien dire …
















Ouf !... Voila c'est fait ! Bon j'ai pu négocier pour qu'il y en ait deux qui passent en négatif ... C'est toujours cà !
(Merci à J.L. ... )




mercredi 27 août 2008

Gomorra



Rentrant de vacances, fin de semaine dernière, il fallait que je repeigne les murs. Les murs de chez moi. Je le savais. J’étais enfin parvenu à m’occuper du plafond avant de partir, ce qui ne fut pas une mince affaire, mais, du coup, il était devenu plus que nécessaire de repeindre aussi les murs. Pour protéger le sol, couvert de parquet, j’avais installé de vieux journaux : notamment quelques numéros des mois passés du « Canard Enchaîné », que je lis presque sans interruption depuis l’âge de treize ans. A la une d’un de ces numéros j’ai ainsi redécouvert une caricature de Berlusconi juste après qu’il ait repris le pouvoir, résultat des récentes élections générales en Italie. Le dessin le représentait hilare, étendant les bras et clamant : « Et tout d’abord je voudrais remercier les ordures de Naples ! »

Il y a tant de films que je devrais aller voir et que je ne vais pas voir. Celui-là, Gomorra, j’y suis allé.
L’intérêt réside dans le fait, justement, de le voir. Je veux dire, de voir.
Il n’est pas certain qu’on y apprenne grand chose. Cependant tout l’art cinéphile de Matteo Garrone, consiste justement à nous montrer. A monstrer.
J’avais entendu ça dans un commentaire de critique : il y a quelque chose d’un reportage là-dedans. C’est un film. Indubitablement. Le traitement pourtant lui donne cet aspect saisissant de réalité où l’on ne retrouve plus rien du ravageur mélange d’héroïsme flamboyant et d’honneur feutré qui fait, hélas toujours, la patine collante et puante des « Parrains 1, 2, et 3 ».

Au début on se dit c’est le Moyen Age, et au fur et à mesure on comprend que c’est le temps des cavernes … La coke et le fric en plus.
Un autre critique parlait de cette cité sordide, dans laquelle presque tout est filmé, comme d’une sorte de vaisseau à la dérive. L’effet produit, selon moi, va plus loin : cet espace quasi clos, représente le monde, oui, à la dérive.
Une note vient ici nous rassurer, nous dire qu’il y a des limites. On ne touche pas aux femmes, et on ne touche pas aux gamins : ce qui veut dire qu’on ne les tue pas. Mais, plus loin, on se sert finalement d’un gamin pour faire tomber une femme dans un piège et la descendre. Et plus loin encore, on élimine deux jeunes mecs qui sont sortis des rails, en maquillant un peu leur exécution. En fait il n’y a pas de limites. Aucune. Pas l’ombre de l’esquisse d’un sentiment. Pas d’états d’âme. Seulement un état d’urgence permanent, une dureté quotidienne, où les mots crime, corruption, drogue ne sont même plus prononcés, où pratiquement plus, tant ce qu’ils nomment fait partie de la vie la plus ordinaire. Je me suis dit à certains moments du film que tout ça avait l’air de paraître tellement normal. Tellement normal.

Et puis je venais de lire dans le Monde Diplomatique d’août un excellent article, extrait d’un livre à paraître de François Flahaut, chercheur au CNRS, évoquant une dame que je ne connaissait pas : Ayn Rand. Romancière américaine. Pour la situer rapidement on précisera tout de suite qu’elle comptait parmi ses fans un certain Ronald Reagan … Cette brave femme professait, au travers de son œuvre, en faveur d’un monde où il n’y aurait que des créateurs, entendez des entrepreneurs, et que ce qu’il en serait de la société devrait se satelliser autour de cette catégorie supérieure de personnes à l’exclusion de tout autre système, forcément contraire au principe de liberté totale qui doit être entièrement établi à la dévotion de ces fameux créateurs. Je dis ce qu’il en serait de la société, car de toute évidence, et comme le note François Flahaut dans son article, le super individualisme dont procède le projet d’Ayn Rand suppose qu’on renonce à la société, où qu’on décrète, comme il est rappelé que Margaret Thatcher fit, que le société, ça n’existe pas.
Comme dans Gomorra : la société, ça n’existe pas. Une sorte d’idéal ultra-libéral.
C’est un petit leitmotiv qui traîne dans ma tête depuis un bon moment d’ailleurs : l’ultralibéralisme ça me fait penser à la mafia plus l’Etat réduit à une force cœrcitive et soumis à l’Entreprise ; Entreprise étant en fin de compte un patronyme plus seyant que Cosa Nostra.
D’autres choses sont absentes de Gomorra : l’éducation, l’enseignement, la culture, la justice, la santé. La seule présence de l’Etat se manifeste par deux brèves interventions de la police…
Et on a beau croiser chez un des personnages, le seul du film, un cas de conscience qui le fait démissionner de l’emploi qu’il occupe auprès d’un entrepreneur en enfouissement de déchets toxiques, lorsqu’on voit ce jeune homme refuser de remonter dans la voiture luxueuse du mafieux et s’en aller tout seul sur la route, on peine à y entrevoir une lueur d’espoir.

C’est un excellent film.

Et sans doute un des plus sinistres que j’ai vu ces derniers temps.

lundi 25 août 2008

Toile

Elle m’attendait. Elle est électro-organique. Elle capte les ondes. Elle sait ce qui se passe. Elle reçoit les dialogues. Elle est au courant de tout. Dés que j’ai eu posé mes bagages elle est sortie de son repaire sur la poutre qui soutient le velux. Je lui ai expliqué, tout en mettant un peu d’ordre parmi les choses abandonnée là depuis le printemps, que je n’allais pas séjourner ici tout le temps cette foi. Que j’allais m’installer dans une autre maison, au village. Elle m’a répondu que, bien entendu, elle en était déjà informée. Son ton m’agace un peu parfois. Les regards un peu blasés de ses yeux. Les huit. Je l’ai toisée : « Dis-donc, t’as pas un peu grossi toi ? ». Elle l’a mal pris. J’ai ajouté, perfide : « Elle est où ta taille de guêpe ? » Je sais qu’elle est susceptible. Et comme elle ne me fait pas de cadeau, en général, je ne lui en fais pas non plus. Au mois de mai, la dernière fois que je suis venu, elle avait laissé trainer des enveloppes de mouches vides sur ma table : je lui ai fait remarquer. Elle m’a fait la gueule jusqu’au lendemain. Elle sait pourtant que je lui suis fidèle. Et je n’ignore pas la précision à la fois horlogère et multi dimensionnelle de son intuition et de ce qu’elle en ressort lorsqu’il lui plait de m’en faire profiter. Elle m’a dit qu’elle serait dans l’autre maison dés le lendemain matin. Avant moi. Je lui ai confirmé que le ménage venant d’y être fait, elle n’avait pas d’inquiétude à avoir. Je lui ai demandé si elle resterait quand même ici jusqu’à ce soir. Elle m’a répondu que oui, mais qu’elle ne tisserait rien avant demain.
Le soir après dîner, je me suis installé à ma table. Il faisait bon dehors. J’avais laissé le velux ouvert. Elle est descendue d’un fil de sa poutre et s’est posée sur le clavier de mon laptop. J’avais ouvert la page couverte de cinq poèmes copiés pendant la semaine. Dans un curieux fléchissement de ses huit pattes, elle s’affaissa un peu. Comme pour se mettre à son aise. Et sa manière de me signifier qu’elle m’écoutait. « Tu les a lu ? » lui demandais-je. Elle me dit que oui, bien sur. Je devinais chaque faisceau de ses huit caméras fixé sur une partie de moi. Mon cœur, mon cerveau, ma bouche, mon sexe, mon oreille gauche, mes reins, ma gorge, mon pied droit. « Et j’ai lu les tiens. » ajouta-t-elle. « Tu tisses bien, tu sais. » murmura-t-elle aussi. « Je n’ai rien voulu tisser. » répliquai-je, « j’ai juste voulu laisser couler une rivière. Non même pas. Juste un ruisseau. »
C’était encore plus précis que ça : un caniveau d’argent gris dans une ruelle sans nom, dans une ville sans nom, au bord d’une mer sans nom, pour y faire voguer des petits bateaux de papiers dorés, pourpres, noirs, bleus, et puis… Et puis il y eu ses bateaux. Ses drôles de bateaux sombres et ensoleillés. Ses étranges navires night. Ses flottes de mots beaux coiffés par le vent parmi les oyats. Depuis j’écris comme jamais.
« Tu n’inverse rien ? » m’interrogea-t-elle. J’ai fait mine de réfléchir un instant. « Peut-être … » concédai-je.
Je voulais seulement espérer que mes esquifs ballotants pourraient gagner le large. Avec les siens. Ou sans. De préférence avec. Sur cette toile sans limites qui la fait rigoler. Que rien ne devait s’inventer en dehors de cette absence de frontières. Que c’était bien assez immense comme ça. Que je le voyais bien de toute façon. Et qu’il pouvait me voir. Et que …
Elle me coupa : « Et que quoi ? » Son ton était soudain cassant. Je ne sus poursuivre. « Tu as rêver de quoi toute la nuit dernière ? » questionna-t-elle. « En te réveillant, puis te rendormant, puis te réveillant, ainsi plusieurs fois, retournant chaque fois dans le même rêve. » Elle savait tout. « Rien n’est sur. » dis-je, contrarié.
Tout n’est peut-être que faux semblant. Tout ça n’existe peut-être pas. Ce ne sont que ces petits bateaux qui glissent au fil d’une eau purement imaginaire. C’est comme du proche qui ne serait fabriqué qu’avec du lointain. C’est presque de l’intime qui ne tiendrait qu’aux infinis qui éloignent.
« Tu crois que tu ne peux pas maintenir ça à l’épreuve d’une simple phase détachée du réel ? » Elle s’était radoucie. « Je ne sais pas. Et toi qu’est-ce que tu en penses ? » Elle se redressa sur ses fines rotules et avança jusqu’au bord de la table. Son joli corps brun sombre, au poil soyeux fut si près de moi que je pus distinguer ses grappes d’yeux.
Je n’ai pas peur. Je n’ai rien à craindre que je ne connaisse déjà. Que je n’ai déjà connu, traversé. Je suis sans aucune méfiance. C’est autre chose qui me trouble. Il y a eu cet autre rêve aussi. Toute la nuit à le chercher dans Damas. Avec le même processus ; me réveiller, comme pour faire une pause, me rendormir dans le même rêve, me réveiller encore, me rendormir à nouveau. Toute la nuit. Sans fatigue. Sans horreur. Une sorte de quête. Dans une ville où au demeurant, bien sur, je n’ai jamais mis les pieds. Si la vraie Damas est la ville que j’ai sillonnée dans mon rêve, en tout cas, c’est un sacré foutoir !
Elle rît. « Tu ne résisteras pas à l’envie d’en savoir plus. Tu n’as jamais résisté au mirage. Tu as su boire là où il n’y avait pas d’eau. Respirer là où il n’y avait pas d’air. Et peut-être que ce qui te trouble c’est qu’il puisse y avoir, là-bas, de la vraie eau, du vrai air. Tu t’en voudras de n’avoir pas été te frotter à ce déséquilibre que tu aimes tant. De n’avoir pas risqué même ta douleur à ce charme. »
J’approchai un doigt vers elle, au bord de la table. Je lui souris. Elle posa un bout d’une de ses pattes sur mon doigt. Puis elle recula.
Elle s’apprêta à partir. Elle dit : « Demain soir tu seras dans l’autre maison. Nous ne nous y verrons pas. Simplement laisse la fenêtre ouverte toute la nuit. Il fera doux. Tu verras au matin. » « Je verrai quoi ? » demandai-je. « Tu verras c’est tout. » Et elle escalada la poutre de soutènement contre laquelle ma table était calée, réapparu au bord du velux et disparu dans la nuit. Elle se mettait déjà en route pour la maison du village. Elle y connaissait bien sur l’emplacement de la chambre que j’y occuperais.
Le lendemain soir j’ai fait ce qu’elle m’avait recommandé. La nuit fut douce, effectivement. Au matin dans le haut de l’ouverture de la fenêtre une splendide toile avait été tissée. La clarté du soleil traversait des feuillages d’arbres proches et faisait scintiller les fils. Au delà des arbres j’apercevais un grand champs de tournesols épanouis. Je restais longuement à admirer ce travail d’une méticulosité si complète. La géométrie parfaite. La régularité du dessin. L’incroyable apparence de fragilité de cette chose si solide. Je cherchais aussi à voir ce qu’il y avait de plus à comprendre. Je ne trouvais rien. Je descendis à la cuisine pour prendre un café et remontai avec ma tasse. La toile s’était mise à bouger. En m’approchant je distinguai nettement les ailes d’un papillon. Affolé je posai ma tasse, près à secourir le gracieux lépidoptère, étonné même que ma tisseuse ne soit pas encore venue le dévorer. Et en approchant mes mains de la toile, je constatai, ébahi, que le papillon, loin de sembler embarrassé, arpentait délicatement la toile où il n’était nullement empêtré, et, de son organe buccal paraissait se nourrir d’une substance déposée sur les fils. Il battait tranquillement des ailes. Le manège dura quelques minutes. Puis il s’envola, de ce vol caractéristique qu’ont ces insectes : ils donnent toujours l’impression, lorsqu’on les voit voler, qu’ils sont ivres.

dimanche 24 août 2008

Fontayre 2


J’ai eu peur. Ça y est. J’ai eu peur. Terreur d’enfant en rentrant sous la lune. En rentrant dormir là où je loge exceptionnellement cette année. Dans la grande maison du village que nous ont prêtés les Van Der B. Parce que Fontayre c’est plein comme un œuf. Il y a événement cette année. Pour des raisons de commodité évidente ma chambre de Fontayre est occupée par Monsieur le Conseiller, premier époux de F., qui est venu pour la grande occasion.
C’est que cette année nous fêtons les soixante dix ans de F.



Alors je fais plusieurs fois le chemin entre le village et Fontayre. Un petit kilomètre. Par le raccourci à travers champs. Le soir au milieu des ombres inquiétantes. La lune a beaucoup grossi ces deux derniers jours. Elle est d’une très forte luminosité. A mi parcours on traverse une zone ou les arbres d’une haie couchent leur ombre en travers du chemin de terre. C’est là que les loups attendent. Je les connais. Ce sont des loups sombres aux grognements hostiles. J’ai appris il y très longtemps a en avoir peur. A trembler. A faire semblant de ne pas presser le pas tout en le pressant quand même. Ce sont des loups aux yeux jaunes et fumants. Ils ne montrent pas les dents. On ne sent guère leurs griffes lorsqu’ils vous sautent dessus. Ils surgissent d’un bruissement de feuillage, lames découpées au rasoir, leur contours vous enveloppent d’un courant d’air souple et habile. Et j’ai compris, lorsque je les ai senti m’enrober de leur pelisse parsemée de sable de lune, qu’au moment de longer le petit cimetière du village, je penserai aux morts qui reposent et dont les pierres tombales luisent dans leur silence froid sous la clarté froide de l’astre d’argent. Mon cœur a battu plus vite. J’ai pensé à toi, qui a eu peur avec moi. Nous avons échangé prudemment quelques mots sans voix. Nous ne sommes pas si loin, l’un de l’autre. Mais la distance avale les sons. Puis je me suis tu jusqu’au portail de la maison des Van Der B. Tu étais toujours là.



Donc Fontayre cette année, plus que tous les autres étés, c’est fête. Les allées et venues des fils de F. avec leur belles épouses et leurs adorables et très éveillés enfants, de la fille de D. avec son ami, des autres amis de F. et de D. vont se synchroniser autour du jour où nous allons célébrer le soixante dixième été de la Patronne. Je rappelle, dans le discours que je lui ai préparé, que c’est le surnom que les gens aux alentours lui ont donné au début quand F. et D. ont acheté la maison et que les travaux ont commencé. La mère de F. est là aussi bien sur. Avec ses quatre vingt sept ans qui râlent par la mauvaise grâce d’une indéfectible constance. On y fait plus trop attention : on s’en partage les ronchonnements et les radotages, chacun prenant un peu de temps pour l’écouter gentiment en pure perte, et cela se dissout sans mal dans l’effervescence ambiante. Il y a à s’occuper des plats, des vins, des champagnes, de la sono, des chambres des invités à Fontayre et dans la maison du village, de la glace pour les bouteilles, des repas de la veille où nous serons déjà quinze, puis vingt personnes. A plusieurs nous gérons tout cela dans la joyeuse hystérie dans laquelle régulièrement nous vivons ce genre de situation. Il y a beaucoup de rire. De bonne humeur. D’agacements. Les ordres et les contrordres fusent. Les victuailles s’amoncellent. Les tartes aux fruits sortent des fours, les rôtis y entrent. Cuisiner les légumes du cousinât, mettre les foies gras maison au frais, compter et recompter les quantités, racheter un peu de ceci ou de cela, on ne sait jamais, allumer le four à pain pour les poulets. Un break par ci. Une pause par là. Un plongeon dans la piscine. Les mûres à cueillir avec les gamins. Se retrouver autour d’un apéritif. Je m’absente. Il faut que finisse le discours. C’est difficile. C’est difficile de parler de F. C’est délicat. C’est fort. C’est un peu une épreuve. C’est un plaisir. C’est un bonheur. Je ne veux pas rater ce moment. C’est important. Vingt cinq ans que je la connais. Vingt cinq ans que je suis devenu son troisième fils. Qu’elle est devenue ma mère spirituelle, et surtout ma mère en amour. Elle m’a appris l’amour. Le cœur. L’esprit. La conscience. Elle est ma plus belle rencontre humaine. Mon émotion tour à tour me gonfle d’inspiration et terrasse mon effort. Je n’arrive à rien. J’ai glané des anecdotes, des histoires, des images auprès de chacune et de chacun. De D. son compagnon, de ses deux fils, de Monsieur le Conseiller, de ses amies, et j’en ai moi-même plein la mémoire : d’ici et de Paris. Des étés. Des hivers. De quand j’habitais Fontayre. J’ai trouvé la première image. Petit fille solitaire, élevée jusqu’à l’âge de neuf ans par sa grand mère à qui elle avait été confiée. Elle me l’a raconté. Je la vois. Elle m’a dit que parfois elle allait se promener toute seule dans les bois avoisinant d’une campagne sous l’occupation. Je l’invente avec un loup imaginaire. Un loup au yeux gris. J’invente qu’ils se parlèrent tous les deux. J’invente que tout ce qu’est F. vient de là. Des conversations du loup avec la petite fille des bois. Voilà ça va démarrer comme ça. La suite se met en place. C’est encore compliqué. Je joue de la chronologie. J’ironise. J’exagère un peu. Je me moque un peu d’elle. J’attendris. Le ton y est. Voilà, ça prend forme. Je doute. Je remanie. Je relis. Je relis. Oui. Ça y est. Cela fait une semaine que j’y travaille. Une dernière fois, je relis. Que c’est ardu de te dire, F. Pourtant ça y est. Je te connais donc un peu. Beaucoup. Bien. Oui, je la connais bien. C’est bien elle tout ce qui est écris là. Et que je vais lire devant la trentaine de personne qui viennent pour cette belle fête. Oui, j’en suis sur à présent ils vont tous la reconnaître. Je suis content. Epuisé, mais content.





Belle fête. La toujours jeune femme, promue septuagénaire, danse le rock. Boit et rit. Sa belle énergie est presque intacte. Les amis sont tous là. A peu près. Tant pis pour ceux qui ont raté le rendez-vous. Les enfants se joignent aux adultes. D. fait disc jockey. De la bonne zique. Blues, rock, reggæ, flamenco, les âges se confondent. La communauté est en joie. Ça rigole, ça papote, ça ingurgite, ça se saoule, et même le ciel qui menaçait de nous mouiller la soirée s’est ravisé. Il y avait des étoiles, et une lune superbe s’est élevée dans le ciel au début de la nuit.



L’été en pente. Les jours suivants chacune et chacun, ensemble, ou seul, repart, qui vers la fin de ses vacances, qui à Paris ou ailleurs pour reprendre le travail. On range petit à petit. Un gros soleil brûlant est de retour. On se retrouve au bord de la piscine. Jusqu’au soir pour l’apéritif. On reparle de la soirée. Des cadeaux que F. a reçu : notamment un laptop et un appareil photo numérique. Attention la Patronne va débarquer sur le Net !! Deux gamins nous ont quittés avec leurs parents. On change les tournesols dans un vase par d’autres plus frais. Les tablées sont encore conséquentes. On finit les stock de champagne. On va remettre de l’ordre dans la maison des Van Der B. Discussions politiques, philosophiques, psychanalytiques, qui prolongent les repas vers le calme des siestes, ou des couchers tardifs.






Fontayre. Une nouvelle porte d’entrée a été posée. D. a construit un vraie cuisine d’été sur la terrasse. Les enfants trouvent des lucanes et les prennent précautionneusement dans leurs petits doigts pour les reposer là où les fabuleuses créatures ne craindront pas quelque écrabouillement. Les garçons vont pêcher des écrevisses au bord du lac et les remontent dans un bac d’eau. Il faut se fâcher un peu pour qu’en fin d’après midi ils veuillent bien ramener chez elles les bestioles qui ont agoniser des heures sous la chaleur. Je vais jouer avec eux dans la piscine : leur jeu favori : je les prends par la taille et je les jette en l’air, le plus haut possible, et ils retombent dans l’eau. Ils grandissent, ça devient épuisant. Au bout d’une demi-heure j’ai fait ma séance de musculation … Monsieur le Conseiller lit dans un transat. Je suis souvent le dernier au bord du bassin. Quelquefois avec D. Nous faisons un peu d’exercice. La chaleur se disloque dans le ciel.








L’horizon se mordore. Je dois reprendre le train demain matin. Ce fut court cette année. Mais ce fut. Pas une année depuis vingt cinq ans sans être aller me nourrir de ce lieu, de ses charmes, de sa douce folie, de son désordre, de l’ineffable ambiance qui y règne. Je flâne autour de la maison. Je respire les fleurs. Je ressens la possible éternité de cet endroit. Un des petits fils de F. a dit que bientôt tout ça seraient à eux, les petits enfants … Charmant bambin avisé … Ca m’a fait rire. On lui a expliqué que ça n’était quand même pas pour tout de suite … Il a bien voulu ne pas paraître trop pressé … Ouf … Ceci dit, méfions-nous quand même …

vendredi 8 août 2008

Vacances !!!!!!!!!!!!!!!!!!

Oui je sais, ça va être dur, mais c’est comme ça !
Je quitte pour deux semaines cette toile si chère et je vais m’envelopper de calme, de fête, d’amis, avec leurs turbulentes et merveilleuses progénitures, de vins et de mangeailles, de conversations, de culture physique, de rires, de soirs d’été au bord de la piscine, ou sur la terrasse, d’écriture, de travail de l’esprit, de repos, d’oubli.
Sans internet !!!
Bref quelques vacances plutôt bien méritées.
Avec de solides projets pour la rentrée !

J’ai pensé à demander la mise en place d’une cellule de soutien psychologique pour les accrocs de ce blog … Mais bon, soyez forts, tout simplement. Soyez patients. Après tout une quinzaine de jours c’est vite passé.

Prenez soin de vous !...
Prend soin de toi !…

A tout bientôt !!!