"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

dimanche 13 juillet 2008

Tendancier

Pour les quelques étourdis qui prendraient le train en marche, ou qui auraient omis de changer de wagon au fur et à mesure que le convoi progresse, ce qui peut certes relever d’un mode de déplacement assez particulier, mais ici on est pas à ça près, le définitionnement* que je forme l’ambition légitime d’exposer à vos intellects assoiffés de connaissance et affamés de savoir, à moins que ce ne soit l’inverse, voire le contraire, est en partie lié à un précédent où nous traitions du vocable inédit « disailleneur** » : ceci dit, je dirais même ceci écrit, ça n’a qu’une importance relative. Relative en l’espèce au caractère touristique de votre présente visite sur mon blog somptueux, ou à son caractère répétitif, ce qui est au moins une preuve que vous avez du goût, et du plus sur qui soit : ce qui va vous aider pour la suite de cet article.
Allez hop ! On y va !

Tendancier : n.m. (pourrait même faire un verbe d’ailleurs : je tendancie, tu tendancies, il tendanciait, que nous tendançassions, vous tendançusseriez, ils tendançoutes (à bagages), ça c’est le conditionnel-voyageur). Mais bon, on va faire substantif pour le moment sinon on va encore plus savoir où on en est. Pour moi c’est pas très grave, j’ai l’habitude, mais pour vous, quand même !...
Ceci étant, puisque on en est à faire une petite mise au point, je préviens tout de suite, ce n’est pas parce qu’il y a quelque chose comme le son « danse » dedans qu’on va encore papoter de voltiges acrobatico-artistiques du genre avec les pieds/avec les mains et sans les oreilles. (ce qui est un peu dommage d’ailleurs, soit dit en passant …) Voilà, voilà …
Or donc : du serbo-croate « tenda » qui veut dire : verser du côté où la pente s’incline vers le bas en fonction de la gravitation ambiante. Et du slavo-indonésien « ncier » qui signifie qu’on ne peut guère faire autrement, que c’est comme ça, c’est la vie, et après tout est-ce que ce n’est pas mieux ainsi. Il est indubitable, c’est à dire qu’on ne saurait le dubiter*, que ce mot, de formation récente, est le produit d’un effet de cette mondialisation dont on sera toujours content d’apprendre que les bienfaits ne consistent pas seulement à nous foutre un vaste bordel économique un peu partout, disons même beaucoup partout, occasionnant conséquemment chez une foultitude d’experts de chaussettes des tonnes de discours amphigouriques destinés à nous faire entendre que compte tenu de leur niveau d’études ils n’en savent rien mais qu’on peut les croire de toute façon et leur faire confiance dans la mesure où on aurait pas le choix. Tendancier est donc un mot mondial. Ca vous bouchbe** hein ?!? Eh oui, c’est comme ça ! Ici on ne fait pas dans la demie mesure, faudra vous y faire pour les p’tits nouveaux !
Tendancier signifie donc que ça va aller dans ce sens et que ce ne n’est pas la peine de vous énerver, ni d’appeler la police, ni de taper sur votre conjoint et encore moins sur votre conjointe, ça ne changera rien. Le souci qu’il y a eu à la création de ce mot c’est qu’on voyait bien de quoi ça causait, mais qu’on ne savait pas trop à quoi il allait servir. N’est-ce pas un comble non de d’la !!!
Or, voilà-t-il pas que, par suite d’un concours de circonstance auquel Dieu lui-même, s’il existait, n’aurait sûrement pensé, on a noté depuis quelques temps l’apparition sur Terre d’une catégorie d’individus, d’apparence totalement bipédique*, ressemblant à nous comme deux gouttes d’eau, enfin comme plusieurs goutte de d’eau en l’occurrence, et occupés à une sorte d’activité tout simplement éberluante : il suffit, par exemple, que l’un d’entre eux aperçoive un djeun dont les facétieux camarades ont glissé une grenouille dans le sweet et qui dés lors se met à remuer dans tous les sens pour se débarrasser de l’importun batracien, et hop, ça fait ni une, ni deux, on appelle toute les radios de France et du Monde pour signaler le nouveau style de boogie-woogie auquel s’adonne la jeunesse planétaire. Le tout bien sur avec des accents sentencieux indiquant qu’il s’agit là d’un phénomène irréversible et que, donc, ça va aller dans ce sens et que c’est pas la peine de vous énerver, ni d’appeler la police, ni de taper sur votre conjoint et encore moins sur votre conjointe, ça ne changera rien.
Autre exemple : un de ces hominidés se trouve, étrangement, invité à une soirée chez des amis : (on croit rêver !) Une des personnes présentes, à la fin de l’apéritif, manifeste qu’elle est déjà pleine comme une outre et d’autres d’acquiescer en se massant la panse. Les hôtes signalent alors que puisque c’est comme ça on n’a qu’à pas dîner. Aussitôt les standards de tous les média audio-visuels sont mobilisés de San Francisco à Vladivostok et d’Edimbourg à Johannesburg, (en passant par Paris dans les deux cas, quand même) : l’apéritif dînatoire est né !
Allez, un troisième exemple pour que vous saisissiez bien l’enjeu pour l’avenir de la civilisation. C’est d’ailleurs un exemple qui me touche de près ; (je vous en prie !) J’étais dernièrement à mon bureau, où je passe ceci dit assez régulièrement, et je m’adonnais à cette innocente activité récemment décrite*** par moi-même, consistant à faire des maillons avec des touillettes à café, et à en former une chaîne ornementale. (peut-être plus mentale que orne si ça se trouve, mais bon …) Et bien vous savez quoi ? A un moment donné je me suis senti observé. Je lève la tête et j’entrevois, dans l’immeuble en face qui n’est pas encore construit, (faut le faire !), quelqu’un qui me regarde avec des jumelles. J’me dis, bah, tant que je suis pas à poil …) Et vous savez quoi ? Le lendemain je reçois un e-mail du Bigaro-Sagazine que je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous dans son intégralité : « Cher Monsieur, nous avons été informé par notre service Tendancier que vous initiiez une méthode révolutionnaire de recyclage de touillettes à café : de crainte que nous ne soyons encore une fois en retard sur les progrès d’un phénomène de société, nous souhaiterions vous recevoir en nos bureaux au plus vite pour un projet de dossier central : nous prévoyons la couverture, une dizaine de pages sur le sujet, une vingtaine de photos de vous, une biographie, votre opinion sur le réchauffement de la planète, vos projets, et vos intentions dans la perspective des prochaines élections présidentielles. Merci de contacter Aldeberthe Cassegrain de la Légumerie. Cordiales salutations »
Autant vous l’avouer, je ne m’en suis pas encore remis. Je songe à demander l’asile politique en Patagonie : oui je sais, y’a Florent Pagny déjà là-bas. Mais bon, la Patagonie c’est grand. Et puis Florent Pagny il ne chante pas tout le temps.
En tout cas vous avez bien lu cet e-mail : le mot tendancier y figure en toutes lettres !
Résumons-nous, ça sera pas un mal.
Le tendancier est un être mi-humain mi-inutile, et qui cherche autour de lui, à moins qu’elle ne cherche autour d’elle, ce qui tout à coup, hop, comme ça, pourrait lui paraître en vrac, farfelu, inédit, original, trop top, grave top, mega fun, bizarroïde, et j’en passe, afin d’en déduire que ça va aller dans ce sens et que ce ne n’est pas la peine de vous énerver, ni d’appeler la police, ni de taper sur votre conjoint et encore moins sur votre conjointe, ça ne changera rien. Et bien sur maintenant que cette activité fait florès, permettant ainsi à des cargos de papier glacé de renouveler leur stock d’indigence décérébrante, je vous laisse imaginer combien ça doit être payé d’être tendancier !...
N.b. J’ai noté il y pas si longtemps, la preuve je m’en souviens, une émetteuse de vacuités radiophoniques qui pour nommer cette activité novatrice parlait de chercheur de tendance : franchement, plus has been tu meurs !

* prochaine entrée dans ce bla bla bla phabétique.
** déjà entré dans ce bla bla bla phabétique.
*** cf « La Grande Chaîne des Touillettes » in Chroniques.

4 commentaires:

anonyme a. a dit…

Tendancier est à chercheur de tendances ce que fut en son temps ensemblier à décorateur : tout change, tout évolue et ce de plus en plus vite. De même que le designer a remplacé l'ensemblier, gageons que le tendancier aura la vie courte aussi. Libre à vous !
Cela dit, j'aurais eu du mal -si j'avais voulu- à taper sur mon con joint vu qu'il n'est pas là (allez savoir pourquoi le nommer joint, donc !).
Par ailleurs, il semblerait que vous ayez une vie tout aussi trépidante que Sophie calle (elle n'aurait pas renié le bonbon dans la boîte aux lettres non plus !).
T.

Mirabelle a dit…

j'ai pas tout saisi mais ça m'a bien fait rigoler !

Thy Wanek a dit…

Libre à moi !! C’est trop de bonté ! Vous êtes fondé à douter que « tendancier » ait un avenir mais il me parait que le rapprochement que vous faites est un rien spécieux. Ne négligez pas une tendance, (encore une), musicale anglophonique qui permettra probablement à pas mal d’extraits de bulbes médiatiques de s’approprier ce mot en une sorte de « tenndanncieûr » qui pourrait lui assurer plus de lendemains que ne le pensez.
La seule tuile qui compromettrait son usage serait que lors d’une prochaine campagne pour renouveler son permis de poursuivre son ouvrage détestable, le ci-devant actuel occupant du sommet de notre République s’en serve dans un slogan du genre de ceux dont il eut le funeste goût : « Tendancier tout est possible !! » …
Merci pour la référence à Sophie Calle : ceci étant je ne suis pas sur de chercher comme elle à faire une œuvre de ma vie, faudrait-il que cela soit intéressant, mais bien plutôt à en faire un vecteur, (artistique, peut-être), moins même pour communiquer que pour partager.
Quant à votre con-plus-ou-moins-joint, ne lui taper dessus, en tout état de cause, en aucune circonstance : il est sûrement possible qu’il n’y soit pour rien.

T.

Thy Wanek a dit…

Chère Mirabelle,
Si vous n'avez pas tout saisi c'est qu'il vous faut le relire : c'est parfois une bonne façon de rigoler encore davantage !!

:-*