"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

jeudi 26 juin 2008

La Grande Chaîne des Touillettes

« Ca y est ! », vous dites-vous, « Cette fois ci il est définitivement passé de l’autre coté ! »… Je me vois clairement enjoint, (en un seul mot), par moi-même, qui plus est, de vous confirmer qu’il est fort possible, une fois que j’aurai terminé cet article, que je ne revienne plus : que je ne puisse plus. C’en sera trop. Même la déraison à ses limites, ne serait-ce que parce que la totale dinguerie commence bien quelque part.
De quelle façon tout ceci a donc démarré. De quoi est-ce né ? Et qu’y puis-je sinon de l’eau évaporée d’un puits qui n’existe pas.
Je crois que ce fut un début d’après midi, ou directement en revenant de déjeuner, lors que nous prenions, mes adorables collègues et moi, notre café dans l’atrium. Car n’en déplaise à certains que de mauvaises gestions entrepreneuriales confinent à avaler leurs doses de caféine dans de sordides cafétérias, quand ce n’est pas en petites grappes serrées autour de la machine distributrice, dans un recoin de couloir, nous, nos gentils dirigeants, épris d’humanisme et d’une foultitude de considérations pour leurs prochains, nous ont aménagé un atrium. Ca calme hein ?!?
Donc dans ce vaste et bel atrium, véritable havre de lumière, nous voila-t-il pas attablé autour de notre café rituel. Bien que ne sucrant pas mon café, point tant pour réguler d’éventuels et chimériques excédents que par simple goût, ne me retrouvais-je pas tout à coup avec dans les mains un surprenant objet. Sans doute venais-je de tomber dans un trou de conversation, ces cavités facétieuses que ménage quelquefois, entre deux considérations sur le x du y qui va peut-être entrer en phase avec le b du 32a suivant le processus 5.2, une panne totale d’attention.
Vous connaissez ce curieux bidule. Sa forme de spatule percée à son extrémité d’un orifice inutile, (en principe) ; il est confectionné dans une matière plastique plutôt souple, et, à ma connaissance, il n’est d’aucune autre couleur que blanc, entièrement blanc, totalement blanc. Et cela porte le nom tout à fait infra-existentiel de « touillette ». Pour touiller, oui. Le sucre dans le récipient de café, oui. Du moins croyait-on jusque là. Car ce jour là, entre mes agiles mimines, ce petit gadget, pur produit du système de prolifération des ustensiles dont on se sert trente secondes avant de les jeter, ce jour-là, ce chétif témoignage de notre gigantesque industrie du gaspillage, vit son pauvre sort se muer en destin.
Par une distraite pression sur le corps de la tige, (je vous en prie), j’imprimai une cambrure à cette brindille et constatai que la malléabilité de la matière se prêtait docilement à ma volonté approximative et ludique. Je forçai donc le geste et m’aperçus qu’avec une aisance mêlée d’assez de délicatesse, l’extrémité de la touillette joignait facilement l’autre bout, jusqu’à s’insérer presque sans difficulté dans l’orifice de la partie plus large, et ce, quelque fut le format du dit orifice. Toute connotation à caractère sexuelle étant exclue, cela va de soi, et donc sans dire, mais bon deux précautions valent mieux qu’une : je commence à vous connaître …
Cf les illustrations qui suivent :





Un premier maillon vint au monde. Puis un second. Un troisième. Et il n’en fallut pas plus d’une dizaine pour que l’œuvre à son tour naquît. Cf les illustrations qui suivent :


Une certaine partie de la complexion de ma personne m’oblige à témoigner ici, et personnellement, bien sur, de la modestie avec laquelle je me suis efforcé d’accueillir les exclamations enthousiastes de l’assistance présente, partagée entre l’ébahissement, la stupéfaction, l’envie de s’en remettre aux puissances célestes et l’émotion désarmée d’être soudain projeté dans une dimension cosmique jusque là insoupçonnée.
Le tout fut bien sur habilement déguisé sous une ironie de bon aloi, quelques rires moqueurs, et de furtives esquisses d’index pointant des tempes : mais on ne me la fait pas à moi : et je sais combien de temps ont dû attendre certaines sommités de notre espèce humaine avant d’être reconnues et justement adulées.
En tout cas, jour après jour, la Grande Chaîne des Touillettes s’agrandit. On doit en être à ce jour à environ une dizaine de mètre : en fait ça va à peu près de là à là. Et au fur et à mesure que la chose s’installe, rien ne peut plus venir contrarier l’ingénu mouvement qui fît sortir de l’insignifiance un trivial et minuscule dommage de notre consumérisme aggravé, pour le transformer en véritable projet interstellaire, auquel, dans toutes les olympes de notre Histoire, on n’aurait su penser.
Las, n’attendant nulle reconnaissance, forcément inadéquate, comme marque de gratitude pour cette contricipation** à l’aventure humaine, n’attendant rien de ces honneurs habituels dont on couronne ou dont on nobellise de coutume l’inventeur génial ou le lettré inspiré, n’aspirant qu’à me satisfaire d’avoir été élu par la grâce afin de léguer à mes semblables et au futur cette marque ô combien précieuse et pertinente des merveilleuses promesses de devenir que nous nous devons de nous faire, je me bornerais à conclure cet article en extrayant pour les plus confus d’entre vous le message subliminal de cette création (deux points ouvrez les guillemets) : « (merci) On peut voir combien ce qui nous enchaîne est fragile, si on veut (point, fermez les guillemets. » (Merci).
Et paf !!
Bon allez, je vais faire un tour : je sens que ça ne me fera pas de mal !...
* Photos réalisées par Cricri. Sauf les 3 dernières.
** Prochaine entrée dans le désormais légendaire Dictionnaire Analphabètique (oui je sais, ça traine un peu ...).

4 commentaires:

anonyme a. a dit…

Bravo !
T.

Thy Wanek a dit…

Thanks a lot !! ;-))

Mirabelle a dit…

C'est pas vrai !!! Et t'es payé pendant ce temps-la ???

Thy Wanek a dit…

Oui mais rassure-toi pas trop : en tout cas pas à la hauteur d'un artiste de mon niveau : :-)))))