"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

samedi 28 juin 2008

Dansité

Soyons clair, cela ne nuira pas au verni souvent entamé de mes sincérités parfois diverses, nous n’étions pas tant venu assister au festival des parents et amis d’enfants à tutus, (notons tout de suite la rareté persistante de l’enfant à tutu de sexe mâle par rapport à l’inflation maintenue d’enfants à tutus de l’autre sexe), (on a beau voir là que la danse ferait appel à davantage de féminin que de masculin, nous ne devrions pas nous en sentir pour autant ni cons ni vaincus), (y’en a un peu marre de ces digressions qui n’en finissent pas, plus personne ne s’y retrouve, et je ne suis pas toujours sur de ne pas m’y perdre moi-même), (la preuve, je reprends donc) : nous n’étions pas tant venu assister au festival des parents et amis d’enfants à tutus, que voir dans l’œuvre de lui-même un certain voltigeur-planneur-blogueur-poète-et (paraît-il) électronicien.
Premier point, nous pouvons être rassurés, sa virtuosité n’emprunte en rien à une quelconque virtualité. Surtout quelconque.
Deuxième point que j’aurai dû mettre en premier, mais bon, je laisse comme ça : je n’ai pas forcément l’intention d’écrire un article objectif.
Troisième point, dans le genre préalable aussi : outre le supposé tortionnaire néo-bolchevique dont nous entendîmes déjà parler, et qui renforçait sur la scène l’effectif masculin déficitaire, il n’y avait en fait qu’un seul danseur ; ça nous a simplifié la tâche. Oui, à part les quelques danseuses qui s’y trouvaient aussi.
Quatrième point : je n’y connais rien en chorégraphie, et pratiquement rien en danse. Mais cela ne devrait pas m’empêcher d’aller au bout de mon propos : on voit assez de critiques en tous genres s’adonner à l’activité de critiquer dans des domaines où leur niveau de culture avoisine tout juste celui du protozoaire de base. Et je ne suis pas non plus biologiste, c’est dire la pertinence de cette comparaison.
Je me posais une question, tandis que le public bruyant s’installait encore alors que le spectacle avait commencé, tendance répétée après chacune des deux entractes, ce qui m’inspira d’inventer prochainement une machine à étêter munie de plusieurs lames, (mais je ne suis pas mécanicien), je me posais donc une question : est-ce qu’on a les jambes qui tremblent avant d’entrée en scène pour danser ? Un peu comme on a les cordes vocales qui tremblent avant d’entrer en scène pour chanter. Ce petit décrochage intérieur qui procède d’un abandon total de son soi connu, ou supposé tel, pour s’élancer à la conquête de son autre : quelques liens que la nécessité vitale oblige à entretenir habituellement entre les deux pour avancer jusqu’à la scène. J’imagine que la réponse est oui.
Donc il est danseur : cela ne fait aucun doute.
A quoi le reconnaître ? Au plaisir. Au plaisir évident avec lequel il danse. Aussi bien sur à ce que l’on peut repérer de quelques quantités sans doute pas négligeables de travail, oui. Mais voilà, à cette capacité de faire oublier le travail, dont nous n’avons rien à faire, le public est ainsi fait, et à nous montrer son plaisir. On y devine sa foi. Son désir. Son rêve. Son rêve sorti des limbes pour chercher les rêves d’autres qui y sont restés et qui, pour la plupart vont y demeurer. C’est un rêve esquissé. Qui se dessine. Je peux n’être que je, et avoir senti ses insatisfactions. C’est un rêve dont je sais les mots, et dont il était difficilement imaginable que je ne cherche pas à voir les pas, les gestes, les élans, les retenues, les maîtrises, les envolées. Dont il était trop tentant d’aller, en catimini, voir vivre l’enveloppe. La matière, le visage, le regard. Il y a une rareté qui consiste à se vivre assez intérieurement pour s’en animer extérieurement, et à réaliser cette alchimie du corps et de l’âme sans presque jamais sacrifier l’une à l’autre, et réciproquement. C’est ainsi, exister, d’une façon plus dense dans la cité.
Je ne puis croire personne qui, normalement constitué, ce qui est un abus de langage, n’espère pas que cet être-là grimpe aux étoiles. Au niveau lumière il y aura toujours une suffisante partie du monde qui s’en trouvera mieux éclairée. Et ça, ça n’a pas de prix.
Pris de court, ce qui m’arrive assez peu souvent, par l’ambition d’être juste, ce qui est un comble en matière de partialité, mais je veux dire par-là d’être assez simple pour que rien ne souffre ici d’une dithyrambie où s’égarerait je ne sais quels soupçons, je m’arrête à avoir dit cet essentiel qui me vient, là, tout de suite.
La petite photo de fin d’article n’a rien à voir avec le sujet, en apparence : cependant j’ai trouvé que cela pouvait opportunément illustrer cette forme humaine qui nous tient lieu de point de repère pour nous apparenter au même règne vivant ; et la force qui du dedans fait apparaître à la surface la vraie qualité d’être à laquelle chacun doit travailler comme à une forge, et comme en un jardin.
Comme je pense qu’il le fait.
Et que c’est beau à voir.
Merci.

jeudi 26 juin 2008

La Grande Chaîne des Touillettes

« Ca y est ! », vous dites-vous, « Cette fois ci il est définitivement passé de l’autre coté ! »… Je me vois clairement enjoint, (en un seul mot), par moi-même, qui plus est, de vous confirmer qu’il est fort possible, une fois que j’aurai terminé cet article, que je ne revienne plus : que je ne puisse plus. C’en sera trop. Même la déraison à ses limites, ne serait-ce que parce que la totale dinguerie commence bien quelque part.
De quelle façon tout ceci a donc démarré. De quoi est-ce né ? Et qu’y puis-je sinon de l’eau évaporée d’un puits qui n’existe pas.
Je crois que ce fut un début d’après midi, ou directement en revenant de déjeuner, lors que nous prenions, mes adorables collègues et moi, notre café dans l’atrium. Car n’en déplaise à certains que de mauvaises gestions entrepreneuriales confinent à avaler leurs doses de caféine dans de sordides cafétérias, quand ce n’est pas en petites grappes serrées autour de la machine distributrice, dans un recoin de couloir, nous, nos gentils dirigeants, épris d’humanisme et d’une foultitude de considérations pour leurs prochains, nous ont aménagé un atrium. Ca calme hein ?!?
Donc dans ce vaste et bel atrium, véritable havre de lumière, nous voila-t-il pas attablé autour de notre café rituel. Bien que ne sucrant pas mon café, point tant pour réguler d’éventuels et chimériques excédents que par simple goût, ne me retrouvais-je pas tout à coup avec dans les mains un surprenant objet. Sans doute venais-je de tomber dans un trou de conversation, ces cavités facétieuses que ménage quelquefois, entre deux considérations sur le x du y qui va peut-être entrer en phase avec le b du 32a suivant le processus 5.2, une panne totale d’attention.
Vous connaissez ce curieux bidule. Sa forme de spatule percée à son extrémité d’un orifice inutile, (en principe) ; il est confectionné dans une matière plastique plutôt souple, et, à ma connaissance, il n’est d’aucune autre couleur que blanc, entièrement blanc, totalement blanc. Et cela porte le nom tout à fait infra-existentiel de « touillette ». Pour touiller, oui. Le sucre dans le récipient de café, oui. Du moins croyait-on jusque là. Car ce jour là, entre mes agiles mimines, ce petit gadget, pur produit du système de prolifération des ustensiles dont on se sert trente secondes avant de les jeter, ce jour-là, ce chétif témoignage de notre gigantesque industrie du gaspillage, vit son pauvre sort se muer en destin.
Par une distraite pression sur le corps de la tige, (je vous en prie), j’imprimai une cambrure à cette brindille et constatai que la malléabilité de la matière se prêtait docilement à ma volonté approximative et ludique. Je forçai donc le geste et m’aperçus qu’avec une aisance mêlée d’assez de délicatesse, l’extrémité de la touillette joignait facilement l’autre bout, jusqu’à s’insérer presque sans difficulté dans l’orifice de la partie plus large, et ce, quelque fut le format du dit orifice. Toute connotation à caractère sexuelle étant exclue, cela va de soi, et donc sans dire, mais bon deux précautions valent mieux qu’une : je commence à vous connaître …
Cf les illustrations qui suivent :





Un premier maillon vint au monde. Puis un second. Un troisième. Et il n’en fallut pas plus d’une dizaine pour que l’œuvre à son tour naquît. Cf les illustrations qui suivent :


Une certaine partie de la complexion de ma personne m’oblige à témoigner ici, et personnellement, bien sur, de la modestie avec laquelle je me suis efforcé d’accueillir les exclamations enthousiastes de l’assistance présente, partagée entre l’ébahissement, la stupéfaction, l’envie de s’en remettre aux puissances célestes et l’émotion désarmée d’être soudain projeté dans une dimension cosmique jusque là insoupçonnée.
Le tout fut bien sur habilement déguisé sous une ironie de bon aloi, quelques rires moqueurs, et de furtives esquisses d’index pointant des tempes : mais on ne me la fait pas à moi : et je sais combien de temps ont dû attendre certaines sommités de notre espèce humaine avant d’être reconnues et justement adulées.
En tout cas, jour après jour, la Grande Chaîne des Touillettes s’agrandit. On doit en être à ce jour à environ une dizaine de mètre : en fait ça va à peu près de là à là. Et au fur et à mesure que la chose s’installe, rien ne peut plus venir contrarier l’ingénu mouvement qui fît sortir de l’insignifiance un trivial et minuscule dommage de notre consumérisme aggravé, pour le transformer en véritable projet interstellaire, auquel, dans toutes les olympes de notre Histoire, on n’aurait su penser.
Las, n’attendant nulle reconnaissance, forcément inadéquate, comme marque de gratitude pour cette contricipation** à l’aventure humaine, n’attendant rien de ces honneurs habituels dont on couronne ou dont on nobellise de coutume l’inventeur génial ou le lettré inspiré, n’aspirant qu’à me satisfaire d’avoir été élu par la grâce afin de léguer à mes semblables et au futur cette marque ô combien précieuse et pertinente des merveilleuses promesses de devenir que nous nous devons de nous faire, je me bornerais à conclure cet article en extrayant pour les plus confus d’entre vous le message subliminal de cette création (deux points ouvrez les guillemets) : « (merci) On peut voir combien ce qui nous enchaîne est fragile, si on veut (point, fermez les guillemets. » (Merci).
Et paf !!
Bon allez, je vais faire un tour : je sens que ça ne me fera pas de mal !...
* Photos réalisées par Cricri. Sauf les 3 dernières.
** Prochaine entrée dans le désormais légendaire Dictionnaire Analphabètique (oui je sais, ça traine un peu ...).

mardi 24 juin 2008

Extravagriffouillanse

Extravagriffouillanse : n.f. de « extra » qui se situe entre super et hyper bien qu’on n’en ait, soyons-en content, jamais fait un marché ; de « va » qui veut dire aller quand c’est ni toi ni moi mais que ça reste singulier et que c’est au présent ; de « griffe » qui est un des outils de la manifestation du pouvoir du chat, sujet tout à fait d’actualité en ces temps de disette ; de « ouille » qui indique qu’on vient de se taper sur le doigt avec le marteau, ou de s’asseoir sur une rose ; et de « anse » dont on ne peut pas nier que ça nous sera utile pour porter tout ce fouillis, lui-même soujacent quelque part au niveau du prononcé.
Donc, résumons-nous, (ça s’impose et pas que sur le revenu) : il est question de quelque chose d’un niveau supérieur, qui va, bien ou mal on s’en balance, à moins qu’on ne s’en batte l’anse, que ça écorche un peu en nous arrachant une vague plainte à peine audible, l’ouïe ici ne s’entend pratiquement pas, et que s’il y a tant d’anse, c’est que t’as rien à craindre, ça s’emporte en voyage, au restaurant, au bords de la mer, sous la lune en filigrane, et même pour voir un spectacle ; de danse par exemple. Bref, c’est indémodable.
Certes, je vous entends d’ici regimber, (car vous êtes souvent regimbant), cette construction lexicale est franchement baroque. C’est exact et ne vous attendez pas à ce que je tente dans cet article d’encombrer ces lignes avec les laborieuses explications auxquelles vous estimez peut-être, avec un taux d’insolence qui dépasse de toute façon celui que je tolère, que auriez droit.
Vous ouîtes* certainement parler, transpirant de ces pages, au gré notamment des savantes interventions de notre Grand de la Fontaine des Mots, (au temps où il aspirait tout juste à garantir son rang de Grand Semainier), de ce que l’on appelle les mots valises.
Extravagriffouillanse est un mot malle-cabine : pour les déplacements un peu plus longs, et sans doute plus importants, qu’un simple aller retour, un soir d’été, ou d’hivers, afin de promener son incognito au bord d’une autre scène.
En affutant un peu votre esgourde moyenne vous percevez surement qu’il y a de l’extravagance dans ce mot. Du fouillis aussi, donc. Et une griffe qui vous rappelle au désordre, et un « n’sait quoi » qui s’en balance.
Voila, vous y êtes.
Maintenant souvenez-vous un peu : vous êtes sur la crête qui domine le théâtre océanique. Le vent soulève des paquets d’eau qui s’écartèlent sur les rochers, ce même vent qui vous gifle, et vous glace. Un sublime soleil blanc s’ébroue dans des ventres de nuages. Dans votre main il y a sa main : mais vous ne savez plus rien. Comme rien avant. Rien après. Tout est dans les embruns qui s’envolent jusqu’aux visages. C’est magnifique et désastreux. Ca fait un peu mal mais on se sent étrangement bien. On aurait envie de crier. Voire de chanter. Mais on se tait. C’est l’extravagriffouillanse.
Ca commence à causer un peu là ?
L’extravagriffouillanse, c’est une pointe de diamant dans le regard qui boit au ruisseau de lave sifflante lorsqu’il passe sous le cœur, juste avant de plonger.
C’est le jour qui tombe de l’agenda dans un vacarme à découdre le reste du temps puisque tous les précédents n’étaient que des tentatives et que tous les suivants vont rester inconnus.
C’est une fatigue qui descend comme une couronne pendant que les parterres de fleurs jouent du calice sous le souffle qui se déploie et que l’abandon gagne les tensions dont les verrous et les articulations retombent à l’intérieur en poudre de soie, en aiguilles de larmes, en sel et en cendre, en rire et en sanglots.
L’extravagriffouillanse c’est beau, forcément beau ; c’est vivant de ce beau qui se sait et s’en délivre pour vivre l’ivre du désordre des émotions. Avec ce petit bout de plume, malicieusement mais tendrement cruel, qui écrit au verso une date incompréhensible, une heure définitive, une balise, comme un monogramme inquiétant et mêmement encourageant, petite brisure de cire sombre au tableau de tous les éclats.
Dans l’extravagriffouillanse il faut faire vite pour prendre son temps. Saisir l’instant où l’intime le plus lointainement vacillant doit de toute sa précarité embrasé l’ordre appris, la leçon retenue, l’enseignement compris, la rencontre réalisée, le soir venu, le matin levé, le corps présent, le pas répété, le ruisseau des mots, et surtout, surtout, l’irremplaçable atome de cette folie ensorcelante dont on connaît l’étincelle, on la connaît, oui, on la connaît si bien maintenant.
Pour plus d’informations, n’hésitez pas à vous jeter parfois du haut de vous-même.

* J’avoue avoir hésité entre le tréma et le circonflexe : mais là ce soir le temps est à l’orage : du coup j’ai opté pour le circonflexe.

vendredi 20 juin 2008

Alexandromanie

Alexandromanie : n.f. de la locution un peu aberrante « à l’ex en trop », qu’une trop longue manie de parler la bouche pleine alliée à une habitude grandissante de ne plus savoir ce qu’on dit a déformé en « alexandro », et de manie qu’une longue habitude limite maniaque de faire tout le temps la même chose, finit par muer en troubles obsessionnels compulsifs, mânes financières très tendance chez certaines catégories de thérapeutes « psy » qui on lu Freud dans sa version « Wall Street ». Ceci dit ce n’est pas la seule origine étymologique, pour ne pas dire plus succinctement éthylique, que l’on peut prêter au mot alexandromanie. Dans un célèbre texte retrouvé par Indiana Jones, non moins célèbre archéologue-fouetteur du gotha arachnide, texte qui remonte au bas mot à bien avant le début qui précéda le commencement au fond du couloir dernière porte à droite, on déchiffre, après avoir fumé un bon oinj et avoir manger une douzaine de scorpions au curare, l’amorce d’une phrase qui a depuis laissé perplexe plus d’un coupeur de poil en quatre. Une fois traduit cela donna « Alex en train » ou selon les versions, dépendantes surement de la qualité du perlimpimpin, « A l’ex en train » : connaissant déjà à l’époque l’atavisme de pas mal de cultures pour tout de qui marchait par trois, comme la sainte trinité n’allait pas tarder à s’en apercevoir, et agités de leurs besoins urino-visionnaire bien connus, tout un aréopage de queues de pies académiques en conclut que, à raison d’une syllabe par pied, de quatre pieds mis à nu, et de la longueur du tarbouif cléopâtrien*, on était en présence du vers à soie dont l’industrie en était pourtant à peine à ses balbutiements.
Autant d’anachronismes réunis en si peu de temps, ça valait qu’on décrétât l’invention d’un truc qui servirait certainement à quelque chose : l’alexandrin était né. N.b. on en a profité pour abandonner l’idée stupide du train dont on se trouvait encore, à ces âges là, à des années lumières d’imaginer qu’il puisse en moins de deux heures vous mener d’une sympathique capitale européenne à une sympathique capitale bretonne.
Et donc ça nous fait quatre fois un que multiplient trois = douze. Comme les œufs, comme les apôtres, (moins le méchant sans lequel toute l’histoire du petit Jésus n’aurait jamais connu son succès toujours actuel quoiqu’un peu vacillant), comme les huîtres, et pas comme les footballeurs qui ne sont que onze ce qui montre assez l’indigence poétique de ces gens.
Car voila toute l’affaire. Cette tétratrinité*, (tant de génie dans l’invention, jusqu’où m’arrêterai-je ???), a principalement servi de matériel oniro-bramo-roucoulo-danto-poétesque pour une espèce de style de genre de mecs, et quelques gonzesses quand même, qui ont privilégier l’art de faire leurs intéressants en s’en prenant à l’humanité, à l’univers, et même aux dieux, au lieu d’aller comme tout le monde au bureau, au cinéma, au salon de l’auto et en vacances à Palavas Les Flots.
Une vraie manie !
Par extension, ou plutôt dirai-je par variation qui ne sont pas systématiquement des extensions mais peuvent aussi être des réductions, ou des contractions, la manie de tricoter avec une plume, ou un stylo, quand ce n’est pas directement au clavier, de nos jours, de tricoter donc des rangs de mots pour dire que je t’aime, que je le hais, que tout ça est horrible, que je meurs, que je soufre ah la la, ah la la, finissons-en, recommençons, que c’est jouli le printemps, que c’est triiiiiste l’hivers, j’en passe et pas des moins comiques, s’est assez répandue pour qu’on use du même matériaux, le vers à douze pieds, afin d’en produire des vers immortels ou des vers à deux balles.

Exemple de vers immortels :
« Il se tairait en vain, je sais mes perfidies,
Oenone, et ne suis point de ces femmes hardies,
Qui goûtant dans le crime une tranquille paix,
On su se faire un front qui ne rougit jamais. »
Phèdre-act3 – sc3 (Le premier qui me demande l’auteur c’est pif ! paf !)

Exemple de vers à deux balles : cf starcacadémie, c’est pas une poubelle ici !!!

L’alexandromanie n’est pas éloigné de la pêche à la ligne : dans les deux cas on utilise des vers. Pour attraper quoi : ça !!! Evidemment c’est autre chose où les poissons ne prennent pas toujours deux « s » au niveau de l’arrête centrale.
Dans un opportun souci de diversifier pour versifier en s’y fiant sans s’en défier, il est évident qu’on pourra porter sa verve à l’aune d’octosyllabes, de décasyllabes, et autre polysyllabes, verres à pieds, verres à dents, vers d’autres directions, vers Saint Gétorix, vers Saint Germain, ou Saint Germinal, vers naculaire, vers ni délicatement craquelé, Vernon Sur Seine, Veracruz,
vert émeraude, Etc … etc …
On est pas obligé de rester alexandromaniaque. Multiplions les vices !
Ce définitionnement*, pour finir, est principalement destiné aux approximatives concrétions pluri-cellulaires qui on manifesté quelques agacements au sujet de ma propension à l’alexandromanie. Or il manquait ce mot pour les aider à exprimer leurs agacements : maintenant qu’ils ne viennent plus se plaindre : sinon pif ! paf !

P.s. Il se pourrait que ce définitionnement* ne soit pas tout à fait complet : nous y reviendrons donc assez probablement.

* prochaines entrées dans ce Dico Fabulo !!! Question de patience … … … … …

jeudi 19 juin 2008

Sur la Terre

Quelquefois, durant des périodes de plusieurs jours, quelquefois, tout est sur terre. Tout. Là. Redevenu sur terre. Les rames de métro. Les champs de voies ferrées lorsqu’on passe au dessus des gares. Les files entêtées des autos. Les façades qu’on sent déjà crier au simple prétexte qu’il a fait enfin chaud aujourd’hui. Enfin. Qu’on se demandait si ça allait arriver. Parce qu’il faut du soleil, vous savez. Le plus souvent possible. Et qu’il fasse chaud. Même si à peine fait-il un peu chaud on ne respire tout de suite plus. Qu’on se plaint aussi. Mais que ça fait penser à ces régions du monde qu’on voit dans des reportages souvent idiots où on nous montre des faux gens en vacances perpétuelles. Laids et bronzés. Hilares et vacants. Inutiles. Décoratifs dans le meilleur des cas. Qu’il faut bien qu’on puisse croire être dans des endroits aussi vides, vendus comme vides, pour supporter de vivre finalement dans la ville, dans le bruit, dans la poussière qui accompagne immédiatement chaque poussée de chaleur, avec cette imitation de touriste hawaïen à laquelle s’exercent d’un soin grossier et tapageur des troupeaux entiers de clones clownesques qui se bousculent en permanence en se jetant des sorts inutiles.
C’est comme ça les jours où tout est sur terre.
Il n’est plus possible de voir au-delà du réel caillouteux.
Toute pensée retombe dans les travers. Plus rien ne peux devenir beau. Ou sincèrement riant. L’impossible rêve de pacotille déborde des égos brutaux. Il n’y a plus que des tueurs ou des tueuses de tout ce qui n’est pas soi. De tout ce qui n’est pas soi, enfin comblé d’une de ces idylles grotesques dont les modèles clinquants infestent le foutoir d’images qui se tend à l’infini sur des milliers de surfaces auxquelles il est prévu que nul n’échappe.
Ces quelques fois là, oui, ça semble devenir effectivement vain de se faufiler entre ces étendoirs de laideur. Pris dans les ahurissements des pulsions scopiques.
Et par-dessous tout ça on entend partout l’écho des cavernes. Il y des petites peurs inquiètes qui feignent l’arrogance. Les passagers réguliers du matin et du soir. Les lecteurs, les plus chanceux. D’autres en transit. La plupart entre deux formats. Certains secrètement étonnés de voir que ça tient en se demandant plus ou moins consciemment jusqu’à quand. Des identités voilées où les noirs fantômes des fois obscurcies glissent un calme empoisonné. Des verdeurs acides déguisées pour revendiquer une existence qui n’est pas encore venue, et dont il serait curieux de voir ce que ça en ferait. Confis dans une ignarité goguenarde. Pendus à leurs prothèses musicales qui leur distillent tout le jour la drogue commerciale qui emplit leurs pauvres absences librement consenties. Quelques guerriers tranquilles qui attendent, inabordables. Quelques uns çà et là qui vont persister ; tenter de vivre. Ceux qui sont presque morts. Dont le souffle n’a plus que la force d’une série de saccades d’aiguilles pendulaires au bout d’un ressors distordu.
Quelquefois on ne voit plus que ça : à quel point c’est impensable tout ce qu’on se demande de supporter.
La seconde vue est indisponible. On voit vrai. Affreusement vrai.
Lorsqu’on a la seconde vue, tout ça parait en définitive assez faux pour être traversé comme une matière épaissie d’une pâle opacité mentale qui joue son rôle d’amortisseur, non pas pour se tenir assez à distance, mais bien plutôt pour accepter ce vivant chaotique prometteur à soi-même du produit de ce qu’on y joue. Ce qui n’est que trop peu, mais suffisant pour avoir de temps en temps, parcimonieusement, le sentiment d’une trace de bonheur.
Sans être indécent.
Parfois cet un peu plus d’aménité que quelques uns parviennent à immiscer parmi ces milliers de croisements à la minutes qui nous défigurent.
Une mollesse effarée rend inatteignable. Le corps encombre plus que jamais. Il faudrait ne pas rentrer chez soi. Et, sans savoir comment, on s’installe à la devanture d’un café. On commande une bière. Et on achève de regarder tout autour de soi dans l’interminable épuisement dont un dernier hoquet peut seul être l’apaisement.
Plus aucun détail ne vient de son petit puits miroitant agiter l’amulette d’un jeu de transformation. De transmutation. Tout est ce que c’est. Ni plus ni moins. Cela nous donnait il y a une ou deux heures l’impression de s’entretenir si solidement en dépit du roulis. Et puis quelques dorures auront disparu. Décoloration de la rétine ambiante. Quelques points de légèreté, points d’ancrages en fait, qui auront lâché. Fixation poussiéreuse.
Je voudrais juste espérer que demain je reverrai le héron : celui que j’ai vu ce matin. Si vrai que c’en était incroyable. Bel oiseau élégant. Au bord du bassin de la Villette. Quai de la Loire. Pas eu le temps de prendre la photo. M’a laissé approcher, tournant lentement sa belle tête avec son long bec. Je voyais son loup noir sur ses yeux. Un héron gris. Comme dans Lilly Passion. J’étais à moins de cinq mètres de lui ; il s’est envolé. Que faisait-il là ?
Et le reverrai-je ? Le reverrai-je ?
Plus un son n’essaye de s’évader de moi. Même mon insu se recroqueville comme un petit fossile noir sous mon histoire inerte. Je coule la bière en moi par brèves gorgées. Cela conjure péniblement ma torpeur. Je laisse mourir le jour. Il ne s’y trouvera sans doute plus de possibilité à présent. Je vais attendre entre rien et fou que se précise le rapide et mince corridor et j’y insinuerai mes derniers pas, mécaniques, pour rejoindre mon étage. Et puis je vais attendre aussi que le sommeil me prenne. Ce sera long. Comme un sable mouvant sous une masse sans poids. Il faudra que je m’engonce. Que je bouge un peu, tout allongé, pour que le grain épais de ce sable de plomb veuille bien m’ensevelir.
Je sais quand même que je ne peux pas vivre sans voir autrement : donc ça reviendra.
C’est toujours revenu.
Je me réveillerai.
C’est un aveuglement passager : atroce clairvoyance.
C’est comme ça.
Quelquefois.
Sur la Terre.

vendredi 13 juin 2008

Râble (de lapin)

Il semble qu’une petite explication soit nécessaire à la compréhension de certains concernant un idiome utilisé dans l’article promouvant le mot « analphabétique », dernière entrée en date dans le dictionnaire du même nom que vous êtes chaque nuit plus nombreux à consulter.
En effet la formule « à cela ajoutées quelques quantités considérables de lapins d’eau passées sous les ponts », a suscité de l’embarras.

Sachons premièrement ceci :

Râble : partie du lapin qui va des côtes jusqu’à la queue. (Je vous en prie …)

On observe ainsi que cette base incontournable d’un de mes plats préférés, particulièrement dans sa version au four arrosé de sauce au miel – un peu long et astreignant, mais un régal à faire se damner l’ascète le plus austère – sert en fait de terminaison, de suffixe disent certains agrégés, à une petite palanquée de vocables. Façon d’escamoter cette chair délicate, gouteuse, à des fins, (à des faims ?), probablement inavouables. (Sauf peut-être dans une baignoire électrique …)

On notera donc la liste des mots où l’absence de longues oreilles ne devra pas nous distraire de la part de rongeur carottivore qui s’y trouve néanmoins.

Considérable de lapin.
Adorable de lapin.
Impondérable de lapin.
Durable de lapin. (cf développement.)
Misérable de lapin.
Incurable de lapin.
Favorable de lapin.

Etc … … Je vous fait confiance pour compléter ce début de liste.

N.b. Et ce n’est pas la disparition de l’accent circonflexe qui doit nous leurrer.

Sâchons qu’en fait il n’y a pas vraiment de deuxièmement.

Je suppose qu’une exégèse du lapin ne sera pas de trop pour compléter ces propos parcimonieux : nous tenterons de satisfaire cette attente dans un délai qui ne soit pas insupportable de salon.

En attendant voici un petit exercice de grammaire : mettre au féminin les mots suivants :

Lapin.
Sapin.
Tapin.
Calepin.
Turlupin.
Pin.
Lopin.
Galopin.

Je ramasse les copies dans une heure.

lundi 9 juin 2008

Analphabétique

Pour les moins alzheimériens de mon lectorat pléthorique, on se souviendra que lors de l’inauguration de l’entreprise académique indispensable que constitue ce dictionnaire, j’avais promis de donner un définitionnement* du mot analphabètique. Las, pressé par tant d’obligations, entre une alexandromanie* puitsansfondesque*, une chronicomanie* filvulante*, et autres escrivailleries* péribloguiennes*, à cela ajoutées quelques quantités considérables de lapins d’eau passées sous les ponts, accessoirement aussi tombées du ciel, sans négliger les accaparements domestiques dues à d’éventuelles nécessités vitales, et moult distributions de tendresses diverses dont je jouis d’entretenir un proche entourage plus cher que tous les contenus des bijouteries de la place Vendôme, et on comprendra mon retard. Sinon !?!... Bon !
Donc, à peine plus de six mois après ma promesse, voila-t-il pas que je m’en vas la tenir !
Ca vous époustoufle ? Comme je vous comprends !! Allez, un grand verre d’eau, une grande et profonde respiration, on s’assoit tranquillement, on renverse doucement la tête en arrière, voila, on se calme, c’est bon ?? On y va !

Analphabétique : adj. t. ou i. ( t. ou i. signifie transityphoïde* ou intransityphoïde* – à débattre sur un mode enfiévré) De « anal » qui veut dire : relatif à l’anus, qu’on retrouve notamment dans « analogique » qui traite de l’ogique* du trou de balle, ou dans analytique qui traite de l’ytique* du fondement. Et de phabétique, locution complexe qui signifie que le pha, dissimulant d’un ph neutre la quatrième note de l’alphabet musical, serait susceptible de compromettre la bétique d’un ordre établi sans qu’on sache bien par qui, comment quand et pourquoi : à quoi une célèbre chanteuse chèrement louée, charges comprises, sur ce blog irremplaçable, suggérait de répondre par une distribution générale de perlimpimpin.
Mais ne nous égarons pas, même en double file.
Cette bétique pha de l’anal nous conduit donc à entendre par une savante verlandisation* de cet enchaînement trompeur qu’on est loin de toute parenté avec des notions aussi abstraites que l’analphabétisme, et préservé de tout rapprochement avec des sujets tels que l’analphabète, dont l’élevage prolifère aussi, et notoirement, à l’ombre des programmes télévisuels de fond de chiotte d’un groupe de média dont le nom du principal leader mercantilo-publifoutresque ne tâchera pas cet article de haute volée de son logo de fosse septique.
Na !
Analphabétique signifie donc que l’ordre établi on se le met quelque part. Par simple résonnance, à laquelle vous serez bien sur sensible car vous avez l’ouïe fine et le neurone affûté, on attachera davantage ce mot à l’ambition salvatrice de contrarier avec un malin plaisir un type d’ordre tentant de régenter au gré de progrès très variables l’ordonnancement rituel de certains vocabulaires, de certains lexiques et autres glossaires, lequel mot, d’ailleurs, avec sa consonance sournoisement glandulaire m’a souvent inspiré de la méfiance.
Pas vous ?!?
En d’autres termes, et pour être plus clair, je m’en voudrais de laisser planer la confusion, analphabétique n’a rien à voir avec l’alphabet.
Certains esprits tortueux, chafouins, étriqués, (c'est-à-dire sans trique), objecteront, car c’est là leur fonction première dans nos sociétés percluses de racrapotements* stériles, que s’il y a un ordre alaphabétique c’est qu’il y a une bonne raison, et que c’est quand même indispensable que tout le monde puisse s’y retrouver.
Ok ! Admettons.
Cependant je prétends, moi-même, personnellement, je, que quitte à produire un dictionnaire de mots qui n’existent pas pour la seule raison que personne n’a pensé à les inventer, autant aller jusqu’au bout de l’analogique, donc de l’ogique du trou de balle, et de faire ça dans le plus parfait foutoir possible.
Certes l’ytique du fondement risque fort d’en être bouleversée, à charge pour elle d’en profiter pour devenir bouleversante.
A cet égard il est on ne peut plus pertinent de voir apparaître un mot en « A » après tout ceux qui forment déjà cette brillante encyclopédie qui commença, rappelons-le nous par un mot en « R ».
Considérant enfin qu’en matière de dictionnaire, l’actuelle édition de l’Académie, en cour de ponte par les mamys et les papys du Quai Conti, en est je crois à la lettre « G », et que la dernière édition complète date il me semble de 1935, on sera mal venu de me reprocher de combler ce retard par mon empressement à enrichir notre langue, pour les multiples usages que nous aimons en faire. Et damnation.
Enfin nous allons mettre à profit cet article pour solliciter notre lectorat encore une fois tout pantois, afin que, nous démontrant ainsi qu’il a bien compris ce définitionnement, il s’attèle lui-même à la tâche de fournir des illustrations, des exemples, susceptibles d’éclairer sur le mot analphabétique.
Je vous laisse prendre conscience de l’ampleur et de la difficulté de la chose : mais vous n’imaginez pas la quantité de reconnaissance qui vous attend en échange, en guise de récompense. Car je suis bon, magnanime, juste, et toujours prompt à faire savoir ma satisfaction à qui me satisfait.

* Prochaines entrées dans cette oeuvre vocabulairienne inédite.