"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

dimanche 20 avril 2008

Titanic


Bon : mea culpa ! Mea maxima culpa !
Voici le moment de me couvrir de cendres. Et si quelque héritage moyenâgeux m’en avait transmis les accessoires légèrement fanatisant, je me ceindrais de cilices tout en me flagellant. Mais point d’héritage de cette sorte, et c’est quand même tant mieux : faut pas exagérer : et puis c’est l’intention qui compte, n’est-ce pas ?!?
Je dresse tout de suite le portrait de la situation : c’était il y a une dizaine d’années. Certain blogueur affleurait cet âge où on est pas sérieux. Mois je venais de rompre avec une longue période de vie toulousaine et faisais mon retour dans la capitale. Je passe sur les contingences qui imposaient cette nouvelle migration ; c’est à peu près aussi intéressant que la situation clitoridienne d’une aspirante de la star cacadémie.
Lors que me réinsérant dans le magma urbain de la plus belle ville du monde j’avisais les murs qui se couvrirent bientôt d’affiches annonçant un événement artistique censément reléguer au rang de babioles pour collectionneurs le plafond de la Chapelle Sixtine, les pyramides, toute la peinture flamande, Mozart et Maria Callas, les temples aztèques, le palais de l’Alhambra, tout ce qui c’est fait de mieux dans le cinéma, etc … etc …
Il s’agissait d’un film. A moins d’être irrécupérablement autiste, d’avoir investi définitivement une grotte néandertalienne, d’être hallucinamment distrait, ou endémiquement misanthrope, je ne vois pas qui a pu échapper aux cataractes de promotions de toutes sortes dont la divine bobine fut l’objet : objet sacré évidemment.
Le Titanic : tout était devenu Titanic. On en mangeait. On en buvait. On en inhalait. Matin, midi et soir. Les chiffres d’entrées prévues dépassaient ceux réalisés là où la chose avait déjà ébloui par dizaines de millions les convertis bienheureux à l’admiration du chef d’œuvre.
Sobrement replié dans une sorte d’enclave atavique sombrement plantée de tous les doutes possibles sur ce qu’il convenait, et qu’il convient toujours, d’appeler « culture de masse », je m’accordais avec les rares commentaires émergeant du commun lénifiant, signifiant qu’il était glaçant que tant de millions et de millions de personnes se précipitent pour voir ce film, au détriment, bien sur, de tant d’autres productions, plus modestes, mais toutes au moins aussi merveilleuses, si ce n’est plus, et même davantage.
Et donc je n’allai surtout pas voir ce film. Na !
A quelque temps de là, dans des circonstances x w k z, je me trouvais simultanément en présence de quelques heures à tuer, sans être dignement armé pour ça, d’un poste de télévision, et d’une k7 contenant une copie de cette production cinématographique. « Tiens, me dis-je, voyons voir un peu … »
J’en arrive tout de suite à mon premier commentaire lorsque j’en eus fini avec le visionnage de ce film. Commentaire à moi-même adressé : « Quel crétin ! »
Oui, vraiment, quel crétin de ne pas être allé voir ce film au cinéma.
Quel crétin d’avoir simplement, esprit trop souvent virussé de ce syndrome du « village gaulois », refusé de mêler mon plaisir, devenu solitaire, à celui qu’on dû éprouvé ces millions et millions de spectateurs, dans de grandes salles obscures, sur de grand écrans, à regarder cette œuvre bouleversante.
Je tempérai par la suite ce dépit de cinéphile refoulé en me disant que ce que j’avais vu, perçu pour tout dire, ne l’avait peut-être pas été aussi clairement par tout le monde. Quoique …
Car pour me désembuer un peu de ma première impression je n’hésitai pas à procéder à un second visionnage.
Non, décidément, rien à dire. Un très très très grand film.
De tous les mythes dont nos vies rêvées, nos vies vécues, se nourrissent, il y en a un qui me touche particulièrement. Celui du passeur.
Cet être, qui quelquefois peut tout aussi bien être un événement, que nous croisons, dans un moment unique de notre existence, un moment sensible, sans qu’on en ait conscience, et dont le contenu de ce croisement va faire que nous ne serons plus jamais tout à fait le même, que nous allons changer en quelque chose de difficilement perceptible tout d’abord, mais finalement de tout à fait irréversible.
C’est le destin de Rose. C’est celui de Jack.
Selon moi tout se résume dans ce film à la petite phrase que la très vieille dame prononce à la fin du film, lorsqu’elle a fini son long récit du naufrage, et qu’il est rappelé que le jeune Jack Dawson ne figurait pas sur es listes de passagers du Titanic, puisqu’il avait obtenu son billet en jouant et en gagnant l’enjeu sur son adversaire. Cette phrase où Rose parle de : « Celui qui m’a aidée, de toutes les façons qu’une personne peut être aidée ».
Ce passeur, presque anonyme, qu’elle croise, elle dont le cours de son existence la promet à tout ce qu’il peut y avoir de plus conventionnel, de plus ennuyeux, de plus conformiste, de plus sclérosant : toute cette vieille société riche et bourgeoise dont le basculement du navire dans les abysses figure tout aussi bien une métaphore du renversement.
Il y a aussi cette image pas anodine où meurt le détestable serviteur de l’affairiste auquel Rose doit se marier, (m’souviens plus du nom…) ; le personnage se trouve à ce moment là à l’endroit précis où le bateau se déchire en deux.
Un fourmillement d’indices ponctuent ce film : références à Monet, à Freud. Toute la mise en scène concoure à isoler cette micro société flottante pour montrer du fatum. Avec l’intelligence de ne pas surligner le propos, et la qualité d’en faire un film épique d’une très grande qualité en tout point.
Le passeur. La passeuse. Cette personne que nous devons rencontrer. Que nous devons rencontrer plusieurs fois dans certain cas. Parce que nous ne voyons pas. Parce que nous ne savons pas voir. Parce que nous ne savons pas même bien ignorer de nous pour nous en remettre, baissant un peu la garde de nos défenses, à l’étrangeté. D’une rive à l’autre. D’une rive à on ne sait où d’ailleurs. Car le passeur n’est pas vraiment un guide. Il ne vous emmène pas quelque part. Il vous fait partir de là où vous êtes. De là où vous savez, où vous intuitez, secrètement, dans une tension enfouie et nimbée, qu’il faut vous extraire si vous voulez qu’il arrive quelque chose d’autre que ce qu’il vous semble devoir subir.
La plus grande part de ce qui se déroule entre le passeur et le passager échappe la plupart du temps aux deux. On ne sait pas toujours passeur. On se devine peut-être davantage celui qui passe. L’un et l’autre de toute façon ne sont rien de plus. Que des passants. On peut tout aussi bien croire au hasard ou à la destinée. Cela n’a aucune importance. On se reconnaît. On s’appréhende. On se salut. On se sourit. Et on passe. Et certain laisse en nous, après lui, un sentiment, un désir, un regard, une intelligence que nous n’avions pas : que nous ne parvenions pas à vivre.
Je disais qu’il n’est pas évident de préjuger que toutes les personnes, (plus de 20 millions rien qu’en France !...), on su recevoir ce que dit ce film Titanic. Je m’amuse à penser qu’au moins les inconscients auront capter le message. C’est peu, mais il ne faut pas toujours en attendre plus. Quitte à ce que se développe un cinéma grand public et commercial levant pour sa promotion les budgets publicitaires qui furent mobilisés pour ce film, on serait content que le contenu du produit ainsi promu et diffusé soit à la fois aussi beau et aussi riche : c’est très rarement le cas …

11 commentaires:

Anonyme a dit…

Et tu prévois aussi quelque chose pour les Bronzés 20 ans après ???
Ok, titanic c'était pas un mauvais film, mais tu parles mieux de films bien meilleurs !!!!
Alors ????

Thy Wanek a dit…

1 - J'aime des tas de films très différents sauf les trucs grotesques.
2 - Je suis pas assez cinéphile pour me lancer dans de la critique en bonnet du haut de forme.
3 - Titanic est un très grand film.
4 - J'aime particulièrement les film où qu'on pleure à la fin, et même pendant, et même parfois dés le début.
Na !

Bise.

Thy Wanek a dit…

Les films : avec un s pusiqu'il y en a plusieurs !!!

Anonyme a dit…

Je suis pas convaincu. Si ça continue tu vas finir par trouver des qualités a tout le n'importe quoi que le d'jeuns de base se fourre dans les oreilles et sous les yeux.
Deviens pas trop gentil !

Thy Wanek a dit…

Tu ne crois pas si bien dire. J’étais pas plus tard qu’hier soir à dîner dans un resto avec un d’jeun de mes amis, gazou de 24 ans qui étudie le théâtre, et qui écrit, et qui a kiffer grave le cadeau qu’il a eu récemment : l’intégrale de Barbara : et tu sais ce qu’il m’a fait écouter dans ses oreillettes à un moment donné ? Amy Whinehouse !!! Tel quel ! Ca m’a fait rire et je lui ai raconté les quelques échanges ironiques que j’ai eu au sujet de cette Amy sur un blog voisin… C’est vrai que jusque là, la p’tite Whinehouse c’était plus pour moi une vague icône de presse de fond de poubelle. Bah, c’est pas mal du tout en fait. Belle voix. J’suis pas sur que je vais tout de suite allé m’acheter un cd d’elle ou télécharger ses songs : mais voilà : c’est tout à fait agréable. Dommage que ce genre de talent tienne un peu trop à tout ce qui tourne autour.
Je sais pas si je suis trop gentil ou pas assez. J’essaye juste de m’approcher de l’état d’être vrai, de temps en temps…
Au fait on pourrait savoir un peu qui tu es : puisque tu sembles me connaître un peu quand même ?!?

Anonyme a dit…

C'est bien ce que je dis : on commence par Titanic et puis voilà !
Dis-donc 24 ans c'est très jeune non ???
C'est moi qui t'ai envoyé un message au sujet de M.C. Vaillant Couturier.
J'avais signé Coco : je pense que tu as reconnu.
En plus de M.C. Vaillant Couturier il va faloir que tu t'occupes aussi de Germaine Tillion maintenant.

Donc : Coco

Thy Wanek a dit…

Alors, procédons par ordre :

-Je commence par ce que je veux, je continue par ce que je veux, et je finirai par ce que je veux.
-24 ans : pas de quiproquo, ce gazou-là a sa gazelle, et il est total inlove.
-J’ai le bonheur d’avoir des amis de 20 à 70 ans : c’est presque une grâce : j’ai pas tout réussi, mais ça quand même, j’en suis pas mécontent.
-N.b. l’amitié ça peut être comme de l’amour sauf qu’on s’envoie pas en l’air.
-M.C. Vaillant Couturier : j’ai dit que j’allais compenser ma plaisanterie : j’f’rai p’tet’ un doublé avec Germaine Tillion : ça m’a rendu très triste d’apprendre sa mort.
-J’crois que je t’ai repéré.
-J’espère que tu vas bien.

Anonyme a dit…

Ouai, ça va.
Ouai visiblement tu m'a repéré.
A titre d'info on est quelques uns a regretter que tu sois parti.
Sinon y'a plein de beaux textes sur ton blog. Celui sur Theo Francos bien sur. Celui sur Barbara. Les poésies. Pas toutes mais certaines sont vraiment très belles.
Et les interventions de l'anonyme. Celles où il joue avec les mots.
Et les mots qui n'existe pas. Avec les sacs à mains de Rachidati.
A bientôt peut-être.

Thy Wanek a dit…

Ben merci.
Pour les regrets, j'ai pas grand chose à dire.
A bientôt oui, pourquoi pas ?

anonyme a. a dit…

Tiens, aurait-on parlé de moi dans vos commentaires ? Sympa !
Il est vrai que je n'ai pas tripoté la matière des mots depuis trop longtemps...
Pensez à allonger substanciellement les journées, merci !
T.

Thy Wanek a dit…

Pourriez-vous croire que vous habitiez de temps à autre là où je vous accueille avec tant de plaisir sans que cela soit remarqué ? Vaine modestie ! Et je peux même vous dire que certains commentaires, parvenus directement dans ma petite boite perso et ayant vocation à demeurer dans le privé, ne se sont pas privés, en revanche, de s’étendre en diverses critiques, expectatives et autres interrogations.
Concernant ce que vous tripotez ou non, qu’il soit au moins fait que cela soit toujours avec autant de talent que pour la matière des mots !!!!
Les journées se sont allongées d’elles même ces dernières semaines : quand à des extensions supplémentaires va falloir négocier : nous affichons un retard de 25 mots dans le Dico, moult digressions sur vos précédentes interventions sont en souffrance, sans compter quelques divagations alexandrines et assimilées qui m’arrivent tous les jours par la Seine sur laquelle donnent les fenêtres de mon bureau.
Je passe sur le temps d’entretien de ma condition physique, indispensable pour tenir tous ces challenges, et sur d’autres travaux engagés, engagés n’étant pas un vain mot.
Je travaille aujourd’hui sur un nouveau mot venu de quelqu’un que vous connaissez peut-être : le mot « galipoise » ; très intéressant petit puits d’insense.
Ajouté à cela que les autorités météorologiques nous promettent un week-end à ne pas laisser un voleur dedans … … …

TàV
T.