"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

jeudi 10 avril 2008

Le pouvoir du chat

Il y a des sujets, dits de sociétés, ce qui veut soutenir que ce sont des sujets d’actualité particulièrement sensibles dans la société, là tout de suite, en ce moment, auxquels on peut échapper néant-moindre. Au nombre de ceux-là il y a, en vrac : les jeunes qui fument moins de cigarettes mais plus de pétards (Hash ! Gross malheur !) ; l’impact de la téléréalité sur les bulbes des cerveaux qui ont du temps disponible pour la publicité ; la sexualité en hexagone, (non c’est pas une position …), où l’on note que c’est plus tout à fait comme avant mais pas encore vraiment comme après ; les dix ans du viagra (comme par voie de conséquence) ; les programmes de l’éducation nationale visant à permettre aux futurs clients de TF1 de retenir qu’Auschwitz n’est pas le nom d’une station balnéaire sur la mer Baltique, que le Dalaï Lama n’est pas le fils de Serge Lama, qu’une racine carrée n’est pas le produit d’une culture OGM, et accessoirement que tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits. Passons rapidement sur les récurrents soucis de la presse magazine dite sérieuse en matière d’immobilier, de salaires des cadres, de palmarès des hôpitaux auquel il ne manque que celui des nécropoles.
Et il y a des sujets incontournables parce que la menace est là, palpable, observable à l’œil nu dans tout ce qu’elle fait planer sur nos encéphales embrouillaminés*, par sa manière de ramper en catimini sous nos nez, dans nos pieds, omniprésente, oppressante, obsédante.
Oui, vous la voyez venir, s’avancer jusque dans la progression malhabile de mes propos fébriles ; elle ruine notre moral ; elle assèche nos espoirs ; elle décourage toutes nos ambitions jusqu’à la plus modeste, finalement, celle de remplir correctement nos frigos sans être obligé de renoncer à l’achat du dvd qu’on attend en trépignant, de la petite paire de pompes qu’on guette dans une vitrine, du dernier bidule électronique qu’on brûle d’acquérir pour pouvoir enfin téléphoner en se rasant.
La question du pouvoir du chat !
Voilà les mots terribles sont écrits !
Le pouvoir du chat ! Celui-là même dont la trépidante concrétion pluri-celluli-présidentielle que nous savons s’était engagée à défendre le maintient en allant si nécessaire chercher des croissants avec ses dents. Force est de constater que l’incohérence des propos tenus en ces temps de campagne que nous traversions alors était toute embrumée de l’éloquence de marketing dont le susdit trépidant faisait grand étalage : du coup nous n’avons rien vu venir.
Eh oui ! Défendre le pouvoir du chat c’était tout autre chose que ce que nous imaginions ! Il s’agissait en réalité de promouvoir la prolifération d’une espèce animale dont on continue à s’illusionner sur ses qualités, alors qu’il s’agit d’un fléau qui ferait passer le choléra pour un simple dérangement gastrique passager, et l’invasion des sauterelles sur un champ de mil pour un sympathique et convivial pique-nique d’orthoptères en goguettes.
Certes, comme moi, vous ne les voyez pas : enfin moi ça y est : depuis que j’en ai surpris un, un débutant sans doute, dans mon petit supermarché de proximité, en train de se faufiler dans les allées, ses instruments dans les pattes, je sais. Et croyez moi, on n’est pas sorti de l’auberge ! Eh oui ! Il changeait les étiquettes sur les produits. La voilà la source de tous les ennuis. Les chats se sont mués en agents actifs de l’inflation. Pour qui ne voulait voir dans ces créatures velues, matoises, arrogantes, griffues, indolentes et décoratives que les icones de la beauté animale, on va tomber de haut.
Et contrairement à ce que l’on croit, comme contrairement à ce qu’il aurait dû s’ensuivre de ce qu’annonça le trépidentiel, il ne faut pas défendre le pouvoir du chat : il faut l’abattre !!
Comment est-ce que je sais tout ça ? Un récent rapport de la CIA, malencontreusement échu entre mes mains de celles de son transmetteur égaré dans l’ascenseur de mon immeuble à la recherche de son contact et qu’un rebelle de Cadix con’ l’essieu dé vélourrrr avait intercepté d’un coup de parapluie afghan, le laissant pour mort, sans être parvenu avant que j’arrive sur les lieux, retour d’une longue journée de labeur de cacahuète, à lui subtiliser sa pochette surprise qui renfermait les précieux documents.
Car nous sommes bien en présence, du moins je le crains, d’une entente transfrontalière. Les enjeux sont colossaux. Le pouvoir du chat est complice. Parmi les feuillets que contenait la pochette il était question d’un bis, bissant on ne sait quoi, mais apparemment quelque chose de gros, et qu’en guise de contre-attaque un rongeur devait miner. Oui vous m’avez compris : il était rien moins que question qu’un rat mina gros bis !! Vous me suivez ? (Vous me suivez encore ? – Quel courage, quelle abnégation !!!)
Hors donc cesser tout de suite d’accabler les multinationales de l’agroalimentaire et les spéculateurs débridés qui ont aidé le blé à grimper du prix ridicule de 70$ la tonne jusqu’à 180$ la tonne en moins de cinq ans. Cesser vos récriminations contre les conglomérats bancaires dont certains états, (Grande-Bretagne et USA : quand même !!...), renflouent les abysses financières que leurs impérities ont laissé creuser, avec l’argent des contribuables plaintifs.
Et regardez donc d’un œil plus lucide ces félins miniatures qui écharpent les moquettes, ébouriffent les coussins, laisse la moitié de leurs poils, tous les jours, sur vos vêtements sombres, qui dévorent comme des tubes digestifs ambulants des quantités astronomiques de pâtées fines au saumon et de mousselines de volailles, et ne servent strictement à rien ! A rien du tout !
Une chose est sure c’est que la prochaine fois que je garderais, pendant qu’ils sont partis se promener, le chat de F & D, qui répond au sobriquet aviné de Yquem, (D est œnologue et lorsque la créature à moustaches naquis elle était toute blanche …- La créature, pas D, qui est de sexe mâle alors que la créature n’est plus d’aucun sexe …), je vais m’empresser de contenir son appétit irrationnel ; ça sera déjà ça d’économisé !...
Et je ne saurais trop vous inviter à prendre chacune, chacun, toutes dispositions pour organiser la lutte : même si à l’heure où nous mettons sous presse il n’est déjà plus sur que nous sortions indemnes de cette conflagration inédite.
Puissent tous les célestes représentants olympiens de la providence nous venir en aide : sinon pif paf !

* Prochaine entrée dans le Dictionnaire Analphabétique tac tic tac tic tac tic ...

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