"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

dimanche 6 avril 2008

Glacidanseur



Glacidanseur : n.m. De « glaci » qui relève en gros de tout ce qui est glace, glaçon, glacier, iceberg, banquise, esquimau au chocolat et maxi cône aux noix de pécan ; et de « danseur », sorte d’humanoïde à vocation félino-volatile, dont la principale activité consiste à danser : à ce propos et afin d’éviter toute confusion, danser ne provient pas d’une contraction lexicale signifiant « anser dedans » ; oui je sais c’aurait été tentant, mais sachons préférer céder aux tentations qui aboutissent à quelque chose plutôt qu’à celles qui ne mènent à rien. Danser vient en fait du germanique et ancien « dansôn » qui à l’époque voulait dire tirer, étendre. Ajoutons pour être complet, on est pas là que pour rigoler, qu’une certaine confusion persiste toutefois chez les professionnels de l’archéologisme vocabulairien : on trouve pêle-mêle du gallo-romain, avec « dintjare », du néerlandais, avec « deinzen », et même de frison, avec « dintje » : c’est vous dire ! Pour une fois que ça venait pas du latin ou du grec …
Pour les habitués de ces pages culturelles vous aurez compris d’emblée que le glacidanseur est donc un représentant du monde humain qui ne recule pas devant la difficulté. Pour les débutants et autres retardataires, y’a intérêt à ce que vous ayez une excuse méga valable sinon pif paf !
Donc le glacidanseur danse sur de la glace. L’aurait pu se contenter de danser sur un parquet, voir sur des tapis de la Savonnerie, ça doit bien glisser aussi, ou sur un beau carrelage en faïence, ou encore sur un sol en marbre ; mais non, tout ça vous comprenez, c’est un peu trop facile… Le glacidanseur ne danse que sur de la glace : et autant que possible de la bien blanche, de la bien nivelée ; l’envoyez pas sur les champs de glaçons en Antarctique, ça va pas lui plaire. Et évidemment ne vous attendez pas à ce qu’il conserve pour ces activités les mêmes délicats chaussons qu’on voit arborer les pieds des corps de ballets quand il faut casser des noisettes, bercer la belle au bois dormant, réguler les crus du lac des cygnes, ou suivre les chamailleries des Capulet et des Montaigu. En effet pour glacidanser il faut ce qu’on appelle des patins à glace. C’est d’ailleurs de là qu’est venu le mot qu’on utilise, hélas, couramment pour désigner les utilisateurs de cette catégorie de podo-équipements : on les appelle des patineurs. (Des patineuses lorsque ce sont des filles, mais ne nous écartons pas du sujet …)
Or, qu’on le veuille ou non, de même qu’il conviendrait de plus en plus, de nos jours, de distinguer ceux qui écrivent de ceux qui cranavent*, ceux qui chantent de ceux qui chlapissent*, ceux qui parlent de ceux qui barlivent*, il me semble plus qu’utile, davantage qu’opportun, mieux que nécessaire et pour tout dire grave indispensable de trier entre ceux qui patinent et ceux qui glacidansent.
Bah, sinon c’est l’bordel ! (Passez-moi l’expression.)…(Merci.)
J’en parlais il y a encore pas si longtemps avec un type que j’ai croisé un soir pendant qu’il faisait sa cueillette de mandragore au même endroit que moi, je ne me souviens plus comment nous en sommes arrivés à parler de ça d’ailleurs, un type un peu bizarre mais plutôt urbain, Monsieur K. m’a-t-il dit qu’il s’appelait, (ça m’a fait penser à cette pub pour une marque de céréales pour petits déjeuner) ; toujours est-il qu’il a été assez catégorique : sur la glace, ou on patine, ou on glacidanse. Si on patine, c’est simple, c’est trois tours dans un sens, trois tours dans l’autre, et hop on recommence, en marche arrière, pour les moins batraciens. Sinon on glacidanse et là c’est clairement un autre monde : szwiiifff, szwiiifff, flap flap flap, szwiiifff, szwiiiiffff, sziiiiifffff, flap flap flap, zioufzioufziouf, szwiiff szwiiff szwiiff, la laa laaa, szwiiifff szwiifff, flap flap, zioufzioufflapflapflapzioufziouf, szwoum szwoum, flap flap, la laa laaa, szwif szwif szwif szwif szwif szwif, zioufflap zioufflap zioufflap, szwoum szwoum szwoum szwoum, la laa laaa, la laa laaa, szwif szwiiff swziiifff, etc .. etc … Je vais pas vous le faire en entier parce que faut avouer que le son sans l’image, ça perd un peu. En tout cas c’est assez pour conclure à l’obligation de distinguer les deux activités. Je suis sur que vous en serez d’accord rien qu’après cette modeste démonstration : sinon pif paf !
Certes des inconvénients peuvent demeurer : si vous souhaitez vous promouvoir spectateur de glacidanse et que dans ce cas vous ne disposez que d’un téléviseur, (pour viser de loin donc), sachez que ce viseur ne vous sera d’aucun secours pour cibler le commentateur et le shooter d’une bonne dose de soporifique afin qu’il se taise : donc c’est Nelson Montfort ou mets l’son moins fort.
En mal d’illustrations idoines susceptibles de soutenir le présent article il ne me reste plus qu’à souhaiter qu’il vous ait assez inspiré pour que vous l’en enrichissiez.
N.b. : il eut été possible pour transgresser les lois communes de l’évolution des mots de conserver, prudemment, comme cela aurait pu se voir déjà, on ne sait jamais, un trait d’union pour séparer glaci et danseur : mais franchement, un trait d’union pour séparer, pour qui me prend-on ? Alors que tout ça va si bien d’un seul trait !

*Prochaines entrées dans cet extravagriffouillant** dictionnaire.

**Prochaine entrée dans cet … hum hum … dans ce dictionnaire.

7 commentaires:

anonyme a. a dit…

Accepteriez-vous, pour votre toute prochaine entrée dans votre docte dictionnaire, de réfléchir sur le mot "designer", dont nous n'avons malheureuesement pas de traduction en français ?
Design est un mot italien à la base (disegno), que les britanniques ont mis à leur sauce, alors pourquoi pas nous ? Les espagnols ont diseño et diseñador. Nous avions jadis un joli mot : ensemblier, qui est tombé en désuétude.
Il faudrait franciser le mot designer. J'espère que tu accepterez cette mission. Vous avez 48h. Top, chrono !
T.

Thy Wanek a dit…

Parce qu’en plus maintenant il y a des délais d’exécution !! 48h chrono : je redoute les trois suisses !! Vraiment ! Tant d’insolence dans un être aussi chétif !... :-D
Enfin, c’est bien parce que c’est toi. Je veux dire vous. Ou les deux. Ce qui pourrait faire trois : d’où les trois suisses qu’on redoute. El la boucle est bouclée : pas besoin de fer à friser !
Las une première difficulté, certes pas insurmontable, se présente néanmoins : « designer », si l’on excepte le ch’ti accent aigu sur la première voyelle présente toute l’allure du verbe qu’on utilise dans notre belle langue pour montrer du doigt, (entre autre). Et, pour une raison qui touche sans doute à l’exacerbation continuelle du sensible dont la complexion de ma personne ne peut faire autrement que de se flatter au lieu de s’en flageller, il y a là un je ne sais quoi qui me dérange.
Aussi serais-je tenter d’utiliser, pour détourner complètement le vocable que séant vous proposîtes, une orthographe mettant en évidence une phonétique réappropriatoire grâce à laquelle je saurais plus amplement redonner du sens à ce que ce mot veut nous dire. Ceci dit, et comme la proposition vient de vous, enfin je veux dire de toi, enfin bref, je ne saurais me commettre dans l’hurluberluante entreprise de cette phonétisation sans en soumettre préalablement l’aventureuse initiative à votre épopée urbaine.
Voici quelques hypothèses : Disailleneur – Disayeneur – Dyzayeneur (j’aime bien les y depuis que j’en porte un prénomément – ce qui commence à faire un bout de temps).
Outre cela je serais tenté aussi, (décidément que de tentation – que q-u-e, merci), de revendiquer quelque chose : il ne vous aura pas échappé qu’un appel à peine dissimulé à contribution iconographique traine à la fin de l’article dont vous utilisîtes le commentaire pour présenter votre ultimatum de sa voie de chemin de fer à friser : et hop la boucle est bouclée.

Bon, ceci dit je me sens assez faible et émoustillé par votre trouvaille pour n’en point faire un casus belli : je ne suis pas assez belliqueux pour ça …

Voila, voila …

T.

Thy Wanek a dit…

Yeah ! Thanks a lot Dear T. !!!
C'est ça ! C'est dingue beau !
Et en plus c'est Flammes 'n Co !!
Votre commande sera prête pour demain...

Passe(z) une excellente nuit pleine de beaux rêves.

T.

Thy Wanek a dit…

Hey, franchement, c'est méga cool cette vidéo !!
C'est p'tet' un peu familier, mais je vous en embrasse, Monsieur !

anonyme a. a dit…

Je savais qu'il allait vous donner des frissons !
;-)

T.

Thomas a dit…

Il est à noter la vie amoureuse particulièrement légère du glacidanseur, qui ne roule pas des patins, mais glisse des patins. Il est donc une sorte de Casanova fugace et volatile qui ne laisse sur son passage qu'un peu de givre pour apaiser la brûlure de ses baisers. Il fait accéder ses grivoises galipettes (les galipoises) au rang d'art, puisque les médias presque unanimes ont consenti à qualifier l'activité du glacidanseur de "patinage artistique". Cet art dérive tout droit de l'ancestrale galoche du Groenland, et mal exécuté, est affublé du très péjoratif qualificatif de "pelle", qui ne tarde pas à mener au rateau puis à la tôle. Autant dire que le glacidanseur n'est pas potager pour un sou. Notons toutefois la proximité de la glacidanseuse avec le monde du BTP, puisque nombre d'entre elles sont aussi des grues.
Décidément, le glacidanseur a plus d'une corde à son arc, et donne l'âme à lame sans jamais croiser le fer!

Thy Wanek a dit…

Nous connaissons ces mœurs, (nous de majesté en ce doux soir de printemps), ces mœurs donc, dont nous participons nous-même, pour d’autres raisons à caractère prétendument artistique, à la dissolution, laquelle ferait passer celle d’un parlement pour une récréation dans la cour d’une école primaire. Il se pourrait que nous renchérissions sur le fait que des produits de certains jardins proviennent néanmoins d’excellents pot-au-feu, ce qui n’est pas une excuse, fort heureusement, mais nous nous contenterons en définitive de laisser dans leurs huis clos les ébats de ceux-là même qui ne donnent jamais tant qu’en exerçant leur art. C’est d’ailleurs pourquoi je n’ai pas abordé la question. Je retiens la juste remarque sur l’expression communément admise pour désigner le patinage artistique : mais elle n’a pas étendu son usage, fut-il médiatique, jusqu’aux exécutants et on n’entend guère parler de patineurs artistiques. Expression qui de toute manière n’arriverait pas à la cheville de glacidanseur.
Quant à ce qui retient les artistes, aspirants ou non, dans les transparences de leurs miroirs, de même que dans leurs opacités transactionnelles, nous en devinons suffisamment pour ne pas savoir qu’on aura jamais fini de l’interroger.

P.s. N’est-ce pas une drôle d’idée que de vouloir apaiser la brûlure d’un baiser ? Bah oui quoi : faut savoir ce qu’on veut !