"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

mercredi 9 avril 2008

Disailleneur

Nous profitons allègrement, (rien à voir avec le baratin de certain refoulé de l’ouverture made in Rolex), de cette nouvelle entrée pour informer le ban et l’arrière ban de l’assistance électronique ici présente que le trouveur de la présente entrée, jusque là Grand Semainier Ad Vitam, est promu Grand de la Fontaine des Mots : cette distinction lui est remise illico presto et ce à titre définitif. J’ai dit.


Disailleneur : n.m. Approximative extorsion contortionistyle* d’un mot italien « disegno » qui veut dire dessin, au singulier, et d’un mot anglais qui s’en serait inspiré « design » qui veut dire, ou voudrait dire, que c’est plutôt fonctionnel et qu’en plus ça va très bien avec le buffet Henri XV, le tout au terme d’un coït verbal entre les deux racines tel que la décence m’interdit d’en dire plus, mais ce que je peux confirmer, c’est que ce fut terrible, et que les traces de cette interpénétration n’ont pas fini de hanter toutes les académies du monde.
Je vous entends tout de suite murmurer, en vos forts intérieurs, près du feu de cheminée, bien au chaud, ce qui est encore un peu de saison, mais pourtant pas insensibles aux mille mouvements extérieurs dont tout bruit tout autour : « Et alors, comment on arrive de disegno et de design à disailleneur ? »
Et je vous réponds tout de go, car j’ai plus d’un tour dans mon sac Dédé Putman : par l’activité même de celui, ou de celle qui fait du disaillening : et paf, encore une activité qu’on exercera fort à propos en guise de samding**.
Et en quoi consiste l’activité de disaillener : plouf ! plouf ! Voyons ce qu’en disent, d’une fesse un peu distraite, les professionnels de la profession : n.b. j’ai fait un mixe de l’ensemble, on va pas passer le mois d’avril là-dessus non plus, deux points ouvrons les guillemets : « (merci) Le disailleneur s’emploie, (Cher ! Très cher !!), à artister* un disciplinage* susceptible de lui vainspirer* des essaims d’idéries* dont il affligera l’éberluance* à tout un tas de bidules, de trucs, de machins, voir de meubles et d’objets de la vie courante, celle où on court tout le temps, et ce afin qu’un tire-bouchon ne soit plus jamais tout à fait un tire-bouchon, qu’une feuille de papier toilette ne soit plus jamais tout à fait une feuille de papier toilette, qu’un gobelet en plastique ne soit plus jamais tout à fait un gobelet en plastique, qu’une assiette ne soit plus seulement une assiette. Dans la foulée, car certains disailleneurs se foulent un peu quand même, cela donne l’occasion à quelques SDF, (Sans Difficultés Financières), de se vautrer dans des méridiennes parfaitement laides vendues à la pièce au prix du coupé Mercedes de base, d’égoutter leur pâtes, lorsqu’il leur prend de faire mu-muse à la cuisine, avec une passoire qui coûte le prix d’un repas de famille au Carré des Feuillants, et, suprême élévation du sens de soi dans un monde qui peine à les mériter : de déféquer dans une cuvette de chiotte signée par l’international, célébrissime et incontournable Tart’Ampion, fermez les guillemets, je crois que c’est bon. » (merci).
Soyons honnête tout est très cher dans le disaillening, mais tout n’est pas immonde. J’ai moi-même fait l’acquisition il y a quelques temps d’une cafetière à pistons en inox intégral isotherme et pis tout et pis tout : et en plus elle a un joli look : ma carte bancaire a fait la gueule mais bon, c’est encore moi qui commande !
Donc donc donc ::: Disaillener c’est ni plus ni moins que faire de l’art en série pour que ce qui nous environne soit plus esthétique, plus beau, plus pimpant, plus pimpon, sans cesser d’être utile et pratique : en principe tout du moins car soyons francs : le presse fruit de Monsieur Stark reste une énigme quant à sa fonctionnalité accordée à sa plastique.
En outre je suis sur que nous avons tous goûté un jour l’inconfort très joliment profilé d’un fauteuil de grand disailleneur dont un ami ruiné a absolument tenu à nous faire partager l’achat dispendieux.
Las, le disailleneur ne s’arrête plus à produire des lignes dans des matériaux pour qu’éplucher des légumes prenne une autre dimension que simplement ménagère. Non, aujourd’hui le disailleneur est prêt à vous conseiller sur la façon d’exposer vos casseroles dans votre salon, votre étagère à épicerie dans l’entrée, et de faire de votre poubelle un vrai manège pour les enfants. Revêtement muraux compris, parquet, plafond, rideaux, rien ne vous sera épargné : soyez pas inquiets, un crédit sur 250 ans devrait suffire.
Le tout c’est que quand vos relations diverses vont débarquer chez vous, ils seront sur le cul tellement ils verront comment c’est tendance at your home !
Car il faut ajouter à cela que cette très importante activité, sans laquelle désormais la civilisation ne serait plus la civilisation, se trouve aujourd’hui épaulée par une autre, récemment révélée à moi par une très superflue et néanmoins radiophonique chroniqueuse de vacuité mobilière et vestimentaire : la profession de chercheur de tendance. Oui vous lûtes bien : chercheur de tendance : on se sent tout petit tout à coup hein ?!? Profession à laquelle j’envisage bien sur de concéder une entrée dans ce dico sous le vocable de tendancier* : mais serais-je à la hauteur de ce concept où la transcendance du superficiel s’impose comme s’il n’y avait plus de dieu possible que disaillené par Luigi Colani.
Seul bémol à mon éventuelle ironie au sujet du disaillening : certains grands maîtres du genre, tel Charles Kaisin font pas mal dans la récupération : ça résoudra pas tout mais ça par d’un bon geste.
Revenant un instant sur la façon dont j’ai disaillené ce mot à partir du matériel disponible, notons que j’y ai introduit la physionomie du son « aille » : deux raisons à cela. D’abord j’aime beaucoup l’ail : côté terroir donc tiroir conséquemment disaillené. Seconde raison : Versailles : chef d’œuvre d’inspiration mégalo-Grand-Loulouesque, un peu too much, mais à quoi je ne peux m’empêcher de penser lorsque je passe désormais, rentrant chez moi, près de cet hôtel très très très disaillhne mais très très très moche, qu’on a cru nécessaire de construire en haut du Bassin de la Villette … N.b. : altération de la racine quand du mot disailleneur on arrive au qualificatif disaillhne : avec un h ça fait quand même plus chic ; en fait à cette place devrait se trouver un e muet : quitte à ce qu’il soit muet autant le remplacer.
Pour amuser un peu la galerie, (des Glaces…), apprenons ou rappelons qu’autrefois un curieux émetteur de phénomènes ministériels chargé de la francophonie, il répondait je crois, quand on le sifflait, au doux sobriquet patronymique d’origine de Toubon, voulut concurrencer l’anglicisme « design » en légiférant pour imposer le mot « stylique » : il parait qu’on en rit encore.
Gageons que « disailleneur » est promis à une carrière autrement moins pitre : et sans foi ni loi !
Terminons cet étourdissante contribution au relookage lexical en joignant nos regrets à ceux de notre, désormais, Grand de la Fontaine des Mots qui dans sa proposition, (cf commentaire sur Glacidanseur), nous rappelait la désuétude où est tombée le mot qu’on utilisait jadis pour parler des activités du disailleneur : ensemblier.
Ceci dit il est peu probable que ce mot ressorte avant longtemps de l’oubli : ayant récemment servi à soutenir le principal slogan publicitaire pour un bling-bling dans son ascension présidentielle, il y a fort à craindre qu’on ne nous y reprenne plus : surtout pour certains qui se sont fait prendre : souvenez-vous : ensembliers tout est possible : on voit le résultat !!

* Prochaines entrées dans ce dico à tomber parterre.
** Cf entrée correspondante dans ce dico à tomber parterre.

1 commentaire:

Thy Wanek a dit…

Illustration assurée par T. que je ne présente plus !
Ca me fait penser au fauteuil dont le modèle meuble les open spaces où la firme qui m'utilise et me fait croire qu'elle me rémunère s'est récemment installée : il y a pas moins de 12 commandes pour en régler le confort. Manque juste l'option couchette.
Merci T. et bonne journée !!

T.