"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

dimanche 17 février 2008

Diurnambule

Diurnambule : n.m. & adj. Du latin dies qui veut dire jour et de ambule qui d’une part veut dire que ça va par ici, ça revient par là, ça repasse par ailleurs, et qu’au bout d’un moment ça déambule, ce qui ne veut pourtant pas dire que ça s’arrête d’ambuler, mais que simplement on constate qu’à force justement d’aller par ici, de revenir par là, et de repasser par ailleurs, il faut bien appeler ça d’une certaine façon pour qu’on ne la confonde pas avec d’autres ; et d’autre part, quoique cela puisse être lié, cela signifie quelque chose qui a à voir avec l’action soit de faire des bulles, soit d’être en boule : en effet, si vous suivez un peu, (après tout ce doit être à votre portée …), il arrive fréquemment que lorsqu’on ambule au point de déambuler, ce soit par pure oisiveté, ce qui amène assez naturellement à faire des bulles, des bulles de soi, des bulles de l’autre, des bulles de rien, de jolies bulles quelquefois, grosses comme des ballons ou petites comme des cerises, des bulles insouciantes, des bulles dans l’air doux et tranquille. Et il arrive aussi qu’on déambule nerveusement, un peu en boule donc, parce qu’on attend on ne sait quoi, l’autre, ou le temps des cerises, ou qu’on est sorti rapidement de chez soi un peu furibard parce qu’il y a cette saloperie de box qui marche pas, et que ça commence à bien faire, et que le fournisseur traîne à la remplacer, et que si ça continue, le fournisseur, on va lui faire pleuvoir une averse de mammouths enragés sur sa sale tête, à condition de trouver des mammouths, (et, accessoirement, qu’ils veuillent bien pleuvoir …), et que c’est pour ça qu’on est sorti prendre l’air et qu’on est comme ça en train de déambuler pour se calmer, parce que sinon, la box, on l’aurait cent fois pulvérisée en petites miettes façon limaille.
Donc diurnambule vient de tout ça. Un peu pêle-mêle, oui, mais ça s’appelle de quoi je me mêle.
Cependant le sens de ce mot est relativement éloigné des contingences ci-dessus.
En effet dirunambule signifie qui s’active le jour. On l’opposera au noctambule qui s’active plutôt la nuit. Ca paraissait évident mais je préfère être précis. Au cas ou des éléments égarés des publics habituels de télé-réalité viendraient ici faire voleter les souriantes poussières de béatitude primaire qui leur tiennent lieu de neurones.
On pourrait penser que le diurnambule, du fait d’être plutôt coutumier du jour est fondamentalement différent du noctambule. C’est exagéré. C’est un être qui ne dort pas tant que ça la nuit : il la passera volontiers à s’user le cortex devant des écrans pour faire passer ses insomnies qui lui viennent souvent du fait qu’il passe des nuits à s’user le cortex devant des écrans sans se rendre compte à quel point ça l’abîme.
Après une vague sieste effectuée entre le moment où la nuit lâche prise et où le jour en profite pour la basculer sournoisement de l’autre côté de l’hémisphère, le diurnambule, à l’instar du noctambule qui fait pareil mais plutôt lorsque le jour lâche prise et que la nuit en profite pour le basculer sournoisement de l’autre côté de l’hémisphère, le diurnambule, donc, sort pour traîner et généralement se retrouve tôt ou tard à aller en boite.
C’est là qu’il faut noter une différence majeure. On aura tout de suite la puce à l’oreille si on considère un moment les noms que portent les boites de nuit et ceux que portent les boites de jour. Pour la nuit un rapide aperçu nous fait redécouvrir l’immortel Macumba Club, le psychédélique Disco Club, le toujours très m’a-tu-vu Queen et la poussive Loco. Les boites de jour c’est plutôt Glapotech S.A., Ets Duchou & Cie, Fucking Bank Trade Limited Corp., Saloprix, etc … etc …
De fait les boites de jour sont des établissements très particuliers au regard du fonctionnement des boites en général.
On peut y entrer même si on est moche, gros et sapé comme un lampadaire de chez Jacques Caillaux. Il arrive le plus en plus souvent qu’on puisse y entrer avec la même facilité bien que disposant d’un bronzage qui emprunte peu aux lampes à cuivrer, aux fonds de teint Ripolin et autres accélérateurs de métastases épidermiques. Et, chose extraordinaire entre toutes, il arrive encore, dans la majorité des cas, qu’on soit payé pour s’y rendre. En revanche, contrairement à ce qu’il en est dans les boites de nuit, les tarifs, ici, sont plutôt à la baisse. Il paraît d’ailleurs que cela nuit au pouvoir du chat. Mais là je n’ai pas tout suivi. Va falloir que je me serve de mes relations.
Evidemment, en échange de ce qu’on est payé, il y a quelques menus services à rendre. C’est bien normal. Il faut par exemple mettre du coco-cala en rayon. Mettre l’écrou dans le boulon, puis mettre l’écrou dans le boulon, puis mettre l’écrou dans le boulon, puis mettre l’écrou dans le boulon, puis mettre l’écrou dans le boulon, puis mettre l’écrou dans le boulon. Il faut rédiger une demande d’évolution du système qui permette à la rédaction de la demande d’évolution du système de faire évoluer le système de demandes d’évolutions du système. Il faut peindre des portières. Il faut compter les sous qui rentrent et les empêcher le plus possible de ressortir. La liste est infinie, mais vous le savez certainement, ne serait-ce que pour en avoir un peu entendu parler, le peuple diurnambule s’amuse follement.
Autres différences avec les boites de nuit : dans les boites de jours les éclairages sont d’un style sérieusement dépouillé. Ne cherchez pas la boule à facettes : y’en a pas ; remarquable manière de se démarquer de leurs homologues souvent bruyantes, il n’y a pas de musique dans les boites de jour. Enfin vraiment très peu. Ce qui a pour conséquence qu’on y danse pratiquement pas non plus. On y boit : pas trop non plus, mais on ne rate jamais une occasion d’en prendre un petit coup dans le pif sur le mode collégial : Noël, la galette des Rois, les vacances, le départ de quelqu’un qu’on va regretter le temps que le successeur le fasse oublier, etc …
Autre obligation, contrairement aux boites de nuit où on peut rentrer quand on veut, à condition d’avoir passé le barrage des bouledogues de service, (ou de sévices), et dont on peut repartir quand on veut aussi, dans les boites de jour la réglementation à ce sujet est un rien plus tatillonne. Certes une adaptation vaguement moderniste, (et forcément démagogue…), fomentée il y a une dizaine d’années par une bandes d’irresponsables de type néo-bolchéviko-collectivisto-kolkhozo-gauchiste, a relativisé le durée de présence obligatoire dans ces boites, grevant ainsi dangereusement les revenus chétifs des clubs actionnariaux, et mettant en péril l’économie de notre pimpante nation. Mais grâce au ciel, l’autre club, (avec un sous ensemble assez large en commun avec le précédent), celui des dirigeants avisés qui nous a montré à plusieurs reprises ce dont ils étaient capables avec le Crédit Lyonnais, le GAN, EADS et aujourd’hui la Société Générale, veille au grain.
Toujours est-il que dans ces boites, lorsqu’on arrive en retard il est mal vu de partir tôt : même si comme le soulignait à cet égard l’amuseur encamioné Coluche, il est légitime de ne pas vouloir être deux fois en retard dans la même journée.
Lorsqu’il a quitté la boite de jour, le diurnambule rentre chez lui. Ou chez quelqu’un d’autre : sa vie privée ne nous regarde pas. Il prend une douche, pour les moins sales. Puis il grignote un petite quelque chose. Il est fatigué, mais ça va passer : sa vraie journée commence. Ca tombe bien : la nuit arrive. Il se lève. Il se relève …
Il y a des diurnambules cumulards qui sont aussi des noctambules : certains vont aussi en boite de nuit. Y passent leur vie en boite en quelque sorte.
Quant on sait comment tout ça va finir … Enfin bref …
Allez une pensée pour conclure : vous allez voir c’est fatigué aussi : de jour ou pas, ce sont des boites d’ennui.
(Oui je l’avais déjà faite celle-là, mais dans un autre contexte. Pis je fais c’que j’veux !)

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