"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

vendredi 29 février 2008

PeoplePC

Voilà, voilà : il suffit d’avoir la clé, et hop on comprend mieux certains messages syllabylins …

:-) Heureux

;-) Clin d’œil

~ :-) Ca décoiffe

:-* Bisou

:-{} Gros bisou

:-O Surprise

< :-) Fiesta

;^) Moqueur

;-)) Très heureux

{ :-) Incognito

:-# Motus et bouche cousue

:-D Rire

Donc ;-) ne veut pas dire :

; phrase interrompue
- sans suite
) fermeture de la parenthèse


Du coup j’me sens moins idiot … pas beaucoup, mais c’est déjà ça de gagné !

dimanche 17 février 2008

Diurnambule

Diurnambule : n.m. & adj. Du latin dies qui veut dire jour et de ambule qui d’une part veut dire que ça va par ici, ça revient par là, ça repasse par ailleurs, et qu’au bout d’un moment ça déambule, ce qui ne veut pourtant pas dire que ça s’arrête d’ambuler, mais que simplement on constate qu’à force justement d’aller par ici, de revenir par là, et de repasser par ailleurs, il faut bien appeler ça d’une certaine façon pour qu’on ne la confonde pas avec d’autres ; et d’autre part, quoique cela puisse être lié, cela signifie quelque chose qui a à voir avec l’action soit de faire des bulles, soit d’être en boule : en effet, si vous suivez un peu, (après tout ce doit être à votre portée …), il arrive fréquemment que lorsqu’on ambule au point de déambuler, ce soit par pure oisiveté, ce qui amène assez naturellement à faire des bulles, des bulles de soi, des bulles de l’autre, des bulles de rien, de jolies bulles quelquefois, grosses comme des ballons ou petites comme des cerises, des bulles insouciantes, des bulles dans l’air doux et tranquille. Et il arrive aussi qu’on déambule nerveusement, un peu en boule donc, parce qu’on attend on ne sait quoi, l’autre, ou le temps des cerises, ou qu’on est sorti rapidement de chez soi un peu furibard parce qu’il y a cette saloperie de box qui marche pas, et que ça commence à bien faire, et que le fournisseur traîne à la remplacer, et que si ça continue, le fournisseur, on va lui faire pleuvoir une averse de mammouths enragés sur sa sale tête, à condition de trouver des mammouths, (et, accessoirement, qu’ils veuillent bien pleuvoir …), et que c’est pour ça qu’on est sorti prendre l’air et qu’on est comme ça en train de déambuler pour se calmer, parce que sinon, la box, on l’aurait cent fois pulvérisée en petites miettes façon limaille.
Donc diurnambule vient de tout ça. Un peu pêle-mêle, oui, mais ça s’appelle de quoi je me mêle.
Cependant le sens de ce mot est relativement éloigné des contingences ci-dessus.
En effet dirunambule signifie qui s’active le jour. On l’opposera au noctambule qui s’active plutôt la nuit. Ca paraissait évident mais je préfère être précis. Au cas ou des éléments égarés des publics habituels de télé-réalité viendraient ici faire voleter les souriantes poussières de béatitude primaire qui leur tiennent lieu de neurones.
On pourrait penser que le diurnambule, du fait d’être plutôt coutumier du jour est fondamentalement différent du noctambule. C’est exagéré. C’est un être qui ne dort pas tant que ça la nuit : il la passera volontiers à s’user le cortex devant des écrans pour faire passer ses insomnies qui lui viennent souvent du fait qu’il passe des nuits à s’user le cortex devant des écrans sans se rendre compte à quel point ça l’abîme.
Après une vague sieste effectuée entre le moment où la nuit lâche prise et où le jour en profite pour la basculer sournoisement de l’autre côté de l’hémisphère, le diurnambule, à l’instar du noctambule qui fait pareil mais plutôt lorsque le jour lâche prise et que la nuit en profite pour le basculer sournoisement de l’autre côté de l’hémisphère, le diurnambule, donc, sort pour traîner et généralement se retrouve tôt ou tard à aller en boite.
C’est là qu’il faut noter une différence majeure. On aura tout de suite la puce à l’oreille si on considère un moment les noms que portent les boites de nuit et ceux que portent les boites de jour. Pour la nuit un rapide aperçu nous fait redécouvrir l’immortel Macumba Club, le psychédélique Disco Club, le toujours très m’a-tu-vu Queen et la poussive Loco. Les boites de jour c’est plutôt Glapotech S.A., Ets Duchou & Cie, Fucking Bank Trade Limited Corp., Saloprix, etc … etc …
De fait les boites de jour sont des établissements très particuliers au regard du fonctionnement des boites en général.
On peut y entrer même si on est moche, gros et sapé comme un lampadaire de chez Jacques Caillaux. Il arrive le plus en plus souvent qu’on puisse y entrer avec la même facilité bien que disposant d’un bronzage qui emprunte peu aux lampes à cuivrer, aux fonds de teint Ripolin et autres accélérateurs de métastases épidermiques. Et, chose extraordinaire entre toutes, il arrive encore, dans la majorité des cas, qu’on soit payé pour s’y rendre. En revanche, contrairement à ce qu’il en est dans les boites de nuit, les tarifs, ici, sont plutôt à la baisse. Il paraît d’ailleurs que cela nuit au pouvoir du chat. Mais là je n’ai pas tout suivi. Va falloir que je me serve de mes relations.
Evidemment, en échange de ce qu’on est payé, il y a quelques menus services à rendre. C’est bien normal. Il faut par exemple mettre du coco-cala en rayon. Mettre l’écrou dans le boulon, puis mettre l’écrou dans le boulon, puis mettre l’écrou dans le boulon, puis mettre l’écrou dans le boulon, puis mettre l’écrou dans le boulon, puis mettre l’écrou dans le boulon. Il faut rédiger une demande d’évolution du système qui permette à la rédaction de la demande d’évolution du système de faire évoluer le système de demandes d’évolutions du système. Il faut peindre des portières. Il faut compter les sous qui rentrent et les empêcher le plus possible de ressortir. La liste est infinie, mais vous le savez certainement, ne serait-ce que pour en avoir un peu entendu parler, le peuple diurnambule s’amuse follement.
Autres différences avec les boites de nuit : dans les boites de jours les éclairages sont d’un style sérieusement dépouillé. Ne cherchez pas la boule à facettes : y’en a pas ; remarquable manière de se démarquer de leurs homologues souvent bruyantes, il n’y a pas de musique dans les boites de jour. Enfin vraiment très peu. Ce qui a pour conséquence qu’on y danse pratiquement pas non plus. On y boit : pas trop non plus, mais on ne rate jamais une occasion d’en prendre un petit coup dans le pif sur le mode collégial : Noël, la galette des Rois, les vacances, le départ de quelqu’un qu’on va regretter le temps que le successeur le fasse oublier, etc …
Autre obligation, contrairement aux boites de nuit où on peut rentrer quand on veut, à condition d’avoir passé le barrage des bouledogues de service, (ou de sévices), et dont on peut repartir quand on veut aussi, dans les boites de jour la réglementation à ce sujet est un rien plus tatillonne. Certes une adaptation vaguement moderniste, (et forcément démagogue…), fomentée il y a une dizaine d’années par une bandes d’irresponsables de type néo-bolchéviko-collectivisto-kolkhozo-gauchiste, a relativisé le durée de présence obligatoire dans ces boites, grevant ainsi dangereusement les revenus chétifs des clubs actionnariaux, et mettant en péril l’économie de notre pimpante nation. Mais grâce au ciel, l’autre club, (avec un sous ensemble assez large en commun avec le précédent), celui des dirigeants avisés qui nous a montré à plusieurs reprises ce dont ils étaient capables avec le Crédit Lyonnais, le GAN, EADS et aujourd’hui la Société Générale, veille au grain.
Toujours est-il que dans ces boites, lorsqu’on arrive en retard il est mal vu de partir tôt : même si comme le soulignait à cet égard l’amuseur encamioné Coluche, il est légitime de ne pas vouloir être deux fois en retard dans la même journée.
Lorsqu’il a quitté la boite de jour, le diurnambule rentre chez lui. Ou chez quelqu’un d’autre : sa vie privée ne nous regarde pas. Il prend une douche, pour les moins sales. Puis il grignote un petite quelque chose. Il est fatigué, mais ça va passer : sa vraie journée commence. Ca tombe bien : la nuit arrive. Il se lève. Il se relève …
Il y a des diurnambules cumulards qui sont aussi des noctambules : certains vont aussi en boite de nuit. Y passent leur vie en boite en quelque sorte.
Quant on sait comment tout ça va finir … Enfin bref …
Allez une pensée pour conclure : vous allez voir c’est fatigué aussi : de jour ou pas, ce sont des boites d’ennui.
(Oui je l’avais déjà faite celle-là, mais dans un autre contexte. Pis je fais c’que j’veux !)

mardi 12 février 2008

Bobby Sands

Je ne suis pas catholique. Je ne suis même pas cathodique. Je ne suis pas protestant. Ce qui ne m’empêche pas de protester. Je ne suis pas musulman ; j’aime trop manger du cochon. Je ne suis pas bouddhiste ; j’ai des amis qui disent que je pourrais. Je ne suis pas juif ; enfin, aux dernières nouvelles. Je ne suis pas vaudouiste. Je ne suis pas communiste. Je ne suis pas Rose-Croix. Je ne suis pas franc-maçon ; enfin, pas encore : j’aime bien construire, franchement. Mais je suis croyant : je crois en toi, mon frère ; et donc bien sur en toi aussi ma sœur. T’as l’avantage d’exister. Ou au moins, de tout faire pour ça. Un peu pataudement parfois, mais …

Alors c’est pas pour sa foi que je me souviens encore de lui. De ce mec qui avait alors 27 ans. J’en avais 21. C’est pour son atroce choix. Je ne vais pas ici retracer l’histoire si meurtrière d’une Irlande occupée par l’Angleterre. D’une confession religieuse contre une autre. Vous aurez trouvé pour ça, entre autre, l’éclairage intelligent et bouleversant du film de Ken Loach « le vent se lève » ; plus justement et plus poétiquement, en anglais : « The wind that shakes the barley ». Si vous l’avez manqué ne ratez pas la prochaine occasion, télé ou dvd, de le voir.
Atroce choix de ce jeune mec de 27 ans. Choix de renoncer à l’insurrection. A la violence. A l’opposition frontale. Choix obligé au fond de sa prison indigne, ( y en a t-il qui soient dignes ?), exigeant seulement d’être reconnu pour ce qu’il était, à savoir un détenu politique et non un détenu de droit commun. Choix pacifique de ne plus se nourrir tant que son vrai statut de prisonnier d’opinion ne serait pas reconnu par les autorités Britanniques. Par le gouvernement de Grande Bretagne. Choix de se laisser mourir de faim. Défi au pouvoir politique d’alors.
Et quel pouvoir !!!
Léo Ferré, sur scène, à l’époque, l’avait traitée de salope. C’est bien le moins qu’on pouvait en dire. Margaret Thatcher. La Laideur Thatcher. L’Immonde Thatcher. La Crasse Thatcher. Et, si j’ose dire presque accessoirement, une des boniches les plus serviles du monde des pognardeux. Aucun vocabulaire ne pourrait suffire pour couvrir d’assez de justes injures cette sale bonne femme qui a passé au pouvoir, en Grande Bretagne, un temps interminable à nuire au monde entier et à altérer de sa seule existence méprisable toute l’humanité.
C’est donc contre ça que Bobby Sands s’est laissé mourir de faim, durant une agonie de soixante six jours. Contre ce mur d’horreur froide. Ce mur de cynisme. Ce mur de répugnante haine.
Je me souviens très bien, à la télé, de ce visage rigolard aux cheveux longs, le visage de Bobby Sands, soir après soir. Des commentaires rapides sur l’inflexibilité de cette première ministre, avec son arrogance lapidaire de boutiquière obstinée.
Et de ces jours qui passaient. Qui passaient. Qui passaient. J’imaginais un corps, quelques part, sur un grabat carcéral, qui se décharnait, habité au fur et mesure que la chair disparaissait, par un entêtement d’une toute autre dimension. Sourcée par sa foi, sans doute, mais aussi par quel autre caractère mystérieux et tragique qui porte au sacrifice de soi, dans de si affreuses douleurs, l’irréfragable idéal dont tout humain s’humanise.
Cette année-là, l’abominable Thatcher avait 56 ans. Elle avait un fils d’à peu près l’age de Bobby Sands. Ce fils, parti en goguette dans le désert s’était perdu. Tout les moyens furent mis en œuvre pour le retrouver. Tous les moyens. Et on l’a retrouvé, le fiston.
Pendant ce temps, Bobby Sands mourait de faim. De faim et du mépris injustifiable de Margaret Thatcher.
Puis d’autre, amis de Bobby Sands, s’engagèrent eux aussi dans le même calvaire, cessant de se nourrir.
Pas plus pour l’un que pour l’autre, pour aucun, la Tenancière Primo-Ministérielle ne fléchira.
Et on se demandait. Je me demandais s’il était possible que rien ne soit fait pour éviter le pire. Pour empêcher la mort de gagner. De gagner le corps de Bobby Sands et les corps de ses amis. Si vraiment rien n’allait être tenté pour mettre un terme au désespoir dont ce suicide se remplissait jour après jours. Soixante six jours.
On entendait bien, ici et là, des mouvements de réprobation plus ou moins officiels. Il y eut des gens dans la rue. Cette Irlande tremblait. Je pense que cette Irlande était partagée entre une vague certitude qu’il se passerait quelque chose, forcément, et les souvenirs toujours vifs et nombreux des preuves multiples de l’implacable instrument militaire du pouvoir Britannique pendant des générations.
Rien ne viendrait du pouvoir détenu par l’Horrible Thatcher. Rien. Rien du tout. Un vague et rapide propos de femme occupée à des affaires plus importantes : « S’ils veulent se suicider, qu’est-ce que je peux y faire ? »
Les jours passaient. Les semaines. Mars. Puis avril. Le printemps.
On entendit quelques informations formelles, scientifiques, sur l’évolution d’un corps privé de nourriture. Ce que cela produit. Les symptômes. La douleur. Les douleurs. Le temps que ça peut prendre.
Dans notre beau pays de France, où Giscard ramait et où Mitterrand commençait à flotter à la surface des urnes, on ne perdit jamais vraiment de vue le sort des jeunes grévistes de la faim catholiques Irlandais. Même occupés que nous étions du fameux débat d’entre les deux tours de l’élection présidentielle, lorsque arriva, le 5 mai 1981, la nouvelle de la mort de Bobby Sands, ce ne fut certes pas dans l’indifférence.
La photo du jeune homme s’afficha sur les écrans. Toujours la même. Cette bouille rieuse à l’épaisse tignasse. Impossible d’imaginer sa tête de jeune homme mort de faim à 27 ans après soixante six jours d’agonie.
Cette photo, ce portrait, n’allait pas finir de s’afficher partout en Irlande du Nord.
Neuf compagnons de Bobby Sands moururent ensuite, dans les mêmes conditions.
L’année suivante, la Salope Thatcher s’adonnait à la gué-guerre, aux Malouines, contre l’Argentine, recevant à l’occasion l’aide du Chili d’un Pinochet dont elle restera l’indéfectible amie. Entre gens immondes, on se comprend… Un peu plus tard elle écrasera avec la même force haineuse, la même intransigeance bornée, les grandes grèves des mineurs. Elle va ravager toute la Grande Bretagne pendant onze ans. La ramenant à ce que cette société aurait été si rien n’avait changé depuis la fin du XIXe siècle.
Elle a aujourd’hui 83 ans. Paraît qu’elle est malade. C’est ce que je lui souhaite. D’être malade. Et de beaucoup souffrir. Beaucoup. Mais comme ces gens-là sont des lâches, Reagan avait fait pareil, il paraît qu’elle a la maladie d’Alzheimer : elle se souvient plus. L’a la mémoire qui flanche. Ces sales gens crèvent sans se souvenir de leurs méfaits …
Bobby Sands, lui, n’a plus sa mémoire, mais ce n’est pas par suite de maladie. Et combien l’ont à sa place, sa mémoire.
Je ne suis sur de rien dans cette histoire d’Irlande du Nord. Je suis sur qu’un pays est ancestralement occupé par un autre, mais ce n’est pas assez. Je suis sur des brutalités répétées, hargneuses, de l’armée de Grande Bretagne contre des gens qu’on appelle terroristes sans doute un peu de la même manière qu’on appelait terroristes, en France, sous l’occupation, ceux dont on se souvient aujourd’hui qu’ils furent avant tout des résistants.
Et je suis sur, par dessus tout, inoxidablement sur, sans contradiction possible, qu’un pouvoir, quel qu’il soit, qui n’empêche pas, en pleine connaissance de cause, au prétexte de ne rien céder à une cause, quelle qu’elle soit, que des êtres se donnent la mort, est un pouvoir uniquement formé par de la pourriture.

dimanche 10 février 2008

Ouille

Ca grouille de fripouilles en vadrouille, jolies bouilles de gargouilles, grimées à la houille et à la rouille, les mains qui farfouillent jusqu’aux couilles dans leurs fouilles, qui gazouillent le bec plein d’embrouilles, savants de la débrouille et de la bidouille, qui souillent, gratouillent et barbouillent les murs, et qui dérouillent et qui douillent, quand les grenouilles de la trouille, tombées en quenouilles, rien dans la citrouille, pauvres nouilles, dépouilles sans papouilles, sans chatouilles, mouillent et touillent leurs bafouilles qu’elles bredouillent aux patrouilles qui vasouillent, qui verrouillent, qui zigouillent, … un peu partouille.

mercredi 6 février 2008

Francis Ponge

Trop long, trop difficile de parler de Francis Ponge. Un monde, encore.

"N'en déplaise aux paroles elles-mêmes, étant donné les habitudes que dans tant de bouches infectes elles ont contractées, il faut un certain courage pour se décider non seulement à écrire, mais même à parler" (Proêmes, "Des Raisons d'écrire", II, Ponge souligne).

M’y suis rep(l)onger ces derniers jours. Ai redécouvert la crevette, le cheval, le radiateur, l’eau des larmes, la cheminée d’usine, le soleil, la pompe lyrique, et les olives. J’adore les olives.
Ca c’est un texte qui s’appelle « Eclaircie en hivers »
Ca m’a fait penser à quelqu’un à qui ça devrait plaire.
A part peut-être la dernière phrase, et encore …


Eclaircie en hivers

Le bleu renaît du gris, comme la pulpe éjectée d’un raisin noir.
Toute l’atmosphère est comme un œil trop humide, où raisons et envie de pleuvoir ont momentanément disparu.
Mais l’averse a laissé partout des souvenirs qui servent au beau temps de miroirs.

Il y a quelque chose d’attendrissant dans cette liaison entre deux états d’humeur différente. Quelque chose de désarmant dans cet épanchement terminé.
Chaque flaque est alors comme une aile de papillon placée sous vitre,

Mais il suffit d’une roue de passage pour en faire jaillir de la boue.

mardi 5 février 2008

Evidoute

Evidoute : n.m. de évi qui sert de début racinien à des mots aussi différents que éviction, évidence, évider, éviter, éviscérer, évier, et de doute qui veut dire qu’on est pas sur, qu’on est pas en dessous non plus, mais que justement du fait qu’il est dramatiquement certain que tout est irréversiblement différent on a du mal à se décider. Du fait, en quelques sorte, que les évis divergent, le doute nous habite. C’est en tout cas un commencement d’explication.
En règle générale, supérieure donc aux règles caporales, colonelles, lieux tenantes, sergentes et plus encore simples troufionnes, évidoute exprime bien qu’il y a quelque chose qui plane, mais on ne sait pas pourquoi, et pas trop quoi en faire, et damnation dans les situations extrêmes où on brûle de se décider et où en même temps certaines perspectives nous glacent. Ce qui a pour effet de provoquer de ces chauds effrois dont les services de la santé privée s’enrichissent et dont les services de la santé publique sont encombrés.
Et dont les professionnels de la santé mentale s’emparent et se régalent. Les gourmands !!
Pour comprendre l’acception à géométrie variable de ce mot il convient en tout état de cause de se défaire de pas mal de certitudes et d’autant d’hésitations.
L’éviction de l’évidence évidée d’une éviscération évitée dans l’évier provoque légitimement un évidoute.
De l’évidence de l’évier évincé d’une éviscération évitée naît également sans surprise un évidoute.
L’évier éviscéré d’une éviction d’évidence évitée ne laisse pas de nourrir tout autant un évidoute.
L’évitement évident de l’éviction de l’évier éviscéré entraine, c’est bien normal un irréfragable évidoute.
L’éviscération de l’évidence à l’éviction de l’évier évitée convaincra d’entretenir un certain évidoute. Et accessoirement d’entretenir aussi un peu mieux ce fameux évier.
Etc … Etc … Me direz-vous … Et vous n’aurez pas forcément tort, évidoutement.
Moins métaphysiquement on aura compris que l’évidoute se ramasse fiévreusement en un mélange de choses sûres, (pointure 44), et de passoires. En d’autres termes d’une pompe relativement assurée et d’un filet de protection. Parfois même d’une botte martiale et d’un filet à provision. Au niveau le plus audacieux de ce mélange on trouvera aussi de la conviction bornée et de l’indécision maladive.
Aussi est-ce un mot à ne pas utiliser à tort et à raison.
La médecine ne peut pas tout.
Traditionnellement convaincu que ce ne soit pas impossiblement opportun jusqu’à ce que ça devienne nécessaire d’y croire avec modération, je vous propose quelques illustrations de ce mot.

Usuellement il est assez courant qu’un individu moyennement constitué de tout ce qui fait qu’on ne le confondra peut-être pas avec un poisson rouge, sauf transpoissonisme* plus ou moins latent, et qui aurait la prétention de se rendre d’ici à là-bas ambitionnant de la sorte de couvrir une distance contrariant le projet de la parcourir à pied en moins d’une semaine, pauses comprises, tendra à se demander si en prenant le train ça ne serait pas mieux. Or s’il s’avère qu’en fait le questionnement se double d’une interrogation sur le bien fondé d’aller d’ici à là-bas, compte tenu de savoir s’il faut qu’il y soit attendu ou pas, réellistiquement ou pas, et quoiqu’il en soit quelle importance cela revêt selon qu’il fait un temps pluvieux ou plus clair, la cristallisation d’un évidoute sera difficilement exempte de le hanter d’une certitude égale à ses hésitations, ou d’une perplexité comparable à son assurance.

Extrait du livre des très riches heures du Chanoine Sarkrolexy : alors que la Sainteté dument gourmettée se lamentait dans les bras de la Gardeuse de sots, Madame Rachidati, se plaignant amèrement de subir dans sa courbe de popularité une trajectoire semblable à celle qu’effectue un emballage usagé vers sa fatale poubelle, il soupira à un moment, et murmura : « Rachy, j’ai un évidoute … » Affolée d’apercevoir un tréfonds de désespoir chez ce robuste chef de marketing, Madame Rachidati s’exclama : « Vous ! Un évidoute !?! Vous !?! Plus forcément sur d’être certain à tous les coups !?! Oh Nooon ! … … … »
Un long hululement de justice crépusculaire s’échappa de la pièce pour envahir tous le palais. C’était poignant. Madame Yade, qui passait malencontreusement par là, reçu un grand coup sur la tête, mais on ne sut pas tout de suite d’où cela provenait. C’était Madame Bruni qui munie de sa guitare en plomb surveillait les entrées du conseil restreint qui se tenait en secret derrière la porte, et qui avait confondu Madame Yade avec Madame Bachelot.

Rapportée par un délateur dont je tairai jusqu’au nom de l’entreprise qui gère le canal de l’ancienne première chaine de télévision française, cette divertissante petite blague du très primesautier Monsieur Hortefeu, qui s’occupe avec le zèle paponesque qu’on lui découvre sans surprise, de la politique de l’immigration, de l’identité nationale, des quotas cérébraux et qui s’occupera peut-être un jour de coopération quand il aura fini de colorier le mot collaboration. Alors qu’on lui offrait pour le nouvel an un lot de clandestins sans papiers joliment terrorisés, délicatement recroquevillés sur leur tas de nippes ridicules, et délicieusement suintant par leurs prunelles dilatées d’une frousse carabinées, (si l’on ose dire …), Monsieur Hortefeu, devant la nombreuse assistance de ses amis policiers, sembla pris, tout à coup, d’une curieuse retenue : observant notamment les yeux effondrant de douceur apeurée de l’un des tout jeunes enfants, il paru plonger dans un abîme de compassion, un tendre sourire naissant sur sa bouche, une larme même dépassant le barrage rigoureux de son regard responsable : l’assistance fit silence. Et dans ce silence, d’une voix émue, Monsieur Hortefeu dit : « Mesdames, Messieurs, je me sens pris d’un évidoute … » Puis il ne pu se contraindre davantage et cacha son visage dans ses mains. Les « Oooh ! », les « Noon !... », « Ben … » et autres exclamations feutrées et ébahies fusèrent alors parmi les personnes présentes. « Mais nooon !!! … J’décooonne !!! » Repris alors l’amusant responsable gouvernemental, redécouvrant sa face hilare de gamin farceur. « Allez !! Virez-moi tout ça !!! Et vite !!! Ha ! Ha ! Ha ! » Et il éclata de rire, tout content de son effet, et l’assistance toute heureuse de voir à quel point on avait là, dans cet humour raffiné, une preuve évidente de cette humanité ministérielle si injustement contestée, rit avec lui de bon cœur, tandis qu’on emmenait prestement le lot de clandestins ahuris, en se dépêchant, pour ne pas rater le prochain charter.

*Prochaine entrée de ce dictionnaire analphabétique.

lundi 4 février 2008

Pognardeux

Pognardeux : n.m. & adj : du populo-oseillo-bancaire pognon, une des variantes argotiques du mot argent et du suffixe ardeux dérivé de l’anglo-boursico-trading hard qui signifie que ça rigole pas et que vous allez voir ce que vous allez voir, non de d’la !!
Désigne plusieurs catégories de nuisibles des champs et des villes, qu’on rencontre sous des formes diverses mais pas si différentes que ça les unes des autres, un peu partout sur la surface de la planète.

1ère catégorie : le pognardeux de naissance : celui-là, né comme on dit avec une cuillère en or dans la bouche, va pouvoir passer sa vie loin des caisses de supermarché, loin des fin de mois qui durent trente jours, et plus près du jet privé que des rames de métro. C’est souvent un nuisible qui s’ignore car il n’a que très rarement appris, et très superficiellement dans le meilleur des cas, que si papa a eu de la chance, (ou grand papa), c’est probablement en traitant une quantité substantielle de personnes comme des serpillières. Principal représentant actuel de cette catégorie, un certain tennisman amateur qui répond, si ça lui plait, au nom d’Arnaud Lagardère : fils de son papa, le rejeton est à peu près aussi doué pour les affaires que moi pour dire la messe en lapin. N’a t’il pas récemment répondu lorsqu’on eut l’insolence de l’interroger au sujet d’un évident délit d’initié dans une des boutiques qu’il est censé diriger : « Je préfère passer pour un incompétent que pour un malhonnête. » Au cas ou l’un empêcherait l’autre.

2me catégorie : le pognardeux parvenu : rarement parti d’en bas, ce qui lui a donné accès à pas mal de possibilités de formations nettement plus porteuses que CAP d’ajusteur ou BEP de secrétaire unilingue, c’est un dangereux psychopathe du travail. Il me fait un peu pensé à un gros lézard, comme il en existe sur notre belle terre, mystérieusement rescapés de la préhistoire. Et souvent inoffensifs. Las, celui-là ne tarde pas à faire ses premières dents grâce à un sens des affaires qui s’encombre de l’humanité d’une calculatrice et des scrupules d’un robot. De l’anachronique lézard il conservera le sang froid du reptile et sa dentition rapidement bien pourvue, il deviendra vite un crocodile. Plus intelligent que le premier, qui n’a pas eu de soucis à se faire, il est anxieux de posséder assez. Et ce n’est jamais assez. Il veut un empire. Il achète des entreprise comme d’autres vont chercher leur baguette au boulanger tous les matins. Chemin faisant il n’oublie pas d’acheter des média et des hommes politiques de tous les sexes. Dans cette catégorie nous détenons sous le label de la réussite française un certain Bernard Arnaud : à peu près aussi chaleureux qu’un congélateur, avec une éloquence de boite vocale et un cynisme qui pourrait faire passer certain chef d’état à rolex pour humaniste accompli. Ce garçon en est réduit, c’est dire si la position doit lui être confortable, à jouer à celui qui a la plus grosse avec son complice François Pinaud : n’ont-il pas récemment, auprès du prédécesseur de l’actuel encombrant de l’Elysée, comparé leur grade dans la Légion d’Honneur, l’un se plaignant de n’être pas aussi décoré que l’autre. De grands enfants en quelque sorte !

3me catégorie : le pognardeux arriviste : celui-là n’en finit pas de ramer. C’est une sorte de sous-pognardeux. Apre au gros gain c’est avant tout un spéculateur. Tout lui est bon pour faire fortune avec, pour les autres, une absence de considérations qui confine à l’exploit. Il n’en a pas une aussi grosse que les précédents, mais il en a assez, en attendant toujours mieux, pour écraser et mépriser : c’est bien là l’essentiel. Souvent gros actionnaire quand je dis qu’il rame, ne croyez pas qu’il travaille. Non. Il rame parce qu’il s’angoisse. Et pour compenser il vit sa fortune comme un beauf décomplexé. Il connaît Monte Carlo de fond en comble. Il se lave le cul dans du champagne en attendant que Karl Lagerfeld veuille bien condescendre, (en un seul mot, donc …), à lui dessiner une ligne de papier toilette digne de sa grossièreté fessière. Il ne fait rien si c’est pas cher. Sorti de nulle part, ou pire encore, de n’importe où, il apporte au monde son sens très développé de la vulgarité, de la laideur et de l’inculture. Il en existe de multiples exemples, laissons-les dans un légitime anonymat. Ils ont quelquefois fait un héritage. Ils ont fréquemment joué avec l’argent d’une ou plusieurs sociétés dont une partie, (ou la totalité), du personnel pointe au chômage. Ils ont probablement triché. Mais c’est pour la bonne cause. La leur. A l’exclusion de toute autre.

4me catégorie : le pognardeux rentier : je le distingue de la 3me catégorie car il y a dans le rentier quelque chose qui sonne plus sobre. Quoique les origines pognardeuses n’empruntent que très rarement chez lui à des manières plus honorables que chez l’arriviste, il y a chez le rentier un je ne sais quoi de traditionnel qui sent bon son XIXme siècle, sa demeure cossue dans une banlieue de bon aloi, et une relative discrétion qui en ferait presque une sorte de protestant plein de compassion pour ceux qui n’ont pas eu sa chance. Un genre de victime positive du fatum. Solidement ancré dans la certitude de posséder tout ce que ne possèdent pas encore les autres, c’est presque le dernier rempart d’une inégalité normale, d’une injustice stimulante, contenue ceci dit dans des systèmes de sécurité à toute épreuve. Convaincu que pour vivre riche il faut vivre caché, il n’atteindra qu’accidentellement le niveau de grotesquerie de l’arriviste et soutiendra plus volontiers les empereurs, même arrogants, de la 2me catégorie. C’est plus sur.

Ce trop bref catalogue, à peine une ébauche pour tout dire, ne demande qu’à être complété : il ne veut en tout état de cause, et principalement, que désigner un monde qui vit au dépend de tous les autres, en s’accablant au mieux d’un pouvoir incompris, en se félicitant à tout va de réussites prédatrices, en s’abîmant ça et là dans un caritatif dégoulinant auxquels les média qu’il détient servent de domestiques de circonstance. Assuré que les peuples vivent encore largement dans la fascination plus ou moins inconsciente qu’il exerce sur eux, il y a toutefois chez ce monde un coté tête en l’air qui m’interroge parfois sur sa capacité à se souvenir que ce même peuple a eu lui-même, par le passé, des caprices de riches : d’ailleurs quelque chose aussi d’un peu … tête en l’air …