"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

mardi 22 janvier 2008

T. Anonyme A. 22/01/08 (LLS of T30)

Tout ce qui se pose loin de nos regards, pauvreté des maux qui se tissent malgré et tout contre eux ou tant contre deux, tant conte d’eux, d’eux de nous, de toi qui te vois là près de moi. C’est moi sans suivre pour ne pas trop se perdre au près du plus près. Tout ce qui livre le mot d’hiver. Toi qui t’es avancé à mi-nuit, tant que tu recules à mi-jour, hypothèse en quelques mots à distance, de moi si distant ce lointain, recule et recule encore un peu. Le miroir loin ou près de toi , tout nous rapproche alors recule, que je te vois dans ce noir profond puisque tu disparais autant dans l’ombre non portée. On s’endort et s’écarte de nos jours. Le je poète s’épuise mais renaît. Si la nuit dense s’évanouit encore, si les étoiles sont de bois brûlé et que tout ne soit qu’une parure temporaire, que sans image à poser devant mes mots, je ne puisse que fermer les yeux et attendre que tu me l’envoies. C’est une légende d’esprit matutinal qui crie bruit et fureur quand dans ma tête, il pleut toujours et il fait si froid. C’est l’usure des forces, un vertige dis-je, le désir de rien dans un corps consumé, le regard nu solidement perlé, sur la peau quelques grains d’or, le regard lu parfaitement clos sur mes rêves constellés d’or. Et toi qui résistes aux intempéries, tu déposes là quelques pas ajourant le profil d’une nuit qui revient, ivre vide d’être trop plaint. Détruire, dis-tu, un monde désert. Si j le je du jeu de la fin de l’émoi; les maux qui tournent sans sortir de ma bouche. Si j ce jeu qui a été je parfois et non sans et moi; tu reviens, sage, comme mes démons encore, avec des ailes de papillons en papier semi-plié; tu recommences mes aurores déplié, laissant mes yeux seuls à regarder toutes les flammes dans mes mains. Le songe ment au cœur creux en cendre. Ce que tu dis ne laisse pas de traces et je suis aujourd’hui même loin de moi. Je suis crime dans ce cri qui masque la fleur du vide. Je m’érasme derrière le néant pour en fuir la raison. Je ne dis rien mais tu devines tout. J’aurais voulu être en cessation d’écriture, mais je n’y parviens pas. Si peau pour peu de tant, ce tant de ruines qui est l’espace qui se cache dans le silence tue dans ces mains que je n’ai plus, mains ivres à la mer tombantes. A choisir l’envers ou l’enfer qui se voue, qui se tue, qui se noue dans ce jeu, je me fuis, tu m’empires. Je connais les heures noires et je les porte aux brumes, aux ombres d’oyats morts, aux embruns glacés de la nuit, d’ instants reconductibles d’un amour incombustible. J’ai entendu ce que tu tais, fleur d’âme qui s’ecchymose, fleur sans épine mais si morose, toi qui chances pour moi, moi qui danse pour tant et si je suis le chemin et si tu fuis le matin, ne te retourne pas pour pleurer les limbes où se réfugie l’enfance, traces d’amour aux larmes séchées. A portée de patience tu as remonté le lit de mes dits doigts quand tu me danses sur le fil de tes proches souvenirs pour me hisser comme un drapeau qui éclaire plus loin encore. Quand dans le sable tu trouves le grain d’or qui se hausse et que mes châteaux s’écroulent, que je gagne en quelques mots tout le poids de mon armistice, que j’oppose tout à l’enfer ce que me donnerait à l’envi une seule nuit et un seul jour l’envers de mon envie, tu l’as su dans tes mots et dans cette main tendue où mes yeux m’ont rien vu. Et si je suis alors tu es. Lis et l’aine en volupté, laisse ce que tu as hanté en témoin sûr de mon aile. J’ai rêvé de tes mains ondulant dans les vagues de mes cheveux, une odeur capiteuse d’éternelles, et sur ma peau, le sel des embruns. As-tu deviné ce que j’avais tu pour dire ce que tu n’as pas ouï ? Tu t’hasardes à me laisser gage, un faix pour mes mains cendrées trop lourd et pourtant si léger. Un songe lointain, un possible, un rien tant qui me rend animal. A me nourrir de larmes de glace sans pouvoir sécher cette encre, l’ichoreux alcool de ton temps, ma peau pour t’en recolorier. Toi qui résistes aux intempéries, tu déposes quelques pas ajourés. Si fol tu écris sûr qui je suis, tu m’emportes vers les extrémités du monde et si fol est ce mouvement avant. Il n’est pas non d’autre rive que celles où s’alignent mes ailes et sur le sable gît mon univers. Je n’y aperçois pas grand chose : un presque vu, un presque su, juste un lu que l’onde élide. Un charme que je n’avais planté lors même que j’étais la forêt. J’ai encore au bord des paumes des vagues sur les grains d’or. J’habite depuis quelques jours une chambre singulière aux murs escamotables : ma fumerie turque. C’est un cabinet d’amateur décoré d’enivrantes chimères de catoptrique. Narguilés de scaferlati le plus rare, flacons gravés à l’acide pleins de curare amazonien, tapis volants brodés d’ors et d’argents, armoire magique qui recèle la tunique de Nessos, vanités d’hydres cariens, cœlacanthes délicatement colorisés, quelques bézoards anciens, plombs de Seine, vases emplis d’élégants daturas noirs et de jusquiames couleur d’orpiment rayé de réalgar, reliques des deux martyrs de Rosapha… Ma vie qui semblait partir à faux va l’amble rouler sur les ondes d’un jusant délétère où le vice qui me consume a ton nom pour laudative épiclèse. Morphine de mes nuits, ma drogue est un parfum troublant qui embaume mon repère anti-blessure qui pourrait bien t’abriter. Philip Glass diffuse ‘Les heures’ en jouant sur la texture même de la musique, en utilisant une grille harmonique minimaliste qui fait toujours appel aux mêmes suites d’accords. Réécriture de ses propres ‘Metamorphosis 1>6’, la répétition lancinante qui ponctue l’harmonie lascive invite aux transports oniriques. Je sens chaque note couler dans mes veines par de multiples perfusions. Elles rythment ma respiration. Ma chambre se dédouble sous l’effet du laudanum. Je suis aux portes d’un pays planté d’aucun décor si ce n’est le noir de la nuit. Etranges sensations que d’être conduit par la seule intuition d’un rêve d’une pure beauté. Avec des sentiments pour uniques bagages, je progresse à vive lenteur vers des aléatoires que je perçois comme les accords ornementés d’un discantus en contrepoint. La mélodie symétrique qui n’a pas de fin me guide encore, tandis que la teinture d’opium se dissout en moi paresseusement . Je suis si léger que je danse sur les volutes d’encens. Et je suis là auprès de toi. Tu gardes mon sourire sur tes lèvres. J’attends l’aurore pour apercevoir ta silhouette en devinant que tu me regardes dormir. Le temps est suspendu à ton cou comme un bijou précieux. Seras-tu là à mon réveil ?
T.

1 commentaire:

Thy Wanek a dit…

Le temps assassiné sous nos talons et il n’en reste que l’arme amère dont le suc drogue nos patiences d’une délectable certitude que oui, je serai là à ton réveil, en un point sur la carte entre évanouissement et retour à la voile blanche qui se fixe de lui-même en d’insus que tu sais à part moi que je sais à part toi que tu redéploies si existant que mon indéfectible peur amicale main noire me pousse velourisé sur battements hardiaques temposés.

Regagner toute à l’heure de petite monnaie mon frustre atelier où j’escrime in ailes découpées au vol un duel où tu vaincs de ton adresse folle tanière embaroquée de fleurs d’or aux chairs rebrodées aux pulpes pupillantes aux racines alcalices et dire érigé vers ton toi un voyage qui se prépare paré en son horizon de ta boréalité parfumée en me laissant dépouiller de tout ce que m’hôta Don Juan Matus pour les éblouissances initiées avec lesquelles aussi, oui, je te regarde dormir, d’un mot d’où tu peux voir ton sourire sur mes lèvres ravir plein d’air lent sinuances sillage de mon étrave cinglance vers le point que je te choisis si deux mains et leurs suites nous portent de leurs brassements pour multiphoniser une chambre de nos échos.

Mais j’ai besoin de mes outils. Les contingences me plient sur ta peau pour en protéger les sens et endescensé mon prochain soir tout à toi. Encr’or …

T.