"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

mercredi 16 janvier 2008

Le cochon.

Alias le porc, le goret, le verrat, le cochon (sus scofra domesticus pour les latinistes affamés), est un animal pour lequel j’ai toujours éprouvé une indéfectible sympathie. C’est comme ça. Il y a d’autres représentants du règne animal dont je suis plus ou moins tendrement épris, comme la girafe par exemple, mais le cochon, c’est différent. C’est d’abord un animal sympathique de sa naissance jusqu’après son trépas. Ce qui n’est pas rien. Combien d’entre nous seront mangeables ad patres ? Et dans le meilleur des cas qu’est-ce qui sera mangeable ?...
Signalons en outre que sous ses airs de ne pas y toucher c’est un être vivant singulièrement intelligent, surtout si on compare aux atouts inversement proportionnels de pas mal de nos congénères régulièrement placés en vitrine du fait de leurs jolis minois sans qu’on prenne assez souvent garde que puisse s’exhaler de leurs sourires satisfaits et de leurs yeux pétillants d’eau plate, l’existence d’un QI de protozoaire. Le protozoaire ayant des excuses.
Disons le tout net, et n’en déplaise à la Belle, au Clochard et à mon cher Garfield, l’intelligence du cochon est notoirement supérieure à celle des chiens et des chats.
Mais, vous dites-vous, en votre âme éthérée et en votre conscience émue de voir comme déjà en cette mi-janvier les jours rallongent, qu’est-ce qu’il vient nous escagacer les cellules grises avec sa plaidoirie charcutière celui-là ?
Eh bien voilà ! Je trouve de plus en plus abusif de voir la référence à ce charmant quadrupède servir de comparatif avec des individus du règne supposé humain, individus dont l’appartenance à la communauté des bipèdes accomplis se repère principalement, et souvent uniquement, au fait qu’ils s’affublent de vêtements. Pas toujours des plus seyants d’ailleurs, soi dit en passant.
Pas plus tard qu’il y a peu de temps j’ai encore entendu quelqu’un dans le poste, traiter de porc le cacochyme tenancier de la célèbre officine française de regroupement des nostalgiques de la gégène en Algérie, de la France aux français, de l’Algérie aux français aussi, du Maréchal Pétain nous voilà, de l’ordre moral de type on baise dans le noir et surtout pas avec, d’ailleurs on baise pas on se reproduit pour l’avenir de la Nation, de la messe en lapin, des visions hitlériennes, des camps de vacances forcées pour les gens circoncis et leurs femmes, et des excès de vitesse au volant avec 25 grammes d’essence de Gévéor répandue dans l’hémoglobine, et donc, assez logiquement de la peine de mort.
Faisons un peu de réalisme s’il vous plait. Plaçons côte à côte le ci-devant humanoïde sub-claquant et un pimpant représentant de la race porcine.
Sous les délicates oreilles qu’il rabat souvent sur ses yeux malins, agrémentés de longs cils coquins, le porc nous regarde, plein de compréhension et de malice pour notre conduite à son égard qu’il n’hésite sans doute pas en son fort intérieur à apparenter à de l’anthropophagie.
En revanche entre ses oreilles parfaitement quelconques le jeanum marium lepenae, (pour les latinistes dégoûtés), ne voit que l’arabe qui nous envahissoit et le noir qui polluloit, quand ce n’est pas le juif qui estoit partout et le pédé qui corrompoit la civilisation. Soyons francs, (même si maintenant on est plutôt résolument euro), c’est imbouffable.
Lorsqu’il s’exprime, le porc émet d’amusants grognements affairés ou des cris plus puissants, parfois déchirants, qui le place en tête du hit parade des bruitages animaux, notamment pour le nombre de décibels développés. Si ça se trouve avec un peu de travail il concurrencerait avantageusement un bon nombre de glapisseurs et de glapisseuses qui s’efforcent avec succès de hisser la chanson française au niveau de ce qui circule dans les égouts.
Lorsqu’elle groinque, la borgne baderne nationaliste, on n’a plus besoin d’aller chercher les égouts : ils sont là. Tout à coup tout devient vert comme les personnages dans « la Zizanie », un des meilleurs album d’Astérix, quand Tulius Détritus est passé par là. Tout se met à sentir mauvais, et aux relents nauséabonds de ce qui suinte alors d’entre les protubérances labiales du chef, le nervis de base dissimule mal l’ambition d’une vaine érection, et sa femelle tout en joie envisage elle-même de mettre un frein à sa frigidité.
Pour peu qu’on l’installe à une table, le porc qui n’est pas si sale que ça, c’est en effet l’animal qui a le plus le souci de voir éloigné l’endroit où il mange de celui où il chie, et pour peu qu’on lui présente un menu décent, il est fort probable que son choix sera judicieux et que sa tenue pendant le service en remontrera à un bon nombre de parvenus pour qui le Carré des Feuillants et le Burger King sont également des restaurants.
Pour peu qu’on le lâche dans une porcherie, il y serait d’autant plus heureux que certains atavismes culturels plus ou moins bizarres en éloigneraient les présences de quelques objets récurrents de sa haine pathologique, l’emphatique boursouflé révisionniste serait capable d’y relancer ses manies ostracistes en triant en fonction des queues en tire-bouchon ou pas, quitte à devoir cacher la sienne.
Bref, il est ridicule, et insultant pour nos amis du règne porcin, de se voir rapprocher de cette engeance de sous-pensants congénitaux qui mettent en danger jusqu’à la couche d’ozone dès que leur mâchoires grinçantes s’ouvrent sur leur verbe obscène où sur leurs braillements virilo-grostesques.
Il en ira de même, s’il vous plait, dès que l’idée de comparer un quelconque de nos semblables à un goret, à un porc, à un cochon, à une truie, tentera de tromper vos raisonnements. A chacune de ses occasions, demandez-vous ce que pourrait produire le, ou la, destinataire de votre courroux, (sûrement fondé), si on essayait d’en tirer un fromage de tête, une andouillette, un jambon demi-sel, une saucisse de Toulouse, une palette pour faire avec des lentilles, une tranche de lard fumé pour mettre dans une omelette, un filer mignon pour cuire avec des herbes, une côtelette pour poêler avant d’y ajouter une petite crème à la moutarde, etc … etc …
Et vous verrez. Ca tient pas la route. Ca le fait pas un caramel.
Vous vous rabattrez utilement alors sur la richesse de notre belle langue, (sauce piquante), et vous trouverez, sans peine, de quoi épargner la juste noblesse de nos amis porcins.
D’avance, merci !

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