"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

mardi 29 janvier 2008

Pierre Bettencourt

Bettencourt, évidemment, c’est un nom qui circule pas mal. Pour cause d’invitation un peu lourdement soutenue auprès de certaine Ingrid, par des rigolos narcotico-marxistes, à profiter des joies de la jungle et des bonheurs de la vie simple dans un environnement d’ahuris à mitraillettes, même si elle a pas l’air d’accord du tout.
Et puis Bettencourt, que voulez-vous, c’est aussi le nom d’une des deux ou trois plus grosses fortune de France, il s’agit alors de Liliane dont les vieillardes fesses sont confortablement calées sur un magot dont l’embryon n’est pas étranger à l’histoire de l’extrême droite Française d’entre les deux guerres. Le mari de cette dame fut un Pétainiste notoire, et l’Oréal parce qu’elle le vaut bien, eu longtemps pour dirigeant en Espagne un certain Filiol, meurtrier avéré, qui trouva là un refuge plein d’attention chez la sinistre baderne Franco.

Mais voilà, Bettencourt c’est aussi un nom de poète. Dans ce cas il est question de Pierre Bettencourt. Et comme on, je veux dire je, ne sait pas grand chose du bonhomme, le mieux c’est de vous le proposer en trois textes extraits de « Mille Morts » : pourvu que ça vous incite à courir toute les librairies de par chez vous pour trouver ses recueils j’aurais fait beaucoup pour l’âme et le corps de ceux qui en goûteront la nourriture spirituelle et qui auront fait pour la dénicher les kilomètres qu’on peut sûrement leur promettre.
Personnellement j’adore. J’avais découvert ça, il y a quelques années, sur France Culture, par la voix de M’sieur Piéplu. Qui n’est plus.

Homme, moi ?

- Alors, me dirent-ils, vous en étiez, vous aussi ?
- Moi, dis-je, jamais. Crapaud, chien, et même ver de terre, je l’avoue, j’ai été tout cela. Mais Homme ? Vous voulez rire.
- Pourtant, me dirent-ils, vous parlez bien comme eux, on vous a vu sur terre dans leurs défilés, dans leurs cuisine, et même dans leurs lits. Et vous jurez que vous ne le connaissez pas, que vous n’avez rien à voir avec eux. C’est un peu fort.
- C’est un peu fort dis-je, mais c’est ainsi. Homme, moi ? Pour qui prenez me prenez-vous, je n’en ai même jamais vu.
- Entendons-nous, me dirent-ils alors. Avouez que vous êtes un homme et vous êtes libre.
- Bon, dis-je, je le suis.
- Alors ils s’emparèrent de moi, me dénudèrent, me flagellèrent et me crucifièrent.

Mon père.

Mon père est mort en me disant : « Au revoir, je vais chasser la baleine. » Il a tourné la tête et il a rendu le dernier soupir. Il chasse la baleine maintenant, il est heureux. Dans sa chambre on a mis un aquarium et une plante verte. Et son chapeau sur son lit. Je viens dans la pénombre, quand les volets sont fermés, les après midi d’été, m’asseoir là. Je lui fais la lecture de son livre préféré. Et parfois je m’endors. Moi aussi je chasse la baleine. Il est là, il est heureux de me voir, on l’aura, dit-il, on l’aura, quand le livre tombe. Je sors de la chambre sur la pointe des pieds tandis que les poissons font des bulles.

Rêver.

Je ne me suis jamais vu, aucune glace n’a pu me donner une idée de l’être que j’étais réellement. Une effarante discontinuité d’êtres. C’est encore dans les blancs qui séparent les mots qu’on se reconnaît le mieux. J’aurai régner un demi siècle sur un amalgame de glandes qui se supportaient difficilement, ne pensant qu’à attirer l’attention de la tête, qu’à obtenir les ordres qui entraîneraient tout le corps dans leur voie. Souvent pernicieuse. Agir pour se débarrasser. Laisse-moi tranquille maintenant. Je n’ai besoin que de rêver pour vivre.

dimanche 27 janvier 2008

Goutte à goutte

Milieu de vie lieu du lit mis encore les corps décors d’accords tout s’enfluide entre les doigts seul au centre d’une partition le vers est dans le fruit et regarde Caïn l’œil est dans la tombe et ne regarde rien rompre le pain dans le silence j’ai au logis une strate d’or tu pleus voire mieux de tes grand cieux lampe nue dans son bain faire doux semant le sentiment mais pas sur tout l’ajusteur tisse pas d’innocence le crêpe et l’opuscule marchent funèbrement l’avion et l’heure l’aiguille et le fuseau pureté noire de l’encre morte lame à filer son bas de soie voix d’airain au fond du crâne le temps s’égrène toujours pluvieux.

mardi 22 janvier 2008

T. Anonyme A. 22/01/08 (LLS of T30)

Tout ce qui se pose loin de nos regards, pauvreté des maux qui se tissent malgré et tout contre eux ou tant contre deux, tant conte d’eux, d’eux de nous, de toi qui te vois là près de moi. C’est moi sans suivre pour ne pas trop se perdre au près du plus près. Tout ce qui livre le mot d’hiver. Toi qui t’es avancé à mi-nuit, tant que tu recules à mi-jour, hypothèse en quelques mots à distance, de moi si distant ce lointain, recule et recule encore un peu. Le miroir loin ou près de toi , tout nous rapproche alors recule, que je te vois dans ce noir profond puisque tu disparais autant dans l’ombre non portée. On s’endort et s’écarte de nos jours. Le je poète s’épuise mais renaît. Si la nuit dense s’évanouit encore, si les étoiles sont de bois brûlé et que tout ne soit qu’une parure temporaire, que sans image à poser devant mes mots, je ne puisse que fermer les yeux et attendre que tu me l’envoies. C’est une légende d’esprit matutinal qui crie bruit et fureur quand dans ma tête, il pleut toujours et il fait si froid. C’est l’usure des forces, un vertige dis-je, le désir de rien dans un corps consumé, le regard nu solidement perlé, sur la peau quelques grains d’or, le regard lu parfaitement clos sur mes rêves constellés d’or. Et toi qui résistes aux intempéries, tu déposes là quelques pas ajourant le profil d’une nuit qui revient, ivre vide d’être trop plaint. Détruire, dis-tu, un monde désert. Si j le je du jeu de la fin de l’émoi; les maux qui tournent sans sortir de ma bouche. Si j ce jeu qui a été je parfois et non sans et moi; tu reviens, sage, comme mes démons encore, avec des ailes de papillons en papier semi-plié; tu recommences mes aurores déplié, laissant mes yeux seuls à regarder toutes les flammes dans mes mains. Le songe ment au cœur creux en cendre. Ce que tu dis ne laisse pas de traces et je suis aujourd’hui même loin de moi. Je suis crime dans ce cri qui masque la fleur du vide. Je m’érasme derrière le néant pour en fuir la raison. Je ne dis rien mais tu devines tout. J’aurais voulu être en cessation d’écriture, mais je n’y parviens pas. Si peau pour peu de tant, ce tant de ruines qui est l’espace qui se cache dans le silence tue dans ces mains que je n’ai plus, mains ivres à la mer tombantes. A choisir l’envers ou l’enfer qui se voue, qui se tue, qui se noue dans ce jeu, je me fuis, tu m’empires. Je connais les heures noires et je les porte aux brumes, aux ombres d’oyats morts, aux embruns glacés de la nuit, d’ instants reconductibles d’un amour incombustible. J’ai entendu ce que tu tais, fleur d’âme qui s’ecchymose, fleur sans épine mais si morose, toi qui chances pour moi, moi qui danse pour tant et si je suis le chemin et si tu fuis le matin, ne te retourne pas pour pleurer les limbes où se réfugie l’enfance, traces d’amour aux larmes séchées. A portée de patience tu as remonté le lit de mes dits doigts quand tu me danses sur le fil de tes proches souvenirs pour me hisser comme un drapeau qui éclaire plus loin encore. Quand dans le sable tu trouves le grain d’or qui se hausse et que mes châteaux s’écroulent, que je gagne en quelques mots tout le poids de mon armistice, que j’oppose tout à l’enfer ce que me donnerait à l’envi une seule nuit et un seul jour l’envers de mon envie, tu l’as su dans tes mots et dans cette main tendue où mes yeux m’ont rien vu. Et si je suis alors tu es. Lis et l’aine en volupté, laisse ce que tu as hanté en témoin sûr de mon aile. J’ai rêvé de tes mains ondulant dans les vagues de mes cheveux, une odeur capiteuse d’éternelles, et sur ma peau, le sel des embruns. As-tu deviné ce que j’avais tu pour dire ce que tu n’as pas ouï ? Tu t’hasardes à me laisser gage, un faix pour mes mains cendrées trop lourd et pourtant si léger. Un songe lointain, un possible, un rien tant qui me rend animal. A me nourrir de larmes de glace sans pouvoir sécher cette encre, l’ichoreux alcool de ton temps, ma peau pour t’en recolorier. Toi qui résistes aux intempéries, tu déposes quelques pas ajourés. Si fol tu écris sûr qui je suis, tu m’emportes vers les extrémités du monde et si fol est ce mouvement avant. Il n’est pas non d’autre rive que celles où s’alignent mes ailes et sur le sable gît mon univers. Je n’y aperçois pas grand chose : un presque vu, un presque su, juste un lu que l’onde élide. Un charme que je n’avais planté lors même que j’étais la forêt. J’ai encore au bord des paumes des vagues sur les grains d’or. J’habite depuis quelques jours une chambre singulière aux murs escamotables : ma fumerie turque. C’est un cabinet d’amateur décoré d’enivrantes chimères de catoptrique. Narguilés de scaferlati le plus rare, flacons gravés à l’acide pleins de curare amazonien, tapis volants brodés d’ors et d’argents, armoire magique qui recèle la tunique de Nessos, vanités d’hydres cariens, cœlacanthes délicatement colorisés, quelques bézoards anciens, plombs de Seine, vases emplis d’élégants daturas noirs et de jusquiames couleur d’orpiment rayé de réalgar, reliques des deux martyrs de Rosapha… Ma vie qui semblait partir à faux va l’amble rouler sur les ondes d’un jusant délétère où le vice qui me consume a ton nom pour laudative épiclèse. Morphine de mes nuits, ma drogue est un parfum troublant qui embaume mon repère anti-blessure qui pourrait bien t’abriter. Philip Glass diffuse ‘Les heures’ en jouant sur la texture même de la musique, en utilisant une grille harmonique minimaliste qui fait toujours appel aux mêmes suites d’accords. Réécriture de ses propres ‘Metamorphosis 1>6’, la répétition lancinante qui ponctue l’harmonie lascive invite aux transports oniriques. Je sens chaque note couler dans mes veines par de multiples perfusions. Elles rythment ma respiration. Ma chambre se dédouble sous l’effet du laudanum. Je suis aux portes d’un pays planté d’aucun décor si ce n’est le noir de la nuit. Etranges sensations que d’être conduit par la seule intuition d’un rêve d’une pure beauté. Avec des sentiments pour uniques bagages, je progresse à vive lenteur vers des aléatoires que je perçois comme les accords ornementés d’un discantus en contrepoint. La mélodie symétrique qui n’a pas de fin me guide encore, tandis que la teinture d’opium se dissout en moi paresseusement . Je suis si léger que je danse sur les volutes d’encens. Et je suis là auprès de toi. Tu gardes mon sourire sur tes lèvres. J’attends l’aurore pour apercevoir ta silhouette en devinant que tu me regardes dormir. Le temps est suspendu à ton cou comme un bijou précieux. Seras-tu là à mon réveil ?
T.

vendredi 18 janvier 2008

Quarante huit.

Ca fait dix sept mille cinq cent vingt jours. Aurores et crépuscules compris. (Je n’ai pas fait le détail des années bissextiles). Ca fait quatre cent vingt mille cinq cent heures en gros. Deux mille quatre cent quatre vingt seize semaines. Ca va chercher dans les plus de cent cinquante millions de battements de cœur. Impossible de compter toutes les accélérations. Si je me lance dans une estimation, dont c’est peu de dire qu’elle serait approximative, je ne dois pas être loin des deux cent millions. Sachant que j’ai un cœur qui bat naturellement vite.
En année ca fait quarante huit ce jour même : 21h20 pour l’horaire.
J’aime bien ces petits comptes un peu ridicules. Ca sort des chiffres qui semblent tout petits, pour les jours notamment. Ou qui n’ont pas de sens. Tellement pas de sens.
Je ne sais plus qui disait qu’il faut cinquante ans pour faire un homme. Plus que deux.
Je n’ai renoncé à rien.
Jamais.
Si j’aime la vie ? Cette putain de bordel de merveille de drôle de saloperie de magnifique de géniale marante chiennerie de douleur d’amour infini de noirceur sordide de soleil de foutrerie de carnaval absurde de grâce de cafard de stupidité de merde de force de poing dans la gueule de tristesse de froid de culbute de morsure de caresse de chaleur de beauté de beauté de beauté de crasse de honte de dormir dormir courir à perdre haleine de vérole de mal au ventre d’éclat de rire de rire à s’en rendre malade de haine de tout de plus en pouvoir d’aimer d’aimer toujours toujours sinon t’es mort mort mort de plus en savoir mais encore encore encore ???
Oui, encore !...
Encore !...
Pourquoi faire ?
Comment ça pourquoi faire !...
Mais … pour rien. Comme ça. Parce que je sais que c’est plus bon que mauvais.
En tout cas voila : c’est que j’ai quand même réussi ça : à faire que pour moi ce soit suffisamment bon par rapport à ce que c’est difficile. Suffisamment bandant par rapport à ce que c’est dur. (Tu peux pas t’empêcher hein ?... – Ben … Non, pas tout l’temps …).
Qu’il y ait suffisamment d’amour pour que ce qui n’en est pas ne m’empêche pas de résister. Parce que j’aimerais bien goûter les prochaines cuvées de Gigondas jusque quand le vin aura fini d’essayer de me faire du mal en vain. Ce en quoi il n’a jamais eu beaucoup de succès. Parce que ma faculté d’émerveillement est intacte et que je sais comment faire pour qu’elle le reste. Parce que maintenant que je commence à comprendre que j’ai peut-être appris quelque chose, je voudrais savoir si c’est vrai. Et il n’y a pas de raison que ça ne prenne pas quasiment autant de temps. Parce je n’ai plus peur comme avant. Mais que j’ai toujours peur quand même. Que ça tremble toujours à l’intérieur de moi, comme quand ça tremblait au temps où je me demandais ce qui se passait, et que mes yeux s’écarquillaient pour mieux voir, et que je ne voyais rien et que je ne savais pas.
Bon, ça fait déjà pas mal comme bonnes raisons, non ?!?
Et puis j’ai du boulot aussi. Ai pris un peu de retard. Des kilomètres et des kilomètres de mots, de phrases à aligner.
Pourquoi faire ?
C’est pas un peu fini avec les « pourquoi faire ? » !!!
Pour rien. Voila. Peut-être pour rien. Pour avoir été. Pour avoir existé.
Et c’est pas tout.
Pour les pas dans les boues de l’automne au sortir de la maison du sud, dans le puissant calme pendant lequel tout s’enfonce dans la terre, pour retourner germer et revenir de nouveau, bientôt, toujours bientôt.
Pour les livres qu’il y a encore à lire. Dans la rageuse frustration de ne pas pouvoir les lire tous. (Y’en a, ceci dit, c’est pas grave …)
Pour les sept mille six cent quatre vingt trois endroits de la planète où je veux aller mettre les pieds, les mains, les yeux, les oreilles. Pour connaître un peu ce qui s’y passe. Les autres. Les étrangers. Et moi étranger de naissance, dans ces pays où je serai sans importance.
Pour l’odeur suave qui plane au dessus de l’autre dans son sommeil pendant que moi, éveillé, je regarde, un peu hagard, cette source d’inconnu m’ignorer de ses rêves.
Pour comprendre de mieux en mieux pourquoi on en sait moins plus on en apprend.
Pour le sable chaud dans l’été brûlant. Pour sentir et ressentir sans fin.
Pour être seul.
Pour celles et ceux que j’aime.
Pour partager ma solitude : tiens voila d’la lumière, j’garde le reste, t’en a déjà.
Oui, de la lumière aussi. Mais bon. C’est pour goûter.
Curieux de voir aussi comment tout ça va tourner : c’te monde.
Pour être là.
J’aime bien être là. Même silencieux. Presque invisible. Incognito. Sans réprobation. Sans hargne. Avec un sourire amusé.
Pour attendre. Pour ce qui vient. Qui va venir. Pour le printemps prochain.
Pour continuer à gueuler contre la médiocrité et la petitesse. Pour continuer à me moquer et à fustiger les salauds. Pour continuer à me battre contre le sale, le lâche, le veule, l’arrogant, le vaniteux, la laideur. Comme je peux. Comme je sais. Comme il le faut. Pour continuer à dire non à l’injustice, au cynisme, à l’intégrisme, à la brutalité, à la loi du plus fort, à la foi du plus fou, au droit du plus puissant. Pour interroger sans répit celui qui se laisse faire et pourquoi il se laisse faire. Pour parler de liberté, ce que c’est, que c’est compliqué, plus compliqué qu’on ne dit, mais qu’on doit en passer par là : par cet esprit qui ne vit bien que d’elle.
Et puis …
Pour vieillir aussi.
Découvrir ce que c’est. Comment quoiqu’on fasse, ça va arriver.
Pour défier les petites misères et les clouer au sol au pied de mes dorures.
Pour avoir régulièrement besoin de me racheter des rollers.
Pour voir à quel moment je vais commencer à me résigner.
Pour guetter mon orgueil quand sa couronne subira ses premiers vacillements.
Pour voir si je saurais en rire comme je m’y prépare.
Pour ne plus me souvenir de ce que j’aurais fait la veille, puisque ça n’aura plus aucun intérêt, mais me souvenir comme si c’était hier de quand j’étais gamin.
Pour voir grandir et devenir les mômes autour de moi. Ceux des amis. Les voir se transformer en jeunes femmes, en jeunes hommes, tâcher de leur glisser deux ou trois trucs pas trop inutiles, pas trop lourds, pas trop difficiles, sans être mièvres ni niais. Et que ça puisse leur servir.
Pour sentir, au fur et à mesure où je vais aller verser dans le néant de l’autre bout, au fur et à mesure où je vais sentir que ça gonfle et que ça serre mon cœur, cette impression qu’un jour il n’y aura plus de soleil et plus d’étoiles, pour sentir au redoutable mal que ça va faire, que j’ai eu raison, bien raison d’aimer ça.
Quoiqu’il en ait été. Et qui n’est pas fini.
D’ailleurs à ce propos …
Oui bah ça va aller là ! Tu vas pas nous le faire à la castro ton truc !
Ben quoi ! Ca sert à quoi ce blog si je parle pas un peu de moi aussi ?
Un peu ?!? T’arrêtes pas !!

Allez … Ca va … gardes-en pour plus tard !...

Et bon anniversaire alors !!
Merci ! C’est sympa !...

Illustration : Un matin après le déluge de James Turner

mercredi 16 janvier 2008

T. Anonyme A. 16/01/08

Des mots, des petits mots, encore des petits mots...

Les us sans coutume...
Retenus par le blocus, les reclus encore pleins de tonus escaladaient par-dessus le talus aux cactus malgré les obus perdus et rapportaient des détritus au risque d’attraper des virus répandus. Les autres Russes vraiment obtus leur avaient opposé des refus confus, et devant cet abus, des intrus volaient les surplus. Mais, motus ! Vous pourriez en plus faire un lapsus !

Connaissez-vous les mémots de Denis Lessard ?
« J’ai appris très tôt que le Britannique prend un thé généralement à cinq heures, qu’il n’y a qu’un dé à coudre, qu’un opéra s’écrit avec un air et qu’il faut mettre un nu dans un musée. Je sais aussi qu’une hirondelle a deux ailes, que pour s’interpeller une apostrophe est nécessaire et que las de fatigue n’a rien à voir avec lait de chèvre. Qu’il faut au moins une nef pour faire une flotte et que quorum, contrairement à consensus [encore, oui !], ne fait pas l’unanimité : il commence selon certains par un cul, comme dans inculquer, et selon d’autres par un que, comme dans pudique ».Quant à moi, je me souviens que le chapeau de la cime est tombé dans l’abîme et que celui du boiteux est tombé dans la boîte. On met un chapeau sur la tête, un toit sur le château, sur l’hôtel et l’hôpital, mais celui du chalet a été emporté par l’avalanche.

De la tête à l’épithète, juste quelques lettres...
Un jour triste, avec parapluie et sans soleil (comme ici depuis quelques jours), n’est pas un triste jour, surtout si on vient de gagner au loto (malheureusement pas mon cas personnel). Un pauvre homme, tout malheureux parce que sa femme, quoique sage-femme mais en fait pas si sage, n’en est pas pour autant un homme pauvre (surtout s’il vient de gagner au loto). Mais il y a des chances pour qu’un homme brave (Croix de guerre 39-45) soit aussi un brave homme. Il aime sans doute les filles lorsqu’elles sont belles à l’image de la belle-fille qui lui a donné de jolis petits-enfants qui adorent jouer au jardin avec des enfants plus ou moins petits. Son seul problème, c’est son gendre agriculteur toujours de bonne humeur ; mais ce gai laboureur, d’après certaines rumeurs, serait aussi un laboureur gay qui collectionne les amants (quelqu’un se sent visé ?).

Parfois des mots de trop...
Pour débuter, je vais d’abord commencer par un bref résumé de ce que les écolos, s’ils se concertaient ensemble, pourraient placer en première priorité sur leur liste de mesures à prendre pour économiser l’énergie. Un futur projet est à l’étude, mais nous n’en avons pas la preuve probante, la réalisation en a été si souvent différée à une date ultérieure sous de faux prétextes. Un hasard imprévu m’a fait savoir que le ministre a opposé son veto à cette idée. Au jour d’aujourd’hui, nous redemandons derechef que soit préparé à l’avance un décret pour l’an prochain qui préconiserait l’anéantissement total du pléonasme. Et il y a beaucoup à faire. En vrac : tri sélectif, accalmie passagère, cabriolet décapotable, campus universitaire, bip sonore, apanage exclusif, dépenses somptuaires, dune de sable, encyclique papale, étapes successives, panorama complet, prévoir à l’avance, marche à pied, pondre un œuf, proviseur de lycée, grand maximum, double alternative, but final, futur projet… Vous l’avez compris comme moi, le pléonasme est souvent très inattendu, voire même contraint malgré lui ! Il permet à ceux qui n’ont rien à dire de palabrer davantage (sans engager de dialogue) et de faire illusion (enfin, pas auprès de tout le monde).

T.

Friandises.

Le saviez-vous ?

Le varan n’est pas marié avec la varangue, qui elle-même n’a rien à voir avec les harangues dont on s’arrange des foules. En revanche le varan est un saurien. N.b. Un saurien ça vaut rien et un vaurien ça saurien.

Le scrotum est un vilain mot pour désigner un ravissant petit sac à bijoux.

Le supin est la forme nominale du verbe latin. En revanche la supine n’est pas la forme nominale de la verge lapine.

En allant sur les chapeaux de roues vous risquez de ne plus rien avoir sur la tête alors s’il pleut, bah c’est bien fait pour vous !

Belliqueux ça n’a rien à voir avec esthète de nœud. Ceci dit un belliqueux aura fréquemment tendance à aimer certains calibres.

L’allopathie n’est pas la maladie du téléphone.

L’artichaut peut se manger froid. Le contraire est moins sur.

Le thé vert vient d’Orient : il paraît que c’est un très bon anti-oxydant.

Faut pas paniquer ne veut pas dire qu’il faut niquer : même si mathématiquement moins par moins ça fait plus.

Un parabellum ne protège pas des beaux mecs.

Le fado est une musique portugaise très belle qui n’utilise pas que le fa et le do : sinon ça serait fade.

Le narcissisme c’est bien beau : encore faudrait-il que les autres aient les mêmes goûts que moi.

Un récipiendaire n’est pas forcément une outre pleine de vent.

Le cercopithèque est un singe qui vit en Afrique et qui a une longue queue : il n’est pas le seul dans ce cas.

Ce n’est pas en forgeant qu’elle est devenue Régine Desforges.

Regrets : les Egyptiens ne sont pas sarkophages.

Suggestion diplomatique : au Pakistan faut pas qu’y s’tendent.

Le cochon.

Alias le porc, le goret, le verrat, le cochon (sus scofra domesticus pour les latinistes affamés), est un animal pour lequel j’ai toujours éprouvé une indéfectible sympathie. C’est comme ça. Il y a d’autres représentants du règne animal dont je suis plus ou moins tendrement épris, comme la girafe par exemple, mais le cochon, c’est différent. C’est d’abord un animal sympathique de sa naissance jusqu’après son trépas. Ce qui n’est pas rien. Combien d’entre nous seront mangeables ad patres ? Et dans le meilleur des cas qu’est-ce qui sera mangeable ?...
Signalons en outre que sous ses airs de ne pas y toucher c’est un être vivant singulièrement intelligent, surtout si on compare aux atouts inversement proportionnels de pas mal de nos congénères régulièrement placés en vitrine du fait de leurs jolis minois sans qu’on prenne assez souvent garde que puisse s’exhaler de leurs sourires satisfaits et de leurs yeux pétillants d’eau plate, l’existence d’un QI de protozoaire. Le protozoaire ayant des excuses.
Disons le tout net, et n’en déplaise à la Belle, au Clochard et à mon cher Garfield, l’intelligence du cochon est notoirement supérieure à celle des chiens et des chats.
Mais, vous dites-vous, en votre âme éthérée et en votre conscience émue de voir comme déjà en cette mi-janvier les jours rallongent, qu’est-ce qu’il vient nous escagacer les cellules grises avec sa plaidoirie charcutière celui-là ?
Eh bien voilà ! Je trouve de plus en plus abusif de voir la référence à ce charmant quadrupède servir de comparatif avec des individus du règne supposé humain, individus dont l’appartenance à la communauté des bipèdes accomplis se repère principalement, et souvent uniquement, au fait qu’ils s’affublent de vêtements. Pas toujours des plus seyants d’ailleurs, soi dit en passant.
Pas plus tard qu’il y a peu de temps j’ai encore entendu quelqu’un dans le poste, traiter de porc le cacochyme tenancier de la célèbre officine française de regroupement des nostalgiques de la gégène en Algérie, de la France aux français, de l’Algérie aux français aussi, du Maréchal Pétain nous voilà, de l’ordre moral de type on baise dans le noir et surtout pas avec, d’ailleurs on baise pas on se reproduit pour l’avenir de la Nation, de la messe en lapin, des visions hitlériennes, des camps de vacances forcées pour les gens circoncis et leurs femmes, et des excès de vitesse au volant avec 25 grammes d’essence de Gévéor répandue dans l’hémoglobine, et donc, assez logiquement de la peine de mort.
Faisons un peu de réalisme s’il vous plait. Plaçons côte à côte le ci-devant humanoïde sub-claquant et un pimpant représentant de la race porcine.
Sous les délicates oreilles qu’il rabat souvent sur ses yeux malins, agrémentés de longs cils coquins, le porc nous regarde, plein de compréhension et de malice pour notre conduite à son égard qu’il n’hésite sans doute pas en son fort intérieur à apparenter à de l’anthropophagie.
En revanche entre ses oreilles parfaitement quelconques le jeanum marium lepenae, (pour les latinistes dégoûtés), ne voit que l’arabe qui nous envahissoit et le noir qui polluloit, quand ce n’est pas le juif qui estoit partout et le pédé qui corrompoit la civilisation. Soyons francs, (même si maintenant on est plutôt résolument euro), c’est imbouffable.
Lorsqu’il s’exprime, le porc émet d’amusants grognements affairés ou des cris plus puissants, parfois déchirants, qui le place en tête du hit parade des bruitages animaux, notamment pour le nombre de décibels développés. Si ça se trouve avec un peu de travail il concurrencerait avantageusement un bon nombre de glapisseurs et de glapisseuses qui s’efforcent avec succès de hisser la chanson française au niveau de ce qui circule dans les égouts.
Lorsqu’elle groinque, la borgne baderne nationaliste, on n’a plus besoin d’aller chercher les égouts : ils sont là. Tout à coup tout devient vert comme les personnages dans « la Zizanie », un des meilleurs album d’Astérix, quand Tulius Détritus est passé par là. Tout se met à sentir mauvais, et aux relents nauséabonds de ce qui suinte alors d’entre les protubérances labiales du chef, le nervis de base dissimule mal l’ambition d’une vaine érection, et sa femelle tout en joie envisage elle-même de mettre un frein à sa frigidité.
Pour peu qu’on l’installe à une table, le porc qui n’est pas si sale que ça, c’est en effet l’animal qui a le plus le souci de voir éloigné l’endroit où il mange de celui où il chie, et pour peu qu’on lui présente un menu décent, il est fort probable que son choix sera judicieux et que sa tenue pendant le service en remontrera à un bon nombre de parvenus pour qui le Carré des Feuillants et le Burger King sont également des restaurants.
Pour peu qu’on le lâche dans une porcherie, il y serait d’autant plus heureux que certains atavismes culturels plus ou moins bizarres en éloigneraient les présences de quelques objets récurrents de sa haine pathologique, l’emphatique boursouflé révisionniste serait capable d’y relancer ses manies ostracistes en triant en fonction des queues en tire-bouchon ou pas, quitte à devoir cacher la sienne.
Bref, il est ridicule, et insultant pour nos amis du règne porcin, de se voir rapprocher de cette engeance de sous-pensants congénitaux qui mettent en danger jusqu’à la couche d’ozone dès que leur mâchoires grinçantes s’ouvrent sur leur verbe obscène où sur leurs braillements virilo-grostesques.
Il en ira de même, s’il vous plait, dès que l’idée de comparer un quelconque de nos semblables à un goret, à un porc, à un cochon, à une truie, tentera de tromper vos raisonnements. A chacune de ses occasions, demandez-vous ce que pourrait produire le, ou la, destinataire de votre courroux, (sûrement fondé), si on essayait d’en tirer un fromage de tête, une andouillette, un jambon demi-sel, une saucisse de Toulouse, une palette pour faire avec des lentilles, une tranche de lard fumé pour mettre dans une omelette, un filer mignon pour cuire avec des herbes, une côtelette pour poêler avant d’y ajouter une petite crème à la moutarde, etc … etc …
Et vous verrez. Ca tient pas la route. Ca le fait pas un caramel.
Vous vous rabattrez utilement alors sur la richesse de notre belle langue, (sauce piquante), et vous trouverez, sans peine, de quoi épargner la juste noblesse de nos amis porcins.
D’avance, merci !

mardi 8 janvier 2008

Fascinérescent

Fascinérescent : adj. De fa quatrième lettre de l’alphabet musical également nommé gamme occidentale, de si septième lettre de ce même alphabet, (on note alors, si j’ose dire, qu’un malicieux petit c c’est glissé clandestinement dans la lettre, sans doute pour voyager en douce vers d’autres horizons), de lettre de ce même alphabet musical au rang non déterminé, une sorte de note volante qui donne parfois l’impression que quelqu’un chante faux alors que simplement il chante du né, de deuxième lettre de ce toujours même alphabet, dont l’accent aigu disparaît vu son positionnement dans le mot du fait de la lettre qui suit et qui semble ne servir qu’à ça, mais méfions-nous quand même, et de cent qui est ici l’unité de mesure fine des intervalles musicaux, (rien à voir en l’occurrence avec le nombre entier que nous connaissons et qui nous plait bien car parfois nous préférons ce qui est entier).
Inutile de vous dire qu’on a à faire ici à un mot d’origine principalement musicale. Le continent Musique, s’étend de là à là, et de là à là, (ce n’est pas la peine de suivre mon doigt, il s’agit d’une carte imaginaire, mais pas seulement pour les djeuns), autant dire qu’on y rencontre des peuplades très différentes qui vont de l’unicordiste andine, (cf http://thomas-bettinelli.blogspot.com à la rubrique « hot news » - « quelques révélations bouleversantes sur le renouveau de l’art dans les sociétés post M.M. »), jusqu’aux Percussions de Strasbourg, en passant dans le désordre par J.B. Lully, (cf ce blog lui-même, à la rubrique « chroniques » - « Armide »), en passant donc aussi par un certain Mozart, un vague Messiaen, un Miles Davis, un Chœur de l’Armée Rouge, pour citer arbitrairement ceux-là, et m’arrêter tout de suite parce que sinon l’année prochaine j’y suis encore.
En tout cas ce qui est sur c’est qu’on est dans la diversité !
On trouve même, assez fréquemment, sur ce continent sans frontières, à part celles que s’ingénient à mettre quelques obsessionnels de mauvais service qui vagissent dangereusement entre la névrose profonde et la crétinerie grave, on trouve même, donc, des gens qui profitent de la musique pour s’ébattre plus ou moins pudiquement, à la recherche d’une grâce, voire d’un génie, frôlé du bout des doigts ou de la pointe d’un chausson, afin d’écrire sans stylo, mais non sans la légèreté de la plume, des poèmes sans mots qui s’envolent mais ne disparaissent jamais. Ces gens sont usuellement appelés danseuses lorsque ce sont des filles, et danseurs lorsque ce sont des garçons. (Usons du moment précis où nous en sommes de ce définitionnement lexical pour préciser que l’invention du vocable dont il est traité présentement est due à un représentant masculin de ce peuple – mais je vous dirais pas qui !...)
Il est temps je crois d’en venir donc au définitionnement lui-même.
Accrochez-vous à la partition !
Je n’ai aucune idée du définitionnement de ce mot. Je l’ai reçu comme ça, un beau jour, ou peut-être une nuit, près d’un lac, je m’étais end… Oui, bon, ça va ! Tu sais pas ! Tu sais pas ! On a l’air de quoi maintenant ?
T’énerve pas man … On va trouver … On va trouver …
Fascinérescent… Voyons … Fascinérescent …Ben tiens : pense à la musique que te transmettent tes yeux quant ils voient quelque chose de beau. Oui … Voilà … Pense à ce que sentent tes oreilles quand le vent qui souffle dans les vers que tu lis entre par tes tympans dans ta chapelle au clair de ciel. Fascinérescent … Pense à la voix que tu entends et aux extrémités des sons sur ta peau. Pense à l’archet qui glisse sur le violoncelle là-bas, là-bas, sous le dôme de jour, au dessus de tout, que le temps repeint tous les matins et tous les soirs. Pense à ton cœur qui bat de toi-même alors que tu te demandes pourquoi, et que tu le sais. Fascinérescent … Pense qu’il te suffise de t’interroger, qu’il est des savoirs repliés commes des ailes de papillon, dont on peut se contenter de vibrer doucement, en regardant repeindre les jours et les nuits et que la source a plus d’importance que son origine. Pense que si tu veux, tous les ors que tu imagines t’habillent. Pense que si c’est pas pour de vrai, c’est tellement fascinérescent que c’est tout comme. Et que justement, le plus fascinérescent c’est qu’on peut exister de quelque chose qu’on ne sait tellement pas, et être vêtu de même, sans que ça ait besoin d’être vrai ou faux. Il suffit que ce soit fascinérescent. Il faut bien sentir les notes là-dedans, les écarts, le chant, la ligne mélodique, le né qui change tout à chaque fois. Le fa qui fabule et le si qui dit si. Le ré qui ressent, fort et solide, car il connaît bien son rôle, y compris lorsqu’il est mineur. Et ce petit c de courrier qui joue les mercures.
Fascinérescent c’est une sorte de mot secret où tu ne peux trouver que ce qui t’a ému. Profondément ému.
Tiens j’oubliais : ce vin à la chair si particulière qui coule dans ta bouche et chauffe tous tes palais. Regarde-le en toi dispenser sa sublimation.
Et puis tes mains où qu’elles se posent quand ton désir les a guidées : où qu’elles se posent. Car c’est un mot véhicule.
Mmmmhhouiii … Justement … T’as pas un peu peur que ça soit un peu bateau comme mot ?
Bah dans ce cas, bienvenue à bord ! Eh ! C’est pas une règle de vie, hein ?! Je suis pas là pour ça ! C’est juste comme ça, pour l’éclairage …
Mmhouii … C’est vrai que c’est un mot qui laisse pas trop dans le noir.
Faut voir : le noir, il peut y avoir du fascinérescent dedans. A cause du silence. A cause de la tonalité du froid ou du chaud. Eh ! A cause des odeurs aussi ! Et oui, les odeurs, ça aussi ! Ca peut avoir un goût complètement fascinérescent !!
En tout cas c’est une très belle couleur de mot, voilà. C’est là : une grande vasque translucide. Ce peu de chose probablement inutile et rigoureusement indispensable.
D’ailleurs t’as rien trouvé à dire de moqueur sur ce coup. Même pas un truc sur Rach…
Ben non, tu vois, même pas ! Ca m’est pas venu.
Boh, tu te rattraperas sur le prochain !...
Compte sur moi !

lundi 7 janvier 2008

Pier Paolo Pasolini

Quoi dire des poèmes de Pier Paolo Pasolini. On les lit et au fur et à mesure, ils entrent dans la chair, avec une douceur et une force merveilleuse. Et tout de suite ils font partie de nous. Dans le volume dont je dispose, avec les traductions de Nathalie Castagné et de Dominique Fernandez, je les ai lus en français puis en italien. Puis, bien que très peu italophone, je les ai appris par coeur en italien. Je me les récite parfois ainsi, dans cette langue au chant naturel. Et c'est un immense plaisir.


Celui-ci est un de ceux que je préfère.
Celui-ci parce que c'est un endroit, sans doute, où je statione parfois ces temps-ci.


Poèmes posthumes VIII

Mi alzo con le palpebre infuocate.
La fanciullezza smorta nella barba
cresciuta nel sonno, nella carne
smagrita, si fissa con la luce
fusa nei miei occhi riarsi.
Finisco cosi nel buio incendio
di una giovinezza frastornata
dall’eternità ; cosi mi brucio, è inutile
– pensando – essere altrimenti, imporre
limiti al disordine : mi trascina
sempre più frusto, con un viso secco
nella sua infanzia, verso un quieto e folle
ordine, il peso del mio giorno perso
in muti ore di gaiezza, in muti
istanti di terrore.

T. anonyme A. 06/01/08

Petites annonces

(échos à ma note non publiée du 13 décembre dernier)

Tricoteuse cherche patron pour vivre à ses crochets.
Boulangère insomniaque vend croissants de lune.
Star du X vend abécédaire brodé main.
Sans-abri cherche femme d’intérieur.
Fausse sceptique cherche grenouille de bénitier.
Poète couard achèterait audace.
Quasimodo cherche modo à part entière.
Dentiste bolchevik vend roulette russe.
Bonne à rien cherche bonne à tout faire.
Perdu objet trouvé.
Echangerait bain turc contre douche écossaise.
Chaussure laide cherche pied bot.
Bigame vend lunettes double foyer.
Garçon cherche pourboire pour manger.
Fleurs fanées cherchent pot de chagrin.
Femme canon cherche poudre aux yeux.
Bec de lièvre vend rubis sur ongle.

T.

dimanche 6 janvier 2008

Dakar ! (c'est fini ?!?...)

Est-ce possible ? Qu’ai-je entendu ? Ai-je bien ouï ou non ? Sont-ce mes sens qui m’abusent ? Est-ce d’un vain mirage les pompeux artifices ? Sont-ce des facéties qui pointent, malicieuses, du fond de mon whisky écossais, 12ans d’âge ? Ou est-ce d’un pétard aux capiteux arômes le produit chimérique ?
Rien de tout cela !
Les crosses incrédules de ces points d’interrogation peuvent se multiplier sans fin, la réponse est là : l’âge sénile encore est loin de mes neurones. Mes fidèles tympans vibrent et ne faillissent pas. Je n’ai pas bu. Pas encore. Le caramel des hachichins ne m’a point englué de son sirop porteur d’étranges créations.
Non, l’information, qui ne vient pas de tomber sur les téléscripteurs, car il n’y a plus de téléscripteurs, n’en garde pas moins, dans un condensé lapidaire, sa force bienheureuse. Relayée à l’envie sur télés et radios. Evénement du jour et sans doute de demain. La seule nouvelle dont on n’espérait pas qu’elle vint égayer de la sorte ce début d’année morose, traînant dans les vapeurs d’alcool et les renvois de foie gras les lourdeurs résultantes de notre atavisme festoyant.
Le Dakar est annulé ! Je répète : le Dakar est annulé ! Le rallye-raid Dakar est annulééééé !!!!
Rhââââââââââââââââ !!!!
Que cela fait de bien ! Que je m’en veux parfois de tant désespérer ! Que tant de vanité quelquefois nous assaille ! Quant une poignée de mots, gravement prononcés, avec les circonstances des tonalités, et la circonspection d’une voix journalistique qui attend la suite et les retombées fatales qui vont forcément s’ensuivrent, peuvent ainsi réveiller notre chère espérance, notre douce ambition de bonheur, notre incurable mais si difficile nécessité de construire, dans les cathédrales baroques de nos cerveaux éprouvés, un monde où les humains le deviendraient enfin.
Le Dakar est annulé !
Cette grotesque beaufarderie vroum-vroumesque, cette obscène exhibition pétaradante, cette bouffonesque kermesse du moteur à explosion, ce vulgarissime étalage bariolé de virilité gromagnonne parfumée à l’hydrocarbure, ce vomitif cortège de promotion d’un des moyens les plus sur que nous utilisons sur la planète pour mourir étouffés, cette grossière caravane commerciale d’idolâtres besogneux soutenant des marques qui les écrasent, cette sinistre compétition d’insuffisants cérébraux, drogués à l’adrénaline de fin fond de bazar primitif, ce cirque absurde, boueux de l’intérieur, cette foire funèbre, repeinte aux couleurs d’une vitalité libidinale d’aventuriers de l’impuissance, cette farce de dindons inutiles se pavanant chaque jour, pendant un mois, dans les basses-cours de l’information, basses-cours pour l’occasion transformées en pinacles dithyrambiques de la performance du plus petit humain dénominateur, cette course rituelle d’adorateurs mortifères, cette année, n’aura pas lieu !
Ah ! Qu’on me laisse jouir jusque par ma fenêtre ! Ah ! Qu’on me laisse rire à fendre le pavé de ma joie insondable ! Que je me roule parterre ! Que je saute au plafond ! Ah ! Viens là, dévêts-toi, envoyons-nous en l’air ! Ah ! Mordons ce bonheur, nous n’en avons pas tant à mettre sous nos dents !
Et prolongeons déjà ce rêve réalisé !
Car, le savez-vous, et comme un bonheur n’arrive jamais seul, j’entendais hier les endeuillés du jour dégouliner de leurs émois, suintés d’une pauvre tristesse : il se pourrait, je dis bien il se pourrait, soyons prudents, (et puis trop d’orgasmes d’un seul coup, serait-ce raisonnable ?), il se pourrait donc que cette annulation signe la mort définitive de cette épreuve pognardo-sportive …
Pour le moment je me réserve d’y croire.
Mais qu’il est doux pourtant, d’imaginer déjà, au début de l’année prochaine, les cérémonies commémorant le premier anniversaire de la mort de cette tartuferie motorisée. Je vois ça d’ici : sur l’étendue d’un vaste dépotoir dont quelque paysage, en notre beau pays, se flatterait encore de charmer nos regards. On aura récupéré les carcasses devenues inutilisées des engins orphelins de leurs pilotes et de leurs co-pilotes. On les aura réduites, façon compressions de César, et empilées en un affreux amalgame de totems inoffensifs, froids comme les métaux des obsessions posthumes de leurs propriétaires présents. Tous seront là, dans leurs costumes de cosmonautes sans cosmos, de conquérants de l’espace sans infini, de guerre des étoiles sans étoiles. On chantera des « Agnus Mitsubishi », des « Peugeot Irae », des « Renault Lacrymosa », des « BMW Réquiem», des « Volkswagen Tremendae ». La sainteté Benoît viendra goupilloner tout ça d’un peu d’eau bénite. Il n’est même pas exclu qu’un quelconque chef d’état à gourmette quitte son disneyland ou son fouquets pour venir soutenir de son chagrin boursier ses amis, ses frères, ses compagnons de misère. Sniff ! Sniff !
Si telle cérémonie a lieu, je promets solennellement, en signe de ma compassion personnelle, sans rire, car nous sommes tous frères humains n’est-ce pas, de suivre la retransmission en direct sur TF1, en buvant du coca-cola et en mangeant un macdo : on ne peut pas faire plus compatissant !... (Gnark ! Gnark ! Gnark !)
Nous compatirons aussi, dans la foulée, au malheur des pays jadis traversés par ces cohortes de la civilisation arrogante : plus de petits enfants écrabouillés. Plus de tapage médiatique autour d’un dénuement bientôt solutionné grâce au développement du tourisme de la morgue. Plus de sentences individualistes sur le modèle de la réalisation de soi contre tous les autres, dans ces contrées où la pauvreté demeure un lot si commun. Plus de publicité pour des états où la démocratie se mesure aux fortunes estimées des responsables politiques sur leurs comptes bancaires dans des paradis fiscaux. Plus de messages éhontés sur le soutien humanitaire qu’apporte forcément, blindé d’hypocrisie, ce genre de festival de la supériorité économique, à des populations broyées par le marché privé des capitaux cupides.
Evidemment, on le sait aussi, un tel bonheur, répétons-en l’énoncé, ça fait tellement de bien, « le Dakar est annulé ! », ne saurait être totalement pur. Une tâche souvent vient maculer, hélas, l’habit le plus festif.
C’est sous la menace d’attentats de la part des affreux branquignols de l’islamisme à tête de mort que le célèbre et pimpant rallye est annulé. Il est absolument hors de question d’envoyer un télégramme de félicitation à Oussama Ben Pouet-Pouet : c’est évident. Oui, ça va mieux en le disant. Voire en l’écrivant. Je rechigne néanmoins à vouer ces fanatiques charognards de la foi meurtrière au diable : le diable n’a pas mérité ça !
Soulignons au passage l’humoristique cynisme dont les volutes nauséabondes nous environnent décidément de plus en plus, et qui nous forcerait progressivement, si on peut dire, à prendre de plus en plus le parti des imbéciles contre les fous, des criminels contre les assassins, des idolâtres à moteurs 6 cylindres en V contre les ravagés du bulbe au croissanguinolent, des obsédés du pistons contre les obsédés de la religion.
Un grand bonheur ne résout pas tout, loin s’en faut.
Y’a même une petite voix qui tente de son sage fiel de percer les nues opulentes où je me vautre avec délectation. Une petite voix qui veut me rappeler qu’on ne doit pas se réjouir du malheur d’autrui. C’est vrai. Mais comme toutes les règles de ce genre, il lui faut une exception de temps en temps, pour être confirmée…
Bah ! Sinon c’est l’bordel !

vendredi 4 janvier 2008

Kafquarante

Kafquarante : n.m. de kafkaïen, adjectif lui-même issu de Kafka, étrange et talentueux grattouilleur de papier d’origine juivo-bohémienne, qui eut la malchance d’attraper la tuberculose, et la chance d’en mourir avant que les nazi aient pu l’inviter à partager leur vision du devenir juif dans l’Allemagne des années trente, selon le rite d’un certain Hitler, lui-même auteur du kafkaïen « Mein Kampf ». Et de quarante, chiffre numéral cardinal, (rien à voir avec le cardinal-archevêque de Paris qui s’appelle Vingt-trois), mais rien à voir non plus, en tout cas au premier abord, avec les quarante voleurs d’Ali Baba.
Ensemble de cotations trituro-financières s’instituant en un indice boursier dont le but est de faire croire, lorsqu’il est à la hausse, que ça pourrait être pire pour les pauvres, et lorsqu’il est à la baisse, que ça pourrait être pire pour les riches. En règle générale on l’utilise un peu comme le mercure du thermomètre mais tant qu’on n’a pas d’actions en bourse ça ne fait ni chaud ni froid. En revanche, pour peu qu’emporté par l’envie de se faire du fric en écoutant quelques brillants économistes nous expliquer les mérites de mirifiques placements, on suivra avec gourmandise et tout vibrionnant d’une fièvre d’importance, les opérateurs brongniarteux faire virevolter les milliards dans lesquels frétillent les modestes économies qu’on a placées, avant de les voir couler dans un tunnel sous la manche.
Qui ne s’est pas extasié à l’audition des célèbres commentaires de l’immortel Jean Pierre Gaillard, (le Léon Zitrone de la finance), définitivement en direct de la Bourse de Paris, énumérant dans un souffle, frisant souvent l’orgasme post-prostatique, les cours qui montent et les cours qui descendent dans un grand mélange partouzien de valeurs assaisonnées du cours du lingot d’or, de celui du pétrole et de celui du billet vert :
« En progrès le Printemps qu’on redoute +2% à 23.40 contre un peu moins pendant que Total stagne je pose tal et je retiens to et que Dassault s’envole avec ses beaux navions pleins de jolis missiles à 7% alors que l’Oréal décoiffe et que je le vaux moins à 67.61 contre 67.615 cependant que la Société Générale s’écroule de rire en voyant le Crédit Lyonnais faire des petits lapins avec le Crédit Agricole et que les rumeurs de fusion vont bon train à +5 contre -3 entre le train sifflera 2 fois et demi en baisse par rapport à hier tant pis pour eux et la Fluviale d’Immobilier Téléphonique stationnaire à +0 et ce bien que l’OPA de la Chaise Bank suite au rachat d’SFR à peu près quoique +6 +2 ce qui est considérable tandis qu’ ATT fait chuter les gens dans la cour à 120.30 contre 98.20, comme quoi on peut licencier et rester en bonne santé, alors que Pouet-Pouetis continue à monter que Trouducom avance à +6 que Hachette recule comment voulez-vous qu’il s’acculent à -5.30 et qu’à +1.25 la Financière des Chaussettes et Charbons offre sa participation en hausse malgré le dollar du yen pris dans le lingot stable mais méfions-nous ça va pas durer à +0.56 ce qui nous fait un billet vert à un peu plus à peu près environ mais pas davantage -1.11 c’est donc le moment d’acheter avant de revendre d’ailleurs le secteur s’y prête à 6.25% si on excepte la chute de la pierre sur la gueule des américains qui se retrouvent à la rue, la rue elle-même en hausse de +19% tant pis pour eux c’est la vie, la vie, en baisse considérable à -42 c’est le moment de prendre des parts ça devrait remonter le pétrole le pétrole en hausse miam miam j’en peux plus ce qui devrait influer à terme sur les cours de la GD -5 +6 -8 +4 +2 -1 c’est un lot c’est une affaire et on en remet deux pour le prix de trois bien que BMW multiplié en deux par Renault Nissan Trottinette and Co à 221.56 contre 221.56 et pour mais ça ne se décide pas et bien évidemment les conséquences s’en font sentir sur le panier de la ménagère mais cause toujours on va pas s’arrêter en si bon chemin à +5.49 peut mieux faire avec une bonne fusion et hop au lit à 12.32 en hausse sur le marché chinois la Société des Flonflons et du Ruban Adhésif Réunis la SFRAR pour les intimes filiale de Matra à -15.40 c’est pas le moment patientons un rapprochement serait en discussion avec Boloré le célèbre transporteur de Chanoine à Gourmette depuis sa prise de participation +52 dans la SA Saint Siège de Toilette et sa succursale très sale Goupillon Denlfion en hausse constante depuis le printemps dernier une valeur à suivre je vous rappelle donc le kafquarante va bien à +2 stabilité du dollar qui vient à l’instant de perdre un point bonne tenue du pétrole faut que je me dépêche je vais me faire dessus en hausse à +3.21 en direct du Palais Brongniart c’était Jean-Pierre Gaillard ici mes bourses sont partis à vous les studios viiiiiiiiiite … … … … trop tard … … »

Bon j’ai fait ça de mémoire mais ça me semble assez réaliste.

Illsutration : (très môche) Le Palais Brongniart (en plus comme nom ça le fait pas un caramel) à Paris

Bec et Griffes !

Dans l’esprit de remettre un peu d’ordre dans la langue, ceci n’incluant en aucune façon quelque usage privatif qu’on aurait le goût de pratiquer plus ou moins en silence, grâce à cet organe appendiçaire logeant le plus souvent dans sa propre bouche et parfois dans celle de quelqu’un d’autre, je veux revenir séant sur une expression qui me semble n’avoir ni queue ni tête (…). Il s’agit de l’expression « bec et ongles ».
Dans ce grand projet, par ailleurs émanation probable de la partie structurelle de ma complexion mentale la plus obstinément obsessionnelle bien qu’après de longue année de soins intensifs je trouve que l’équilibre que cela forme avec mon hystéro-maniaquerie ne manque pas de pouvoir en subjuguer plus d’un, (y’a qu’à voir les digressions …), dans ce grand projet donc, il me parait nécessaire, voire utile, et pourquoi pas salutaire, de ne pas laisser plus longtemps les djeuns perturbés par l’idée qu’on aurait à la fois un bec et des ongles et que tout irai ainsi dans le meilleur des mondes.
Sauf contradiction qu’on voudra bien m’opposer avec argumentation à l’appui, (car il arrive souvent que la vérité sorte de l’appui), on a soit un bec et des griffes, soit une bouche et des ongles.
Je passe d’entrée de jeu, (pour ne pas dire de je), sur les controverses inextricables qui occupent les taxonomistes, qui apparemment n’on pas grand-chose d’autre à faire, sur les ordres animaux qui se dispersent en maintes catégories et sous catégorie d’ongulés divers : on finit par y retrouver l’hippopotame et la baleine, c’est vous dire …
De toute façon quelques soient ces ongulés, ils n’ont pas de bec. Des prises de bec, peut-être, et encore, au moment du rut, sinon en général ça va.
Et puis le but ici, n’est certes pas de faire œuvre scientifique. Manquerait plus que ça. Pourquoi pas être de bonne foi pendant qu’on y est !?!
Mais franchement, bec et ongles… Ca fait bisou et manucure. Alors qu’on est censé se battre bec et ongles, se disputer bec et ongles, se défendre bec et ongles. Il n’est pas là, précisément, question de prendre le thé, de parler chiffon, ou de débattre des mérites, (si on peut dire), comparés d’une glapisseuse de niaiseries barbeliviennes et d’une sirupeuse de glucoseries néo r&b.
Essayer donc au lieu du consensuel, (…), bec et ongles, de vous battre bec et griffes ! Hein ! Ca vous a tout de suite un peu plus de gueule non ?!?
Bec et ongles, j’imagine tout de suite l’abonnée choucroutée de mauve du salon de coiffure d’un dindon embagousé qui vous menace d’un grand coup de Pouri-Match si vous dites du mal de la Queen d’Angleterre, (vous savez celle qui nous avait parlé un jour de son problème d’annus horibilis.)
Bec et griffes, je sais pas pour vous, (selon votre état de rescapés hébétés de cette lourde période de baffreries multiples), mais je vois déjà le rapace qui fond. Pas comme du chocolat, non. Arrêtez un peu avec le chocolat… Non, le rapace qui fond sur vous, et vous sentez, rien qu’à l’air que ça déplace, que vous n’auriez pas dû dire ça. (Dire quoi – Rien on s’en fout, c’était juste un exemple abstrait). Et vous vous souvenez soudainement qu’une très bonne copine vous a récemment parlé d’un très bon chirurgien esthétique, ça tombe bien, ça va sûrement être utile.
Bec et ongles : ça fait hou la la la la, ça va m’écorcher le fond de teint…
Bec et griffes : ça fait plutôt… « ‘tin j’ai pas de photo récente, y vont pas savoir comment m’recoudre. »
Bec et ongles, ça fait diva télévangélique à la rose qui fait grosse colère dans un débat présidentiel contre un névropathe à ray-ban.
Bec et griffes, ça fait mama mal logée qu’on vire de la rue de la Banque, et qui revient le lendemain, et qu’on re-vire le soir, et qui re-revient le matin, et qui dit dans le micro qu’on lui tend, qu’elle mourra là mais qu’elle ne cédera pas.
Bec et ongles, ça fait : « Ah ! Je ris de me voir Grenelle en ce tiroir ! »
Bec et griffes, ça serait : « Le premier 4x4 que je vois dans les rues de la ville j’en fais une lampe de chevet ! »
Bec et ongles, ça fait : « Si tu consensus pas tu vas avoir une fessée ! »
Bec et griffes, c’est plutôt : « Tu sais où tu peux te le mettre ton consensus ? »
Bec et ongles, j’entends « Mêêêêh ! », « Mêêêh toi-même !»
Bec et griffes, ça serait « Mêêêêh ! », « Y’a pas de mais ! »

Donc je vous souhaite à toutes et à tous une belle année bec et griffes : on va en avoir drôlement besoin. Ce qui n’exclut pas que vous vous gobergiez par ailleurs dans l’amour, la félicité, la douceur, l’intelligence, le stupre, les pétales de roses, et assez de pognon pour pas avoir à voler ce qui n’est pas bien, ni à mendier ce qui est pire.