"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

mardi 30 décembre 2008

Faune ardent ?

Toi. Tu courais. Tu filais. Tu te faufilais. Tu t'échappais. Léger. Diaphane. Discret. Semant partout derrière toi un parfum de ton passage. Un air distillé d'une encre solaire. Une fine sueur diaprée en suspension. Une trace dont tu as accumulé en lui, dans sa chair, jusque dans ses plus intimes interstices, une permanence inépuisable.
Dans les membranes aux fibres tendues. Autour des vaisseaux de rouge fer liquide. À travers les canaux électriques. Sous le dôme bouillonnant. Dans la gelée des phares.
Il pouvait te sentir, tu sais, au bout d'un doigt détaché. Tu balançais un pas, du haut de ses reins, pour qu'il te coure après. Tu t'allongeais sur son diaphragme éteint. Et il arrivait que tu doives te débattre pour franchir une serrure dans sa nuque engourdie.
Tu l'enlevais du réduit où on l'assignait, certains temps plus noir que d'autres, et d'où il ne devait plus assister à ce qui vivait que comme s'il était mort. Tu l'attirais alors de l'intérieur. Tu le faisais se retourner en lui, s'inverser de telle manière qu'il ne demeurait pour l'extérieur que l'enveloppe inerte, aux regard fixe, d'un vague objet humain ignoré. Tu le conduisais au bord d'un gouffre sans margelle et, lui tenant fermement la main, tu l'invitais à y plonger, pas trop loin de l'ouverture, au début, puis chaque fois plus profondément.
Tu lui apprenais à concevoir un monde contre le monde qui se refusait à lui. Qu'on lui refusait. Tu mettais des forêts entre ses mains. Tu appelais sur son visage des milliers de fourmis caressantes. Tu enfonçais progressivement son corps sous les flots. Tu l'obligeais à cracher et à relire. Tu lui montrais comment saigner les pierres pour les faire parler. Comment dormir non plus d'est en ouest mais de la terre au ciel. Comment contenir dans un simple objet, peut-être même ordinaire, une vie sans commencement et sans achèvement. Et lorsqu'il fallait remonter au dehors pour suivre la chute du décret de réclusion, tu le voyais s'éloigner, chaque fois plus heureux qu'il puisse avoir trouvé de quoi s'appartenir envers et contre tout, davantage, et davantage encore parce que finalement tu finis par ne plus le quitter. Et lui, dans un état de conscience où de temps à autre tu ne lui semblais qu'une illusion délirante, et où d'autres fois il se prenait à te chuchoter quelques mots, t'emporta de plus en plus constamment avec lui, confusément persuadé que sa survie en dépendait. Pourrait en dépendre.
Tu l'as accompagné jusqu'au bout de sa prison. Là où il commença à tisser ce fil entre deux pôles du haut duquel il ne s'est jamais résolu à se précipiter d'un coté ni de l'autre.
Tu n'as pas cessé d'habiter en lui. Tu as été là durant tout ce voyage marqué de quelques fastes et de quelques croisements. Au gré duquel il a juste su bâtir dans un château qui n'est pas le sien, un petit atelier. Un curieux laboratoire où il a usé son sable à chercher à le transformer sans savoir en quoi.
Puis il y a eu cette grande colère. Grande non par son éclat. Grande par sa durée. Une montée pesante aux armées d'acier. Une cohorte de pointe de lances hirsutes, arrachées d'un maxillaire décroché. Et tout un métal naissant et renaissant de lui-même, se reproduisant, s'engendrant dans un silence aussi forcené qu'un hurlement peut dévaster un paysage de son onde tempétueuse. Une colère née au fond du gouffre dont tout ce qu'il en remontait s'épuisait avant de d'en pouvoir sortir. D'en être enfin extrait. Une colère impossible à adresser au dehors. Un mur de bourrasque se mettant à tournoyer lourdement sur lui-même. Sur lui-même.
C'est ensuite que des pluies sont arrivées. Autour. Des pluies de gouttes stridentes, aiguës. Une eau continue de cristaux sonores. Une sonate électronique en trames indéchiffrables, dégoulinant des citernes sans fond d'un langage décomposé.
C'est après que ce déluge ait eu raison du mouvement des bourrasques, que le site est apparu. Avec la carcasse éventrée, au centre. Avec cette lumière en dessous, sourcée probablement dans l'insondable néant menaçant de tout avaler.

Un soir, tu t'en souviens, il t'a ramassé au milieu des ruines de sa colère. Tu y gisais, comme d'autres, dans un boîtier niché dans un dédale du gouffre. Des hantises qu'il frappait pour les contenir. Des monstres qu'il s'employait à tuer par étapes. De vieilles présences qu'il affamait. Toi tu étais toujours à portée de ses yeux. Devant lui. Il n'avait aucune violence contre toi. Pourtant il t'avait jeté là, parmi les autres, au milieu des décombres d'un genre de navire spatial déglingué où il venait régulièrement méditer. Il t'observait souvent, longuement. Ta petite forme chétive, recroquevillée, nimbée d'une lumière pâle mais constante qui te distinguait des formes, allongées ou prostrées, qui peuplaient ce lieu de désastre.
Faune ardent.
Tu es celui qui seul peut tirer les filets de ses regards jusque là où, sans toi, il est si périlleux d'aller. Par delà les immeubles, Par delà les ceintures d'une cité. Au dessus des embruns. Et des pensées stoppées dans leurs turbulences. De ces commencements d'appels qui s'organisent par petits bouts de rien, des débris de retombées, des grains de mots qui volent dans un ensemble désorienté, des papillons d'images aux inextricables puzzles, et il lève quelquefois ses mains aveugles devant lui pour les rassembler, et il bat l’air en n’en retenant que des grappes inarticulées qu’il serre quand même entre ses paumes, pour que quelque chose se retienne, et lorsqu’il rouvre ses mains il n’y a plus qu’un oisillon brûlé, une salamandre grise et sèche, une moitié de poème coupé en diagonale, un grumeau de terre, un livre sans rêve.
Tu es ce qui ne meurt pas. C’est ce qu’il devinait si âprement en considérant, les yeux par instant voilés, ton être fragile et intouchable, exilé de lui comme tous les autres, mais dont une émanation de vie ne cessait pas de s’exhaler avec ce naturel qu’ont certains éléments de continuer à luire dans l’ombre la plus épaisse.
Unique vrai rescapé au fond de cette cale jonchées des diverses parties d’une même mort.
Tu es celui qui faisait régulièrement entendre sa petite voix d’argent étouffée au bout de ses doigts bégayant d’impatience. Ou un arpège de rire sur ses épaules froides, pendant qu’il marchait, allant, selon une habitude salvatrice, de nulle part à nulle part. Tu es celui qui peut lui avoir posté un bonbon dans une boite à lettre, comme une trouble facétie, comme une énigme nue.
Tu était, là, ce qui existait le moins, tout en étant le plus irréfutable.
Il t’a ramassé. Ce soir-là qui n’appartenait pourtant à aucune sorte d’exception. Un soir d’indifférence. Ou d’un souvenir dont il ne laissa rien paraître. D’une volée de jours anciens qui auront traversé son esprit évidé, auront bousculé des ramées de fumées empoisonnées, auront troué son horizon blême, permettant à ton reste de souffle d’y replanter une aiguille suffisamment acérée afin que son éclat soit assez vif sans être douloureux.

Il n’est pas possible de dire pourquoi il t’a emmené là-bas. Si haut dans les terres, tellement au nord, les pans de son manteau claquaient dans le vent, si loin dans ces contrées sauvages, le froid mordait son visage, dans cette lande à fleur de mer que des haches de géants ont, il y a des millions d’années, découpé dans des élans de fureur dont il demeure aujourd’hui, inexorablement corrodé par la folle éternité des flots glacés, un archipel de mausolées sans sépultures et leurs interminables disparitions.
Il a marché, contre ces vents, dans ce froid, te protégeant sous son manteau, plusieurs jours et nuits se succédant indistinctement. Il te serrait contre lui. Ne sachant plus très bien s’il se pouvait que tu le réchauffes ou qu’il t’empêche de sentir la cruauté de l’air.
Ou s’il ne s’agissait pas de sa dernière marche, tant l’épuisement le consumait. Et s’il allait alors savoir qu’est-ce qui l’empêcherait de s’essouffler définitivement, lorsque parvenu au plus inaccessible rocher, presque au milieu des vagues déferlantes, il n’aurait plus la force d’en repartir. Lorsque assis sur l’énorme morceau de violence morte, te pressant sur lui toujours plus fort, sentant le sel se mêler aux lames du vent, sentant son corps se réduire à tout ce qu’il ne voulait plus qu’espérer, il défierait son âme la plus secrète de franchir avec lui cette porte dantesque jusqu’à un calme retrouvé.
Un calme où tu lui serais revenu.
A partir duquel il puisse commencer à te dire. Un calme d’eau grise et luisante sous une aurore blanche. Un calme de rochers dormant comme des mémoriaux de légendes vitales. Un calme de ses bras serrés autour de lui pour se protéger du froid. Un calme de regard se levant sur l’étendue renouvelée d’un monde. Un calme avec en son milieu une sensation reconnue. D’il y a très longtemps. Et si peu aussi. Une sensation au détail oublié.
Mais quelque chose d’une ardeur

jeudi 18 décembre 2008

Dublin-Belfast-Glasgow-Edimbourg-Glasgow-Belfast-Dublin-3


Donc, la suite de la suite.

Notez d’entrée de jeu que toutes les photos de cet article font l’objet d’un parti pris conceptuel : ça vous la coupe hein !?! Bon, vous inquiétez pas, en fait ça repousse. Ce parti pris conceptuel sera le noir et blanc. Incroyable non ?? (Excepté la première photo, mais franchement, on voit pas trop la différence ...)

La dernière fois, rappelez vous, ou alors allez vous faire examiner, vous avez peut-être un début d’alzheimer, nous étions à l’embarcadère de Belfast, Greg et Moi, (y’a pas de raison que je me mette pas une majuscule à moi aussi), dans l’impatience de prendre notre ferry pour Stranraer, en Ecosse, patrie du kilt, des fantômes, de Nessy et de la panse de brebis farcie.
Nous venions de prendre les commandes, étant à cet effet repassé par l’aéroport de Dublin, d’un véhicule automobile tout à fait excentrique. Imaginez donc. Le conducteur n’a pas de volant. C’est le passager qui doit conduire. Comble du comble, le levier de vitesse demeure au milieu au lieu d’être placé, plus commodément, sur la poignée de la portière, à main droite quoi ! Et en plus de ça la commande des clignotants est à droite au lieu d’être à gauche. A gauche ce sont les essuie-glaces : le nombre de fois où nous aurons, durant notre périple, essuyer la glace pour signaler que nous allions tourner à droite ou à gauche, avant de nous raviser, ou bien signaler que nous allions tourner à droite ou à gauche pour y voir mieux a travers le pare-brise lorsqu’il pleuvait…
Soyons honnête, Greg a fait preuve d’une capacité d’adaptation supérieure à la mienne. J’en suis encore tout agacé…
Heureusement nous n’avions pas trop à nous soucier de la route, si ce n’est de ne pas trop frôler les fossés et les trottoirs, tout en ne frôlant pas trop non plus, à droite, les autres véhicules automobiles excentriques arrivant en sens doublement inverse, puisqu’en face et de l’autre côté de l’autre côté du sens à l’envers. Nous n’avions pas trop à nous soucier de la route car nous avions Garmin.
Aaaah ! Garmin ! Je vous le dis aujourd’hui, où vous finissez probablement la cure de repos dans un asile douillet, que vous a valu la fréquentation pendant plusieurs jours de notre compagnie névrotique, que serions-nous devenus sans vous ?
Peut-être serions-nous encore en train d’errer dans un dédale Edimbourgeois. Peut-être serions-nous encore en train de tourner autour d’un roundabout, nous demandant quelle sortie choisir. Ah ! Garmin ! Je vous vois encore avec vos dimensions idéales pour vous tenir au dessus du tableau de bord : environ 90mm/60mm/15mm. J’entends encore votre voix mélodieuse, mélange de douceur thérapeutique et de sage fermeté. « Turn left, turn right, in 500m roundabout take the third exit, etc.. etc... » Et vos patients « recalculating » lorsque l’un d’entre nous, mais en l’occurrence je m’en suis bien gardé, trouvait que tel itinéraire ne convenait pas et entreprenait d’en dénicher un autre dont le souvenir de l’efficacité m’inspire un sourire discret rien qu’en y repensant…
Bref … Nous voilà donc bientôt, Garmin, Greg et Moi à bord d’un fier vaisseau. En fait de fier vaisseau une sorte de petite ville flottante dont l’alerte propulsion est promue par un système qui fait entrer de l’eau dans des turbines, puis la fait ressortir grâce à de l’air qui rentre aussi et qui ressort aussi, le tout à un rythme qui me fait dire que je n’aimerais pas y être dans ces turbines. Description un peu grossière qui ne demande qu’à être complétée. En tout cas ça va très vite. La preuve, deux heures après nous abordons les côtes de l’ancien royaume de Marie Stuart tout en gardant la tête sur nos belles épaules. Pas mal hein !



Route nocturne. Nous entrevoyons la côte et la mer agitée dans la nuit. Et grâce à Garmin nous arrivons à une heure descente à Glasgow, puis à l’hôtel où nous avons réservé.
Petite promenade de fin de soirée dans cette ville plus agréable que je ne l’imaginais. De la belle pierre, du caractère, et des charmes un peu sombres dont Greg fait les délices de son emprisonneur d’images.



Seule difficulté, il est un peu tard pour dîner. Alors que Greg n’hésite pas à négocier l’achat d’un mac machin chez un des plus notables distributeurs de fast food qui sent bizarre, j’attends mon tour pour retourner à l’échoppe d’un sympathique vendeur de fish and chips que nous avons repéré en déambulant et qui va faire regretter à Greg son écart anti-gastronomique. Lequel sympathique vendeur de fish and chips nous rapporte, ayant entendu que nous étions sujets, récalcitrants, de sa très Disgracieuse Présidencité que nous savons, qu’il connaît les Puces de Clignancourt et qu’il a même essayé d’y vendre sa femme.
Afin d’être au moins aussi confortablement installé que Greg chez le distributeur notable sus-cité, je me réfugie dans Central Station, sur un banc, pour déguster le gras divin et poissonneux copieusement servi.
Las, livré à l’oisiveté durant mes activités de nutrition, Greg en profite pour prendre quelques photos. Ainsi donc le cliché de ce curieux individu perdu sous ce hall de gare n’est pas une réincarnation de Nosferatu testant de nouveaux modes d’alimentation, c’est Moi en train de me régaler.


Il s’en est même fallu de peu que Greg ne soit embarqué par deux charmants policemen, inquiets de le voir mitrailler, bien que pacifiquement, l’intérieur de la gare, en ces temps troublés où nous sommes, où la moindre attitude susceptible qu’on y suspecte que ce soit suspect constitue une menace évidemment menaçante. Finalement, rapidement et aisément convaincu de la totale innocence de Greg, les aimables représentants des forces de l’ordre local lui ont épargné les rigueurs de la paranoïa sécuritaire ambiante et actuelle.
Après tout ça une bonne bière et au lit.


Glasgow de jour. Je confirme. Une ville agréable, et même très attirante.


Nous grimpons jusqu’à la cathédrale St X, je ne me souviens déjà plus du saint dont il y est question, et nous allons crapahuter deux bonnes heures dans la nécropole qui surplombe la ville.
Rien de dire que c’est captivant. Ce n’est pas un cimetière. C’est une ville, une autre. Celle qui nous attend lorsque nous en aurons fini de gesticuler en bas.

Le ciel brasse des voyages de nuages. Des gris comme s’il en pleuvrait. Mais il n’en pleut pas.

Nous redescendons dans les rues ou ça vit. Petit brin de shopping pour Greg. Je m’achète des gants, oubliés à Paris. Greg ne trouve ni le jean dont il a besoin, ni les chaussures dont il a besoin, ni le je ne sais plus quoi dont il a besoin : ce n’est que partie remise…
St Georges Square : un irish coffee au bar d’un grand hôtel.
Retrouver la voiture et Garmin.
Tomber parterre devant le montant du pv pour dépassement de temps de stationnement. 60£ ! Observer que c’est moitié moins si on paye dans les 14 jours … Que c’est gentil !... Réfléchir > voiture louée, carte bancaire de Greg > vont nous retrouver ou alors c’est la boite de location qui va raquer et au final c’est encore la carte bancaire de Greg. Je sens qu’on va payer.
Mais comme nous sommes décidément de bonne composition, nous reprenons la route en roulant à gauche et en rigolant quand même.

vendredi 12 décembre 2008

Tigréquer

Well, well, well … On peut dire que ça sera pas un mal de se remettre un peu à notre impérissable œuvre lexicographique, vu le retard qui, déjà accumulé, continue à s’accumuler vers un cumul de retard qui frise les performances escargotesques des quarante extraterrestres qui popotinent Quai Conti. (Popotinent du verbe popotiner* > prochaine entrée etc … etc …)
Pour couronner le tout, nonobstant mon impérial front hiératique, nous n’allons pas puiser dans la liste d’attente dont je fis part il y a quelques définitionnements dans cette même rubrique, non, nous allons promouvoir un vocable qui par là même va passer devant tout les autres au plus grand mépris de la règle « premiers arrivé premier servi » dont je m’émancipe sans plus de formalité grâce à mon droit régalien de faire, comme je l’ai déjà signifié à plusieurs reprises sur ce blog, très exactement ce que je veux.
J’attends toute contestation de pied ferme. On vient de nettoyer les brodequins. La machine à étirer est toute neuve. Et notre exécuteur des basses œuvres est en pleine forme après sa récente cure de désintoxication.
Nota bene : (ce qui ne veut pas dire notez bien bande de benêts), ce nouveau vocable est une production de notre Greg préféré. Nous l’en remercions de toute notre magnificence.

Tigréquer : v.t. ou i (c’est à dire transigeant ou intransigeant). Du non-grec "Grec", qui veut Hellène, ils s’appellent Hellènes, ce sont des garçons pas comme les autres. En effet alors que la moitié de la planète, tandis que l’autre est occupée à ses famines, les appellent les Grecs, eux, depuis bien avant le premier babillage d’Achille, persistent à s’appeler Hellènes. Va comprendre Charles … Le Grec, ou l’Hellène, fut longtemps représenté sous les formes appétissantes d’un jeune homme plutôt bien gaulé, tout nu sous sa minijupe, et très gentil avec les messieurs plus âgés. Lesquels, il est vrai, n’hésitaient pas alors à se faire un petit Hellène, ou à se faire un petit Grec, si vous voyez où je veux en venir, entre deux péroraisons philosophiques dont les richesses n’ont pas encore fini de nourrir nos civilisations actuelles sauf sur TF1 bien sur…
Cette image d’Epinalos, (je vous en prie…), a subi pas mal de changement depuis ces époques lointaines : à preuve l’actualité récente qui nous a montré moult jeunes Grecs, (des deux sexes qui plus est), remontés comme des pendules et activement occupés à tout foutre en l’air pour protester contre les conséquences qu’ils subissent de ce monde meilleur dont les frasques de la finance mondialisée nous fournissent depuis quelques mois un exemple on ne peut plus probant de la déliquescence d’un système dont la corruption, sport national politique en Grèce comme ailleurs, se satisfait très bien pendant que le peuple est à genoux en espérant ne pas avoir à ramper.
Et du préfixe « ti », spécialement promu pour l’occasion, diminutif de petit, c’est dire que si ça continue il va pas rester grand chose.
Le profil conjugable de ce mot étonnant se présente sous la forme d’un verbe afin que nous puissions le conjuguer. C’est, vous le verrez à l’usage, infiniment plus pratique pour tigréquer au passé, au présent, au futur, au subjonctif, au conditionnel, à l’impératif, etc…
Par un long glissement sémantique, mais surtout gastronomique, quand ce n’est pas plus modestement alimentaire, un Grec a cessé de ne représenter qu’un jeune gazou ravissant qui garde ses moutons pendant que Monsieur Aristote se promène dans les alentours en faisant semblant de réfléchir, pour devenir, tenez-vous bien, un savoureux sandwich plein de viande grasse, avec des frites grasses, accompagné de sauce grasse. Un vrai régal !
Eu égard à l’hétérosexualité d’airain de notre Greg préféré, on a bien saisi que son acception du verbe « tigréquer » ne concerne pas un ensemble de galipoises** exécutées en compagnie d’un individu du même sexe, à quelques centimètres près, éventuellement, mais bel et bien l’ingestion gourmande de ce met facilement obtenu moyennant autant de sous que pour un mac machin vomitif, dans une échoppe rudement plus exotique, et dans la perspective d’un plaisir qui peut égaler, si si, celui que procure, nous le savons tous, un bon goulash-cassoulet-choucroute.
Pour ma part il m’arrive de tigrèquer. Je tigrèque, (notez l’inclinaison changeante de l’accent selon la conjugaison, sinon pif paf !), parfois le midi entre deux allées et venues. Pour d’autres allées et venues, force est de reconnaître que le jeune Grec ne courre pas les rues de la capitale de notre hexagone, tout occupé qu’il est sans doute à courir ces jours-ci celles d’Athènes et de Salonique , ainsi qu’évoqué plus haut.
Afin de ne pas encourir les foudres d’une quelconque ligue internationale de défense de l’Hellène dans toute sa dimension, il n’y a rien de réducteur à tigrèquer. Bien au contraire. Cette notion qui imprègne à l’écoute le prononcé de ce verbe est pétrie de bonnes et tendres intentions. La Grèce est un pays que j’aime beaucoup ainsi que toutes ses habitantes et ses habitants. Faudrait juste enlever les karamanlis et les papandréou.

Nous ne saurions terminé cet article sans préciser qu’on peut aussi titurquer. Les ingrédients sont à peu près les mêmes. L’exotisme de l’échoppe ressemble comme deux goutte d’ouzo à celui mentionné plus haut aussi. Et le taux de lipides contenu dans la recette est équivalent dans les deux cas. La seule différence c’est que l’un est Turc et l’autre Grec. Tout terrien normalement constitué sait pertinemment qu’il ne faut pas confondre sous peine de guerre de Troie entre ces deux-là. Ceci étant ça s’arrange un peu depuis quelques temps, surtout depuis que les vieux meurent. Comme quoi à toute chose malheur est bon. On est ainsi susceptible de voir prochainement des Turcs en train de tigréquer et des Grecs en train de titurquer. L’un dans l’autre ce sera un incontestable progrès.

* La la li, la la la ...
**Ca c'est fait !

Funérailles d'un fantôme

Comment fait-on cela, oui : les funérailles d’un fantôme. Où voit-on cela. Où cela peut-il avoir lieu. Y aurait-il du monde qui viendrait. D’autres fantômes. D’autres survivants.

Cela provient d’un temps voulu. Cela se devine. Autant le dire, cela peut se devoir à la sensation d’un encombrement un peu honteux. On aurait dû déjà mille fois s’y résoudre. Pourtant on a gardé ça en soi. Comme si on confondait vivre dans le passé et vivre avec le passé.
Comment fait-on cela : interrogation pusillanime.
Tu sais que tu dois le faire. Donc tu le fais. Si tu ne sais pas, le comment est sans aucun intérêt. Il te manque de savoir à quel point c’est devenu indispensable. A quel point il faut le laisser partir. Si savoir cette importance te manque, savoir ce que cela joue en toi, c’est que tu n’es pas prêt.
Mais si tu es parvenu au stade de savoir et de prendre la décision de te séparer de cet habitant mort qui n’a plus rien à faire chez toi, alors tout s’organisera de la façon la plus naturelle qui soit. Tu trouveras sans peine par quel moyen te défaire de cette présence éteinte et tu éprouveras tes plus justes sentiments au moment de t’en libérer.

Regarde, c’est déjà là.

Cela commencera un matin. Très tôt. A la pointe de l’aube. Un de ces jour de printemps timide auquel l’hivers s’accroche et qu’un soleil pâle éclaire d’une caresse froide. Dans la difficile charnière de ces deux saisons. Un entre deux portes où rien n’est oublié et où quelque chose de différent doit arriver.
Il y aura cette colline si tu veux. Celle qui t’a si souvent servi pour t’y perdre selon ce que tu y inventais. Celle qui, ce jour-là, délaissera l’éternité plane de la vallée par une pente imperceptible. Qui s’élèvera, nue, presque sans végétation. Sans aucun habitat. Terre brune au maigre pelage d’herbe drue et sèche. Dos voûté qui montera, se rétrécissant vers un cou sans tête, qui versera au delà, par un invisible plongeon, dans les épaisseurs d’une forêt, dans des eaux, celles d’un lac, dans des écumes, ou sous une ville qui vibrionne au bas d’une chute d’épaules terrassées.
Tu auras commandé de la musique. Des suspensions de notes de vents dans des bois graves se succédant en larges boucles ponctuées de scansions feutrées battues sur des peaux voilées. Un chœur, tout d’abord inaudible, dont l’ampleur diaphane se posera sur cette partition simple à mesure que tu avanceras vers le sommet. Un chant, des harmonies jamais nées ailleurs que dans tes antiques pénombres. A l’intérieur de tes chambres où se sont formés dans le feu caché de ta forge tenace les substances qui coulent dans tes veines, dans les réseaux de tes sens, et dont sont advenus ta façon d’aimer, ta façon de haïr, ta façon de douter, ta façon d’espérer. De même tes raisons de rire, de chercher, de vouloir, de te tromper, de pleurer.
Une musique en toi seul.
Car il n’y auras que toi. Toi, comme ceux qui viendront. Autres fantômes ou autres survivants. Toi comme cette colline qui n’existe pas. Cette aube que tu auras fabriqué. Cette terre en friche que tu auras retrouvée quelque part au bout d’un long parcours révolu. Le concert de cette marche si souvent entendu autrefois qu’il te suffira de rejouer sous ton crâne pour y noyer ta sècheresse.
Ne t’attends pas à voir, gravissant devant toi la pente glacée de la lande aride, un catafalque tiré par un cheval. Ne t’attends pas à voir, tombant des quatre bords, une étoffe de deuil qui couvrirait un corps. C’est en toi ce que tu vas abandonné pour toujours, là-haut, sur la crête mauve dont l’esquisse se précise avec l’arrivée du soleil. C’est l’être d’une histoire achevée. C’est le cadavre, au constat si souvent reporté, d’un enchevêtrement de fuites, de retours, d’élans, de partages, de refus, de promesses, de volontés, d’échecs. C’est une enveloppe vide et embaumée depuis longtemps dont les reliefs témoignent de tout ce qu’il y a eu en si nombreuses et vaines tentatives pour qu’y souffle encore, après son dernier souffle, quelque chose de possible qui ressemblât à ce qui l’avait animé dans des débuts devenus méconnaissables. Tous les souvenirs l’ont quittée. Tu les as logés en toi. Comme tels. Sans plus la moindre idée, la moindre pensée, qu’ils puissent nourrir dans quelque avenir, même incertain, une suite où tu serais, en compagnie de cet autre, rescapé, reformant un ensemble capricieux avec de fragiles remémorations.
Ceux qui viendront n’apparaîtront qu’à chacun de tes pas, cortège de mémoire muette. Leurs présences fluides te suivront. Tu sentiras derrière toi la traîne mollement agitée de leur procession. Tu devineras qui ils sont. Et que pour certains il ne sauront rien des motifs de cette cérémonie.
Tu n’avanceras, et n’en trouveras la force sans cesse plus exigeante, que dans la douleur sans âme qui étendra en toi sa plainte rugueuse et maintiendra à elle seule le pas de ton corps penché dans cette ascension funèbre. Elle tremblera par instant au bout de tes doigts. Elle enserrera ton cœur. Ensablera ta gorge. Videra ton ventre affamé. Tu éprouveras dans tes chairs, dans tes articulations, son rouge acide de fer.
Tu sauras ce qu’elle est. Que nous n’abandonnons rien qui ne laisse une plaie. Même s’il s’agit d’un bien dont l’origine n’a plus d’autre visage qu’une poignée de mots tombés en plomb d’une espérance qui a contenu de l’or.
Tu durciras ta certitude, en ton intime le plus reculé, en admettant de te satisfaire d’avoir su cueillir l’or et d’avoir pu comprendre, malgré que ce fut difficile, ce que le plomb disait. Peut-être émanait-il déjà depuis plus de temps que tu ne croies d’un esprit renonçant.
Tu rejetteras dans le magma sans flammes qui progresse en toi les récoltes de regrets que tu as accumulés et sous lesquels tu dissimulais ta persistance inutile.
Une puissance, enfermée tout au fond de toi pour donner libre cours à l’anéantissement qui se prépare, rassurera pourtant ta détermination harcelée par la honte et menacée par la vanité. De sa cage, tu l’entendras t’encourager à ne pas craindre les derniers et terribles efforts que la douleur produit à l’approche d’être réduite en cendre comme une fièvre brûlante au lendemain d’avoir été transpirée par un corps épuisé mais reposé.

Lorsque tu seras parvenu au sommet de la colline, l’abord d’une syncope brouillera ta vue. Les tambours obsédants auront peu à peu enseveli le chant et battront à tes oreilles d’un glas précipité. Tu lèveras la tête vers le ciel et l’éclat blanc et froid du ciel inondé par la clarté d’un soleil sans feu, te frappera. Rien de ce que tu es ne te semblera t’appartenir encore. L’être de vécu dont la dépouille flottera en toi dans les sables mouvants de la douleur agonisante, se cognera aux parois de ta pensée absente.
Pris d’un vertige dont tu ne pourras même plus t’effrayer, tu tomberas, étendu sur la terre, avec, si tu en as le temps avant de sombrer, l’idée très fugitive de la mort venant recueillir son lot. Avec la vision tout aussi fugace de ton cortège s’effondrant autour de toi en volutes de fumée.

Et tu t’endormiras. En de profonds sommeils entrecoupés d’éveils inquiets à l’écoute d’un craquement, d’un sanglot, d’un froissement de quelque chose dont on arrache les racines à un sol inconsistant, d’un cri étranglé de mâchoires amorphes. Ce sera mieux si, au moment où cette mort t’ouvrira en deux pour saisir son bien, tu peux t’écarter d’elle sur un rêve qui te viendrait d’un souvenir heureux. Ce sera mieux si tu ne restes pas à l’observer au dessus de toi, cherchant de ses grands doigts effilés le contact de la dépouille, puis l’ôtant de toi dans des langes noirs avec plein de précautions, et l’emportant dans ses bras en la pressant tendrement contre elle.
Tu seras sans chagrin. Regarder cela sans chagrin pourrait ne t’être qu’insupportable.

Le toucher des orangers crépusculaires sur tes joues livides te réveillera.
Tu seras au bout de ce jour que tu as décidé. Débarrassé. Avec une légèreté nouvelle. Ton sensible intact. Ta force ressourcée. Et ce qui te manquera, aussi.
Cependant tu ne t’apercevras de rien. Cela te gagnera au fur et à mesure que tu te redresseras. Tu seras tout d’abord étonné. Tu ne te rappelleras que de la colline et tu te tourneras du côté que tu ignores pour savoir si au loin tu entrevois une forêt. Si au bas il y a les eaux d’un lac où d’un océan. Si au pied une ville est blottie, déjà dans ses lumières du soir.

Tu devras attendre un peu avant de recouvrer l’énergie de te mettre debout. Avant de revenir à toi. Que le présent redescende en toi.

dimanche 30 novembre 2008

Dublin-Belfast-Glasgow-Edimbourg-Glasgow-Belfast-Dublin 2

Donc, la suite.
Il y avait événement dés le départ : en effet depuis dix ans bientôt qu’on se connaît Greg et moi, c’était la première fois que nous partions en voyage ensemble. C’était émouvant. A cette occasion nous en avons profité pour ne pas ouvrir de bouteille de champagne, nous nous sommes abstenu de danser un tango en salle d’embarquement et nous n’avons même pas échangé nos sous-vêtements. Tant de sobriété, hein !!
A cette occasion aussi, mais était-ce bien pour cette seule raison, Greg avait auparavant fait l’emplette judicieuse d’un nouvel appareil photo, du style qui ressemble à un vrai et pas à une sorte de boite à images qui tiendrait dans un téléphone mobile. Non, là c’était du sérieux, vous avez déjà pu vous en apercevoir dans l’épisode précédent.
Tout à la multi-trituration des 1258 dispositifs de commandes de son nouveau joujou, je ne suis pas sur que Greg se soit rendu compte à un moment donné qu’on décollait, ni qu’un peu plus tard on atterrissait. En revanche on garde une trace de son périple électronique grâce aux résultats surprenants de certaines manœuvres plus ou moins volontaires qui lui firent prendre toute une série de photos bleues sans qu’il puisse trouver le moyen de rétablir une réalité chromatique un peu plus en accord avec la réalité.
Ca donnait ça :


Je l’ai rassuré artistiquement en lui rappelant que Picasso aussi avait eu une période bleue, qui lui avait rapporté pas mal de thunes d’ailleurs, ou que peut-être c’était à cause du ciel dont nous nous étions rapprochés que les photos sortaient bleues : je crains pourtant de l’avoir un peu agacé.

Arrivé à Dublin, nous constatons d’un part qu’il pleut, qu’il ne fait pas si froid que ça mais quand même, et que tout le monde roule à gauche sauf ceux qui viennent en sens inverse et qui roulent à gauche aussi mais de l’autre côté. Ca promet, nous avons réservé une voiture avec le volant dans le vide-poche pour la suite de nos aventures …

Mélanie, Sonja et Antonin sont venus nous chercher. C’est très gentil, et à peine étonnant car il faut tout de suite confirmer que nous allons passer de longs moments entre gens parfaitement adorables.



Après une rapide station chez Mélanie où nous rejoignent son copain, Bernarht, et un autre ami, Ali, station qui sera propice à commencer à s’arsouiller à la bière et/ou au vin, nous décidons d’aller en ville pour nous trouver un de ces fameux pub où on peut manger, c’est possible, tout en continuant de boire. Trop tard … Tout les pubs sont pleins à craquer et c’est dans charmant établissement de restauration italienne que nous nous retrouvons à dîner.


Enfin nourris, et substantiellement imbibés, et par une de ces grâces qui fait que souvent y’en a toujours un ou une dans le groupe qui sait où il faut aller après, nous nous retrouvons dans un immense bar, avec plein de bars à l’intérieur, un immense toit en verrière, des immenses lustres rouges, une déco moitié rococo, moitié rock ok, et un danse floor où allons pouvoir délirer, en continuant à boire, pendant plusieurs heures. Soirée mémorable. (De lapin bien sur …) J’en présente ici l’iconographie la plus décente …







C’est le lendemain, ayant épuisé un repos bien mérité que nous avons entrepris de découvrir plus en détail la ville. Très belle, à vrai dire. Agréable. Avec même une escale culturelle au Trinity Collège où il y a une très belle bibliothèque qui possède notamment le Kells Book, un très très ancien bouquin, chef d’œuvre du christianisme Irlandais, et c’est vrai que depuis, quant on voit les productions de Presse Pocket, on se dit que l’art de l’édition a beaucoup perdu en raffinement. Pas de photo de cette visite, c’était interdit. Na !


Bon pour tout dire il y a eu également une escale forcée au Starbuck local pour cause de crise d’hystéro-hypoglicémie de l’auteur de cet article. Escale où je me suis encore une fois rendu compte à quel point les autochtones faisaient peu d’efforts pour accéder à ma pratique de la langue de Shakespeare. Demander un café relève de l’interrogatoire et choisir un cheesecake du questionnement métaphysique. Le tout pendant que je palissais sur place au bord de la pamoison. Certes l’autochtone en question ne l’était sans doute pas depuis de très nombreuses générations, mais tout de même … Greg en rit encore !...

Au sortir du Trinity Collège il tombe des seaux d’eau. Ca tombe d’autant bien que Greg se rend compte alors qu’il a vraiment bien fait de mettre ses jolies basket blanches… Pas de photo non plus, on a eu pitié …
Du coup on a pas eu le choix. Il a fallu aller dans un pub pour boire des bières. Eh oui, quelquefois la fatalité nous poursuit …



En fait c’était juste le temps d’attendre l’heure d’aller dîner dans un autre pub où cette fois nous avions réservé. Enfin… Mélanie avait réservé …
Il n’y avait plus qu’à se finir à l’irish coffee dans une dernier estaminet local à grand renfort de conversation de haute volée, sauf pour certains qui auraient eu du mal suivre, hi ! hi ! hi !


Dernière pose dans la capitale de l’Irlande du Sud, avant d’aller à l’aéroport chercher la voiture et de rejoindre la capitale de l’Irlande du Nord où nous attend le bateau qui va nous emmener en Ecosse.

samedi 29 novembre 2008

Sur des ruines

Les rideaux opaques d’épingles fines et fluorescentes dégoulinaient du ciel sans interruption. Ils enceignaient d’un cirque sonore, d’un écran grésillant, la coque enfoncée jusqu’à mi hauteur dans un sol invisible sous une couche de vapeur stagnante chargée d’une lumière irradiante. Des moignons d’armature dressaient leurs extrémités déchiquetées et tremblantes. Des tôles arrachées pendaient des torsades de câbles au bout desquels se balançaient ici un quelconque boîtier déglingué, là un dispositif de commande aux voyants brisés.
Dire où cela se situait dans un calendrier n’était ni envisageable ni utile. Un point géographique n’aurait pas été repérable.
Des ruines anonymes. A peu près anonymes. Des ruines échouées là, d’une conscience éloignée et néanmoins inéluctable. D’une conscience sienne. D’antipodes familiers, entraperçus. Puis découverts.
Des ruines primitives. Une navigation en évidence figée qui n’avait cessé de le suivre depuis avant sa venue initiale.
Il avait par l’effet immanent d’un retour régulier su rejoindre un quai au bord d’un séisme sidéré où elles gisent, avec les voix qui s’y font entendre, plus ou moins fortes, plus ou moins agonisantes, les livres mal clos sur leurs paquets de pages froissées. Et quelques silhouettes coincées dans des travées, contre la parois, sur le sol, dans des recoins.
Il s’asseyait habituellement à la poupe où un morceaux de pont assez important qui n’avait pas été emporté servait d’abris à ses méditations.

Il s’y sent, non de mieux en mieux, mais de plus en plus proche de lui-même. De ses sources troubles et sinueuses, de ses fils tissés, les tous premiers, de ses origines les plus limpides, de ses fondations les plus vraies, les plus invraisemblables, les plus solides, et les plus regrettables. Il compte, comme un fou ferait des grains de riz d’une légende, tout ce qu’il a fallut qu’il tienne pour que l’épave soit encore quelques chose à lui, et que les créatures qui l’y encombraient n’y soient plus que ce qu’il a si durement réussi à en faire : des sacs d’os sous des chairs desséchées.
Il y vit, de plus en plus aisément, de cette matière curieusement chiffrée qui se précipite d’en haut et a fini par décalquer, par la persistance d’un miroitement magnétique, sur son corps presque nu une seconde peau permanente au grain mouvant selon certaines intensité, certains reflets. Etats d’excitation, de désarroi, de songe, de ressentiment, de colère. Sa peau transformée en matrice d’un langage qui s’insinue en lui pour dialoguer avec sa pensée aride aux cheminements laborieux.
Une faune d’insectes et de petits rongeurs anime discrètement le bâtiment exilé en deçà des lignes de flottaison. Sous tout ce qui se vit, se ressent, peut se savoir, et quelquefois s’apprendre. Ici tout à été avalé, digéré, infus, distillé, vomis, exsudé, pleuré. Les matières sont mortes. Ou finissent de mourir. Il s’en assure continuellement.
Sous le déluge qui protège son isolement, il ne capte pas le furetage de leur petites pattes. Le crissement de leur allées et venues continuelles, affairées qu’ils sont à des occupations pressantes, importantes, illisibles, vaines et probablement vitales.

Cela ne prend pas tant de place qu’il y paraît. Un petit cosmos obsédant dans un coffret de terre grossière, logé dans une niche profonde, creusée dans un mur de caverne, au bout d’un souterrain tortueux dont l’entrée perce la pente d’une colline brûlée, sur une lande déserte qui dérive sans marée, sans océan.
Il sait simplement que c’est là. Sinistre cimetière théâtral des morts qu’il faut surveiller au cas où l’une d’entre elle viendrait à remuer dans sa chrysalide de pourriture, à geindre de nouveau sous sa croûte poreuse. Il s’est levé tant de fois durant ses longs séjours ici, pour aller donner du pied, et parfois du poing dans la forme avachie d’une de ces créatures.
Dans la plus grosse surtout. Celle qui gît à l’autre bout, vers la pointe, masse affalée sur le flanc et qu’il peut encore reconnaître à sa panse à peine dégonflée, au masque arrogant de la trogne qu’il y distingue malgré les orbites creux, les bajoues plissées abandonnées par la chair, dessous, presque entièrement liquéfiée. Un dernier vêtement, devenu linceul noirâtre, couvre ce corps jusqu’à s’être transformé en une peau momifiante, poisseuse et pétrifiée. Il y a une centaine de lunes qu’il a vraiment commencé à la frapper. Au début la grasse toupie esquivait les coups en dandinant sa croupe informe et en feulant comme une gargouille mêmement effrayée et persifleuse. Pourtant un jour, un coup de pied plus rapide, direct et puissant, en plein dans son estomac proéminent et flageolant, lui fit perdre l’équilibre. C’en fut fini. Cela ne se releva plus. Il se pencha pour lui flanquer son poing en travers de sa sale face grimaçante. Et cela tomba à moitié évanoui, enfin, pour la première fois. Cela se traîna jusqu’à un bord pour s’y adosser et cela se mit à grincer pauvrement d’une sorte de pleurs rouillés et sournois. Il fut si content de ne pas s’y laisser prendre. Il attendit un peu, puis s’en alla. Lorsqu’il revint, un peu plus tard, c’était immobile. Dés que cela senti qu’il était de nouveau présent, les grincements reprirent. Il s’assit là où il avait l’habitude de le faire. Il écouta quelques instants la sinistre sirène de cette faible plainte. Il s’en délecta. Il voyait un fin et délicat sillon creuser d’un minuscule crochet une interminable et douloureuse plaie à l’intérieur de la chair de la créature. Et il imaginait ce sillon, long filament argenté, qui dansait devant lui, gracieux, ondoyant, dessinant de sereines arabesques. Le mirage dura jusqu’à ce qu’un grognement interrompe le son continu de petit violon distordu. Il quitta son siège, s’approcha de la créature qui s’était recroquevillée en chien de fusil, offrant son large dos dans lequel il donna un terrible coup de talon. La trogne surgit de l’amas, se retourna brusquement vers lui en hurlant, il donna un second coup, et la tas s’affaissa de nouveau, peut-être évanoui pour de bon cette fois. Plusieurs fois, cela parvint, les lunes suivantes à se remettre à bouger. Roulant sur le ventre. S’étalant sur le dos. Se remettant sur le côté. Plusieurs fois cela avait de nouveau grogner, geint, couiner. Il avait dû à chaque fois se lever, plus ou moins prestement pour aller y donner des coups. Parfois il était agacé car dérangé dans le cour d’une pensée rassurante ou pris dans une rêverie compliqué dont il s’obstinait à décortiquer le rébus. Il était alors d’une ahurissante brutalité. D’autre fois il pouvait attendre et goûter le plaisir d’entendre ces bruits, ces gargouillis, ces gémissements, en suivant les yeux clos le chemin que devait faire la souffrance dans les méandres de la carcasse d’où ils sortaient, longs et chétifs, bruyants et brefs. Il se redressait dans ces cas-là plus calmement, avançait vers ce gros corps qui devait pressentir qu’il arrivait sur lui, qui esquissait alors un dérisoire mouvement pour se protéger, et il pouvait se faire dans ces circonstances que les coup fussent moins cruels.
C’est là-dessus qu’il s’est le plus acharné. C’est ce qui a été le plus long, et peut-être le plus pénible, à faire taire. A vider de toute sa nuisance. A contraindre à renoncer à lui faire du mal. En spéculant sur un aveu. Sur une révélation. Autant préoccupé d’y croire que d’appréhender le désastre que ces paroles produiraient. Paroles qui ne sont pas venues. L’outre ne se perça jamais d’aucun mots. L’énergie qu’elle contenait s’épuisa. Un combustible qui se tarit. Il y eut une dernière fois où il lui assena une volée de coup de pied dans le dos. Depuis plus rien. C’était resté sur le flanc, ainsi que cela reposait à présent. Inerte. Des symptômes du durcissement puis du pourrissement lui apprirent que cela devait être mort. Mais bien qu’il en fut à peu près convaincu, il persistait dans une méfiance dont il savait qu’elle même ne s’éteindrait pas tout de suite.

Il s’interroge encore : fallait-il que cela meure. Il s’interroge moins. Parfois pourtant il soupçonne un doute dissimulé au milieu des rats et des cafards. Il admet, depuis qu’il connaît cet endroit, qu’il soit condamné à une vigilance éternelle.
Il y a d’autres créatures à surveiller. Moins anciennes. Moins coriaces, sûrement. Plus compliquées à réduire. Qui parlent, elles. Qu’il entend. Auxquelles il ne répond pas. Ca n’est d’ailleurs que son mutisme qui les fait s’arrêter de parler, se dit-il. Il y en a aussi d’autres qui remontent aux premières époques. De très primaires qui lui rappellent la plus grosse. Celles-là sont déjà ratatinées sous ses accès de fureur. Des accès au cours desquels il est allé jusqu’à employer de lourds objets pour les assommer. Des pièces de métal pour entrer dans leurs chairs et en écorcher froidement les poches infectes.

Il y en a une plus particulière. Petite. Avec des nuances dorées. Qui repose et dont il émane une douceur déplacée dans ce trou sinistre. Il ne s’y est pas attaqué. C’est une forme fluette, close, dont nul son ne s’échappe. Il ne s’en méfie pas autant que de toutes celles qu’il rudoie, ou qu’il torture. Cela s’est couché sur le fond, près de là où il s’assoie. Il en sent la présence suspecte bien que pour le moment intouchable. C’est tellement tranquille qu’il pense que c’est mort de soi-même, sans qu’il ait eu à intervenir. Une inquiétude latente lui fait aussi penser que cela meurt simplement, sans un bruit, sans un mouvement, de ce qu’il fait mourir tout autour.

Il y a celle qui, morte, mince et longue, étendue dans un coin plus noir, refuse de dépérir. L’enveloppe est intacte. Comme si ce qu’elle contient restait prêt à se réveiller. Il sait qu’il est injuste envers elle. Il cherche à s’y prendre autrement que par la violence, le rejet. L’indifférence est précaire. Il l’a menacé en criant. Il imagine lui faire des funérailles pour s’en débarrasser. Ca n’exprime plus rien, cependant il ne peut décemment se défaire de ce que cela a brièvement porté pour lui avant de se transformer en une sorte de poison par accoutumance. Des funérailles, sans savoir comment s’y prendre. Comment fait-on cela : les funérailles d’un fantôme.

Et puis il y a cette silhouette qui apparaît par intermittence au dessus de la proue. Dans un grand vêtement sombre. Qui découpe un profil fin, aristocratique, dans la pâleur grisâtre que la luminosité, montée du dessous, fait régner sur tout le site. Ce n’est pas tout à fait une créature. Cela a l’allure d’un être étranger à ce qui hante cet endroit. Il est trop loin pour qu’il lui soit possible d’en détailler les traits et de le reconnaître. D’ailleurs est-il connu. L’a t-il été.
Au gré de ses séjours ici, lorsqu’il est installé à sa place favorite, il le voit. Passer lentement. Il sent dans ce visage un regard soutenu dans sa direction. A force de le fixer, chaque fois qu’il le peut, il en est venu à soupçonner un éclat au niveau de la bouche, un éclat assez blanc pour ressembler à un sourire.
Peu à peu ce sourire s’est imposé à lui comme une certitude. Lorsque cette silhouette demeure un assez long instant tournée vers lui, il se concentre de toute sa force afin d’en percevoir davantage. Il y a pour lui, jusque là, un mélange d’intention amicale et funeste, dans ce supposé sourire.

dimanche 23 novembre 2008

Tristan und Isolde

Voilà, c’est exactement ça lorsque ça a fonctionné. Que la magie a opéré. On rentre à la maison, on retourne chez soi. Et les voix continuent de chanter. La musique vous accompagne. Presque intacte. Les accords. Les accords sublimes, si particuliers, si reconnaissables, ceux du préludes, le dernier chant, le début si plein de noble et intense gravité du troisième acte. On s’enfonce dans la nuit avec toute cette grandeur. Tout ce son riche, puissant, tenu, déployé, violent, tendre, aérien, tellurique.
La place de la Bastille où s’est mis à souffler un vent froid devient le dernier cercle au travers duquel le cirque Wagnérien continue à se propager après les ultimes marées d’applaudissements, les ultimes salves de bravos. On est rempli de beauté. On en déborde. On en tremble encore. On est tellement content d’y avoir été. Il y a même cette petite satisfaction jalouse dont on jouit lorsqu’on a le sentiment d’avoir vécu un long moment privilégié.
C’était Tristan et Isolde, vendredi soir à l’opéra. La mise en scène de Peter Sellars. Les vidéos de Bill Viola. Et une distribution impeccable. Clifton Forbis dans le rôle de Tristan. Waltraud Meier dans celui d’Isolde. Ekaterina Gubanova dans celui de Brangäne. Alexander Marco-Buhrmester dans celui de Kurwenal. Ralf Lukas dans celui de Melot. Et Matti Salminen dans celui du Roi Marke, remplaçant le titulaire du rôle, souffrant. Titulaire sûrement très bien, mais Monsieur Salminen à sa place, franchement ç’avait un petit côté cadeau. Orchestre de l’Opéra de Paris avec Semyon Bychkov à sa direction.
Sobre cette mise en scène. Très sobre. Epurée dans le meilleur sens du terme. Les purs personnages du drame métaphysique de l’amour. Les pures voix dans leurs passions avec leurs effondrements, leurs plaies, leurs envolées, leurs douleurs. Quelques éléments musicaux installés dans la salle. La musique restituée par un chef d’orchestre inspiré. Et les images vidéo sur un grand écran en fond de scène.
Je ne vous rappelle pas le détail de l’histoire. Vous la connaissez. C’est l’histoire éternelle. L’amour, la mort, l’émerveillement, le désir, l’inaccessible, la destruction, la transfiguration. Et je ne vais pas non plus me lancer dans une analyse du projet de Monsieur Wagner. Ca a été fait, refait, débattu, contesté, réhabilité. Et puis chacune, chacun y trouvera son soi, au travers des grandes trajectoires que dessine cette idylle romanesque issue des plus anciennes légendes, des contes les plus obscurs et les plus lumineux que nos conscience si éloignées n’ont pourtant jamais pu tout à fait oubliés.
Pour moi c’est un vieux souvenir. J’en avais déjà un peu causé ici. C’est quelque part en 1975, une diffusion de cet opéra sur France Musique, que j’avais écouté comme un dingue d’un bout à l’autre, dans ma petite piaule d’ado, l’oreille scotché à mon transistor orange, tellement absorbé qu’au moment d’aller dîner j’avais envoyé boulé tout le monde, ce qui avait étonné un peu, et même assez impressionné de tel sorte que pour une fois on m’avait laissé tranquille.
Inoubliable évasion dans un univers que je découvrais et qui ensuite ne m’a plus quitté. Charme envoûtant d’une musique mystérieuse, si sophistiquée et cependant si prenante qu’on a envie de comprendre. Et qu’on en finit plus alors de l’explorer, d’y chercher un secret qui se trouve au delà des notes, des chants, dans une dimension où nous ne nous appartenons enfin plus, matière limitée, esprit contraint, cœur empêché.

Quelques mots sur les vidéos de Bill Viola. C’était un des aspects de cette mise en scène dont j’étais le plus curieux. J’avais vu il y a quelques années au musée Guggenheim de New York une exposition de ses œuvres, et j’avais beaucoup aimé.
Là, sur cet grande scène de l’Opéra Bastille, cet écran d’environ quatre mètres sur trois, et son contenu ne m’ont pas tout de suite convaincu. Cela a évolué tout au long du spectacle et finalement cela m’a conquis. Dernière scène, la mort d’Isolde, absolument fascinant.
En fait au début les images présentent des corps, qui se déshabillent et qu’on lave, corps d’un Tristan et d’une Isolde terrestres, sans qu’on puisse alors les rapprocher de ce qui se déroule sur la scène. Ce qui pose un peu problème car ce qu’on est venu voir et entendre se trouve un peu parasité par quelque chose dont on ne saisit pas tout de suite le rôle, ni la nécessité. Mais comme c’est réalisé avec une certaine intelligence, on reste sur une étrange faim après le premier acte, et on en est que mieux rassasié et comblé au deuxième, et plus encore au troisième. Jeu des scènes, des symboles, des éléments, l’air, la terre, le feu, la réapparition de l’eau, déjà présente, avec les corps célestes des deux héros à la fin du premier acte. Je regrette néanmoins qu’à des instants où cela s’y serait si bien prêté, l’écran dont le cadre varie deux ou trois fois, ne s’élargisse pas jusqu’à toute la scène pour absorber aussi ce qui s’y joue. Comme pour aboutir à une osmose attendue et peut-être pas entièrement atteinte.

Mais comme dit en commençant, nous en sommes sortis, avec Greg, bouleversé, touché. Il me dit à un moment : « C’est un peu dur de se retrouver là tout à coup. », alors que nous franchissions les portes de l’Opéra pour sortir, place de la Bastille, dans le froid soudain installé en l’espace de quelques heures, à grand coup de vent d’automne. Oui, c’es vrai. Ce fut un peu brutal. Faudrait peut-être instaurer un système de sas de décompression pour les personnes sensibles. Afin de redescendre par pallier vers la réalité, comme lorsque qu’on remonte d’une longue plongée.

Heureusement on peut s’en reprendre une coupe à la maison en se repassant les cd. Et puis on en a des petits bout qui traînent sur le web. Je vous en mets un pour ne pas finir cet article d’une manière trop aride. Ce n’est pas la mise en scène que nous avons vu. Mais c’est quand même Waltraud Meier. Et c’est Wagner. Et c’est, oui, la mort d’Isolde.

lundi 17 novembre 2008

Dublin-Belfast-Glasgow-Edimbourg-Glasgow-Belfast-Dublin-1

D’aucunes, d’aucuns, trouveront que c’est un peu de la paresse. D’autres penseront que c’est pas plus mal et que ça repose. Bref cet article va être principalement composé de photos. Certes.
Ne me remerciez pas !...
D’autant que ces photos ne sont pas de moi. Elle sont de Greg. Ce sont les photos, une partie des 756852 photos, qu’il a prises avec son appareil tout neuf et hyperbolique spécialement acquis pour l’occasion de notre petite escapade commune à Dublin, à Glasgow via Belfast, à Edimbourg, retour par Glasgow et Belfast, puis vol Dublin Paris.
Enfin, quand je dis que ces photos ne sont pas moi, ce n’est pas tout à fait exact. En fait Greg m’a prêté son appareil, ainsi qu’un peu à tout le monde, particulièrement à Dublin où nous retrouvions dans un premier temps un groupe d’amis qu’il a connus et fréquentés à Munich. (Voir épisode précédents).
Donc en fait ce qu’on peut dire c’est que ce sont des photos de l’appareil photo de Greg : ceci dit vous reconnaîtrez celles qu’il a prises : premièrement parce qu’il n’est pas dessus, secondement parce que ce sont les plus belles.
Et afin de taire les supputations oiseuses, je ne dis pas ça pour le flatter, mais pour bien marquer que Greg n’est pas un petit ami : c’est un grand ami. Ok !?!
Une dernière chose : je ne mets pas de légendes sous ces photos pourtant promises à un destin légendaire. D’une part c’est mon séduisant côté paradoxal, d’autre part ce n’est qu’un premier article sur ce sujet. Y’aura des explications à venir …

Et bien sur ce premier choix est absolument arbitraire …