"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

mercredi 12 décembre 2007

T. Anomnyme A. 11/12/07

Délices en délire

N’avez-vous jamais été amusé à décrypter le langage ampoulé des restaurateurs ?L’appellation compliquée des mets et entremets crée l’illusion de la haute cuisine.
- Salpicon de veau élevé sous la mère en son roux de velouté de champignons = blanquette de veau
- Miettes de filet mignon et leurs fouillis de pommes des champs en leur jus = hachis Parmentier
- Hachis de paleron de bœuf et ses beignets de morelle tubéreuse de pays = hamburger/frites
- Effilochée de poisson irisé de la baie de Concarneau en sa marinade sancerroise = maquereau au vin blanc
- Turbans de semoule de froment al dente dans sa terrine de grès = nouilles
- Méli-mélo du poulailler aux fins copeaux de Fribourg = omelette au fromage
- Perles de l’océan délicatement oléaginées et leur farandole de petites arêtes = sardines à l’huile
- Consommé du jardinier de Louis le Quatorzième à Fontainebleau = soupe de légumes
- Emincé de germon en son huile parfumée au sel de Guérande dans son bateau de fer-blanc = thon à l’huile
Bon appétit !Rien à envier aux Précieuses Ridicules, me direz-vous ! Les média ne sont pas en reste. Ils s’inspirent aussi des folies de Molière. Tout le monde connaît déjà la fameuse technicienne de surface qui permet à la femme de ménage de se croire investie d’un nouveau statut social. Ainsi la caissière est devenue hôtesse de caisse, les handicapés des personnes à mobilité réduite, les chômeurs des demandeurs d’emploi, la mère célibataire un parent isolé, les racailles des jeunes de quartiers défavorisés, le berger un chef d’exploitation d’élevage de bétail au sol, l’éboueur un agent de traitement des déchets urbains, le cancre un inappétant scolaire ( !) et une bavure devient un dysfonctionnement, un bombardement une frappe aérienne, les cambriolages des délinquances de proximité, le capitalisme l’économie de marché, la corruption les affaires, la crise la récession, la démocratie la transparence, le ghetto la zone sensible, le laid l’esthétiquement différent, le mouroir l’unité de soins palliatifs, le racisme les tensions interculturelles, le tiers-monde les pays en voie de développement, etcaetering…

Soyez politiquement correct : c’est le premier message. Le second étant : coupez plus d’arbres, nous avons plus de choses importantes à écrire ! La planète ? Quoi la planète ? On s’en fout de la planète ! Qu’elle se contente de se réchauffer !Les journalistes, sans doute frustrés de création philologiques, ont tendance, l’avez-vous remarqué ? à ériger la métaphore en dogme. Vous connaissiez la version classique de «La Cigale et la Fourmi », en voici une version passée à la moulinette journaleuse :

De source généralement bien informée et dûment autorisée, nous apprenons qu’un insecte de type cigale aurait, sous réserve, été fortement fragilisé par les rigueurs conjuguées de la baisse du mercure et de la chute du thermomètre qui ont, comme chacun sait, franchi ces derniers jours la ligne jaune de l’inacceptable. Il semblerait que ledit homoptère, qu’on pourrait taxer d’une certaine insouciance, voire d’une insouciance certaine, n’aurait pas su gérer, au dam de ses congénères qui vivent également en milieu arboré, le stockage d’un précieux viatique qui lui aurait permis de faire face à l’offensive inopinée du général Hiver. Fragilisée, je cite, par une légèreté atavique qui serait, selon d’aucun, son talon d’Achille, et par une propension à chanter pendant la trêve estivale, c’était donc, pour la cigale, la rentrée de tous les dangers.Clouée au pilori et peu encline à passer sous les fourches caudines de quelques Cassandre qui la voyaient déjà sacrifiée sur l’autel de son incroyable insouciance, elle se risqua à solliciter Dame Fourmi, sa voisine de palier, dont la réputation de sérieux est de notoriété publique. On se souvient en effet à quel point ce noyau dur de la courageuse famille des hyménoptères a toujours su se tailler la part du lion après avoir tant mangé de vaches maigres. Donc un parcours sans fautes malgré les zones de fluctuations et autres turbulences. C’est ainsi qu’on ne s’étonnera pas d’apprendre que la fourmi, non contente de sortir immédiatement le carton rouge et de renvoyer la cigale dans ses buts, s’empressa de fustiger les thuriféraires d’une politique économique cigalienne rétrograde et dépassée au jour d’aujourd’hui.Devant cette partie de bras de fer et ce tir de barrage, la cigale, refusant de baisser la garde, proposa en désespoir de cause de revoir ses prétentions à la baisse pour donner encore un peu de grain à moudre à un débat qui risquait de tourner court. Elle prétendit même être victime d’un lynchage médiatico-judiciaire. Réponse sans appel de la représentative hyménoptérienne bien décidée à porter l’estocade : « Vous qui avez si bien pratiqué le bel canto, pourquoi ne pas tenter un nouveau challenge en vous adonnant à la chorégraphie de Casse-Noisette le 14 décembre à l’opéra ? »

Dans un tout autre registre, mais toujours partie de notre entreprise encyclique, je ne peux résister ici de vous faire part d’un jeu dont j’avais entendu parlé il y a quelques années.

Européens, attention, ceci vous concerne ! La Commission européenne a finalement tranché : après la monnaie unique, l’Union Européenne va se doter d’une langue unique, à savoir… le français.Trois langues étaient en compétition : le français (parlé par le plus grand nombre de pays de l’UE), l’allemand (parlé par le plus grand nombre d’habitants de l’UE) et l’anglais (langue internationale par excellence). L’anglais a vite été écarté, pour deux raisons : il aurait été le cheval de Troie économique des USA, et les Britanniques ont vu leur influence limitée au profit du couple franco-allemand en raison de leur légendaire réticence à s’impliquer dans la construction européenne. Bref, le choix a fait l’objet d’un compromis, les Allemands ayant obtenu que l’orthographe du français, particulièrement difficile à maîtriser, soit réformée dans le cadre d’un plan quinquennal , afin d’aboutir à l’eurofrançais.La première année, tous les accents seront supprimés et les sons actuellement distribués entre s, z, c, k et q seront répartis entre z et k, ze ki permettra de zupprimer beaukoup de la konfuzion aktuelle.La deuxieme annee, on remplazera le ph par f, ze ki aura pour effet de rakourzir un mot komme fotografe de kelke 20%.La troizieme annee, des modifikazions plus draztikes zeront pozzibles, notamment ne plus redoubler les lettres ki l’étaient : touz ont aussi le prinzip de la suprezion des e muets, zourz eternel de konfuzion, en efet, tou kom l’autr letr muet.La katriem ane, les gens zeron devenus rezeptifs a de changemens majeurs, tel ke remplazer g zoi par ch, zoi par k, zelon les kas, ze ki zimplifira davantach l’ekritur de touz.Duran la zinkiem ane, le b zera remplaze par le p et le v zera lui auzi apandone au profi du f. Efidamen, on kagnera ainzi pluzieur touch zur le klafie. Un foi ze plan de zink an achefe, l’ortograf zera devenu lochik et le chen pouron ze komprendr et komunike.Le ref de l’unite kulturel de l’Europ zera devenu realite !
Kros piz a fou !
T.

1 commentaire:

Thy Wanek a dit…

C’est tout un journal anthologique !!!
Petit rappel dont j’espère que le prestige vous agréera : relevé par Monsieur Desproges lui-même sur la carte de chez Maxim’s : suprême vinaigrier aux écorces vermeilles : carottes râpées …
Les arbres qu’on coupe et le journalisme qu’on cultive : au lieu de faire le contraire ?!?...
Le rapprochement des allemands et des français par la langue … Bonne idée !!!
Quant à la cigale, il ne reste plus qu’à savoir si elle arrivera à improviser assez bien pour s’intégrer, à la patte levée, sur la scène du Palais Garnier : dommage, je ne pourrais pas y être : mais je compte sur votre reportage !

Bisendre.
T.