"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

lundi 10 décembre 2007

Si loin, si proche.

(titre emprunté à Monsieur Wim Wenders)

Que nous dirait l’approche dont le loin qui règne
Nous ferait ignorant et qu’il faudrait qu’on feigne
De ne pouvoir apprendre pour s’en emparer
Qu’en réduisant les pas qui croient nous séparer.

Aiguille d’acier en scalpel
Une main chirurgienne cisèle
Un message en aveugle incarné
Pour ouvrir sa surface ordonnée.

Au seuil de mon refuge les vents capricieux
Persiflent sous la porte et piaffent impérieux.
Ce serait si facile d’aller m’emportant
Débrailler sur leur dos mon étroit contenant.

Tableau qu’il a peint en écrit.
Je scrute ce qu’il y décrit.
Chaque détail me rapprochant
Pour voir l’ensemble m’éloignant.

Je suis des yeux son cours dans un lit de torrent.
Seules sures les berges en guident le courrant.
Saisi par le mélange des eaux qui s’écoulent,
Je sonde à combien de profondeur elles roulent.

Il dit qu’il fait froid et qu’il pleut,
Que le songe ment au cœur creux,
Dit son âme au désir de rien,
Ses mains où nulle nuit ne tient.

On doit espèrer beaucoup mieux
Que l’inventaire de nos lieux.
S’y reconnaître c’est un bien
Mais que parfois l’orgueil contient.

Dans cet orgueil-là je renonce à la conquête,
Jusque pour rejeter toute option de requête.
Le flot que je contemple est ma propriété,
Tant que la solitude a ma complicité.

Là où nous survivons d’autres jours, d’autres nuits,
Ne sont pas ces surfaces que le prix réduit.
On décide sur soi d’un intérieur spacieux
Pour vivre ce qu’on est, aussi vaste qu’on veut.

A un autre on s’y rend visible,
A un autre on s’y rend sensible.
Mais d’où vient alors qu’on se sache,
Et qui commande qu’on s’attache ?

Et quelle trace faut-il faire ?
S’il y a mieux que l’inventaire
Et que la mesure des âmes,
Ce sont des témoins qui le trament.

Bien sur nul n’est contraint à témoigner de soi.
Mais si je veux parler du pays que je vois,
De l’aube, de l’écume et du fou et du sang,
Je parle aussi de qui m’a montré son vivant.

Pour parer le danger si des frontières tremblent,
A force d’y confondre ce qui se ressemble,
Nous avons la ressource, en quelques mots, qui tient :
Retenons que nous ne sommes tenus à rien.

Je détaille les maux qui s’esquissent,
Les craintes, les émois qui bruissent.
Je devine dans les nuances,
Et l’approche et les dissemblances.

Donc je ne cesserai de dire,
Et je ne cesserai d’écrire,
De cet autre fortuit croisé
Dans les mondes où je vais puiser.

Je ne résiste jamais aux intempéries
Je les attends, je les accueille, je les vis.
Je ne voudrais pas des mondes déserts détruits,
Mais peuplés par un nous : non de lui, mais par lui.

Ce que je me promets c’est de devenir libre.
Un passager aux masques ôtés un à un.
Un captifs élargis jouant des équilibres.
Et réussir un jour à n’être que quelqu’un.

Je garde l’énigme au tableau.
C’est encore un coffret de maux,
Et d’éclats et d’émois sans point,
Pour m’en nourrir, mais de plus loin.

Ne rien croire qui nous oblige.
Laisser vivre tous les vertiges.

3 commentaires:

anonyme a. a dit…

L’écrit comme méprise a souvent de la saveur oui, mais perd tant en sens, perd tant pour ne rester que salive au bord des lèvres, et au bord des mots ça brûle, alors que je préfèrerais que ça brume. Oui, sûrement une autre mode pour les cendres, mais qui reste encore dans la grisaille d’un lundi. L’écrit sans saveur devient-il sans valeur ? Est-ce bien à moi de le dire ? Cela donnerait encore une autre vision sur mes mots, à juste titre, encore que je ne vois pas quel titre poser sur ces mots supposés, ces mots dits, mots qu’on respire ou qu’on souffle, mots qu’on délire ou qu’on souffre, on se dédie, on se précise, on se vaut, on se prépare à la dédicace, souvent dans les larmes, mais pardonne-t-on un jour, une heure ? Je suis au bord de ces sens-là, au bord de ce qui secoue, dans le silence qui exhale plus que les cris. Des mots sans vérité, mais aussi avec vérité… avec et sans, comme si c’était parfois la même chose, cette chose qui tient le moment, ce souffle qui guette à coeur, qui ne se prend pas à pleins poumons, et croyez moi le souffle, c’est une affaire sérieuse. Elle s’erre, cette respiration, cette histoire. Ces mots qu’on reprend sans cesse pour la finir. Il semble que je sois figé dans une pénible erreur, que le temps se soit arrêté un soir, et que plus rien ne me soit possible. Etrange et froid, si froid et trop froid que je fais étrangement glacial à l’intérieur. Mais je ne peux que porter mon spleen sur la peau, mes chaînes et rêver tant et tant à un avenir où je serai libre, enfin, dans ce paradis blanc.
T.

anonyme a. a dit…

je suis en cessation d’écriture
si peau pour peu de tant
ce tant de ruines qui est l’espace
qui se cache dans le silence
tue dans ces mains que je n’ai plus
mains ivres à la mer tombantes
à choisir l’envers ou l’enfer
qui se voue qui se tue
qui se noue dans ce jeu
je me fuis, tu m’empires
je connais les heures noires
et je les porte aux brumes
aux ombres d’oyats morts
aux embruns glacés de la nuit
d’ instants reconductibles
d’un amour incombustible
j’ai entendu ce que tu tais
fleur d’âme qui s’ecchymose
fleur sans épine mais si morose
toi qui chances pour moi
moi qui danse pour tant
et si je suis le chemin
et si tu fuis le matin
ne te retourner pas pour pleurer
les limbes où se réfugie l’enfance
traces d’amour aux larmes séchées
à portée de patience tu as remonté
le lit de mes dits doigts
quand tu me danses sur le fil
de tes proches souvenirs
pour me hisser comme un drapeau
qui éclaire plus loin encore
quand dans le sable te trouves
le grain d’or qui se hausse
et que mes châteaux s’écroulent
que je gagne en quelques mots
tout le poids de mon armistice
que j’oppose tout à l’enfer
ce que me donnerait à l’envi
une seule nuit et un seul jour
l’envers de mon envie
tu l’as su dans tes mots
et dans cette main tendue
où mes yeux m’ont rien vu
et si je suis
alors tu es
T.

Thy Wanek a dit…

Oui j’ai éprouvé de l’aridité. Comme une cessation d’écriture mais voulant encore écrire.
Je reçois tous ces mots, tes mots. Vacillement. Vertige. Il y a tant encore à dire, et donc au-delà du tableau. Bien au-delà. Je vais avoir besoin que la nuit vienne, que je sois rentré chez moi. Que l’heure de t’écrire encore sois de celles qui me sont le moins étrangères. Et je te le dis, pour que tu le saches aussi.
Et que je sache que tu le sais.
T.