"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

mercredi 12 décembre 2007

Ramayade

Ramayade : n.f. de Rama, prénom d’une sympathique copine de chef d’état, et de Yade, nom d’une sympathique copine de chef d’état. Précisions, afin d’éviter tout malentendu, que le prénom et le nom appartiennent à la même sympathique personne, et que le chef d’état dont elle est la copine est un seul et même individu, quoiqu’on en pense. Rappelons au passage que la sympathique copine en question est également, du fait d’être copine du chef d’état, membre du gouvernement que dirige ce même chef d’état, (voyez comme les choses sont bien faites), et qu’elle y occupe la place, ô combien convoitée, de Secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme. (Donc de la femme aussi, suppose-t-on …) C’est d’ailleurs à ce titre de secrétaire d’état qu’elle inspira l’usage de ce substantif en l’an de grâce de cette année, de la façon que nous allons, sans plus attendre, expliciter.
Procédons par illustration c’est toujours plus imagé. (Nooon ?!? Siii !)
A l’occasion de devoir finaliser un certain nombre de tractations de type profondément magouillesques, le chef d’état, (appelons-le Maurice), invite chez lui un autre chef d’état, (appelons-le … Ubuh – avec un h à la fin car c’est un chef d’état de type nord-africain alors que Maurice est un chef d’état de type plutôt nord-américain), donc Maurice reçoit Ubuh. Ubuh est un chef d’état sympathique mais ferme, et pas que sur les prix. Comme il est grand, beau, magnanime, juste, équitable et intelligent, il n’a pas besoin d’opposition dans son pays. Donc tous les rigolos de service qui auraient dans l’idée de dire qu’Ubuh n’est pas grand, beau, magnanime, juste, équitable et intelligent, sont fortement soupçonnables d’être des vilains qui ne pensent qu’à leur petite carrière personnelle, qui n’ont d’autre ambition que d’être Ubuh à la place d’Ubuh, et donc de vouloir nuire par là même au bonheur du peuple, lequel ne tarit pas d’éloge au sujet de son chef, sinon … Pif ! Paf ! Pour compléter ses activités de chef d’état Ubuh n’a pas hésité à payer de sa personne en faisant descendre des avions pleins de gens encore vivants, et en enfermant pendant neuf ans une bonne poignée d’infirmières bulgares et un médecin palestinien alors qu’ils n’étaient même pas malades ; ceci dit Ubuh, pour ne pas nuire à sa divine logique, et pour justifier que ces braves gens gardent le lit, les a fait torturer : il suffisait d’y penser. C’est d’autant plus méritant que les prisons d’Ubuh sont déjà pleines à craquer de tous ceux qui font rien qu’à dire que Ubuh n’est pas un bon chef d’état.
Mais Maurice, grâce à une vision relevant du sixième sens à gourmette que chez ces parvenus on appelle couramment le sens du fric, autrement nommé affairisme, a trouvé récemment qu’Ubuh devait être encouragé dans le développement de sa grandeur humaniste, car il a un bon fond, d’ailleurs il en a plusieurs, et qu’il n’y avait rien de plus encourageant pour un mec comme lui que de se voir confier des avions de transport de passagers, (même sans passagers), des centrales nucléaires, et des avions de chasse que de toute façon personne d’autre ne veut nous acheter. Donc Ubuh vient voir Maurice pour faire ses emplettes. Las, chez Maurice c’est un pays hélas bien différent. Ce n’est pas parce que les prisons sont pleines qu’on ne peut pas y mettre les gens qui ne sont pas d’accord avec le chef d’état. C’est parce qu’on a une étrange maladie, ordinairement souhaitée à toute civilisation par les visionnaires qui pensent que toutes les autres maladies sont éminemment plus graves : la Démocratie. Donc dans le pays de Maurice pleins de gens se sont mis en tête, avec ou sans micro, avec ou sans caméra, de dire que tout de même ce n’était carrément pas convenable, voir tout à fait scandalosissime, de recevoir ce bouffon à ray-ban, qui découpe en rondelles tous ceux qui lui déplaisent, sous prétexte qu’il a largement le pognon, et plus que le pognon, pour nous acheter de quoi renforcer pour plusieurs générations son pouvoir d’épouvantail psychopathe. Y’a qu’à voir la progéniture !...
Heureusement Maurice est un garçon prévoyant. C’est pour ça qu’il a mis une copine à lui Secrétaire d’Etat aux droit de l’Homme. Au moment de voir déferler la vague de protestations, hop, toute l’attention s’est concentrée sur la jolie jeune secrétaire, Rama Yade, donc, qui nous a lancé avec l’assurance d’une vieille routière de la Comédie Française, sur un texte peut-être d’elle, mais c’est pas sur, deux points, ouvrez les guillements : « (merci) "Notre pays n'est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits (point, fermez les guillemets".(merci) Le premier que j’entends pouffer est viré.
Voilà donc ce que c’est qu’une ramayade.
Une déclaration solennelle, indignée, autant que faire se peut, (reconnaissons que la copine de Maurice a mis la barre assez haut !), pour s’insurger contre ce que fait votre meilleur pote, sans que ça le gène puisque c’est sur ses instructions, et en faisant en sorte que du coup toute autre déclaration solennelle et indignée passera au mieux pour un pâle écho de la votre, au pire comme de la contestation de pure forme, à la limite trop politicienne pour être honnête.
A priori, jusqu’à aujourd’hui, le langage diplomatique recelait assez de vocabulaire pour fournir la cuisine de l’hypocrisie. Mais en ces temps de rupture, il n’était pas inutile de prévoir de nouvelles ressources. Maurice et Ubuh devraient financer une étude de marché sur les mérites comparés d’une part de découper ses opposants en rondelles et d’autre part de faire opposition soi-même. Parce que la Démocratie, hein, faudra bien en guérir un jour tout de même ! Non de d’là ! Sinon ça va continuer encore combien de temps à nous déranger le p’tit commerce ?...

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