"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

mardi 11 décembre 2007

Pas de Moi, mais pas mal quand même ...

Ne nous mouchons pas du coude mais soyons humble : avec un peu de souplesse on peut très bien y arriver : voici une nouvelle rubrique qui va s’appeler en toute simplicité : « Pas de Moi, mais pas mal quand même … »
Il vient en effet de me prendre, (c’est pas terrible ça comme construction … Bon allez tant pis je laisse …), donc la la la, de profiter de ce blog pour vous faire partager des choses que j’aime, qui me plaisent, agrémentées ou non d’un commentaire, ce sera selon l’humeur.
Nous allons commencer si vous le voulez bien, (proposition totalement malhonnête puisque d’une part vous n’êtes pas en mesure de répondre, et que d’autre part quoique vous répondissiez, ma décision est prise, et comme avait dit Monsieur Chirac en reprenant les essais nucléaire à Mururoa, pour fêter son avènement en 1995 : « ma décision est irrévocable ! », nous allons donc commencer disais-je, avant de m’interrompre moi-même, par un poème de Monsieur Stéphane Mallarmé. Je vous préviens, c’est pas du tout rigolo : mais comme je dis souvent c’est pas parce que c’est pas rigolo que c’est pas bien.
Pour bien marquer la teneur peu festive de ce sonnet j’ai eu l’idée, ô combien pertinente, de l’illustrer avec un dessin de Monsieur Victor Hugo, soi-même, qui s’appelle « Le Phare » : ça met dans l’ambiance !
Ah oui, le sonnet s’appelle « Angoisse » : je vous avais prévenu !



Angoisse.

Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête
En qui vont les péchés d’un peuple, ni creuser
Dans tes cheveux impurs une sombre tempête
Sous l’incurable ennui que verse mon baiser :

Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songe
Planant sous les rideaux inconnus du remord,
Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges,
Toi qui sur le néant en sais plus que les morts :

Car le Vice, rongeant ma native noblesse
M’a comme toi marqué de sa stérilité,
Mais tandis que ton sein de pierre est habité

Par un cœur que la dent d’aucun crime ne blesse,
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul,
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

Stéphane Mallarmé

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