"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

mardi 4 décembre 2007

Lunédir

Lunédir : (à partir des travaux de recherche de notre éminent camallègue Anonyme A. devenu finalement T. (ce qui m’agrée (de canard) car autant le A. au jasmin, ça me laissait perplexe, autant le thé au jasmin me convainc totalement) travaux qui aboutirent dans un premier temps à « lundir » avant proposition complémentaire en sus, qui parvint tout récemment à lunédir) v.t. du calendo-agendo-lunien lundi, donc ça déjà c’est clair (de lune), et de pas grand chose d’autre à part un petit « é » au milieu dont on pourra sans faute de goût apprécier le charme à la fois discret et déterminant, et une terminaison en infinitif qui tend à pouvoir faire de ce verbe un adhérent du 2me groupe ou du 3me groupe, selon qu’on participerait au présent en lunédant ou en lunédissant.
Originellement le sens est : ne pas être en grande forme, surtout s’il pleut, après un weekend de farniente.
Plus amplement, signifie atterrir au premier jour de la semaine, entendant par là semaine de travail, après certes être débarrassé de l’encombrant gigot au haricot du déjeuner dominical, voire, pour les plus pervers d’entre nous, du poulet du samedi midi, mais avec la certitude qu’il va de nouveau falloir mettre cinq jours avant de se retrouver au bord du vendredi soir avec la ferme intention, cette fois-ci c’est sur, on va pas se faire avoir, d’user du week-end pour d’autres occupations que manger toujours la même chose, allez voir toujours les mêmes papy et mamy, sortir en boite avec toujours les mêmes copains, et dans la même boite d’ennui, avoir toujours la même tête défaite le dimanche soir, se dire qu’on va se coucher tôt comme ça au moins on sera un peu plus frais que d’habitude le lendemain, mais voila y’a ce film très con à la télé, ça va nous reposer un peu les neurones, pis après y’a encore un autre truc sur TF2, et finalement on s’endort à 2 heure du matin, sans même parfois s’être envoyer en l’air, près à lunédir dés la prochaine aube, et même s’il ne pleut pas, il pleut quand même.
Il va sans dire que nous ne perdons pas de vue, mais c’est mieux d’en parler néanmoins pour éviter tout malentendu dans la mesure où quand tout n’est pas clair (de lune), c’est qu’il reste possiblement des zones d’ombre, va sans dire, donc, que la notion de farniente, présente dans l’acception d’origine du mot peut paraître avoir quelque peu subi un certain estompage au redéploiement définitionnel : c’est sans doute qu’on s’aventurera à assimiler au farniente les concepts tel que papy, mamy, gigot, poulet, télé, copains, copines, boite d’ennui, etc … Non ça ne me semble pas trop malhonnête ! (Par rapport à la moyenne de ce dictionnaire …)
Du reste la citation de notre éminent camallègue, à l’appui de ses travaux de recherche, laisse assez la porte ouverte à toutes les issues : «Chaque semaine je lunédis pendant au moins deux jours pour me remettre des allers-retours en train du weekend. » On notera tout de suite l’utilité de ne pas voir d’un œil trop lubrique l’allusion aux allers-retours en train : merci.
On le voit lunédir n’est certainement pas un verbe inutile : sauf pour certaines catégories de personnes : exemples :
Les personnes qui n’ont pas de papy, pas de mamy, pas de copains, pas de copines, qui ne vont jamais en boite, qui ne mange jamais de gigot ni de poulet, ni le samedi ni le dimanche et qui n’ont pas la télé, lunédissent moins que la moyenne de nos contemporains, voire pas du tout. Ces personnes s’occupent, ou s’encombrent autrement, c’est tout.
Les personnes qui ont à cœur de se donner corps et âmes au redressement du pays et qui, pour ce faire, travaillent sept jours sur sept, 10 heures par jours, pour un salaire judicieusement en rapport avec les besoins calculés au plus juste des actionnaires, ne lunédissent pas : elles ont mieux à faire.
Les personnes en charge de dépenser leurs fortunes considérables en activités diverses afin que le bon peuple puisse trouver le plus possible un sens à sa condition subalterne, en les voyant se goberger dans des océans de vulgarité en premières pages de tous les paris-match et de leur dérivés de fond de trou d’aisance, ne lunédissent pas non plus : non mais franchement, et puis quoi encore ?!?
Les cohortes de parasites qui encombrent les statistiques du chômage à force de ne pas vouloir se reconvertir en employabilité en adaptant leurs diplômes exagérément revendiqués à des fonctions plus modestes et moins onéreuses, enfin quoi, un peu de réalisme n’a jamais fait de mal à personnes, et qui de ce fait se rassurent outrancièrement dans la fatalité d’une oisiveté dont on sait de qui elle est la mère, sont assez étrangers au fait de lunédir. (Mais c’est bientôt fini tout ça ! Vous allez voir ce que vous allez voir !...Gnark, gnark, gnark …)

Mais lunédir cache d’autres ressources de nature parfaitement renversantes : ridénul n’est pas la moindre même si pas la seule. Lunédir est un verbe qui commence : au commencement était peut-être ce verbe d’ailleurs et aucun autre. Nous arrivions. Nous débutions. Nous miroitions un peu hagard à la fleur des surfaces. Nous lunédissions et nous ridénulions. Pas impossible d’ailleurs que ridénul soit rien moins qu’un verbe du 4me ou 5me groupe. Il n’est pas permis à l’heure où nous mettons sous presse de dire s’il s’agit d’un verbe régulier ou irrégulier. Nous étions bouchbés de sens fusant dans toutes les directions : vers nos nous-mêmes effarouchés, solitaires et sauvages, et pour cause : à qui faire confiance… Donc nous nous sommes mis à choisir, enfin, à opter : fonction d’un obscur énervement de curiosité, et nous avons rigolé de la méfiance mémère matoise tricotant sa chrysalide autour d’elle, avec des meurtrières pour lorgner. Fonction d’une peur de racrapotage, et nous avons du fuir depuis, et nous fuyons encore, et nous fuyons toujours, l’œil noir et l’horreur profonde du trou de fusil glissé dans la maille du mur mou et haineux.
Par delà les fatigues, pourtant, par delà Dorian Gray et nos vieillismes stupidifiés de honte, par delà nos charnières rouillantes, nos chairs affamées de paix et d’amour, nos âmes pleines de savoir manquer pour croire en avoir assez, nous recommençons. Le premier jour, comme le simple jour, revient incessamment. Nous prions verticalement et cultivons horizontalement. Absides étendues devant nous et ordonnées auxquelles nous nous adossons, pensifs, la tête renversée, les reins cambrés. Amoureux d’être en vie. Lascifs et pâles. Flottants, fébriles, mais tranquilles. Nous aimons déjà. Ne nous fait plus défaut que de nous voir en autre. Nous géométrisons nos mains, nos regards, une douceur à l’épaule, un appui dans le bas du dos. Nous revoila près à vivre comme si tout était neuf puisque rien ne l’est plus depuis toujours.
Nous interrogeons la Lune.
Qui donne tort alors, ne donne rien. Devrait se taire.
Dans les hésitations auxquelles lunédir comme ridénul nous invitent également, on m’indique qu’il y aurait des papillons falaisiens. Plus exactement des couleurs de papillons falaisiens. Enfin, des couleurs envisageables. Qu’on puisse mettre en visage en quelque sorte. Nous ne manquons pas d’espace. Nous ne manquons pas de surface à traverser, à transgresser. Ni de pinceaux pour les ailes. Ni de cruauté pour écraser les punaises entomologistes. Ni de falaises pour nous envoler. Hop ! Comme Thelma et Louise.
Papillons du lunbleudi.
Et puis le temps est toujours plus vieux.
Si c’est à lunédir, c’est vraiment pas plus mal.
Les autres jours sont là.

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