"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

mercredi 12 décembre 2007

Injeudible

Injeudible : (A-t-on besoin de rappeler que comme chaque jour de la semaine, c’est à l’inspiration de notre ineffable, (et pas que De La fontaine – quoique …), et cher contricipateur T. que nous devons cette nouvelle invention. Ajoutons que T. après quelques doutes qu’ont fait naître ses intentions mercrediurnes, a finalement été confirmé dans sa toute fraîche dignité de Grand Semainier de ce Dictionnaire Anaphabétique.) adj. De jeudi lui même issu du latin Jovis dies signifiant jour de Jupiter. Ce n’est pas spécialement à la grosse planète du système solaire qu’on fait ici référence. Même si celle-ci fait bien son importante avec sa grosse masse, ses satellites à ne plus savoir qu’en faire, et bien qu’elle soit visible aussi dans le ciel certains jeudi : ceci n’étant que pure coïncidence. Non, c’est encore une fois à un dieu romain qu’on doit le nom du quatrième jour de la semaine. Et pas le moindre puisque c’était le chef des dieux. On ne va pas ici retracer son parcours, son ascension, (c’est le cas de le dire), ni ses parties de jambes en l’air, ce n’est pas le sujet. (C’était quand même un sacré niqueur, passez-moi l’expression !) Et du préfixe « in » qui prévoit en principe quelque chose de l’ordre d’un empêchement. Et, effectivement, signifie « impossible d'être fait ou organisé le jeudi » ainsi que nous le précise donc le Grand Semainier que nous savons. Exemple : «La réunion est vraiment injeudible la semaine prochaine, mais est-ce que mardi matin vous conviendrait ? »
Vous aurez compris car il vous reste encore assez de temps de cerveau disponible même après avoir gaver votre charmant encéphale de plusieurs doses de messages à caractères promotionnels, qu’injeudible s’entend pour du ponctuel comme pour du permanent. Quelque chose peut-être injeudible, telle ou telle semaine, mais pas toutes les semaines. Ainsi cette réunion dont l’exemple présente la situation. De même une chose peut-être injeudible toutes les semaines que Jupiter faisait quand c’était son boulot avant qu’il ne se fasse rattraper par la concurrence, et que l’unification du Panthéon et de l’Olympe soit réalisée au bénéfice de Dieu tout court.(Le mot est faible).
Illustrations : dans une des scènes du livre des très riches heures du Président à gourmette, on peut lire un échange où Madame Rachidati, fait part de son souhait, afin de pouvoir faire les magasins avec une copine qui n’est libre que mercrediurnement, de déplacer le conseil des ministres au jeudi. Le Président lui répond alors, sur un texte qui n’est pas d’Henri Guaino, pour une fois, que ce n’est pas possible, et que sauf impératif majeur, recevoir Kadhafi notamment, le conseil des ministres est injeudible. Madame Rachidati, très déçue que ses problèmes de shopping ne relèvent pas d’un impératif majeur est partie, furibonde, donnant au passage un grand coup de sac à main Dior dans la tête de Madame Rama Yade qui passait malencontreusement par là.
N.b. On notera en l’occurrence un emploi du mot injeudible de caractère permanent.

Pas plus tard qu’il n’y a pas longtemps notre précieux Grand Semainier m’a proposé d’aller casser des noisettes à l’Opéra avec un balais ; (je n’ai pas demandé de détail sur le moment songeant à en demander plus tard quand même – bah oui, ça m’a intrigué !...) Et bien ça pour moi cette semaine c’est injeudible. Ceci dit c’est pas possible non plus le lendemain. Du coup il est prévu d’y retrouver une cigale. (J’espère qu’elle chante mieux que moi, encore qu’avec un balais …) Bon ce n’est que partie remise …
N.b. On notera ici l’emploi d’injeudible dans une situation ponctuelle.

Verbatim d’un récent entretien entre Monsieur B. XVI, P.D.G. du Vatican, avec son cardinal chargé de la promotion et de la diffusion de la messe (sans contrepèterie, merci) :
M. B. XVI : - Dites mon cardinal je voudrais faire le point : vous en êtes où au sujet de la défense de la messe ?
Le Cardinal : - Ben voilà mon Saint Père... On en a la dimanche, ça, ça se maintient à peu près. Mais les autres jours c’est compliqué. Ou les gens sont complètement lunédant. Ou il sont tout juste en train de s’amardir. Mercrediurnement, je me suis renseigné, c’est un peu le bordel, si vous voulez bien me passer l’expression, personne ne sait plus ni le jour ni la nuit. Ca me paraît par ailleurs tout à fait injeudible, et après c’est le week-end.
M.B. XVI : - Vous vous foutez du monde ! Vous croyez que la banque Ambrosiani vous paye pour quoi ? Trouvez-moi une idée ! Et tout de suite !
Alors le Cardinal, fustigé, s’insurgea :
- Eh ! Oh ! Ca va de me parler comme ça hein ! Il avait qu’à faire plus de jours dans la semaine l’autre là-haut ! C’est vrai quoi ! C’est toujours les mêmes qui se font engueuler ! Y’en a marre à la fin ! Sans compter qu’avec votre retour de la messe en lapin ça facilite pas les choses : on va se faire carotter des fidèles, vous allez voir !!!
N.b. On relève ici une incertitude sur l’emploi ponctuel ou permanent d’injeudible : mais bon, là on s’en tape carrément.

Epilogue : notre Grand Semainier avais proposé une variante avec injeudissable : le problème c’est que le sable après t’en as partout !

2 commentaires:

anonyme a. a dit…

J’ai remarqué au fil des conversations que les gens ont du mal à déterminer quand le h doit être aspiré. Surtout lorsqu’ils ont abusé de vin chaud épicé en cette période festive de l’avent.
A lire un texte truffé de h, cela ressemble vite à un entraînement pour les championnats d’apnée (à propos d’apnée, ce mot est-il masculin ou féminin ?).

Arrivés sur les hauteurs des harems huppés, assez hébétés sous nos heaumes, vous vîmes sur des hamacs dans les halls hypostyles des hammams quelques hétaïres hagardes et quelques houris honteuses mais halitueuses, aux hanches hâlées sans habits ou fagotées dans des haillons hideux, futures héroïnes hypocondriaques et sans halo de feuilletonistes habiles plus ou moins hurluberlus, qui buvaient des hypocras hybrides et mangeaient des haricots huileux en fumant des havanes humides, sans honte, gardées hostilement selon leurs habitudes hôtelières par des harpies haïssables mais harassées et des gardes haineux et hargneux armés d’affreuses hallebardes. Nous les harcelâmes de nos hautes haches hiératiques et nous les houspillâmes. Ah, que de belles hécatombes firent nos honorables et honnêtes héros ! Bientôt on entendit les nôtres hurlants hardiment les hâtifs hourras de la victoire. Mais de quelles horreurs historiques ne fûmes-nous pas hasardeusement hantés…

Il y a, vous le savez, des mots masculins à désinence féminine (rien à voir avec les transsexuels du ménage-à-trois orgue, amour et délice) . Ce n’est pas le cas d’apnée. Respirez un bon coup, voilà de quoi vous bouchber :

Morphée, Amédée et Thadée ne sont pas des pygmées sans périnées. Ils n’ont pas accès au gynécée, ni au musée, ni au lycée. Ce n’est qu’à leur apogée, même sans trophée, qu’ils finiront macchabées dans un hypogée près du colisée.

Et donc vous l’avez, oui, constaté : je me suis remis à écrire pour ne rien dire ! Vive le vent d’hiver !
T.

Thy Wanek a dit…

Effectivement apnée est une fille.
Belle leçon de H : attention à force dtrop en aspirer ça peut engendrer des effets diversements désirables.
Cette histoire de H me remet en mémoire des détails dont je n'ai pas parlé dans mon article sur Armide : la façon qu'à l'interprète de prononcer le H de haine est tout simplement sidérant : "Que je le hais, que son mépris m'outrage", "Renaud pour qui ma haine a tant de violence", "C'est pour moi désormais un choix indispensable, de haïr ou de l'aimer."
L'espace qui s'ouvre à chaque fois dans cette aspiration, pour que le mot trouve toute sa force, ça me fige encore à la 1895me écoute à ce jour.
Pas d'inquiètude, votre sens du souffle resistera à vos propres exercices. De quoi en faire rabattre à votre raspoutine en ballerines. (tiens, voilà une jolie rime !...)