"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

samedi 1 décembre 2007

Anonyme A. 30/11/07

Tout le monde connaît la célèbre boîte ronde de la Vache-qui-rit dont le couvercle est orné d’un dessin de vache portant en guise de boucles d’oreilles des boîtes sur lesquelles sont représentées des vaches portant en guise de boucles d’oreilles des boîtes sur lesquelles sont représentées des vaches portant en guise de boucles d’oreilles des boîtes… Ouf ! C’est sans fin, mais j’ai malgré tout pu m’arrêter avant de vous lasser ! Du moins, je l’espère. Cette phrase est en effet théoriquement infinie (comme la pseudoconversation téléphonée à propos du slim dans la pub télévisée) et de même que sur la boîte en question la seule limite à l’emboîtement est l’incapacité du dessinateur à représenter l’infini ou de l’observateur à le concevoir, de même la limite à la longueur d’une phrase, même proustienne, est déterminée par des facteurs humains, donc extra-linguistiques : la mémoire, l’aptitude à encoder ou décoder des messages complexes (à bon entendeur, salut !), des choix stylistiques, etcaetering … tous facteurs extrêmement variables, vous en conviendrez. D’où un léger décalage parfois entre le potentiel du lent gage et les réalisations des commentracteurs.

Desnos (encore lui !) fournit un premier exemple :Maudit soit le père de l’épouse du forgeron qui forgea le fer de la cognée avec laquelle le bûcheron abattit le chêne dans lequel on sculpta le lit où fut engendré l’arrière-grand-père de l’homme qui conduisit la voiture dans laquelle ta mère rencontra ton père.

Seriez-vous capable de suivre cette histoire que raconte le pompier de Ionesco (in La Cantatrice Chauve) ?

Le pompier –« Le Rhume » : Mon beau-frère avait, du côté paternel, un cousin germain dont un oncle maternel avait un beau-père dont le grand-père paternel avait épousé en secondes noces une jeune indigène dont le frère avait rencontré, dans un de ses voyages, une fille dont il s’était épris et avec laquelle il eut un fils qui se maria avec une pharmacienne intrépide qui n’était autre que la nièce d’un quartier-maître inconnu de la Marine britannique et dont le père adoptif avait une tante parlant couramment l’espagnol et qui était, peut-être, une des petites-filles d’un ingénieur, mort jeune, petit-fils lui-même d’un propriétaire de vignes dont on tirait un vin médiocre, mais qui avait un petit-cousin, casanier, adjudant, dont le fils avait épousé une bien jolie jeune femme, divorcée, dont le premier mari était le fils d’un sincère patriote qui avait su élever dans le désir de faire fortune une de ses filles qui put se marier avec un chasseur qui avait connu Rothschild et dont le frère, après avoir changé plusieurs fois de métier, se maria et eut une fille dont le bisaïeul, chétif, portait des lunettes que lui avait données un sien cousin, bau-frère d’un Portugais, fils naturel d’un meunier, pas trop pauvre, dont le frère de lait avait pris pour femme la fille d’un ancien médecin de campagne, lui-même frère de fils du fils d’un laitier, lui-même fils naturel d’un autre médecin de campagne, marié trois fois de suite dont la troisième femme était la fille de la meilleure sage-femme de la région et qui, veuve de bonne heure, s’était remariée avec un vitrier, plein d’entrain, qui avait fait, à la fille d’un chef de gare, un enfant qui avait su faire son chemin dans la vie et avait épousé une marchande de neuf saisons, dont le père avait un frère, maire d’une petite ville, qui avait pris pour femme une institutrice blonde dont le cousin, pêcheur à la ligne avait pris pour femme une autre institutrice blonde, nommée elle aussi Marie, dont le frère s’était marié à une autre marie, toujours institutrice bonde, et dont le père avait été élevé au Canada par une vieille femme qui était la nièce d’un curé dont la grand-mère attrapait, parfois, en hiver, comme tout le monde, un rhume.

Ouf, la boucle est bouclée. On n’est pas loin de l’Inventaire de Prévert et on arrive quasiment sur la terre promise de Paul Auster, maître de la coïncidence dans la récursivité. Queneau a en outre proposé une combinatoire permettant de composer à partir de dix sonnets (au passage, clin d’œil aux vôtres) quelques cent mille milliards de poèmes différents par simple permutation des vers, sans pour autant friser le cadavre exquis. Et pourtant, force est de constater que le lent gage, avec son inventaire de sons et de signes, dont la sélection et la combinaison obéissent à des règles, peut donner l’illusion d’une combinatoire finie. L’inventionnite de néologismes, de fantaisies verbales, jeux de mots, bref tout ce qui fait que le lent gage est vivant, évolue, tente constamment de voir jusqu’où il peut aller trop loin, constitue donc bien une forme de créativité mirobolifique, à laquelle tout le monde est d’ailleurs plus sensibles en général. CQFD.

Remarquez que j'écris encore pour ne rien dire !

Supercalifragilistiquesexplialidiocieusement vôtre.

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