"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

jeudi 6 décembre 2007

Amardir (s')

Amardir (s’) : (Sur l’aimable proposition de notre poétique camallègue Anonyme A. devenu T. Notons que cette proposition est un verbe réfléchi, ce qui nous ne étonnera pas compte tenu de son inventeur.) v.i. du latin Martis dies signifiant « jour de Mars », mais cela ne veux pas dire qu’il n’y a de jour de Mars qu’en mars. C’est un peu plus compliqué : il y a d’une part le mois de mars et d’autre part le jour de Mars. Le mois de mars revient une fois par an, le plus souvent entre février et avril. Le jour de Mars, plus connu sous le nom de mardi, revient, lui, une fois par semaine, généralement entre le lundi et le mercredi. Ce qui fait qu’il y a notamment plusieurs jours de Mars, donc plusieurs mardi, au mois de mars : on cumule !! Mars étant le dieu de la guerre, précisons-le tout de suite à l’intention d’éventuels connaisseurs forcenés du classement de la star cacadémie, (après tout on ne peut pas tout savoir … ni tout ignorer …), il va sans dire qu’on aura soin chaque mardi du mois de mars de numéroter chacun ses quatre ou cinq membres ainsi que ses bas morceaux, ça peut servir en cas de ramassage par les services du samu ou de la voirie. Et de « a » qui veux tout dire et ne rien dire, avec néanmoins souvent un petit côté privatif qui ne le rend cependant que rarement aussi charmant qu’un jardin du même nom.
Signifie, selon notre éminent camallègue, se redresser et redevenir sérieux et productif après un lundi passé dans une espèce de torpeur laissée par le week-end. Fin de citation.
Exemple : je n'ai pas arrêté de fêter ce week-end, et aujourd'hui j'ai fait la grasse matinée, mais demain je dois vraiment m'amardir. Fin de citation aussi.
Si on s’en réfère à la note divine introduite avec érudition dans l’explicitation racinienne de ce verbe, s’amardir s’entendra effectivement comme une réactivation martiale de facultés sub-persistantes du fait d’excès d’hivers et de demi-saison. D’où l’idée de repartir au combat, ne serait-ce que pour gagner sa vie, ou simplement ne pas trop la perdre, à défaut de gagner la bataille et moins encore la guerre, car là le challenge est de toute façon compromis : rappelons qu’au bout, là-bas, au carrefour des deux routes dont aucune ne va plus nulle part, elle nous attends, la grande ricaneuse dégingandée, avec son bazar agricole pour jouer à la paysanne qui cueille son grain alors qu’elle fait rien qu’à nous couper l’herbe sous le pied, voire, les jours où elle est inspirée, à nous trancher les deux ou trois derniers fils qui suturaient encore notre existence à celles de quelques autres, à quelque part, à quelque chose, du plus extrême bout de son rasoir à champs de blé, avec la malice des enfants qui s’appliquent dans un art où ils sont passés maîtres. Et le yuppies à mâchoires, le sous-cadre à bedaine, la chef de rayon, le ministre bois-langué, la pédégère couillue, les winers de baudruches, les exécutives women, la frôlent sans la savoir : c’est ce qui la fait le plus rigoler : ça plus l’idée qu’elle pourrait si facilement les surprendre. D’ailleurs elle ne s’en prive pas. Des p’tits coups en douce. Et hop l’élément le plus prometteur de l’équipe, sorti brutalement de sa voiture côté pare-brise, et pas tout à fait en entier, à l’autre bout de la place qu’il comptait effectivement traverser à toute vitesse en grillant le feu rouge. De fait il a traversé très vite. Et pour une fois il a pas pu suivre. Le rose fushia satiné de sa cravate étalée sur le capot s’assortit mal des extraits de contenus corporels qui marquent par leur évasion fatale l’irréversibilité du jackpot.
Bon, ben alors, mais qu’est-ce qu’on a aujourd’hui ? Qu’est-ce que c’est que ces humeurs sombres ? Va falloir décidément que je m’amardisse !
(Pas mal, hein, cette transition !)
Bon, donc il est question de se ressaisir ! Or ça ! Bombons le torse ! Ajustons notre maxillaire inférieur ! Réglons notre rythme sur un beat bien burné ! Et finissons-en avec ce rapport qui traîne depuis hier sur le bureau, entre un magasine du Club Med et une boite d’aspirine ! Et hop ! Bouclons-le cet agenda pour la semaine prochaine ! Et paf ! Répondons à notre cher collègue Machin qui nous demande pour la 354me fois comment on fait pour que le xwkz aille bien chercher le trzq dans le jj22 sans avoir à passer par pv55 et sans bouger les oreilles ! Et zou ! L’ordre du jour de la réunion de toute à l’heure est prêt ! Et voilà ! Ca y est ! Réparé la lampe du bureau qui ne fonctionnait plus depuis un mois ! C’est idiot, c’était juste la prise ! Et ... Attention ! Et blonk ! Trop tard ! … La tête fracassée contre le bord du bureau en se relevant !
On ne dénoncera jamais assez les dangers des amardissements trop brutaux. Cause de nombreux accidents du travail, ils sont la plaie de l’entreprise moderne. A cet effet le gouvernement vient de déposer une proposition de loi visant à commencer à s’amardir en lunédant, afin d’une part de réduire les pertes de productivité qui marquent hebdomadairement le premier jour de la semaine, et d’autre part de rendre plus progressif le fait de s’amardir, et donc que ce soit moins le sujet d’inconvénients de toutes sortes inhérents aux défauts de la précipitation probablement mue par une sorte de culpabilité latente qui sourd dans l’inconscient du salarié qui rechigne en vérité à compromettre par de mauvais résultats la prochaine augmentation de 25 à 30% de la rémunération des cadres dirigeants dont le sort lui importe plus que tout au monde.
Pour le moment, sur cette proposition de loi, les syndicats sont réservés : mais on ne sait pas pour combien de personnes.
Profitons-en aussi en nous amardissant, pour prendre notre courage à une main et notre téléphone dans l’autre afin de rappeler cette incroyable créature croisée dans le brouillard ultra-décibellisé de la boite d’ennui, samedi soir, c’était la nuit, donc dimanche, et tenter d’entrevoir de quoi est vraiment faite cette voix qui semblait sortir d’un rêve, ce regard, et quelle place y tenait l’apport d’alcool extérieur et l’alcool naturel intérieur, et ce désir, et quelle galipettes en faire, le cas déchéant, sans se décevoir.

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