"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

lundi 31 décembre 2007

Pudding Express

C’est le matin. C’est pas une catastrophe. Tous les jours y’en a un. Tous les jours faut se laisser tomber du nid douillet où il faisait si bon caracoler sur des rêves plus ou moins excentrique. Ou avec. Fréquemment avec, si on en juge par l’état plutôt disponible de certains appareils reproducteurs au moment de s’extraire de dessous la couette. Pour les mecs. Pour les girls, je sais pas.
Profitant de l’état de catastrophe que constituerait régulièrement le matin, combien d’entre nous néglige de se sustenter, se contentant au mieux de passer leur estomac au karcher amer d’un café ou acide d’un jus de fruit.
Avant de l’instituer au plan national, lorsque j’aurai remplacer le nouveau bouffon de Carla Bruni, puis international quand je siègerai à l’ONU, voici une petite recette délicieuse pour donner du goût au matin, et renoncer une bonne fois pour toute à commencer une journée par une dégringolade au bout de laquelle on se retrouve au taf comme si on venait juste de le quitter une minute auparavant.
Vous je sais pas, mais moi je ne peux pas concevoir qu’une journée débute par une course à la pendule. D’abord je m’occupe un peu de moi.
Cette petite recette est une resucée, (je vous en prie), d’un régal d’enfance, une enfance où on ne jetait pas le pain rassis : on le recyclait. Les quantités de pudding que j’ai pu m’avaler !!!
Plus modestement, plus modernement aussi, voici donc comment ça se passe.
Assurez-vous d’être muni d’un micro-ondes et d’un mixer. En principe si vous en avez, vous devriez être au courant : c’est amusant ça !... Ben oui sans courant, si ça se trouve vous habitez dans la pampa de la Mongolie supérieure et vous ne pouvez même pas lire ce que j’écris. Dingue non ?!?
Ingrédients : un œuf, (de poule – de caille ça serait ridicule et d’autruche … aussi), quatre cuillérées de fromage blanc, trois de sucre, (ou le contraire – on s’en tape un peu), deux tranche de pain de mie, (ou l’équivalent en pain disponible) et : soit de la noix de coco râpée, soit des amandes effilées, soit du chocolat noir, soit du gingembre en poudre, soit de la cannelle en poudre.
Evidemment, ça suppose quand même que vous entreteniez votre garde manger et votre frigo autrement que comme si vous rejouiez quotidiennement la France sous l’occupation ou la Roumanie sous le règne des très primesautiers époux Ceausescu. Si ce genre de symptôme vous accable j’ai des adresses à vous conseiller, à des tarifs à la séance très corrects.
La suite est assez simple et devrait pouvoir se dérouler à travers vos paupières en persiennes hawaïennes sans trop de difficulté : il faut tout mettre dans le mixer, faut mixer, déposer la mixture ainsi obtenue dans un récipient qui ne se transforme pas en feu d’artifice sous l’effet des micro-ondes, (évitez le plastique quand même), et vous mettez au four à 750w pendant 5 minutes. Pendant que ça chauffe vous ne perdez pas de temps, vous faites quelques étirements, on en fait jamais assez le matin, et quand c’est prêt vous démoulez dans une petite assiette. Laisser refroidir le temps d’aller prendre votre douche, (n’oubliez pas derrière les oreilles, c’est souvent là que se trouve la puce et elle a bien droit à son shampoing aussi), et lors que vous voici propre et parvenu à un stade d’éveil que nous nommerons d’un commun accord le stade intermédiaire supérieur, vous n’avez plus qu’à déguster.N.b. vous pouvez marier l’amande au gingembre, le gingembre au chocolat, l’amande au chocolat, le chocolat à la noix de coco, le chocolat à la cannelle, bref, amusez-vous. En revanche éviter le cumin : je dis ça à l’attention de certain récent découvreur, par mon intermédiaire, de cette fine et splendide épice, et dont je me demande s’il ne s’est pas carrément mis à en sniffer. Or le cumin n’a rien à faire dans les narines, hors ses exhalaisons, ni dans le sucré : quoique … On en reparle. Ma récente dégustation de macarons au chocolat et à la truffe ne m’a pas laissé indifférent, loin s’en faut.

vendredi 28 décembre 2007

P'tit commerce

Pas question ici de tribune économico-politico-pognardo-turlututu. Non, ça va être nostalgique.
Voila-t-il pas que tout récemment, dans un extravagant projet de shopping éventuel, activité à laquelle je m’adonne aussi peu que possible, je me retrouve en plein Paris, avec des paquets, et, tenez-vous bien, rien moins qu’en plein après midi du 22 décembre, un samedi donc, juste avant Noël … On peut appeler ça un passage à l’acte, un trou psychotique, une pulsion, bref un état second.
Ce qui m’avait réduit à cet état provenait d’un agacement qui progressait en moi depuis de long mois. Explication : j’ai un chapeau. Un beau chapeau. Un vrai. Un magnifique Borsalino fabriqué en Italie dans les ateliers d’Al Capone soi-même. J’en fis l’emplette il y a dix ans, dans un superbe magasin à chapeaux, autrement nommé chapellerie, sis rue Saint André des Arts, à l’enseigne de Latreille.
Longue digression.
J’ai toujours aimé les chapeaux. Ce goût s’est nourri d’autant plus d’intérêt au fur et à mesure que les drapeaux de ma chevelure me bernaient et j’avais déjà, hantant alors les couloirs de la Ville Rose, fait l’acquisition d’un superbe Stetson. Dans une chapellerie dont j’ai oublié l’adresse, mais certes pas le luxe boisé de l’intérieur indatable. Je me souviens être entré dans cette boutique et d’y avoir découvert un véritable palais, meublé de gigantesques placards de bois sombres et ouvragés, somptuosité amplifiée par le silence feutré qui luisait, mat et cossu, sur toute les surface vernies, et couvrait de sa vapeur translucide les tapis sur le parquet.
M’avisant, dans l’emprunt de mon attitude perplexe, une vendeuse vint à moi pour s’enquérir de ce que je désirais. Je lui répondis que je cherchais un chapeau mais que j’avais des doutes quant au fait d’avoir une tête à ça. Une tête à chapeau. Elle haussa les épaules. Elle avait des yeux malicieux dans une bouille ronde et faussement sévère, laquelle bouille sommait une corpulence courte et épaisse allant d’un étroit buste à des hanches très amples et très pleines. Haussant donc les épaules elle répliqua, moqueuse et définitive : « C’est idiot de dire ça ! C’est comme si vous me disiez que vous n’avez pas un pied à chaussure ! » Muni de cet avis, somme toute encourageant, j’esquissai la description de l’objet couvre-chef imaginé. Elle n’ajouta rien. Elle s’empara d’un petit escabeau, le plaça devant un placard dont elle ouvrit l’immense porte. Sur la haute volée d’étagères, alignés dans une insondable indifférence, des piles de chapeaux emboités les uns dans les autres, faisaient semblant de dormir. Elle grimpa sur l’escabeau et pris pied sur la desserte où s’arrêtait la partie basse des placards. Puis je la vis, ébahi, halluciné, créature lutine, sorte de fille cachée d’un enfant terrible de Peter Pan et d’une théière de Mary Poppins, escalader les planches des étagères, agile comme une grenouille, rapide comme une souris, jusqu’en haut, et en redescendre avec la même prestance, ne s’aidant plus que d’une main, l’autre étant chargée d’un lot de chapeaux noirs.
Sur une petite table elle déposa sa collecte. « Voilà des Stetson ! » Me dit-elle, aussi simplement que si elle venait de les prendre dans le tiroir d’une commode. Je devais avoir l’air parfaitement idiot dans mon ahurissement car elle cru bon d’insister avec une infinie gentillesse de sa jolie voix pointue : « Ca vous convient ? » Je répondis que oui, et nous n’eûmes plus qu’à trouver la bonne taille, et, touche finale qui signe l’achat d’un chapeau, à mettre mes initiales à l’intérieur.
Ne me demandez pas ce qu’est devenu ce Stetson, noir bien sur, je n’en ai aucune idée. Il a disparu. Au bord de la Garonne, au bord d’un lit d’où je serais ressorti la tête vide, sur un banc où je me serais assis et où une partie de moi serait encore, je ne sais. Mais lorsque je suis revenu à Paris, je ne l’avais plus.
Fin de la digression toulousaine.
De retour donc sur Paris après huit ans de presque totale absence, je décide de me racheter un chapeau, moins timidement, dans une chapellerie moins extravagante, auprès d’un vendeur presque ordinaire, à l’enseigne donc de Latreille.
Et donc cette fois c’est un Borsalino, noir bien sur, qui emporte mon choix, ou que mon choix emporte, allez vous-en savoir.
Depuis quelques quatre ou cinq ans j’avais toutefois cessé d’arborer cet ustensile d’apparat. Pour des raisons surement obscures et que je vais laisser dans l’obscurité. Pour le moment.
C’est donc ces derniers mois que l’envie de porter cet élégant objet m’est revenue, ma paresse à acter alimentant mon agacement à tarder, car ce n’était guère possible avant, de le faire nettoyer de sa poussière, et d’en faire replacer la doublure un peu tombée en capilotade. La tradition veut alors qu’on porte son chapeau là où on l’a acheté, et qu’on l’y fasse remettre en état sans frais.
Etat second aidant, je me jette donc dans la cohue acheteuse de ce samedi 22 décembre, pour me rendre, entre autre, rue Saint André des Arts chez mon chapelier. Chemin faisant, je passe devant un salon de coiffure. Modeste mais chic établissement dont la devanture me fait sourire pour deux raisons. D’abord c’est là que j’allais il y a deux décennies et demi, pour soigner l’ordonnancement de ma crinière souvent rebelle, dont le pouvoir d’émeute a aujourd’hui bien disparu. Ensuite parce qu’un des officiants de cet attachant endroit fut non seulement celui qui parfois me coiffa, mais souvent aussi, durant quelques temps, celui qui me décoiffa. En des lieux plus secrets et plus intimes, évidemment. Quoique …
Passer devant ce salon de coiffure me fit donc sourire. Il y a des choses qui durent bien au-delà de nos usages, et même dans ces aujourd’hui où il semble si fréquent qu’un commerce ferme pour rouvrir sous une autre forme. Où un café devient une boite à fringues. Où une boite à fringues devient une pizzéria. Etc … A un rythme pas toujours facile à suivre.
Passer devant ce salon de coiffure me renforça aussi dans la conviction à peine nécessaire, tant cela me semblait évident, de trouver au 62 de la rue, mon chapelier. Car parmi tout les commerces il en est un qui se nimbe aisément d’être eternel en ses murs, c’est le commerce du chapeau.
Et bien non : Latreille n’était plus là, au 62, plus là du tout. A sa place un magasin de café en gros et demi-gros.
Ce n’est plus mon chapelier, ni le chapelier de personne.

J’ai trouvé un successeur. Du côté de Saint Sulpice. Je vais aller voir samedi prochain si c’est un remplaçant …

N.b. Je n’ai jamais mangé de chapeau.

Illustration : Giuseppe Borsalino - 1834/1900 - créateur du chapeau homonyme

mercredi 26 décembre 2007

Thé vert et pain Poilâne

C’est très bon pour la santé !
Surtout à Noël !
Et très pratique pour accompagner utilement sur le plan calorifique et sur le plan aqueux, (je vous en prie …), la station prolongée devant un de ces énormes dévidoirs d’images avec son, que l’on nomme communément, très communément : télévision.
Keskidi !?!
Y dit qu’il a récemment passé un hallucinant paquet d’heures, c’est le cas de le dire, devant une télé !
Oui, je sais. Pour les lecteurs fidèles qui sont déjà largement habitués à m’entendre dire pis que pendre, les jours où je suis gentil, des florilèges de débilités que brassent à longueur et à largeur et à hauteur de temps, les torrents d’images charriés par les égouts des 365894 chaînes auxquelles les merveilles de la technologie nous donne si gracieusement accès, un ravissant point d’interrogation vient de surgir sous leurs jolis yeux étonnés : quand je dis « gracieusement accès » j’ignore délibérément le premier coût de toute télévision, fiscalement parlant : la taxe audiovisuelle. Je la rebaptiserais bien taxe idiotvisuelle, mais je renonce, en cette trêve des confitures, à remuer le couteau financier dans la plaie budgétaire dont nous fit part il y a quelques jours notre indispensable T. , tout surpris, semble-t-il, d’avoir assez de présence humaine au monde pour se consacrer à d’autres activités que le matage autiste de son petit écran, et de devoir néanmoins, puisque disposant de l’objet chez lui, régler la dite taxe aux autorités administratives idoines.
Pour ma part, point de cet objet, de ce monstrueux œil à facettes, chez moi : et point de taxe. Pour rester connecté à ce qui résulte de la réalité intangible de ce monde redoutable, et pas que de jardin, il y a au moins deux solutions : internet et la radio : c’est fou ce qu’on parle de télé à la radio. Et une immersion, (une ou deux fois par an, ça suffit), devant la chose en situation de fonctionner, zapette en main, de préférence vautré, livré, soumis, hagard, c’est encore mieux, ahuri, avec un peu d’entrainement, liquide, à la limite d’être devenu du temps de cerveau disponible, matière première chère à un ancien tenancier d’une des principales usines à vide actuellement répertoriées : l’individu s’appelle encore Le Lay, mais il y a eu chacun l’aura remarqué une faute lors de l’enregistrement à l’état civil : la bonne orthographe, on l’aura deviné c’est bien sur : Le Laid. D’ailleurs je suis pour lui accorder tout de go une augmentation digne de celle que s’est octroyée son ami le Chanoine Tape à l’Oeil : nommons-le donc désormais Le Très Laid.
Pour l’immersion bisannuelle il y a là aussi plusieurs solutions. Celle que j’ai retenue jusqu’à maintenant consiste à aller garder un chat, celui de F. et de D. , mes plus grand amis, qui, lorsque l’arrière grand mère fait défaut, car il arrive encore aujourd’hui que des arrière grand mères fassent défaut, et que les dits amis s’en vont gambader dans je ne sais quelle pampa de France, de Navarre ou d’ailleurs, se retrouve bien seul, et comme tout félidé de sa catégorie, et plus encore celui-là sans doute, absolument incompétent pour ouvrir le moindre emballage de nourriture animale. Et même humaine, certaine tentative de vol de magrets de canard l’a déjà démontré.
Passons donc rapidement sur l’ensemble poils, viandes grasses et miaulements que constitue la créature mi-chat mi-crétin dont il est question. Si ce n’est pour suggérer l’hypothèse d’une mise en présence mutuelle de cet objet velu notoirement ingérant avec certaine Miss Davidson longuement évoquée dans des échanges de communications automnaux et pourtant inoubliables : rapprochement à titre purement expérimental bien sur : juste pour voir si moins par moins ça peut faire plus dans ce cas-là aussi… (Evidemment je suis dubitatif …)
Du regard irréfragablement vide, archi-désertique, de ce chat, qui doit à sa teinte initiale, un beau blanc incertain de chaton pataud, le nom prestigieux d’Yquem, excusez du peu, jusqu’aux plongées sub-existencielles dans l’univers des images qui dansent dans tous les sens, il n’y a qu’un pas : le voici franchi, tout le monde suit ? Oui ?... (blonk !), non ?!? Qui c’est qui s’est planté ?
Bon, tant pis, allez faut qu’on avance, sinon on n’a pas fini !...
Difficile d’entamer ce genre de traversée sans victuailles : las, contrairement aux autres fois, F. et D. ont laissé un frigo digne de Varsovie année 50 … Et même le pif, (D. est œnologue …), fait défaut. Peu importe, on est pas là pour faire de la gastronomie, et encore moins surtout, pour redescendre faire des courses un 24 décembre … Y’a du thé vert et un quart de pain poilâne en tranches : de quoi survivre sans problème.
Théière pleine et fumante, sachet de pain sous la main, zapette télé d’un côté, zapette antenne de l’autre : enclenchement, mise à zéro échelle programme, écran de base ok, sélections programmes, touche défilé : et ça y est … … …
Et ça pour y être, ça y est vraiment : si jamais je doute encore de l’endroit où je mets les oreilles et les yeux, et accessoirement les neurones, ça risque de pas trop durer : je tombe direct sur starcacadémie ! Noon !!! Siiii !...
Alors soyons clair tout de suite : je ne tiens pas devant ça plus d’une minute, sachant que seule l’apnée peut me permettre de m’y maintenir. J’ai donc cumulé grâce au zaping l’équivalent de cinq minutes dans cet univers de confondante indigence chansono-artistico-pouet-pouet. A vrai dire, au sens commun et au sens littéral du terme, je ne comprends pas. C’est laid, c’est très laid, c’est très très laid, c’est au mieux d’un ordinaire si banal que c’en est définitivement insipide, c’est assez grossier, dire que ça ne vole pas haut, c’est sur : ça rampe. Je me souviens d’une charmante niaiseuse d’environ vingt-deux ans, dont un et demi pour le mental, croisée dans un taf quelconque il y deux ou trois ans, et qui disait, (en crétino-débile dans le texte) : « Ah ben oui euuuh ! Mais euh … y chantent bien euuuh quand même euuuh !! » Je prends un petit snif de lavande et je reviens à vous, en même temps qu’à moi. Sniiiiffff …. Sniiiiiffff ……
Voilà !
Bien sur ça donne un peu moins envie de déclencher une troisième guerre mondiale que Mireille Mathieu et Enrico Macias. Mais ce qui est sur aussi c’est que remplacer les pimpants champignons atomiques par la contamination irréversible de millions d’encéphales par le virus sirupeux d’un moule où tu peux tout changer mais c’est toujours pareil, ne va pas nous aider tant que ça à nous dire que le temps des cavernes de la pensée est bel et bien terminé, et si on parlait d’autre chose. !?!...
Dans la foulée, zapette dans une main et tranche de poilâne dans l’autre, dévidons prestement l’avalanche de ramassis de n’importe-quoi, compactés en bêtisiers, ce qui peut au moins avoir l’avantage de vous faire mesurer à quel point il valait mieux aller danser, courir, s'envoyer en l'air, écrire, chanter, (pour de vrai), plutôt que d’être devant son écran pour voir en miettes tout au long de l’année, ce qu’on vous prépare en terrine de stupidité pour nos fameux réveillons.
Passons également sur les plateaux de fruits d’amer où l’on peut encore assister aux derniers ébats médiatique d’un certain Dave, pour la mieux retenue des identités de tous ces engloutis du suffrage de l’audimat, ressortis, remaquillés, remplumés, reliftés, à l’occasion de faire croire encore un peu à un père noël pailleté aux quelques égarés de la fête qui tripotent sans conviction une huître dans leur assiette en jetant de temps à autre un coup d’œil dans celle de leur vis-à-vis avec un sourire de champagne bon marché, et une rapide envie d’aller se mettre au chaud en attendant que personne ne passe dans la cheminée cette nuit, comme d’habitude.
Une petite question me taraude à cet égard, (et pas que d’Austerlitz) : Dave ne se serait-il pas récemment déclaré favorable à l’euthanasie ?
Non, c’est juste pour confirmation.
Heureusement, heureusement, heureusement … Y’avait Garfield !!!! Et les Greemlins !!!! Et Chicken Run !!! Et NYPD !!! Et hier, ô bonheur ineffable, (De La Fontaine), toute une journée (ou presque), avec Heroes, sur 13me rue, en tout 10 épisodes !!!!
Rhâââ !...
De la bonne stupidité ; du bon gros chat animé dans un bon gros scénario prémâché, bien assaisonné, bien primaire au niveau du rigolo, et en plus Garfield a toujours une tendance affirmée et confirmée dans sa ressemblance avec un proche ami que je ne nommerais pas : ça va l’agacer… Les Greemlins : j’avais jamais vu : adorables petits monstres, drôles, facétieux, pleins d’humour, bons bricoleurs, bon fêtards !!! Chicken Run, excellent !!!! NYPD, indémodable ! Et Heroes : des coups à se faire des migraines si jamais on avait l’idée sotte et grenue de prendre au sérieux ces entrelacs d’histoires fantaisistes et assez gentiment sanguinolentes : une prime au président des Etats-Unis qui vole !!! Nan ! Pas come un voleur !! Comme un oiseau !! Enfin décollage façon fusée plus que façon épervier, tout de même …
Réflexion : donc il y a des personnes qui s’en prennent comme ça entre deux et quatre heures chaque jour ???
De quoi ? Du thé vert ?
Naan ! De la télé de toutes les couleurs !!!
Ben … … Oui …
Ah ! Bon !...
Ben oui !...
Ben moi j’sais pas mais une ou deux fois par an ça va …

Ouuuh la la la la … … … J’allais oublier un truc méga important : hier, ça devait être avant Heroes, sur une autre chaine : Casse Noisette à Bastille : extraits. J’dis ça parce je crois qu’il y en a un parmi nous qui est allé mater ça pas plus tard qu’il y a quelque jours. Pas vu de cigale, chorégraphie assez belle, Clara très bien, très très bien, le Prince, pas mal, vraiment pas mal, mais manquant un peu d’inspiration, comment dire, d’élévation ; à mon humble goût, qui dans le domaine de la danse, à part Nijinski, Barychnikov, Noureev, et dans d’autres mondes les Bagouet, Magui Marin, Carolyn Carlson, et autre Preljocaj, reste assez limité.
Bon, ça devait être un beau spectacle !

Pis ça m’a fait plaisir ce p’tit clin d’œil !!

P.s. Petite précision immédiate à tous ceux qui seraient tenté par le style "Ô le pov' passer Noël tout seul, mais ça doit être terriiiiiible : être ainsi seul au monde... ô mon Diiieuuu !!!"
Dans ma vie c'est moi qui décide : pas le Père Noël ... Yeah ...

Illustration : Casse-Noisette : croquis de Konstantin Ivanov pour le décor de l'acte II

mardi 25 décembre 2007

T. Anonyme A. 25/12/07

Noël indien

A vivre avec les mots, on finit par perdre leur goût, leur saveur. Serpentins de néon, affiches géantes, discours tourne-boutons, bataillons de paragraphes, millions de cyberpages, les mots sont là mais on (heureusement pas tout le monde) ne les remarque plus. Ils remplissent leur mission avec discrétion (comme l’agent 007), entrent et sortent sans laisser de traces (comme l’agent Phelps). Ou presque. Il n’y a pourtant pas de mots bulles ou de mots vides, tous ont au moins un sens, y compris dans les mondes perdus. La plupart ont même une histoire. En voici une de circonstance sur la dinde.
Gloussante, dodelinante, jabotée, emplumée, ce volatile est une véritable leçon d’histoire-géo sur pattes.
Mais qui est vraiment cette star-mystère ?
Première scène :
Acte 1 :Le rideau se lève sur un paysage désert d’Abyssinie (ancien nom de l’Ethiopie). Des oiseaux s’ébattent en liberté. Didascalie : musique idoine, siouplé.
Acte 2 : On s’empresse d’en ramener en France quelques spécimens qu’on appelle des coqs d’Inde. L’Inde était alors pour les Européens un pays oriental lointain assez indéfini, les limbes du monde. Ils garderont ce nom jusqu’au Moyen-Äge et Maître Rabelais soi-même l’utilise encore. Ce n’est qu’à la fin du 16ème siècle que le mot pintade, venu d’Espagne, prend le relais.
Deuxième scène :
Acte 1 : Le mot coq d’Inde retrouve une nouvelle jeunesse sur la péninsule (phonème expliqué sur ce blog le 17 décembre dernier) Ibérique où un certain Christophe Colomb se prend à rêver. La terre est ronde (vous le sauriez depuis le 14 décembre si vous lisiez ce blog assidûment*), c’est sûr, il doit être possible d’en faire le tour. Elémentaire, mon cher colon déchapeauté ! Il faut encore convaincre le roi d’Espagne, trouver de l’or, mon señor, pour le voyage et cap à l’ouest ! Mais pourquoi un tel périple ? Il s’agit d’ouvrir une nouvelle route vers les Indes, donner un nouvel essor aux marchés florissants des épices, des étoffes et autres produits exotiques. Des fortunes s’entassent sur le dos des mulets : ça donne des idées. Colomb se voit déjà riche. Le conquistad’or Fernand Cortez aussi. Après trois mois de galère, la terre enfin. Les indigènes sont au rendez-vous, les richesses aussi.
Acte 2 :Retour triomphal en Espagne : la nouvelle route existe bel et bien. A la suite de nombreux voyages, on ramène pêle-mêle des fruits, des animaux et mêmes quelques sous-hommes. Parmi les animaux figure un volatile inconnu qu’il va falloir baptiser. Poule d’Inde avait déjà servi mais qu’importe, il fait d’autant mieux l’affaire que, personne n’en doute, il s’agit bien de l’Asie. Ce que le Sieur Colomb croira jusqu’à sa mort (de mémoire, 1506 – mais à vérifier), à une époque où il est ruiné et délaissé : les eldorados n’ont pas tenu leurs promesses et l’humeur des rois (aussi) souvent varie. Erreur historique oblige, le nom est lancé ; il va continuer son chemin et tant pis pour le Mexique, véritable patrie de la gallinacée.
Troisième scène :
Acte 1 :L’accident prévisible à l’avance ** intervient. Le nom est jugé trop long. A l’usage, poule disparaît et vers le début du 17ème siècle, dinde commence à être utilisé seul. (merci Larousse). Le mot est bien équilibré et tient debout : aussi simple en somme que l’œuf de Christophe Colomb !
Acte 2 : Reste à déterminer pourquoi les Britanniques lui ont attribué le nom d’un autre pays : la Turquie … sans compter que les Portugais l’appellent Pérou !Et saviez-vous qu’on doit à Charles Dickens (à la fin du conte « Christmas Carol », 1843) la coutume de servir une dinde à Noël ?Epilogue :Les dindes, dodues ou non, se retrouvent pour Noël (parfois empapillottées à l’américaine) certes sur nos tables, mais aussi de gré (parfois envuitonnées à la française) autour.

Bon appétit !
T.

* j’écris cela à l’intention de vos futurs lecteurs assidus ou pour que les existants soient plus assidus
** pléonasme qui fera l’objet d’un projet envoi

mercredi 19 décembre 2007

Quand ... Noël !?!

Quand je pense aux cohortes de mémères sub-décaties, dont l’idéal culturel, lorsqu’elle ont fini de préparer la soupe du chat et la pâtée du pépère, à moins que ce ne soit le contraire, consiste à s’aiguiser la libido ménopausée en s’enchifrenant dans des piles de magasines qui vont de « Point de Cul, Image du Fion », pour les plus instruites, à « Closer », pour les moins alphabétisées, meublant ainsi l’abyssal désert de leur émois ratatinés à force d’avoir usé leur vie entre les grommellements conjugaux et le sadisme patronal quotidien, en se soulevant le couvercle de l’âme pour compatir aux sorts totalement bouffonesques de kyrielles de princesses et de stars en plastique que le progrès dans la vulgarité et la grossièreté conduit tout droit, en bousculades serrées, vers les podium du grotesque, je me demande pourquoi ont vécu ces belles folles ébouriffées qui ont tant arpenté de boulevards manifestatoires, pour que la femmes soit l’avenir de quelque chose, si ce n’est de l’homme, et si possible pas celui des familles plus ou moins décomposées de pétasses clinquantes pour qui la femme s’est libérée en devenant un modèle publicitaire, une icône télémerdeuse, morues toutes joyeuses d’être ignares, et que ça puisse être coté en bourse, et sans doute incapable de savoir à quoi on fait allusion quand on évoque « les folles de la place de Mai », si ce n’est à une nouvelle annonce de soldes monstres de la part d’un marchand de chiffons à la mode, c'est-à-dire déjà démodés.

Quand je vois ces ribambelles de djeuns excités jusqu’au fond de la carte bancaire à l’idée de se pavaner en arborant leurs marques préférées avec une ostentation qui n’a d’égal que le prix exorbitant des produits concernées, fabriqués le plus souvent par des plus djeuns qu’eux dans des conditions qui font frémir d’aise n’importe quel esclavagiste plus ou moins inhibé par la déclaration internationale des droits de l’enfant, et sachant, accessoirement, que si on veut me faire arborer une marque, c’est moi qu’on paye, et pas l’inverse, je me demande d’où leur vient ce goût de se faire mettre, et d’en être si fiers et si épanouis.

Quand je me souviens, au traitre printemps de cette année agonisante, des parterres d’ouvriers venus ouïr et applaudir, l’ex-premier Flic de France, devenu entretemps Premier Commissaire de notre République en talon aiguille, leur mâlitude hypnotisée par la verve virile du sou-napoléonisant assenant ses fortes sentences pseudo-messianiques de kafquarante* mafioso-bancaire, sous couvert de réhabiliter le travail, y compris forcé, sauf pour le staff de pognardeux* qui s’est chargé de promouvoir la prometteuse servilité de ses ambitions névro-pathologiques, je me demande si Jean Jaurès, improbablement ressuscité, n’irait pas directement s’acheter un joli bateau pour faire le tour du monde autant de fois que nécessaire en attendant que ces masses laborieuses toutes tremblotantes de l’hypothèse d’un gain mirifique au loto, veuillent bien se souvenir de qui les écrasât toujours, et comment elles surent gagner un peu de vie humaine au lieu de mourir à la tâche, en espérant que ça ne prenne pas une éternité, parce que Jean Jaurès, même ressuscité, il est plus très jeune, alors que le Majordome du Medef, il est, (quelle chance !), en pleine forme …

Quand je considère, avec un inquiétant étirement de sourire économique, le niveau de frénésie avec lequel nous dévorons sous nous, à grand renfort de consumérisme gouleyant comme une grosse tétine primale, resucée d’une mamelle que nous n’avons jamais su abandonnée, à grand renfort de voiturisme fétichiste, de vroum-vroum en tous genres, avec une prime aux plus inutiles quads, jet-sky, et autre pourvoyeurs de décibels libidinaux, à grand renfort de futures montagnes de déchets en tous genres aussi, qui constitueront pour longtemps ce que nous aurons produits de plus important, effort bientôt soutenu par les deux ou trois milliards d’individus qui n’ont d’autre ambition que d’imiter en cet art nos occidents précurseurs, je considère avec une tendresse infinie les rares épures humaines que l’on voit parmi nous déambuler dans leur simplicité tranquille, montrant qu’on ne peut être en n’étant qu’avoir, qu’on ne peut toujours prendre sans jamais rien rendre, et qu’est-ce qu’exister indifféremment au milieu des menaces dont on grossit les ventres à en exploser.
Merci à vous d’exister, Cher Professeur Jacquard !

Mais … Mais … Oui ! Comme dirait T. , by « a little spray of joy », c’est Noël !

Et pour un temps nous allons nous mêler, même de loin, en spectateur bienveillant, à cette fête, en ignorant ce qu’elle peut avoir de compulsif, en acceptant encore une fois ce rite où l’on est tous ensemble, dans des joies similaires, des intentions de partages, en se disant que pendant qu’on dévore des dindes on assassine pas son voisin, pendant qu’on déguste du foie gras, on dit pas de mal de Madame Rachidati, pendant qu’on boit du champagne on oublie le président à quéquette, (bon, faut boire beaucoup de champagne pour ça, mais au moins on a une sérieuse excuse), et pendant qu’on ouvre ses cadeaux, ben … rien … Enfin, si ! Ca fait tellement plaisir à ceux qui vous les ont offerts !!!

Ouh la la !... C’est que je me liquéfie carrément !... Je vais tout de suite me remettre au frais sur le balcon, sinon ça va couler partout ! …

* Ces entrées lexicales paraitront prochainement dans notre célèbre Dictionnaire Analphabétique.

Et ... Rennes ?

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lundi 17 décembre 2007

Péninsulis

Péninsulis : n.m. de péninsule désignant une avancée de terre, émergée si possible, c’est mieux, rattachée à un continent par une bande plus étroite. La péninsule se distingue de la presqu’île qui est plus rikiki, ce qui ne nous arrange guère, c’est pour ça qu’on ne l’a pas retenue ; et de pénis désignant l’organe de copulation et de miction de l’individu mâle chez les mammifères, famille d’animaux nommée ainsi parce que les femelles ont des mamelles, on voit que tout ça n’est pas simple, si tant est que ce soit sur, mais on constatera très vite que ce n’est pas ce souci qui va le plus nous habiter.
Le péninsulis désigne un organe de copulation et de miction significativement développé. La question n’étant pas en l’occurrence de savoir si c’est la taille qui compte, et, à propos de la taille, ce qu’il en est de la pipe. Ceci nous égarerait. Il est un fait que souvent on se voit contraint d’ajouter, pour spécifier que tel ou tel reproducteur est notoirement outillé, qu’il est dimensionné comme ceci, comme cela, et que d’ailleurs ma sœur qui l’a croisé récemment dans une soirée n’a pas pu passé. Contentons-nous désormais de signaler, sobrement, que le gazou en question est doté d’un péninsulis. Cette sobriété ne devrait pas entamé la bonne humeur de Monsieur Rocco Sifredi, et permettre à la concurrence de relativiser en croyant plus aisément au baratin femino-piapiatesque toujours pressée de rassurer le mâle ordinaire sur ses complexes centimètristes.

Illustrations : (Nan ! y’a pas de photos, vous pouvez vous reboutonner …)
Qui ne se souvient de la tirade du nez dans la pièce de Monsieur Rostand, Cyrano de Bergerac ? Il faut savoir, car c’est trop tu, qu’en fait, à l’origine, l’objet n’était pas celui qu’on laisse croire encore aujourd’hui à toute une jeunesse bien-pensante, dont on voudrait mixer les goûts incertains pour la bouffe insalubre, les chansons écrites avec les genoux, et l’addiction à des séries télé qui pourraient fait passer les films de Claude Zidi pour du cinéma d’art et d’essai, avec les mœurs calfeutrés d’un siècle où l’on confessait d’avoir eu du plaisir quoi qu’on fit tout pour s’y essayer : enfin, pour les plus aventureux, bien sur … En fait de tirade du nez, il s’agissait en fait de la tirade du nœud. Ce qui est infiniment plus logique, reconnaissons-le. La meilleure preuve c’est que déjà, le mot, que nous étudions y figurait : « C’est un roc ! C’est un pic ! C’est un cap ! Que dis-je un cap ! C’est un péninsulis ! »

Authentiquement rapportée par l’animatrice qui l’assistait dans ses œuvres radiophoniques à une époque où certain blogueur que nous connaissons n’était même pas prévu, cette réplique de Madame Ménie Grégoire, grande prêtresse du zizi sur les ondes, en ces temps troublés où sévissaient encore des gens aussi hilarants que Michel Debré, Jean Royer, pompeux funèbres à peu près aussi encourageant à la reproduction, ou même à la simple copulation, qu’une famille d’arriérés à fleur de lys avec le missel assorti, sortant de St Nicolas du Chardonnay : lors qu’une auditrice venait de faire part, à la moitié de la France entière, de son amour pour son mari tout en déplorant que celui-ci ne fut doté que d’un kiki de taille respectable uniquement par une religieuse en mal de petit jésus, notre meneuse de revue sexoligico-psycho-burlesque fit grande répansion de conseils en rassurant l’épouse vertueuse, lui rappelant que, donc, la taille n’a pas d’importance, qu’avec un peu d’imagination on peut faire joujou avec n’importe quoi, que le monde de la sensualité, lalali, lalala, … Puis, congédiant gentiment l’auditrice en la remettant au projet de nouvelles sucions conjugales, accessoirement nous gratifiant, pour reposer nos maxillaires tétanisés par le rire, d’un hit à la mode, précurseur des niaiserie pseudo-musiqueuses actuelles, elle confia hors micro à sa collègue d’émission : « Je dis ça, mais vous êtes comme-moi : vous préférez les péninsulis ! »

Extrait du livre des très riches heures du président Disneyland : alors que celui-ci faisait grande démonstration d’avoir enfin trouver sa dinde pour Noël, dans un ramassis de publications au premier rang desquels l’inévitable « Point de Cul Image du Fion », Madame Rachidati lui fit une scène dont nul n’a vraiment compris les motivations. On a juste entendu Madame la Gardeuse de Sots lancer dans un moment particulièrement tendu de l’entretien : « Et vous lui avez montré votre péninsulis ? »Il y eu une pause subite dans les échanges. Puis on entendit une ferme mais calme réponse : « Oui.» Les témoins de la scène ont alors vu Madame Rachidati sortir, furieuse, et rejoindre son carrosse, non sans flanquer au passage un grand coup de sac à main Prada dans la tête de Roselyne Bachelot qui passait par-là, envoyée en éclaireuse par Rama Yade.

dimanche 16 décembre 2007

Ail


La racaille, marmaille en pagaille, le tif en bataille, canaille à la débraille, épouvantails à gouaille, braille par le vantail du soupirail, à la valetaille qui travaille aux entrailles des volailles, à la paille du bétail, qu’il n’y a que ripaille qui vaille, puis se taille, pendant que les cailles que la faim tenaille, baillent et défaillent derrière leurs éventails à écailles, et que les ouailles au portail de vitrail maillent des chandails ne pensant rien qui vaille de ses histoires de mangeaille qui déraillent, si ce n’est faille qui aille.

Flash ordinaire

C’est sous les applaudissement anorexiques d’une foule uniforme que le dictateur éteint Marhamouh Ubuhfi a pris congé de ses hottes de père noël. Même si cette visite, entourées des démesures d’insécurité de rigueur, n’a pas fait l’objet d’un consensus étroit et dur, la cellule de décrisement s’est livrée néanmoins à des annonces succédées de cause faisant état de certains revirements tranquilles. Donc acte : l’entiénistre qui a déchargé ses affaires étranges erre depuis hier à la recherche d’une géométrie constante vis à vis de ce terrorisme clairvoyant. Au milieu de la page de cette visite très pourversée, la gauche multirisque s’en est prise gentiment au chef d’état dénonçant un sur place sans faute. Dans une déclaration anodine, la femme de ménage de la rue de Seul fait Rino a rappelé que tout citoyen a une démarche bien a l’autre, et qu’il n’y a jamais loin du Fouquets à la Roche Tarpéienne. Dans sa réplique à l’identique le porte silence de l’Elysée est sorti de sa conserve pour dire sa déception qu’une technicienne de profondeur en sache autant sur la Roche Tarpéienne : « C’est un découragement à ce que notre tique impoli inconsistant à ignorer les masses porte bien ses noyaux. » Fin de récitation.
Passons aux faits divers : un couple de trois personnes, vivant par ailleurs en concubinage aléatoire, a été victime d’un accident intelligent, hier soir, suite à l’ingestion d’une blanquette nouvelle, probablement préparée avec des restes de soupe au sourire périmée : on ne dira jamais assez qu’en matière alimentaire le risque deux ou trois n’existe pas.
Haute couture : Madame Rachidati, dont on ne saurait dire que le savoir faire évident enraye le parquet, a infirmé que la blanquette se poursuivrait jusqu’à son commencement dans cette affaire de Couturier : en effets vestimentaires on ne sait toujours pas à l’heure où je ne dis rien si l’épouse de Monsieur Vaillant Couturier était vaillante couturière.
Spectacle : en tournée sur elle même, la star du moment, dont je tairais le non par respect pour sa vie publique, poursuit son sur place à un rythme endieusé. Le pâtre et le moine de notre chanson nationale ne s’en remettront pas : les musiques sont bien exécutées et les refrains deviennent mortels. Nous avons d’ores et déjà à nous réjouir d’un grand nombre de victimes, parmi eux une centaines de morts dont quelques un grièvement, et un nombre de grands disparus qui reste à préciser.
Pour finir notre carnet rose : c’est enfin officieux ! Le divorce dont tout le monde ne dit rien : le turlupin va épouser sa turlupine ! (de cheval)…C’est la fin de ce flash ordinaire. Prochaines désinformations, hier, à la même heure.

vendredi 14 décembre 2007

Cher T.

Une demande d’augmentation de la durée quotidienne de chaque jour afin qu’on puisse faire, fusse modestement, écho aux mille jardins lexicaux que vous nous ouvrez dans l’abondance, l’exubérance, et dans une disponibilité dont on se demande si vous n’avez pas déjà obtenu, vous, satisfaction sur cette demande d’augmentation de la durée quotidienne de chaque jour, auprès d’autorités compétentes que j’ai encore un peu de mal à identifier pour ma part, est en cours. Qu’est ce qui est en cours ? (Les phrases à tiroirs ne sont pas commodes pour les gens trop rangés). Bref …
Je retiens, entre autre, avec un diabolique amusement la sorcière qui prend une année sabbatique. C’est anthologique.
En revanche, et bien que m’étant trouvé à court de café chez moi, ce matin même, imprudence, encore une, dont l’avatar s’est présenté à moi en une vaste grève matutinale où voisinaient les dernier gris de la nuit et les efforts du jour naissant, présentants une étendue infinie au milieu de laquelle il me fut impossible de retourner vers un lit déjà refroidi, autant que de vaticiner vers une salle d’eau soudain reléguée tout au fond d’un couloir d’environ une centaine de kilomètres, ce qui chez moi relève du délire mégalomaniaque qui s’empare de moi quelquefois, et après avoir pris connaissance de votre communication, quelques facéties cumulatives me sont venues. Quant aux tiroirs sans fond…

Droit comme un i
Les points sur les i
La tête au carré
Prendre le mal à la racine

Par-dessus la jambe
Bête comme ses pieds
Les pieds dans le plat
Des fourmis dans les jambes

Sommes-nous légions à devenir chèvre ?

Ni queue ni tête
Tête dans le gaz
Queue de poisson
L’eau dans le gaz

Etc … Etc … On va voir ce week-end ce que ces graines peuvent engendrer …
Je me sens en humeur de rebondir sur votre dernier paragraphe…

En ce qui concerne la Roche Tarpéienne, la pauvre, elle ne sera jamais autre chose. C’est en effet le nom d’un caillou monumental, situé non loin de la prestigieuse colline du Capitole, tout ça se trouvant à Rome. C’est de cette Roche qu’étaient précipités les criminels condamnés, au cours de la République. Ce nom vient d’une girl de l’époque, Tarpéia, et de toute une histoire de trahison comme l’antiquité nous en a fourni plus que de raison, tirée par les cheveux, (tiens, encore une association à travailler), c’est les meilleures !
Ce qui nous a donné une expression dont pas mal d’ambitieux, plus ou moins excités du bulbe, devraient se souvenir plus fidèlement : « il n’y a jamais loin du Capitole à la Roche Tarpéienne. » Sous entendu, si on peut dire, plus dure sera la chute, ou encore, si haut que tu sois grimpé ça n’empêchera pas que tu retombes, alors garde ton casque ! Plus populairement on a aujourd’hui : «Qui le dimanche rit, lundi pleurera. » Et dans le même esprit follement optimiste, cette savoureuse parole du Dr Knock dans le roman éponyme : « la bonne santé est un état transitoire qui ne laisse rien présager de bon. »

Une petite excursion dans les proverbes ne nous fera pas de mal : hop, c’est inscrit au programme pourtant déjà chargé…

Je vous recommande de passer, ce soir, un merveilleux moment. Saluez de ma part le prince Casse-Noisette. Et si vous rencontrez la Cigale, présentez-lui mes hommages. Que tout ce week-end vous soit plaisirs !

TàV

T.

P.s. L'épouse de Paul Vaillant Couturier était-elle vaillante couturière ?

Illustration : Lewis Carroll (qui était aussi photographe) : autoportrait pour trait

T. Anonyme A. 14/12/07

A deux, c’est mieux

Il y a des cocasseries linguistiques qui me titillent les méninges comme une boîte de Félix titillerait le pois chiche d’Arlène, parce qu’elles compliquent l’usage de la langue, mais il y a en d’autres qui m’enchantent comme une boîte de Félix enchanterait Arlène, surtout celles où on trouve associés des mots qui n’ont rien en commun.

Que font le vélo dans la tête, l’estomac dans les talons, le poil dans la main, les pieds dans le plat, les fourmis dans les jambes, le soupçon dans le lait ? Et la vessie avec la lanterne, le fusil avec le chien, le bois avec le chèque ou la langue, la grimace dans la soupe, le chat dans la gorge, la confiture chez les cochons, le rubis sur l’ongle ? Vous ai-je mis la puce à l’oreille ?

Dans un autre registre de couples bizarres, songez au jour où le carabin épousera sa carabine, le mandarin sa mandarine, le capucin sa capucine, le pèlerin sa pèlerine et le camelot sa camelote : on sera sérieusement en droit de se poser des questions sur l’évolutions des mœurs !

Ce qui me conduit lentement (fin de semaine oblige, et je garde un peu d’énergie pour ce soir) aux mots qu’on appelle entre soi polysémiques. Quesaquo ? Quand les mots ont plusieurs acceptions, on les dit polysèmes, ç’en serait presque romantique, ou orientaliste ! Moi, j’aurais plutôt envie de dire qu’ils sont polissons.

- cet ouvrier congolais travaille au noir
- le couturier a bien tiré son épingle du jeu
- le borgne a demandé s’il pouvait entrer à l’oeil
- le boulanger a du pain sur la planche
- la sorcière prend une année sabbatique
- le peintre est au bout du rouleau
- le danseur éreinté doit lever le pied

Cet écrivant (on dit bien « ce disant… »), sommes-nous en droit de s’interroger sur les anomalies de références ? La phrase da Galilée (comme je l’avais oublié, je le place ici) : « la terre tourne », était clairement en son époque une anomalie référentielle puisque la planète était sensée être plate et immobile. Plus récemment, Alice, au cours du banquet qui clôt la partie d’échecs qui la fait reine, est présentée, avec cérémonie, au gigot qui se trouve devant elle sur la table (l’anglais établit un distingo animé / inanimé entre la viande sur pied et celle de boucherie - exemple : mutton et sheep). Mais par l’effet de cette présentation, la gigot est investi de la caractéristique animé (et même quasi humain). Aussi, lorsqu’Alice, s’adressant à la reine, lui offre une tranche de gigot, celle-ci répond-elle avec indignation que c’est contraire à l’étiquette de découper quelqu’un à qui vous avez été présentée. Lewis Carroll illustre là de façon plaisante le pouvoir de catégorisation de la langue. Par ailleurs, un énoncé tel que : « ce mec est une andouille » n’est pas sémantiquement anormal. La frontière entre animé et inanimé est bien franchie. La métaphore vise à définir péjorativement. Comme nous sommes dans les duos et les duels, il se trouve que le français opère un certain nombre de distinctions dans le lexique sur la base de l’opposition humain / inhumain. Voici une liste de couples inconciliables : bouche et gueule, jambes et pattes, tuer et abattre, mourir et crever, cadavre et charogne, accoucher et mettre bas, enceinte et pleine. D’où la valeur péjorative lorsqu’on vous lance à la volée : « crève, charogne ! ». Certains ne manquent pas de poésie…

Finissons ce futile babil superfétatoire qui me fait encore aligner des mots pour ne rien dire (par chance, j’utilise peu de papier, la forêt est sauve grâce à l’Internet) par quelques clichés. Cela ne mange pas de pain (ni de Félix d’ailleurs – tiens, ça rejoint le texte de Carroll). Vous avez sans doute noté comme moi que les applaudissements sont toujours nourris (oui, mais par qui ? et avec quoi ? Félix est déjà pris), que les accidents sont souvent stupides (comme si certains étaient intelligents) , que les concubinages sont notoires (pas toujours, j’ai des noms !), que la gauche est plurielle (mais pourtant bien singulière), que les consensus sont plus larges qu’étroits et plus mous que durs (et c’est pas valable pour que les cons s’en sucent ! ), que les despotes sont éclairés (débranchez-les ! coupez le jus !), que les annonces sont précédés d’effets (souvent à retardement, certains sont longs à la comprenette), que la blanquette est à l’ancienne (sauf celle de maman qui innove toujours), la cellule de crise (qu’elle arrête de se gaver de chocolat avant Noël), et que le citoyen a une démarche bien à lui (surtout s’il est gay), que la géométrie est variable (les notaires en sont ravis), les refrains sont éternels (certains feraient mieux de se faire oublier), les revirements parfois brutaux (si c’est pour la bonne cause, on ne va pas s’en plaindre), les risques zéro (Coca Cola a misé gros sur ce coup-là), les parcours sans faute (sauf en cas de chute sur un triple-salto), la roche Tarpéienne (c’est quoi, ça ?), le terrorisme de plus en plus aveugle (qu’on lui offre des jumelles de précision !), le rythme souvent endiablé (olé !) et, bien sûr, le paradis blanc (en doutiez-vous encore ?).Bref, si vous voulez mon intime conviction (intime, forcément ! – et je devine que vous direz oui avec un sourire jusqu’aux oreilles ; attention aux grimaces dans le reflet de votre soupe), mieux vaut user des images toutes faites avec modération.

Bonne journée !
T.

jeudi 13 décembre 2007

Vendredisant

Vendredisant : (dernière contricipation à la réfection des jours de la semaine par notre désormais célébrissime Grand Semainier, récemment nominé pour l’obtention du prochain Prix Nobel de Cadix con’ l’essieu dé vélourrr, c’est normal pour ne pas dire mérité.) adj. De vendredi descendant en ligne à peu près directe du latin Veneris dies autrement dit jour de Vénus. La déesse romaine, c’est cela même, je vois avec un plaisir à peine dissimulé, que vous commencez à comprendre comment ça fonctionne : il est temps ! Enfin, on a encore les douze mois de l’année !... Donc Vénus, déesse de la beauté et de l’amour, ce qui en arrange certains, et d’autres pas du tout, et d’autres encore s’en contre-balancent, pour être poli. Ajoutons afin de sacrifier un peu à notre teutonophilie déjà évoquée sur ce blog, (pour ceux qui suivent), que l’équivalent de Vénus dans la mythologie germanique s’appelle Freya. Ca fera de mal à personne de le savoir. Et de disant qui veut dire qu’on est en train de le dire. Ecoutons-donc la voix de notre GS : « Se dit de l'état d'esprit qui commence déjà à se détendre et à faire des projets pour le week-end, ou d'une personne qui a du mal à se concentrer après une semaine rébarbative ». Passons tout de suite à l’exemple parce que là, c’est fin de semaine, et je me sens déjà à moitié vendredisant. Donc exemple : « J'ai travaillé comme un forcené toute la semaine, mais là, je commence à être un peu vendredisant déjà. »
Comme on le voit vendredisant fait le pendant de lunédir, autant dire qu’avec des mots comme ça, le bond en avant de la croissance et de la productivité, on n’est pas près de le voir arriver. Bref …
Les illustrations de ce mot ne manquent pas, nous allons donc nous adonner gaiement, (ou avec un y si vous voulez), à un tri strict et drastique, (exercice de diction), et hop, on perd pas de temps. Ce tri nous évitera peut-être, (j’ai bien dit peut-être), de verser dans des tendances allusives dont les diverses connotations partisanes nous ont été mollement mais clairement reprochées par des gens dont les positions, du missionnaire ou pas, m’importent ceci dit autant que le pépin de clémentine que je viens, assez grossièrement, d’éjecter d’entre mes protubérances labiales. Miam !

Extrait du livre des très riches heures du Président à paillettes en voyant enfin se terminer la réception fastueuse de cinq jours qu’il vient d’offrir au tortionnaire illuminé que nous savons, et qui lui a valu presque autant de réprobation, (authentiques, je ne parle pas des ramayades), que je m’exposerais à en recevoir si je me mettais à dire du mal du Pape : « Bon ben … ce vendredisant, je suis pas fâché que ça prenne fin ! » La dessus Rachidati revient à la charge avec ses histoires de shopping, (voir injeudible), et là, l’ami des grandes fortunes s’énerve un peu : «Ma p’tite Rachy, tu commences à me courir sur le haricot avec ton shopping ! Tu le fais quand tu veux, où tu veux, et comme tu veux, là ! C’est clair ! » « Mais euh … et pour le conseil des ministres mercredirune ? » « Mais on s’en fout du conseil des ministres ! De toute façon ça sert à quoi puisque c’est moi qui décide !?! » Et la petite Rachidati s’en va en poussant un grand « Youpiiiii ! », non sans balancer un bon coup de sac à main Vuitton dans la bouille de Rama Yade qui passait malencontreusement par là.

Confidence d’un voltigeur à ballerines au sujet d’un professeur de danse de complexion russo-bolcho-pas-bien-dans-la-tête, dont le profil laisse à penser qu’il pourrait le cas échéant se recycler dans les services de maintenance de la démocratie directe de certains « Guide » reçu récemment par le Président tape à l’œil : « On a bosser comme des dingues toutes la semaine. J’suis complètement venrdredisant. Si y m’cherche ce soir, le raspoutine de fin d’goulag, j’lui fait la tête au nord - la queue au sud ! »

Message de l’Imam Cékoiss Bhazarhd, de la Grande Mosquée Sidi Sah Skhil Apatohr en vue de raffermir les troupes dans l’exercice de la grande prière de fin de semaine : « Li sousse qui sont troup vendroudisant i qui proufitent di ça pour pi faire lour prière courrictiment y prondront cent coups di fouet ! »
Annonce de Madame Andrée célèbre pédégère d’une entreprise très cotée sur le marché du fouet-cuir et latex : « Grande promo sur le coup de fouet : cent-vingt pour le prix de cent - no dress code exigé – main d’œuvre diplômée – prix de gros les jours vendredisants – travail soigné »

Illustration : La naissance de Vénus par Sandro Botticelli 1485

mercredi 12 décembre 2007

Injeudible

Injeudible : (A-t-on besoin de rappeler que comme chaque jour de la semaine, c’est à l’inspiration de notre ineffable, (et pas que De La fontaine – quoique …), et cher contricipateur T. que nous devons cette nouvelle invention. Ajoutons que T. après quelques doutes qu’ont fait naître ses intentions mercrediurnes, a finalement été confirmé dans sa toute fraîche dignité de Grand Semainier de ce Dictionnaire Anaphabétique.) adj. De jeudi lui même issu du latin Jovis dies signifiant jour de Jupiter. Ce n’est pas spécialement à la grosse planète du système solaire qu’on fait ici référence. Même si celle-ci fait bien son importante avec sa grosse masse, ses satellites à ne plus savoir qu’en faire, et bien qu’elle soit visible aussi dans le ciel certains jeudi : ceci n’étant que pure coïncidence. Non, c’est encore une fois à un dieu romain qu’on doit le nom du quatrième jour de la semaine. Et pas le moindre puisque c’était le chef des dieux. On ne va pas ici retracer son parcours, son ascension, (c’est le cas de le dire), ni ses parties de jambes en l’air, ce n’est pas le sujet. (C’était quand même un sacré niqueur, passez-moi l’expression !) Et du préfixe « in » qui prévoit en principe quelque chose de l’ordre d’un empêchement. Et, effectivement, signifie « impossible d'être fait ou organisé le jeudi » ainsi que nous le précise donc le Grand Semainier que nous savons. Exemple : «La réunion est vraiment injeudible la semaine prochaine, mais est-ce que mardi matin vous conviendrait ? »
Vous aurez compris car il vous reste encore assez de temps de cerveau disponible même après avoir gaver votre charmant encéphale de plusieurs doses de messages à caractères promotionnels, qu’injeudible s’entend pour du ponctuel comme pour du permanent. Quelque chose peut-être injeudible, telle ou telle semaine, mais pas toutes les semaines. Ainsi cette réunion dont l’exemple présente la situation. De même une chose peut-être injeudible toutes les semaines que Jupiter faisait quand c’était son boulot avant qu’il ne se fasse rattraper par la concurrence, et que l’unification du Panthéon et de l’Olympe soit réalisée au bénéfice de Dieu tout court.(Le mot est faible).
Illustrations : dans une des scènes du livre des très riches heures du Président à gourmette, on peut lire un échange où Madame Rachidati, fait part de son souhait, afin de pouvoir faire les magasins avec une copine qui n’est libre que mercrediurnement, de déplacer le conseil des ministres au jeudi. Le Président lui répond alors, sur un texte qui n’est pas d’Henri Guaino, pour une fois, que ce n’est pas possible, et que sauf impératif majeur, recevoir Kadhafi notamment, le conseil des ministres est injeudible. Madame Rachidati, très déçue que ses problèmes de shopping ne relèvent pas d’un impératif majeur est partie, furibonde, donnant au passage un grand coup de sac à main Dior dans la tête de Madame Rama Yade qui passait malencontreusement par là.
N.b. On notera en l’occurrence un emploi du mot injeudible de caractère permanent.

Pas plus tard qu’il n’y a pas longtemps notre précieux Grand Semainier m’a proposé d’aller casser des noisettes à l’Opéra avec un balais ; (je n’ai pas demandé de détail sur le moment songeant à en demander plus tard quand même – bah oui, ça m’a intrigué !...) Et bien ça pour moi cette semaine c’est injeudible. Ceci dit c’est pas possible non plus le lendemain. Du coup il est prévu d’y retrouver une cigale. (J’espère qu’elle chante mieux que moi, encore qu’avec un balais …) Bon ce n’est que partie remise …
N.b. On notera ici l’emploi d’injeudible dans une situation ponctuelle.

Verbatim d’un récent entretien entre Monsieur B. XVI, P.D.G. du Vatican, avec son cardinal chargé de la promotion et de la diffusion de la messe (sans contrepèterie, merci) :
M. B. XVI : - Dites mon cardinal je voudrais faire le point : vous en êtes où au sujet de la défense de la messe ?
Le Cardinal : - Ben voilà mon Saint Père... On en a la dimanche, ça, ça se maintient à peu près. Mais les autres jours c’est compliqué. Ou les gens sont complètement lunédant. Ou il sont tout juste en train de s’amardir. Mercrediurnement, je me suis renseigné, c’est un peu le bordel, si vous voulez bien me passer l’expression, personne ne sait plus ni le jour ni la nuit. Ca me paraît par ailleurs tout à fait injeudible, et après c’est le week-end.
M.B. XVI : - Vous vous foutez du monde ! Vous croyez que la banque Ambrosiani vous paye pour quoi ? Trouvez-moi une idée ! Et tout de suite !
Alors le Cardinal, fustigé, s’insurgea :
- Eh ! Oh ! Ca va de me parler comme ça hein ! Il avait qu’à faire plus de jours dans la semaine l’autre là-haut ! C’est vrai quoi ! C’est toujours les mêmes qui se font engueuler ! Y’en a marre à la fin ! Sans compter qu’avec votre retour de la messe en lapin ça facilite pas les choses : on va se faire carotter des fidèles, vous allez voir !!!
N.b. On relève ici une incertitude sur l’emploi ponctuel ou permanent d’injeudible : mais bon, là on s’en tape carrément.

Epilogue : notre Grand Semainier avais proposé une variante avec injeudissable : le problème c’est que le sable après t’en as partout !

Ramayade

Ramayade : n.f. de Rama, prénom d’une sympathique copine de chef d’état, et de Yade, nom d’une sympathique copine de chef d’état. Précisions, afin d’éviter tout malentendu, que le prénom et le nom appartiennent à la même sympathique personne, et que le chef d’état dont elle est la copine est un seul et même individu, quoiqu’on en pense. Rappelons au passage que la sympathique copine en question est également, du fait d’être copine du chef d’état, membre du gouvernement que dirige ce même chef d’état, (voyez comme les choses sont bien faites), et qu’elle y occupe la place, ô combien convoitée, de Secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme. (Donc de la femme aussi, suppose-t-on …) C’est d’ailleurs à ce titre de secrétaire d’état qu’elle inspira l’usage de ce substantif en l’an de grâce de cette année, de la façon que nous allons, sans plus attendre, expliciter.
Procédons par illustration c’est toujours plus imagé. (Nooon ?!? Siii !)
A l’occasion de devoir finaliser un certain nombre de tractations de type profondément magouillesques, le chef d’état, (appelons-le Maurice), invite chez lui un autre chef d’état, (appelons-le … Ubuh – avec un h à la fin car c’est un chef d’état de type nord-africain alors que Maurice est un chef d’état de type plutôt nord-américain), donc Maurice reçoit Ubuh. Ubuh est un chef d’état sympathique mais ferme, et pas que sur les prix. Comme il est grand, beau, magnanime, juste, équitable et intelligent, il n’a pas besoin d’opposition dans son pays. Donc tous les rigolos de service qui auraient dans l’idée de dire qu’Ubuh n’est pas grand, beau, magnanime, juste, équitable et intelligent, sont fortement soupçonnables d’être des vilains qui ne pensent qu’à leur petite carrière personnelle, qui n’ont d’autre ambition que d’être Ubuh à la place d’Ubuh, et donc de vouloir nuire par là même au bonheur du peuple, lequel ne tarit pas d’éloge au sujet de son chef, sinon … Pif ! Paf ! Pour compléter ses activités de chef d’état Ubuh n’a pas hésité à payer de sa personne en faisant descendre des avions pleins de gens encore vivants, et en enfermant pendant neuf ans une bonne poignée d’infirmières bulgares et un médecin palestinien alors qu’ils n’étaient même pas malades ; ceci dit Ubuh, pour ne pas nuire à sa divine logique, et pour justifier que ces braves gens gardent le lit, les a fait torturer : il suffisait d’y penser. C’est d’autant plus méritant que les prisons d’Ubuh sont déjà pleines à craquer de tous ceux qui font rien qu’à dire que Ubuh n’est pas un bon chef d’état.
Mais Maurice, grâce à une vision relevant du sixième sens à gourmette que chez ces parvenus on appelle couramment le sens du fric, autrement nommé affairisme, a trouvé récemment qu’Ubuh devait être encouragé dans le développement de sa grandeur humaniste, car il a un bon fond, d’ailleurs il en a plusieurs, et qu’il n’y avait rien de plus encourageant pour un mec comme lui que de se voir confier des avions de transport de passagers, (même sans passagers), des centrales nucléaires, et des avions de chasse que de toute façon personne d’autre ne veut nous acheter. Donc Ubuh vient voir Maurice pour faire ses emplettes. Las, chez Maurice c’est un pays hélas bien différent. Ce n’est pas parce que les prisons sont pleines qu’on ne peut pas y mettre les gens qui ne sont pas d’accord avec le chef d’état. C’est parce qu’on a une étrange maladie, ordinairement souhaitée à toute civilisation par les visionnaires qui pensent que toutes les autres maladies sont éminemment plus graves : la Démocratie. Donc dans le pays de Maurice pleins de gens se sont mis en tête, avec ou sans micro, avec ou sans caméra, de dire que tout de même ce n’était carrément pas convenable, voir tout à fait scandalosissime, de recevoir ce bouffon à ray-ban, qui découpe en rondelles tous ceux qui lui déplaisent, sous prétexte qu’il a largement le pognon, et plus que le pognon, pour nous acheter de quoi renforcer pour plusieurs générations son pouvoir d’épouvantail psychopathe. Y’a qu’à voir la progéniture !...
Heureusement Maurice est un garçon prévoyant. C’est pour ça qu’il a mis une copine à lui Secrétaire d’Etat aux droit de l’Homme. Au moment de voir déferler la vague de protestations, hop, toute l’attention s’est concentrée sur la jolie jeune secrétaire, Rama Yade, donc, qui nous a lancé avec l’assurance d’une vieille routière de la Comédie Française, sur un texte peut-être d’elle, mais c’est pas sur, deux points, ouvrez les guillements : « (merci) "Notre pays n'est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits (point, fermez les guillemets".(merci) Le premier que j’entends pouffer est viré.
Voilà donc ce que c’est qu’une ramayade.
Une déclaration solennelle, indignée, autant que faire se peut, (reconnaissons que la copine de Maurice a mis la barre assez haut !), pour s’insurger contre ce que fait votre meilleur pote, sans que ça le gène puisque c’est sur ses instructions, et en faisant en sorte que du coup toute autre déclaration solennelle et indignée passera au mieux pour un pâle écho de la votre, au pire comme de la contestation de pure forme, à la limite trop politicienne pour être honnête.
A priori, jusqu’à aujourd’hui, le langage diplomatique recelait assez de vocabulaire pour fournir la cuisine de l’hypocrisie. Mais en ces temps de rupture, il n’était pas inutile de prévoir de nouvelles ressources. Maurice et Ubuh devraient financer une étude de marché sur les mérites comparés d’une part de découper ses opposants en rondelles et d’autre part de faire opposition soi-même. Parce que la Démocratie, hein, faudra bien en guérir un jour tout de même ! Non de d’là ! Sinon ça va continuer encore combien de temps à nous déranger le p’tit commerce ?...

Courrier reçu

Fallait-il pas enfin la pondre cette petite note ? Je sais pas. Comment ça tu sais pas ? Oui enfin, sûrement il fallait s’en fendre d’une … bah oui quand même. Ne serait-ce que pour que les gens comprennent. Oh, les gens !... T’inquiètes pas ! Y sont pas bêtes !... Oui, enfin non, y sont pas bêtes mais ça sera plus clair. Et ça fera plaisir à qui tu sais … Mmmmmouiiiii, évidemment, vu sous cet angle …
Donc : « courrier reçu » est une rubrique qui sert d’écrin, de chambre d’ami, de bureau personnel, de suite privative à A. Enfin … T. Enfin bon … Vous voyez de qui je parle.
On y trouvera, régulièrement, les commentaires qu’il m’envoie sur ce blog sur tel ou tel message, sur tel ou tel sujet, et dont le texte, riche, dense, instructif, drôle, mérite de toute évidence la vitrine bien plutôt que les marges prévues usuellement pour ces interventions.
Ca fera peut-être des jaloux : tant mieux.
Merci en tout cas, T. , pour ces répansions de verbe dont le soin d’en honorer les modestes espaces de ce blog m’est autant de bonheur, que je souhaite partager.
Ce qui est ne rien dire si je mesure comme cela m’émeut parfoisCeci étant quand même dit, et sachant que vous êtes ici chez toi, ce n’est pas une raison pour délaisser vos jardins. Ne pas entretenir vos fontaines. Oui, on sait, y’a les hautes eaux, et y’a les basses eaux. Mais il y a aussi ces ouvrages merveilleux que sont les barrages, les écluses, les bassins de retenue, les canaux, etc … Un peu d’ingénierie hydrographique … Tiens, un prochain sujet en plus de tous ceux que vos communications m’inspirent : sans compter celui des cadences infernales…

T. Anomnyme A. 11/12/07

Délices en délire

N’avez-vous jamais été amusé à décrypter le langage ampoulé des restaurateurs ?L’appellation compliquée des mets et entremets crée l’illusion de la haute cuisine.
- Salpicon de veau élevé sous la mère en son roux de velouté de champignons = blanquette de veau
- Miettes de filet mignon et leurs fouillis de pommes des champs en leur jus = hachis Parmentier
- Hachis de paleron de bœuf et ses beignets de morelle tubéreuse de pays = hamburger/frites
- Effilochée de poisson irisé de la baie de Concarneau en sa marinade sancerroise = maquereau au vin blanc
- Turbans de semoule de froment al dente dans sa terrine de grès = nouilles
- Méli-mélo du poulailler aux fins copeaux de Fribourg = omelette au fromage
- Perles de l’océan délicatement oléaginées et leur farandole de petites arêtes = sardines à l’huile
- Consommé du jardinier de Louis le Quatorzième à Fontainebleau = soupe de légumes
- Emincé de germon en son huile parfumée au sel de Guérande dans son bateau de fer-blanc = thon à l’huile
Bon appétit !Rien à envier aux Précieuses Ridicules, me direz-vous ! Les média ne sont pas en reste. Ils s’inspirent aussi des folies de Molière. Tout le monde connaît déjà la fameuse technicienne de surface qui permet à la femme de ménage de se croire investie d’un nouveau statut social. Ainsi la caissière est devenue hôtesse de caisse, les handicapés des personnes à mobilité réduite, les chômeurs des demandeurs d’emploi, la mère célibataire un parent isolé, les racailles des jeunes de quartiers défavorisés, le berger un chef d’exploitation d’élevage de bétail au sol, l’éboueur un agent de traitement des déchets urbains, le cancre un inappétant scolaire ( !) et une bavure devient un dysfonctionnement, un bombardement une frappe aérienne, les cambriolages des délinquances de proximité, le capitalisme l’économie de marché, la corruption les affaires, la crise la récession, la démocratie la transparence, le ghetto la zone sensible, le laid l’esthétiquement différent, le mouroir l’unité de soins palliatifs, le racisme les tensions interculturelles, le tiers-monde les pays en voie de développement, etcaetering…

Soyez politiquement correct : c’est le premier message. Le second étant : coupez plus d’arbres, nous avons plus de choses importantes à écrire ! La planète ? Quoi la planète ? On s’en fout de la planète ! Qu’elle se contente de se réchauffer !Les journalistes, sans doute frustrés de création philologiques, ont tendance, l’avez-vous remarqué ? à ériger la métaphore en dogme. Vous connaissiez la version classique de «La Cigale et la Fourmi », en voici une version passée à la moulinette journaleuse :

De source généralement bien informée et dûment autorisée, nous apprenons qu’un insecte de type cigale aurait, sous réserve, été fortement fragilisé par les rigueurs conjuguées de la baisse du mercure et de la chute du thermomètre qui ont, comme chacun sait, franchi ces derniers jours la ligne jaune de l’inacceptable. Il semblerait que ledit homoptère, qu’on pourrait taxer d’une certaine insouciance, voire d’une insouciance certaine, n’aurait pas su gérer, au dam de ses congénères qui vivent également en milieu arboré, le stockage d’un précieux viatique qui lui aurait permis de faire face à l’offensive inopinée du général Hiver. Fragilisée, je cite, par une légèreté atavique qui serait, selon d’aucun, son talon d’Achille, et par une propension à chanter pendant la trêve estivale, c’était donc, pour la cigale, la rentrée de tous les dangers.Clouée au pilori et peu encline à passer sous les fourches caudines de quelques Cassandre qui la voyaient déjà sacrifiée sur l’autel de son incroyable insouciance, elle se risqua à solliciter Dame Fourmi, sa voisine de palier, dont la réputation de sérieux est de notoriété publique. On se souvient en effet à quel point ce noyau dur de la courageuse famille des hyménoptères a toujours su se tailler la part du lion après avoir tant mangé de vaches maigres. Donc un parcours sans fautes malgré les zones de fluctuations et autres turbulences. C’est ainsi qu’on ne s’étonnera pas d’apprendre que la fourmi, non contente de sortir immédiatement le carton rouge et de renvoyer la cigale dans ses buts, s’empressa de fustiger les thuriféraires d’une politique économique cigalienne rétrograde et dépassée au jour d’aujourd’hui.Devant cette partie de bras de fer et ce tir de barrage, la cigale, refusant de baisser la garde, proposa en désespoir de cause de revoir ses prétentions à la baisse pour donner encore un peu de grain à moudre à un débat qui risquait de tourner court. Elle prétendit même être victime d’un lynchage médiatico-judiciaire. Réponse sans appel de la représentative hyménoptérienne bien décidée à porter l’estocade : « Vous qui avez si bien pratiqué le bel canto, pourquoi ne pas tenter un nouveau challenge en vous adonnant à la chorégraphie de Casse-Noisette le 14 décembre à l’opéra ? »

Dans un tout autre registre, mais toujours partie de notre entreprise encyclique, je ne peux résister ici de vous faire part d’un jeu dont j’avais entendu parlé il y a quelques années.

Européens, attention, ceci vous concerne ! La Commission européenne a finalement tranché : après la monnaie unique, l’Union Européenne va se doter d’une langue unique, à savoir… le français.Trois langues étaient en compétition : le français (parlé par le plus grand nombre de pays de l’UE), l’allemand (parlé par le plus grand nombre d’habitants de l’UE) et l’anglais (langue internationale par excellence). L’anglais a vite été écarté, pour deux raisons : il aurait été le cheval de Troie économique des USA, et les Britanniques ont vu leur influence limitée au profit du couple franco-allemand en raison de leur légendaire réticence à s’impliquer dans la construction européenne. Bref, le choix a fait l’objet d’un compromis, les Allemands ayant obtenu que l’orthographe du français, particulièrement difficile à maîtriser, soit réformée dans le cadre d’un plan quinquennal , afin d’aboutir à l’eurofrançais.La première année, tous les accents seront supprimés et les sons actuellement distribués entre s, z, c, k et q seront répartis entre z et k, ze ki permettra de zupprimer beaukoup de la konfuzion aktuelle.La deuxieme annee, on remplazera le ph par f, ze ki aura pour effet de rakourzir un mot komme fotografe de kelke 20%.La troizieme annee, des modifikazions plus draztikes zeront pozzibles, notamment ne plus redoubler les lettres ki l’étaient : touz ont aussi le prinzip de la suprezion des e muets, zourz eternel de konfuzion, en efet, tou kom l’autr letr muet.La katriem ane, les gens zeron devenus rezeptifs a de changemens majeurs, tel ke remplazer g zoi par ch, zoi par k, zelon les kas, ze ki zimplifira davantach l’ekritur de touz.Duran la zinkiem ane, le b zera remplaze par le p et le v zera lui auzi apandone au profi du f. Efidamen, on kagnera ainzi pluzieur touch zur le klafie. Un foi ze plan de zink an achefe, l’ortograf zera devenu lochik et le chen pouron ze komprendr et komunike.Le ref de l’unite kulturel de l’Europ zera devenu realite !
Kros piz a fou !
T.

mardi 11 décembre 2007

Pas de Moi, mais pas mal quand même ...

Ne nous mouchons pas du coude mais soyons humble : avec un peu de souplesse on peut très bien y arriver : voici une nouvelle rubrique qui va s’appeler en toute simplicité : « Pas de Moi, mais pas mal quand même … »
Il vient en effet de me prendre, (c’est pas terrible ça comme construction … Bon allez tant pis je laisse …), donc la la la, de profiter de ce blog pour vous faire partager des choses que j’aime, qui me plaisent, agrémentées ou non d’un commentaire, ce sera selon l’humeur.
Nous allons commencer si vous le voulez bien, (proposition totalement malhonnête puisque d’une part vous n’êtes pas en mesure de répondre, et que d’autre part quoique vous répondissiez, ma décision est prise, et comme avait dit Monsieur Chirac en reprenant les essais nucléaire à Mururoa, pour fêter son avènement en 1995 : « ma décision est irrévocable ! », nous allons donc commencer disais-je, avant de m’interrompre moi-même, par un poème de Monsieur Stéphane Mallarmé. Je vous préviens, c’est pas du tout rigolo : mais comme je dis souvent c’est pas parce que c’est pas rigolo que c’est pas bien.
Pour bien marquer la teneur peu festive de ce sonnet j’ai eu l’idée, ô combien pertinente, de l’illustrer avec un dessin de Monsieur Victor Hugo, soi-même, qui s’appelle « Le Phare » : ça met dans l’ambiance !
Ah oui, le sonnet s’appelle « Angoisse » : je vous avais prévenu !



Angoisse.

Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête
En qui vont les péchés d’un peuple, ni creuser
Dans tes cheveux impurs une sombre tempête
Sous l’incurable ennui que verse mon baiser :

Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songe
Planant sous les rideaux inconnus du remord,
Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges,
Toi qui sur le néant en sais plus que les morts :

Car le Vice, rongeant ma native noblesse
M’a comme toi marqué de sa stérilité,
Mais tandis que ton sein de pierre est habité

Par un cœur que la dent d’aucun crime ne blesse,
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul,
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

Stéphane Mallarmé

lundi 10 décembre 2007

Nous sommes.

Nous serions donc bien là. Dans ce lieu plein de nos consciences. De nos consciences attentives. De nos consciences exigées. De nos consciences haletantes. De nos conscience qui nous pressent de sortir des anonymats, parades de quelle pudeur, pour nous avancer grandissant hors de nos jardins d’ombre et de fleurs, de froid et de dédale, d’envers et de visages, orientés tantôt pour être vu et tantôt pour voir, pour montrer et ne se regarder que l’un après l’autre. Grandir de ces jardins que des cris d’enfance voudraient hanter de joie, quand leurs cris et leurs rires se cognent parmi leurs refuges, et s’étouffent dans les tentures transparentes qui pendent de nos hauteurs et frôlent le sol.
Nous serions donc bien là. Et il suffirait que nous regardions ensemble dans la même direction, chacun de l’autre.
C’est l’époque des jours très courts. Les plus courts. Des jours où les épaules et les reins rétrécissent pour mieux y circuler. Où les dos penchent et les tailles s’en rapetissent pour passer sous le ciel où des ventres d’eau froide pèsent sur nos têtes.
C’est bientôt l’ère du Capricorne. Hors le folklore qu’on fait des astres, c’est le temps où des profondeurs va commencer à remonter l’avenir de la clarté. Mais où, aussi,en attendant, on devra traverser de longues heures intérieures que l’obscurité protègera, qu’un peu de feu réchauffera, dont le silence, peut-être, transformera les contenus imprécis en matière de renouveau.
Nous serions donc bien là. Pourtant que crois-je savoir ? Il n’était pas dit, bien sur, que nous allions plus loin que nous reconnaître au travers des étendues faciles d’une toile électronique. Jouer des échanges possibles. Puis se reconnaître encore davantage en visitant nos écritures. Figé dans une pénible erreur, dis-tu. Surpris, de nouveau, par l’imprudence, je crois, pour ma part.
Tu as dit que tout nous rapproche. C’est bien ce que j’ai lu de toi. Je ne sais comment, de la saison qui est la tienne, tu me verrais d’un vivant qui pourrait être tien. En revanche je vois avec une acuité, que je ne sauve de la brûlure que grâce au filtre que j’écris, une acuité étonnée, combien je suis fait du vivant que tu es.
C’est un danger. Un danger dont la nature ne m’a jamais effrayé. Mais dans l’aridité dont j’ai dû usé, j’ai cherché certes à reculer, pour que tu me vois, que tu me vois dans ce noir dense où j’imagine que l’imprécision des contours devrait te rassurer, et de même j’ai voulu me maintenir dans les tous premiers mots que j’ai utilisés lorsque je t’ai aperçu, que tu m’as intrigué, et que j’ai tout de suite marqué cet abord furtif du sceau de ce temps où nous occupons des places si différentes.
Je lis et je relis tes derniers messages. Je peux y trouver autant de quoi m’illusionner sur cette mesure du temps que de quoi penser que j’ai manqué de prévoyance. Et ni l’une ni l’autre de ces considérations ne m’intéresse.
Je lis que tu as froid, je lis que tu es en cessation d’écriture, selon tes mots.
Que je peux reculer, mais pas disparaître.
Est-ce que je suis pour que tu sois ? Ou bien l’inverse ? En tout cas l’inverse aussi.
Tu ne te concilies pas ce qui t’échappe. C’est ce que j’éprouve d’avoir à ressentir.
Nous avons pu inventer quelque chose qui n’est plus nous. Ni toi, ni moi. Les LLS sont venus de toi, bien sur. D’une certaine façon tu en es l’auteur aussi. Mais il sont faits d’une substance de toi, et d’autres sources de toi. De ce que tu es. De ce que tu représentes particulièrement en ton absence. Je veux dire absence au regard. Sans que nous sachions même le son de nos voix. Il n’est pas indifférent qu’un être comme toi existe. C’est une certitude. Il y en a peu. Il y a celle-là. Et ils proviennent aussi, ces sonnets, aussi de ce que j’ai fait émaner de toi, pour que cela devienne ma matière propre, en pariant que tu continuerais à t’y reconnaître, et que tout cela puisse nous dépasser.
Comme je disais : que cela aille déjà au devant et que nous ayons, pour autant qu’on le souhaite, à suivre ces chevaux libérés.
Ainsi des partitions intimes que tu laisses aux vents de tous les regards, sur ton espace. Je pourrais, pour ceux surtout où ta blessure affleure, aiguë, bouleversante, je pourrais en dire, de ces objetcritures qu’ils sont mes amis. Que je les aime. Qu’il pourraient peindre mes murs. Fleurir mes nuits autant que mes jours. Qu’il y vit tout un sentiment dont j’ai tellement vécu, et dont je vis encore,et qui me nourrira toujours, car j’en connais infiniment l’indispensable aliment de toute existence qui préfèrera jusqu’au bout ces profondeurs et ces vertiges plutôt que s’ingénier à faire autrement, c’est à dire renoncer.
J’aime ces écrits de toi. Ces lettres à l’inconnu. Comment ce sentiment ne se prolongerait pas jusqu’à toi ? Et ne t’envelopperait pas également ? Eviter cela consisterait à établir, d’une décision sans doute étrange, que nos êtres sont détachables des vecteurs par lesquels ils communiquent. Rien ne nous y contraint il me semble. Et rien ne nous oblige à vouloir plus qu’échanger seulement comme nous le faisons. Quelques soient les teneurs.
Toute diagonale passerait par la nécessité de quitter provisoirement nos palais-écrans pour nous transporter ailleurs.
Je ne suis sur de rien. Mais je n’ai peur de rien non plus.
Ce que je ressens de plus difficile, c’est que tu souffres. J’entends jusqu’aux sons de ce qui bruit en toi. Ton regard nu solidement perlé. Etrangement glacial de l’intérieur. Tu connais des heures noires et tu les portes aux brumes.
Et l’impuissance des mots, alors. Ou la puissance qu’on ne sait leur donner. Leur magie qu’on voudrait caressante, et qui ne fait qu’effleurer. La musique absente de la voix qui pourrait les aider à cheminer jusqu’au but battant qu’on leur fixe.
Et puis ce que l’on ose pas, et qu’il faudrait oser.
S’éloigner du doute qui devient inutile.
Négocier à l’orgueil un permis d’abandon.
Alors un mot peut s’ouvrir. Calice minéral. Fragment céleste. Endroit de chair. Rouge lumière. Début d’un geste.
Ce mot peut s’ouvrir à condition qu’il ne soit l’objet d’aucun doute sur sa valeur. Que rien ne vienne égarer au dessus de lui au moment où il paraît le soupçon tortueux que lui accroche souvent l’emploi de la fausse monnaie.
Ce mot je te l’offre. Si tu le veux. Prend-le entre tes mains, comme on prend un secret. Ne le regarde pas tout de suite. Ne l’écoute pas encore. Sache qu’il est là et vois ce que cela produit. S’il te semble qu’en le tenant entre tes paumes, aucune sensation ne se manifeste, si tu as l’impression de ne rien tenir alors qu’il s’y blottit pourtant, si tu ne ressens rien au creux de ton être et que le froid y persiste, alors ouvre à nouveau tes mains : cela aura disparu. Ce n’est pas à ce mot qu’il fallait que je pense.
Si, en revanche, tu sens, si faiblement que ce soit, si lentement que ce soit, que, progressivement, quelque chose en toi devient jaloux de ce que tes mains contiennent, retient le plus longtemps possible tes paumes closes. Laisse venir l’impatience. A un moment, que tu devineras sans peine, tu sauras que tu es venu toi-même, du cœur de toi-même, chercher ce mot afin de le vivre. D’en vivre pour ce que tu veux, et que cela te soit bénéfique.
Mais ce ne sera que presque rien encore. Au mieux un pays où transporter ta vie intérieure. Plus modestement un supplément de territoire à ce que tu en sais déjà et qui ne nous suffit que rarement. Tu es, fort heureusement,quelqu’un d’exigeant.
Dans tous les cas, si je t’offre ce mot, c’est aussi parce que je crois qu’à part tous les autres, dont le flot ne cesse jamais de me presser, c’est au moins un peu de clarté entre nous que je veux placer.
Quoique nous fassions de lui.
Ce mot a tant de possibilités !
T.

Mercrediurne

Mercrediurne : (toujours sur proposition de notre illustre T., promu à cette occasion Grand Semainier de ce Dictionnaire Analphabétique, y’a pas de raison : nomination prochainement consultable au J.O. (N.b. : J.O. ici ça veut dire Journal Officiel pas Jeux Olympiques – d’ailleurs y’a pas de x à au, c’est quand même un signe.) De mercredi, issu du latin Mercurii dies, signifiant « jour de mercure ». Je vous vois venir : rien à voir avec le mercure des thermomètres, par ailleurs élément chimique de symbole Hg et de numéro atomique 80, (ce qui nous fait une belle jambe). N’empêche c’est parce le mercure est un métal liquide à température ambiante qu’on l’utilise dans les thermomètres. En plus il est de couleur argent mais n’allez pas croire que vous pouvez payer en mercure quand on vous demande de régler en argent liquide, d’abord ce truc là ça se trouve pas plus sous le pied d’un cheval qu’une liasse de billets, et c’est plutôt toxique, voire maxi toxique : c’est avec ça qu’Agnès Sorel a été empoisonnée. ( Ben oui elle pas morte d’un rhume pour simplement avoir eu la manie de se promener avec un sein nu.) Donc la température du mercredi c’est selon le temps qu’il fait et le mercure monte et descend tous les jours. Je vous vois revenir : rien à voir non plus avec le mercure tyrrhénien, lépidoptère de la famille des nymphalidae, (un papillon pour faire simple), qu’on peut voir faire son intéressant entre juin et août du côté de la Corse, de la Sardaigne, et de l’île d’Elbe, (chère au bulbe rachidien de pas mal de napoléonâtres hébétés) : cette bestiole volette tous les jours de la semaine. Donc, donc, donc, de quel mercure se peut-il qu’il soit question ? Vous dites-vous en votre âme jolie et votre conscience approximative … Il s’agit du dieu romain bien sur ! Nous ne nous étendrons pas sur sa vie sexuelle, rassurez-vous, (ou calmez-vous), d’autant que chez ces gens là c’était un peu compliqué, (carrément le bordel, soyons clair), et que je n’ai pas que ça à faire. Sachons simplement que c’était le dieu chargé du commerce, des voyages, et des relations intérieures de l’Olympe. On est souvent plus discret sur le fait que c’était aussi le dieu des voleurs … Je sais pas pourquoi … Oui car les voleurs ont un dieu, c’est pas le maire de Levallois Perret qui me démentira. Et de diurne qui qualifie ce qui apparaît ou s’effectue le jour. Que veut donc dire mercrediurne, vous ébouriffez-vous le cortex au bord de l’apoplexie suspensesque ? Lisons ce que nous en propose notre tout frais émoulu Grand Semainier : « de la soirée de la mi-semaine. » ( ?) Ca vous bouchbe hein ? Oui, je sais, moi aussi. Voyons l’exemple fournis, accrochez-vous au bastingage : «Je vous invite à une pendaison de crémaillère mercrediurne, ça se finira avant le dernier métro. »
Faudrait savoir ! Je veux bien qu’à la belle saison, et sous l’impulsion technocratique consistant à nous ruiner la pendule biologique en nous faisant avancer puis retarder nos montres d’une heure, ce qui nous couche le soleil à des pas d’heure en plein été, le diurne apparaît ou s’effectue jusqu’à très tard, mais quand même : soirée et dernier métro, ça fait plus nocturne qu’autre chose ! Au pire, une crémaillère mercrediurne ça irait chercher dans les dix heures du mat’ jusqu’à neuf heure le soir. Sinon ça va plus !
Je ne sais pas du coup si cette nomination aux fonctions de Grand Semainier peut être maintenue avec de telle extravagations. Vraiment, le doute m’habite !
Allez-vous en illustrer une définition aussi farfelue après ça !
Genre : toutes les semaines le Conseil de Ministres est mercrediurne : mettons que Rachidati ait lu la définition avant d’y aller, elle va se pointer à l’Elysée à huit heure du soir au lieu d’aller faire la top modèle chez Castel. C’est toute sa vie qui peut en être bouleversée : vous voulez nous l’achever cette petite ou quoi ?
Et les gamins : dans la semaine scolaire le jour sans école est mercrediurne. Ca ressemble à quoi ? On va emmener les gosses faire du clubing dans la nuit du jour de Mercure au jour de Jupiter ?
Non franchement, c’est limite lamenchaise. Nous avions formé tant d’espoirs sur votre inventivité. (Compte tenu du nombre que je suis vous pouvez considérer que j’utilise un nous de majesté, ce qui va fort bien à mon souverain courroux.)
Je veux bien qu’on soit poète, et que la réalité n’est peut-être pas la réalité si on réalise que ce qui n’est pas réel en a parfois plus l’air que ce qui est réel, mais tout de même. En plus ça fout la pagaille dans les rimes en « urne ». Déjà qu’il n’y en a pas tant que ça !
Bon, ne nous énervons pas. Je sais ce qu’on va faire : on va prendre des rtt mercrediurnes, (celles qu’on aura pas vendues pour pas perdre moins par rapport à ce que gagner pas plus mais bosser pas moins en fonction de pas plus non plus, ou à peu près …), et chacun se débrouille. De toute façon on aura quand même appris quelque chose : qui savait parmi vous, je ne parle pas de moi bien sur, (Ca change…), (Oui, bon, ça va ! C’est mon dictionnaire et c’est mon blog !), (Ok ! Te fâches pas !... Cool man …), (Coule toi-même !), (Bon tu termines … on va pas y passer la journée, même mercrediurne …), (Je termine !) : donc qui savait que le mercure avait un numéro atomique ? Qui savait que son petit nom c’est Hg ? Qui avait entendu parler du mercure tyrrhénien ? C’est sur qu’on nous casse davantage les couilles avec le petit dictateur franco-corse militarophile qui mit l’Europe à feu et à sang il y a deux siècles. On a les idolâtries qu’on peut …
(Désolé pour le mot couille mais y’a des moments ça sort comme ça ! C’est tout !)

Illustration : le dieu Mercure (avec son joli casque avec des p'tites ailes, flap, flap, flap) par Antoine Pajou

Si loin, si proche.

(titre emprunté à Monsieur Wim Wenders)

Que nous dirait l’approche dont le loin qui règne
Nous ferait ignorant et qu’il faudrait qu’on feigne
De ne pouvoir apprendre pour s’en emparer
Qu’en réduisant les pas qui croient nous séparer.

Aiguille d’acier en scalpel
Une main chirurgienne cisèle
Un message en aveugle incarné
Pour ouvrir sa surface ordonnée.

Au seuil de mon refuge les vents capricieux
Persiflent sous la porte et piaffent impérieux.
Ce serait si facile d’aller m’emportant
Débrailler sur leur dos mon étroit contenant.

Tableau qu’il a peint en écrit.
Je scrute ce qu’il y décrit.
Chaque détail me rapprochant
Pour voir l’ensemble m’éloignant.

Je suis des yeux son cours dans un lit de torrent.
Seules sures les berges en guident le courrant.
Saisi par le mélange des eaux qui s’écoulent,
Je sonde à combien de profondeur elles roulent.

Il dit qu’il fait froid et qu’il pleut,
Que le songe ment au cœur creux,
Dit son âme au désir de rien,
Ses mains où nulle nuit ne tient.

On doit espèrer beaucoup mieux
Que l’inventaire de nos lieux.
S’y reconnaître c’est un bien
Mais que parfois l’orgueil contient.

Dans cet orgueil-là je renonce à la conquête,
Jusque pour rejeter toute option de requête.
Le flot que je contemple est ma propriété,
Tant que la solitude a ma complicité.

Là où nous survivons d’autres jours, d’autres nuits,
Ne sont pas ces surfaces que le prix réduit.
On décide sur soi d’un intérieur spacieux
Pour vivre ce qu’on est, aussi vaste qu’on veut.

A un autre on s’y rend visible,
A un autre on s’y rend sensible.
Mais d’où vient alors qu’on se sache,
Et qui commande qu’on s’attache ?

Et quelle trace faut-il faire ?
S’il y a mieux que l’inventaire
Et que la mesure des âmes,
Ce sont des témoins qui le trament.

Bien sur nul n’est contraint à témoigner de soi.
Mais si je veux parler du pays que je vois,
De l’aube, de l’écume et du fou et du sang,
Je parle aussi de qui m’a montré son vivant.

Pour parer le danger si des frontières tremblent,
A force d’y confondre ce qui se ressemble,
Nous avons la ressource, en quelques mots, qui tient :
Retenons que nous ne sommes tenus à rien.

Je détaille les maux qui s’esquissent,
Les craintes, les émois qui bruissent.
Je devine dans les nuances,
Et l’approche et les dissemblances.

Donc je ne cesserai de dire,
Et je ne cesserai d’écrire,
De cet autre fortuit croisé
Dans les mondes où je vais puiser.

Je ne résiste jamais aux intempéries
Je les attends, je les accueille, je les vis.
Je ne voudrais pas des mondes déserts détruits,
Mais peuplés par un nous : non de lui, mais par lui.

Ce que je me promets c’est de devenir libre.
Un passager aux masques ôtés un à un.
Un captifs élargis jouant des équilibres.
Et réussir un jour à n’être que quelqu’un.

Je garde l’énigme au tableau.
C’est encore un coffret de maux,
Et d’éclats et d’émois sans point,
Pour m’en nourrir, mais de plus loin.

Ne rien croire qui nous oblige.
Laisser vivre tous les vertiges.

jeudi 6 décembre 2007

C'est louche ...

Tout seul, et les cailloux, les bordures de trottoirs, les nuages. Tout seul, il compte : les réverbères, les arbres plantés dans la rue, le nombre de fois que son ombre le dépasse d’un luminaire à un autre, le soir, l’hiver lorsqu’il rentre chez lui. L’hiver, et au printemps aussi. En toute saison. Tout seul, gamin, serré à se tordre, il évalue ses forces, il ménage l’ennemi, quitte à ne le pas trop fréquenter, si c’est une solution possible, et vivable. Et préférable. Rilke nous recommande de savoir être seul comme l’enfant est seul. Ce gamin aurait pu en parler. Il y a plusieurs manières de supporter cela. Venir d’assez loin avant même d’être arrivé. Marqué d’une néance plus antérieure, donc plus évidente, plus naturelle. Plus tragique peut-être. Ou pas d’alternative. Seul parce que pas d’autres. Parce que tous les enfants ne vivent pas pareillement la cruauté. Parce que ceux qui ne savent pas en faire des contes, des sorcières, des nuits criantes, des ruines de château ululant, des frondaisons menaçantes sous la tempête, des inquiétances tapies dans les recoins de la chambre, des grincements de serpents, des squelettes de mains qui sortent des murs, des visages de linge blême derrières les vitres, n’ont plus que le misérable besoin d’exercer leur peur dans la peur du regard d’un autre.
Lui il a tout juste le regard qu’il faut. Il a ce regard qui parait avoir tout le temps peur. Ce regard dont se délectent les petits yeux durs du sadisme innocent qui pousse si naturellement un enfant à arracher une de ses ailes à une mouche pour voir si ça va la faire voler en rond. Ce regard perdu qui fuit. Ce faible regard triste et expiatoire. Impuissant et conjuratoire. Regard venu de trop loin, trop vite, détourné sous les rétines au moment de stopper au bord du monde pour ne pas tomber dans le vide. Résultat : un strabisme convergent.
Il n’y a pas d’excuse à la différence désarmée. Cela ne veut pas dire que ce à quoi elle s’expose soit juste. Cela veut dire que soit il y a moyen de s’en défendre, soit il n’y a pas. Et s’il n’y a pas, pourquoi n’y a-t-il pas ? Rencontre indubitable entre la solitude et les raisons de la solitude.
Gamin frappé d’éternité il verra autrement : ni double, ni triple, ni rien de tout cela, car le cerveau, intelligente machine dans ces cas là, quoi qu’on en fasse par ailleurs, fait le tri et décide de ce qu’il veut voir, et de quel œil : il ne garde qu’une image même si on lui en propose plusieurs.
Il verra d’un œil dont la vision sera appréhendable par autrui, et d’un œil qui regardera autre part, plus loin, au dessus, au dessous, à côté. De travers. Au travers. Et s’il veut, comme on lui aura fait faire un peu de rééducation, il pourra changer d’œil directeur, et s’en amuser.
Si l’intelligence que permet la solitude lui vient assez, qu’il sait la vivre au fur et à mesure qu’il va en découvrir les beautés et les douleurs, les charmes et les blessures, les palais et les cagibis, les abandons et les emprises, alors il ne songera rapidement plus à savoir pourquoi on ne l’a pas confié à la chirurgie pour effacer de lui cette tare que les récréations dans la cour de l’école transformaient parfois, ou souvent, en total cauchemar.
Pourvu qu’il ne s’invente pas cependant, à la mode judéo-chrétienne, mode de civilisation honteuse qui paye, ou croit payer, ou croit devoir payer, on ne sait quelle faute, par la souffrance érigée en principe moral, que son destin soit d’endurer son petit martyr quotidien pour réparer de l’irréparable : quelque chose qui n’a jamais été brisé.
C’est l’erreur dans laquelle une différence peut parfois, petitement, chercher un sens à son sort.
Je te parle, à toi. Beau, jeune et charmant garçon, allez, on va dire dix huit-vingt ans, pas plus, croisé dans un wagon de métro il y a quelque temps. Blond avec encore une simple coupe de cheveux d’enfant. Mince et fluide de corps. Peau très claire. Et les yeux, grands et très bleus, désorientés d’un strabisme magnifique.
Il n’y avait rien à se dire. Nous nous sommes regardés. Il aurait seulement fallu que tu sois moins méfiant pour que nous puissions rire l’un de l’autre. Car c’est ce qui m’est apparu de plus évident à faire. Je vais te dire, c’est assez rare que deux personnes strabismées se croisent. Et pratiquement inédit qu’elles puissent se reconnaître. Les yeux dans les yeux si je puis dire.
Il faudra de nouveau attendre.
Je voulais te dire ça juste parce que j’ai reconnu dans tes yeux ce dont les miens ont été tellement hantés, autrefois.
Avant que je ne fasse plus intimement mien que quoi que ce soit d’autre, ce regard dont on s’interrogeait. « Est-ce moi qu’il regarde ? » « Pourquoi me regarde-t-il en parlant à une autre personne ? » Vous ne saurez jamais. Sauf les celles et les ceux qui m’aiment et que j’aime. La question n’est plus là.
Aujourd’hui, et depuis longtemps, très longtemps même, j’estimerais criminel d’opérer cette coquetterie interloquante. Je sais que je vois deux mondes différents et très proches tous les deux ensemble. Un que je me restitue. Que je restitue. Et un autre que je capte et qui reste à l’intérieur. Je ne perçois pas le relief : ah bon … C’est physique. Cette configuration de strabisme particulièrement. Qu’est-ce que cela veut dire ? Je n’en ai pas la moindre idée. Je ne me cogne pas plus que la moyenne de nos semblables aux portes, aux meubles, aux vitrines, aux passants dans la rue. Je n’ai pas plus de difficulté non plus, à régler l’allonge de mon bras pour saisir un chocolat dans une boite, une lichette de foie gras pour mon toast, une fleur dans un champ, ni pour poser ma main, juste là, oui là, à cet endroit dont j’aime tant chercher puis sentir la précision, le confluent d’un cou et d’une épaule qui ne sont pas les miens.
Sans compter qu’il y a aussi cette façon, pour autant qu’on ait un peu le regard sous l’ombre des arcades, et les froncements de sourcils adaptés, de plaisanter d’une œillade assassine, dans le projet de mordre, de griffer, de découper en rondelles, ou en lanière, le tout avec bien sur un casier judiciaire aussi vierge que mes mâchoires ne le sont plus.
Sans rancune.
Ou presque.
Je croiserais volontiers un jour le fabricant en chef de ce feuilleton familial des années 70, mettant en scène une sorte d’aventurier vétérinaire qui-est-très-sympa-et-qui-sauve-tout-le-monde-à-la-fin, dans la brousse avec toute sa gentille troupe parmi laquelle figurait une chimpanzée primesautière, et un lion sévèrement strabismé répondant au patronyme sobriquetesque de Clarence. Sot briquet qui n’était pas tombé en oreilles de sourds auprès de la faune greemlinesienne qui fréquentait les mêmes écoles et collèges que moi. Si je me trouvais certain jour nez à nez avec ce producteur-auteur-scénareur-mettenscèneur, je pense que, voyez-vous, même si ce n’est pas bien, même si c’était il y a tant d’années, et même si après tout lalali lalala, je pense que je l’obligerais à quelque chose d’horrible. Genre boire du Coca-Cola en mangeant du Bœuf Bourguignon. Mettre de la mayonnaise et du ketchup dans son caviar. Lui faire écouter au casque, pieds et mains liés, l’intégrale de Mireille Mathieu et de Florent Pagny.
Gratuitement bien sur !