"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

mercredi 28 novembre 2007

Pleurire

Pleurire : v.t. & i : du franco-lacrymal pleurer et du franco-rigolard rire. Action de rire aux larmes ou de pleurer de rire sans plus savoir où on en est tellement c’est beau mais c’est triste, tellement c’est sinistre mais c’est marrant, tellement c’est noir mais c’est jaune, tellement c’est rose mais c’est gris, tellement c’est affreux mais cocasse, tellement c’est drôle mais ça va mal finir, c’est moi qui vous le dit.
Ce verbe est délicat, sensible, paradoxal. A ne pas mettre entre tous les neurones.
On évitera notamment de l’utiliser comme fit récemment un célèbre journaliste-majordome d’une chaîne de télé, dont je tairais le nom, à défaut de pouvoir faire taire certains de ses salariés ; nous appellerons ce journaliste Monsieur Poivre et Selle, (j’ai à dessein déguisé très habilement son nom afin de lui garantir une légitime discrétion). Je cite, deux points, ouvrez les guillemets : « (merci) Lorsque je gambade dans le tiers monde pour m’apitoyer un peu et que je prends dans mes bras une petite fille affamée comme il en traîne un peu partout ici ou là, je ne peux m’empêcher de pleurire en ayant la moutarde qui me monte au nez, point, fermez les guillemets. »(merci)
Superflu, je pense, de souligner l’emploi inélégant du verbe pleurire dans des circonstances aussi anodines, teintée d’une ironie déplacée vis-à-vis d’un noble condiment, produit de la France de nos terroirs.

En revanche on aura pu ressentir une très justifiable envie de pleurire pour peu qu’on ait eu à affronter l’effronterie mitterrandienne confirmant sa persistance bousquetophile, tellement ça semblait rose et c’est devenu vert de gris. Mais trop tard …

Plus légèrement, (ben … oui !), on éprouvera de récurrentes envies de pleurire, à condition de s’armer d’un courage frisant une dangereuse abnégation, (et inversement), en assistant une ou deux fois aux séances téhéfinistes ou èmessissatoires de promotion industrielle du renouveau de la chanson que nous appellerons française au sens large du terme ce qui est un comble pour des gens dont le vocabulaire n’excède pas trente mots et encore, ça c’est quand le temps est humide.

Nous pourrons aussi ressentir une forte incitation à pleurire en se souvenant de la défense honteuse que produisit Monsieur l’avocat de (croix de) feu Monsieur Papon, (j’ai oublié le nom de l’avocat, mais il m’arrive aussi d’oublier la couleur de mon papier toilette habituel, donc je ne m’inquiète pas), pour expliquer pourquoi le ci-devant pimpant Papon, grand commis de l’Etat, comme gloussait feu Raymond Barre, (pauvre Mort, j’espère qu’elle a ce qu’il faut en bicarbonate), avait été enfoui sous terre avec sa légion d’honneur. En l’occurrence ce qui me fait le plus pleurire c’est de penser qu’à l’heure qu’il est c’est un gros et sympathique ver de terre qui porte la médaille en question. Y’a comme un juste retour des choses en quelque sorte…

N’occultons pas, enfin, la peu défendable impulsion pleuriante qui nous vient à toutes et à tous, ne dites pas le contraire, en voyant, sur une plaque de verglas placée là juste pour elle, une grasseyante mémère tenter vainement un double salto avant de se retrouver les quatre fers en l’air au milieu de ses légumes et de ses magasines hebdomadaires de fond d’égout. Ce qui ne doit pas nous arrêter dans le secours charitable qu’on doit obligatoirement lui porter, néanmoins : après tout rien ne nous dit qu’elle votera encore pour Sarkozy la prochaine fois. Et rien ne nous dit que la chute lui soit fatale. A la mémère, pas à Sarkozy …

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