"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

lundi 5 novembre 2007

Les loups,les lapins, et quelques autres.

L’action se passe à peu près n’importe où. Du simple fait qu’il risque de s’agir d’une métaphore. L’action pourrait se passer à peu près n’importe quand. Autant dire qu’elle peut être contemporaine mais pas forcément : ça évitera sans doute quelques complications. Enfin… Faut voir …
En ce temps là, c’est vous dire si ça date d’aujourd’hui, les vastes contrées qui formaient l’ensemble de n’importe où s’étendaient à peu près de là à là, et de là à là. Ce n’est pas difficile, il suffit de suivre mon doigt sur la carte. Nous appellerons cet ensemble le pays, pour des commodités évidentes. Le pays, en ce temps là donc, n’allait pas très bien. Ca n’était pas pire, loin s’en faut, que dans d’autres ensembles de vastes contrées, ici, ici, ou là également. Mais enfin, la situation continuait à se dégrader dans pleins de domaines, et depuis pas mal de paquets de saisons. Faire le détail des problèmes serait infiniment fastidieux. Toujours est-il que les populations paraissaient toutes avoir matière à se plaindre. Parmi tous ces problèmes on notait cependant que pour beaucoup le niveau de remplissage régulier de l’estomac glissait de plus en plus du quotidien à l’aléatoire. Que pour d’autre le confort du terrier, la sécurité du nid, où la banale possibilité de disposer de l’un où de l’autre, requéraient des efforts sans arrêt plus importants, jusqu’à devenir tout à fait vain. Il est vrai que parallèlement on en voyait dont les tanières s’étaient mise à ressembler à de véritables palais. On pouvait voir de plus en plus ceux-là même, jour et nuit, partout, portés sur des pavois, hissés sur des tribunes, sillonnant en cortèges bruyants une foule qui curieusement finissait par les regarder avec envie, et même avec espoir, au fur et à mesure que les premiers imposaient qu’on les voit, et que cette foule tremblait, inquiète de l’état dans lequel elle sombrait.
Il y avait bien longtemps que dans ce pays on avait institué un intéressant système qui faisait que ceux qui décidaient de la façon et des moyens de faire fonctionner la société à poils et à plumes qui la composait, ne devaient cette responsabilité, et donc ce devoir, ne pouvait le faire, que si une très grande partie des autres en était d’accord. La plus grande partie, pour tout dire.
On avait donc récemment procédé à ce qu’on avait pris l’habitude de nommer des élections.
Comme souvent, dans les périodes difficiles, celui qui était parvenu à crier le plus fort, le plus longtemps, et à se voir offert qu’on l’expose et l’entende bien partout le plus possible, était arrivé à obtenir cette responsabilité.
Tout de suite, l’ennui vint que ceux qui obtinrent, au moment où j’en écris, ce pouvoir de prendre les décisions pour tous, étaient aussi des amis très proches de ceux dont les tanières étaient des palais. A commencer bien sur par l’élu en chef.
Ils avaient été, cependant convaincants, sur des sujets où ils avaient su, soit faire assez peur, soit être assez véhéments, dominateurs, n’hésitant pas à user parfois de toutes les cordes sensibles dont ils avaient appris les notes les plus émouvantes, sans en avoir jamais été touchés eux-mêmes.
Les loups s’étaient donc installés au sommet.
Oh ! On en avait déjà eu des loups au sommet. Mais, ceux-là, c’était une nouvelle sorte de loups. Ceux-là s’étaient nourri de pas mal de renards et de vieux singes. Ils souriaient avec conviction. Ils avaient de la compassion dés qu’un petit lapin, ou autre bestiole de type biche, canard, etc, se faisait mordre. Ils allaient aux obsèques des hérissons. Leur chef surtout s’était montré tout de suite extrêmement doué pour ça. Ils expliquaient en ayant l’air d’y croire dur comme fer qu’il fallait absolument promouvoir l’égalité entre tous. Même si leur premier souci fut en réalité de remplir les garde-mangers de leurs amis, dans les tanières en forme de palais.
Mais le plus important dans leur stratégie de loups rusés et malins, c’était comment ils avaient constitué la meute de tous ceux qui diraient aux autres comment faire, que faire, pourquoi faire. Il y avait des loups, évidemment. Des jeunes, des moins jeunes, différentes sortes de loups : des loups qu’on connaissait pour être gentils, d’autres qu’on connaissait pour l’être moins. Bon c’était toujours des loups : même ceux qui se déguisaient avec une trompe. Il y avait des louves aussi. Certaines qui venaient de très lointaines contrées, étrangères au pays, et justement, on les montrait bien haut avec leur promotion pour qu’on sache bien que désormais il suffisait d’être un loup, ou de plaire au chef des loups, et que le reste, notamment l’origine, ça n’était plus vraiment important.
Et il y avait des lapins. Dans ce grand conseil des loups qui allaient décider de tout, ils avaient mis des lapins. Une idée géniale ! Qui oserait-dire qu’on ne pensait pas au sort des lapins, et donc aussi des canards, des rouges-gorges, des agneaux, etc, avec un gage pareil !
On avait eu beau reprendre des arguments chez la horde des hyènes, pour être choisi par le plus grand nombre, on aurait des lapins, des lapins venus de l’autre côté des grandes forêts, des lapins aux couleurs étranges, et qui feraient partie du grand conseil où on déciderait de tout. Et des lapins avaient accepté. Y compris ceux descendaient de lapins venus depuis une ou deux générations de par delà les grandes forêts, et qui en avait vu des vertes et des pas mûres pour pouvoir s’installer dans le pays. Et d’ailleurs ils en voyaient toujours des vertes et des pas mûres. Mais voilà, le grand chef des loups avait pu convaincre quelques lapins de cautionner ce qu’il allait faire avec ses frères loups.
Au début, les lapins étaient tout fiers. On allait leur faire confiance. Ils auraient les moyens d’exister dans le grand conseil des loups.
Au début.
On a en fait vraiment commencé à regarder les lapins avec curiosité le jour où un des loups à proposer au grand conseil, de vérifier dorénavant le statut des lapins qui voulaient s’installer à leur tour dans le pays. Et particulièrement de vérifier s’ils n’avaient pas la myxomatose. Ca avait pas mal agité les bois et les sous-bois cette affaire. Ca avait remué pas mal de monde. On se disait alors pourquoi ne pas faire passer un test de la rage aux renards qui se promenaient un peu partout. Et aux chiens aussi. Et aux loups eux-mêmes. On s’attendait à ce que les lapins disent que si on imposait des tests de myxomatose aux nouveaux lapins arrivants, et bien ils quitteraient le grand conseil.
Finalement l’histoire de tests de myxomatose est passée.
Les lapins sont restés au grand conseil.
Pour le moment.
Ce n’était que le début.
A suivre …

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