"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

mercredi 28 novembre 2007

Bouchber

Bouchber : v.t. & i. 1er groupe. Du franco-bucco-gustatif bouche et de béer vieille façon de bayer. Rendre ébahi, la bouche ouverte, à la suite d’une action ou d’un propos. Se trouver ébahi, la bouche ouverte, à la suite d’une action ou d’un propos.
N.b. : la naissance de ce mot remonte à l’an de grâce de cette année, pas plus tard qu’il n’y a pas longtemps, à l’initiative de Monsieur T. B., dans un article éthologico-testamentaire devenu célèbre sous le titre « Même noire Loutre tombe » et que vous trouverez aisément à l’adresse suivante : http://thomasbettinelli.blogspot.com/, ouvert 7jours sur 7 et 24 heures sur 24, à la rubrique « Safari ».
On remisera opportunément en faveur du verbe bouchber diverses expressions comme « ça m’en bouche un coin », « ça me fout le cul parterre », « j’en suis comme deux ronds de flanc », « ben ça alors », « nom d’une pipe », et même la toujours expressive allusion déiste de feu Monsieur Desproges : « Dieu m’tripote ».

Citations : (pour des raisons évidentes, inhérentes à l’apparition récente de ce verbe dans notre langue, les citations suivantes relèvent bien sur de l’anticipation. N’importe qui peut, bien sur, le comprendre, mais au cas où s’égarerait sur ce blog pour se plonger dans la lecture de ces pages inégalées, sinon inégalables, une quelconque excroissance de matière cérébrale, ou supposée telle, venant de ce monde où on la transforme ordinairement en temps d’hébétude disponible pour les messages publicitaires, je préfère prévenir. Cela pourrait bouchber plus d’un imprudent.)

De l’imam Sahsouffikomçah arrivant au paradis de son Boss après s’être éparpiller les bas morceaux en faisant péter sa bombinette à l’heure du marché, sur la place du marché, pendant que les gens étaient au marché, et s’apercevant que les soixante dix vierges promises sont vierges avant tout parce qu’elles sont très très moches : « Ca me bouchbe grave là, oh yô ! »

De Madame la Baronne Tartine de Rothschild, réalisant que le baise main tombe de plus en plus en désuétude alors que le baise fesse, (sans la bouche et sans les mains), ne cesse régulièrement de reprendre du poil de la bête, même épilée ou rasée de près : «Si vous voulez mon avis mon cher, je trouve tout cela tout à fait bouchbant et pour tout dire passablement navrant … »

De Monsieur le Baron Tartarin de Rothschild, suggérant à son ancienne secrétaire promue au rang de reproductrice, d’arrêter de dire des conneries en suçant son esquimau : « Sera-t-il possible un jour que vous ne me bouchbâssiez plus avec cette vilaine manie de faire si maladroitement deux choses en même temps ? »

D’Angelina Lecruchon, sympathique hôtesse de caisse au Super Machin de St Jeansive dans l’Hédant, informant sa meilleure copine qu’elle vient d’être sélectionnée pour aller faire part de son savoir acquis dans une lecture assidue de Voilou, Gali, et autres magasines culturels, dans une émission également culturelle mais du même niveau, (rassurons-nous) : « Anh heu !... T’as vuheu Grascillaheu !... Ca te bouchbe hein çaheu !… »

Samding

Samding : n.m. (un samding, le samding) : du latino-gréco-usuelo-hédbomadaire samedi (désignant le jour n°6 de la semaine chez une bonne palanquée de croyants de type chrétiens, mais pas tous, et n°7 chez des myriades d’autres croyants historiquement issus des rescapés de l’Inquisition) et du suffixe anglo-saxo-dingo : ing (généralement utilisé pour signifier quelque chose qui est en train, sauf les jours de grève, auquel cas ça va plutôt à pied) : mot regroupant et désignant l’ensemble des activités qu’on à tendance à plutôt effectuer le samedi, sans qu’on sache très bien pourquoi comme s’il était indispensable de faire d’invraisemblables longueur de queue dans les hypermarchés ou ailleurs pour payer sa culpabilité de jouir sans entrave d’un consumérisme dont nous ne devrions pas tarder à subir les ultimes conséquences, mais bon je ne vais pas vous démoraliser tout de suite.
N.b. Merci d’éviter tout rapprochement sournois et inconvenant entre longueur de queue et jouir sans entrave sinon je remplace par file d’attente et profiter sans limites : je vous aurais prévenu !
Ainsi le samding peut-il être consacré au shopping, au bowling, au golfing, au provisioning, au coiffeuring, au télévisioning, au carte-bancairing, au voituring, au glanding, etcaetering … etcaetering : la liste pourrait être interminable si je ne l’arrête pas : donc : STOP !

Citations : de la gourdasse blondasse qui joue dans une sitcom pour ahuris niveau confirmé, à son boucheur-couvreur habituel : « Anh Heu , on est d’jin vendrediheu !... Disheu, Brian, qu’est-ce que tu veux faire demainheu comme samding ??? » (je vous épargne la réponse, inutile à cette illustration et sûrement préjudiciable à ce qui quelquefois nous reste accroché comme croyance en l’être humain.)

De l’extrait de bocal d’eau froide qui sert de contenant, (en un mot donc), à l’animateur de je ne sais plus trop quelle production télé, ce qui me rassure, au moment de glapir le merveilleux programme que le public, formé d’une demi douzaine de neurones répartis sur une centaine d’individus, va avoir le bonheur d’applaudir aujourd’hui : « Et en Eeeeexclusité pour vous maintenant, pour commencer ce samding que nous allons passer ensemble, accueillons notre stâââââr préférée du moment : BrendAAAAA HoleofAAAAss !!!! » Je n’ai pas trouvé le moyen de reproduire ici le concert de couinements frénétiques qui répond au susdit glapissement : sans doute que je n’ai pas cherché assez : ceci explique cela, j’espère que ça ne vous manquera pas trop …

Verbatim d’un récent entretien entre Monsieur B. XVI, P.D.G. du Vatican, avec son cardinal chargé de la promotion et de la diffusion de la messe (sans contrepèterie, merci) :
M. B. XVI : - Dites mon cardinal je voudrais faire le point : vous en êtes où au sujet de la défense de la messe ?
Le Cardinal : - Ben … ça avance pas trop mon Saint Père !...
M.B. XVI : - Vous vous foutez du monde ! Vous croyez que la banque Ambrosiani vous paye pour quoi ? Trouvez-moi une idée ! Et tout de suite !
Et c’est ainsi que le Cardinal, fustigé, proposa : - Euh … Et si on essayait d’en faire du samding ?

Inspiré d’événements déjà relatés : « Comme samding, j’ai fait du footing, j’ai fait du randoning, j’ai fait du canyoning, j’ai fait du body-building, j’ai fait du varaping, … Et j’emmerding toujours autant … »

Pleurire

Pleurire : v.t. & i : du franco-lacrymal pleurer et du franco-rigolard rire. Action de rire aux larmes ou de pleurer de rire sans plus savoir où on en est tellement c’est beau mais c’est triste, tellement c’est sinistre mais c’est marrant, tellement c’est noir mais c’est jaune, tellement c’est rose mais c’est gris, tellement c’est affreux mais cocasse, tellement c’est drôle mais ça va mal finir, c’est moi qui vous le dit.
Ce verbe est délicat, sensible, paradoxal. A ne pas mettre entre tous les neurones.
On évitera notamment de l’utiliser comme fit récemment un célèbre journaliste-majordome d’une chaîne de télé, dont je tairais le nom, à défaut de pouvoir faire taire certains de ses salariés ; nous appellerons ce journaliste Monsieur Poivre et Selle, (j’ai à dessein déguisé très habilement son nom afin de lui garantir une légitime discrétion). Je cite, deux points, ouvrez les guillemets : « (merci) Lorsque je gambade dans le tiers monde pour m’apitoyer un peu et que je prends dans mes bras une petite fille affamée comme il en traîne un peu partout ici ou là, je ne peux m’empêcher de pleurire en ayant la moutarde qui me monte au nez, point, fermez les guillemets. »(merci)
Superflu, je pense, de souligner l’emploi inélégant du verbe pleurire dans des circonstances aussi anodines, teintée d’une ironie déplacée vis-à-vis d’un noble condiment, produit de la France de nos terroirs.

En revanche on aura pu ressentir une très justifiable envie de pleurire pour peu qu’on ait eu à affronter l’effronterie mitterrandienne confirmant sa persistance bousquetophile, tellement ça semblait rose et c’est devenu vert de gris. Mais trop tard …

Plus légèrement, (ben … oui !), on éprouvera de récurrentes envies de pleurire, à condition de s’armer d’un courage frisant une dangereuse abnégation, (et inversement), en assistant une ou deux fois aux séances téhéfinistes ou èmessissatoires de promotion industrielle du renouveau de la chanson que nous appellerons française au sens large du terme ce qui est un comble pour des gens dont le vocabulaire n’excède pas trente mots et encore, ça c’est quand le temps est humide.

Nous pourrons aussi ressentir une forte incitation à pleurire en se souvenant de la défense honteuse que produisit Monsieur l’avocat de (croix de) feu Monsieur Papon, (j’ai oublié le nom de l’avocat, mais il m’arrive aussi d’oublier la couleur de mon papier toilette habituel, donc je ne m’inquiète pas), pour expliquer pourquoi le ci-devant pimpant Papon, grand commis de l’Etat, comme gloussait feu Raymond Barre, (pauvre Mort, j’espère qu’elle a ce qu’il faut en bicarbonate), avait été enfoui sous terre avec sa légion d’honneur. En l’occurrence ce qui me fait le plus pleurire c’est de penser qu’à l’heure qu’il est c’est un gros et sympathique ver de terre qui porte la médaille en question. Y’a comme un juste retour des choses en quelque sorte…

N’occultons pas, enfin, la peu défendable impulsion pleuriante qui nous vient à toutes et à tous, ne dites pas le contraire, en voyant, sur une plaque de verglas placée là juste pour elle, une grasseyante mémère tenter vainement un double salto avant de se retrouver les quatre fers en l’air au milieu de ses légumes et de ses magasines hebdomadaires de fond d’égout. Ce qui ne doit pas nous arrêter dans le secours charitable qu’on doit obligatoirement lui porter, néanmoins : après tout rien ne nous dit qu’elle votera encore pour Sarkozy la prochaine fois. Et rien ne nous dit que la chute lui soit fatale. A la mémère, pas à Sarkozy …

lundi 26 novembre 2007

Munich 13 au 18 novembre 2007

Bon, c’est pas tout ça, mais entre deux penchements médito-réflexiono-neurono-lalali, quelques sonnets approximatifs, et d’outrancières propagandes pour l’art lyrique, on va faire une pause.
Une pause à Munich, pimpante agglomération située à 48°08’24’’ de longitude Nord et 11°34’30’’ de latitude Est, ce qui nous met à peu près, en gros, arrêtez-moi si je me trompe, quelque part au milieu du sud de la Bavière, donc en Allemagne, donc en Europe, donc sur Terre. (Bravo pour le remplissage ! Ca commence bien !)
Et pourquoi Munich ? Parce que je viens d’y passer quatre jours, avec mon ami G. (qui tient à une certaine discrétion, donc hop, vous en saurez pas plus).
Comme G. habite cette charmante bourgade et que je l’aime beaucoup, (G.), eh bien je vais l’y voir. Et comme rien ne me fait défense de l’y voir … (Ah ! parce que vous espériez y échapper à celui-là ? – Quels naïfs !!)

Ce n’est certes pas la première fois que je me rends dans cette attrayante cité, et pour tout dire on trouvera là des divagations à ce sujet qui auraient tout aussi bien pu prendre place auparavant et ailleurs, mais auparavant, y’avait pas encore de blog et ailleurs ça ne s’y prêtait guère.
Cette fois-là, arrivant tard le soir par la voie des airs, il y avait un enjeu supplémentaire : la neige. Je ne sais pas pour vous, mais moi, la neige, j’adore ça. C’est beau, c’est doux, c’est chaud, (si ! si !), c’est calme, c’est drôle, c’est fascinant, c’est romantique. Et j’en passe. A l’horizon d’un bientôt demi siècle d’existence, (dans deux ans quand même), j’en suis encore, lorsqu’il neige, à ouvrir la bouche et à sortir ma langue pour attraper des flocons. Comme j’vous l’dit !! Oui ça doit se guérir, c’est sur, mais pourquoi faire ?

Il en était déjà tombé un peu de la neige, sur la ville, mais c’était la toute première : ça n’avait guère tenu. C’est au moment où l’avion arrivait à son stationnement que ça s’est remis à tomber, et je dois dire que j’ai été très sensible à ce soudain regain de confettis blancs en forme de bouts de plumes d’anges, honorant en quelque sorte mon atterrissage, quand d’autres passagers lorgnèrent d’un œil navré et dépité cette belle fête du ciel.

Petit préalable avant d’aller plus loin (plus pléonastique que moi, va falloir se bouger !) : j’aime beaucoup l’Allemagne, j’aime beaucoup les allemands, certaines stars de ma vie s’appellent Wagner, Bach, Beethoven, Zweig, Mann, Fassbinder, Rilke, etc.
J’ai toujours en tête, pour conjurer les zones tragiques du passé, ces si terribles années, cette chanson fabuleuse de Barbara :
Ô faites que jamais ne reviennent
Le temps su sang et de la haine
Car il y a des gens que j’aime
A Göttingen, a Göttingen,
Et lorsque sonnerait l’alarme
S’il fallait reprendre les armes
Mon cœur verserait une larme
Pour Göttingen,
Pour Göttingen.


Certes, pour le moment ma connaissance de l’Allemand est à peu près comparable au degré de culture d’un supporter de football, mais j’ai décidé de faire mes premiers pas dans la langue de Goethe, ça prendra le temps que ça prendra. Ich bin, du bist, err-sie-es ist, etc …
Pas trop long ce préalable ?
Bon. Donc Munich. C’est grand. C’est beau. C’est assez élégant. C’est vert. C’est large. C’est accueillant. Je ne vais pas vous faire la visite guidée. Je suis pas doué pour ça. C’est plein partout de lieux agréables. De beaux lieux pour boire, pour manger. Pour se balader. L’Englisher Garten, les rives de l’Isar. Ne pas rater les surfeurs de l’Eisbach. Etonnant !
Et là il y avait de la neige donc.
A tenu assez longtemps pour que j’aille la fouler, parmi les canards, les corneilles sautillantes comme de sordides capucins noirs et gauches, et quelques promeneurs éparpillés sur le drap blanc encore fragile qui couvrait l’Englisher Garten.
Pour en voir davantage, G., qui tenait à ce que j’ai ma dose de poudreuse, m’a ensuite emmené un peu plus haut, vers des lacs où là, le manteau immaculé s’était installé plus épais, plus dense, éblouissant sous un soleil froid.
Il y avait à peu près quatre cent mille ans que je n’avais pas marché dans autant de neige.
Le bonheur !


Oui, il faisait froid. Je réponds tout de suite à celles et ceux qui m’ont posé cette si pertinente question. Il fait rarement chaud lorsqu’il neige : et si cela arrivait faudrait s’inquiéter plus qu’un peu ! Non je n’ai pas eu froid. Mêmes destinataires pour cette réponse : comme visible sur les illustrations icônographico-photographiques qui agrémentent, (je l’espère), cet article dont le doute m’habite relativement à la nature de son utilité, ma vêture était adaptée quand bien même son adéquation avec la mode n’était, volontairement, pas recherchée du tout. Manquerait plus que ça !

Je dois à l’honnêteté de dire, (moi aussi je dois beaucoup à l’honnêteté …), que l’amie d’un ami de G., qui est aussi un ami, (vous suivez ?), a émis l’avis que mon couvre chef avait quelque chose de très russe : n.b. cette amie de l’ami de G. qui est aussi un ami, est russe. De là à m’imaginer faisant partie de la brochette de séniles incontinents qui branlottaient de la pogne du haut de leur terrasse sur la Place Rouge à Moscou, à diverses occasions de fêter la grande URSS, moins les goulags et la défaite du collectivisme, (grande URSS qui ne se doutait de rien et ne voyait venir ni l’éthylique Eltsine, ni le souriant Poutine – a ne plus savoir quelle chance on a pas), j’ai tout de suite mis le holà : ça tombait bien, nous étions dans un bar français en train de voir ce que ça donnait de goûter le Beaujolais Nouveau ailleurs qu’au bord des caniveaux parisien plein de vomis rougeâtre (Beurk…). J’ai donc rempli mon verre, et ai continué à me diriger vers la première des deux maxi murges de ce séjour. Sans être malade, je le précise tout de suite. Na ! Et hips !...


La seconde murge, s’est méthodiquement installée, d’un premier verre de bière, suivi d’un nombre, que je n’ai pas retenu, de verres de vodka, ponctués d’un peu de champagne, soutenus par d’autres verres de bière, entre une petite fête de G. pour la crémaillère de son appartement, et une soirée des Balkans, festivité Kusturico-musicale fort plaisante, vivante et chaleureuse, à laquelle nous incita à nous rendre l’ami de G. qui est un ami aussi et dont l’amie ci-dessus évoquée est russe, (vous suivez toujours ?). Eh ben non ! Pas malade non plus ! Certes vous ne verrez pas les photos de moi qu’a prises G. au moment où je formais le projet de dormir un peu. Histoire de se coucher avant le lever du jour : faut dire qu’en hiver c’est drôlement plus facile ! Voilà, voilà …

Donc Munich, très bien. Et les habitants aussi.
Je concède, afin de me garantir de commentaires désagréables, que cet article est sans grand intérêt. Il sert surtout de prétexte à afficher des photos dont l’intérêt ne dépasse guère l’intérêt susdit. Autant dire qu’on va s’arrêter là.

Sauf que vraiment :


Laßt diese Zeit nie wiederkehren
und nie mehr haß die Welt zerstören
Es wohnen Menschen die ich liebe
in Muenchen, in Muenchen,
Doch sollten wieder waffen sprechen
es würde mir das Herz zerbrechen
wer weiß was dann noch ubrig bliebe
von Muenchen, von Muenchen.

jeudi 22 novembre 2007

Répansion

Chères Lectrices, Chers Lecteurs,
(Encore qu’on dit chers, mais sans dire combien … Bref …)
Nous nous en allons céans inaugurer une nouvelle rubrique.
On se calme, on se calme… … …
Quand je dis nous, entendez moi. Je veux dire je.
Je m’en vais donc inaugurer, céans, une nouvelle rubrique
Légèrement courroucé, c'est-à-dire gentiment agacé, ou encore doucement énervé, par le mésusage qu’on fait trop souvent de certains mots au prétexte hautement fallacieux qu’ils n’existent pas, j’ai décidé de leur donner naissance, genre, sens propre, sens figuré, sens interdit, sens giratoire, sens unique, (ce qui nous fait cinq sens, (comme dirait Camille), le compte y est), plus un sixième … Bah vous imaginez pas que je vais vous le dévoiler celui-là !?... Vraiment !?! … Vraiment ?... Bon d’accord : disons que ce sixième sens sera une absence de sens. Ca vous va ?
Bon, je continue.
A cet élan lexical, culturel et humaniste qui soudain m’habite, il fallait que je donne un cadre. Celui de mon vélo me fait pas mal d’usage en ce moment. Ceux du Louvre sont tous occupés par des catalogues de croutes qui nous garantissent de devenir un pays de touristes au lieu de nous retrouver au classement des pays du tiers-monde, comme si l’un empêchait l’autre. Les cadres d’entreprises sont indisponibles : quand ils ne s’occupent pas des actions qu’on leurs refile avant l’effondrement des bourses pour compenser leurs appointements et leur permettre tout de même d’avoir accès au lexomil ou à la méthadone, ils vont jouer au golf : ce sont des gens trop instables.
Alors pour mon cadre, j’ai pensé à ce blog : oui, je sais, c’est une idée géniale.
Evitez de m’interrompre pour ânonner des évidences, svp.
Donc nouvelle rubrique. Ca va s’appeler « dictionnaire analphabétique ».
Pourquoi dictionnaire ? Si vous posez cette question c’est qu’il est fort probable que je ne puisse pas grand-chose pour vous.
Pourquoi analphabétique ? Là, c’est plus compréhensible comme interrogation. Vous suivrez donc prochainement les parutions de cet incroyable dictionnaire, et un jour,… ou peut-être une nuit,… près d’un lac,… je m’étais endormi, …Oups, pardon, je me suis assoupi … Donc un jour vous verrez paraître devant vos yeux écarquillés comme ceux d’un enfant à qui on annonce qu’en fait Chantal Goya n’existe pas, la définition du mot analphabétique.
Et vous aurez alors la révélation. Mais voila, dans la vie faut savoir être patient.
Nous commencerons donc aujourd’hui par un mot en « r » : donc un mot avec lequel on peut manger des huitres.
Bon appétit !


Répansion : n.f. (une répansion, la répansion) : du franco- suisso - belgo-québécois répandre et du suffixe sion qu’on trouve un peu partout : résultat de l’action d’avoir répandu. Exemple : la répansion de sa soupe partout sur la table par ce sale gosse qui ne sait pas manger proprement. Ca c’est le sens propre.
Sens figuré : résultat de l’action de propulser sa main jusqu’au visage de quelqu’un, qu’il l’ait mérité, ou pas, là n’est pas le problème. La répansion de ma main dans sa figure : comme on le voit c’est bien un sens figuré.
N.b. : on évitera de voir un quelconque rapport d’automatisme entre l’exemple du sens propre et celui du sens figuré.
On illustrera utilement le mot répansion à l’aide de quelques situations bien connues de toutes et de tous : la répansion du gasoil sur la surface de la mer par des cargos-poubelles affrétés par des gens qui pensent plus au Total de leurs bénéfices qu’aux oiseaux, aux poissons, aux bretons et aux moutons. Aux moutons ? Quels moutons ? Les moutons dont la mer moutonne grâce à son écume, laquelle écume est bien en peine de moutonner lorsqu’elle est recouverte de gasoil. Oui ou alors mouton noir, mais là pour les cabrioles, vous repasserez !
Autre situation : la répansion d’excuses qu’il lui adressa n’empêcha pas qu’elle fit de sa joue la destination de la répansion d’une baffe pour lui rappeler qu’elle s’appelait Ginette, depuis leur mariage qui datait d’il y a dix ans, et même avant, en fait depuis qu’elle était née, et non pas Monique, et qui c’était d’abord cette Monique !? – Heu … Je sais pas … T’as du mal comprendre … – Je comprends très bien quand tu parles en dormant ! Ca fait dix ans que ça m’empêche de roupiller tranquille !!!
Allez, encore une autre : les multiples bénédictions dont le Pape, (seul vrai représentant de Dieu sur Terre et du Général Franco au Ciel), fit la répansion au dessus des milliers d’affamés qui étaient venus admirer ses beaux habits blancs, remplis de l’espoir que le Saint Père communiquerait enfin la marque de sa lessive habituelle, firent défaillir d’émotion plus d’un ancien nazi.
Une dernière ? Ok, une dernière : Maître Corbeau sur un arbre perché tenait en son bec un pot de crème fraiche. Maitre Renard qui, lui, avait oublié d’en racheter et donc n’en avait plus pour mettre dans son escalope normande lui tînt à peu près ce langage : - Eh t’as vu ça, y z’ont mis Chirac en examen ! – Nooon … J’te crois pas ! répondit le Corbeau. Ce disant il dut évidemment ouvrir son bec et sans y prendre garde, lâcher le pot de crème. Las, le pot s’écrabouilla au sol et la répansion qui s’ensuivit de la précieuse denrée eu le don de beaucoup beaucoup agacer Maître Renard et Maître Corbeau. Mais bon, y’a pas de quoi en faire un fromage non plus !

lundi 19 novembre 2007

Cher S.

Imagine une maison, ouverte à tous les horizons. Une maison de portes et de fenêtres. Une maison vers les quatre, les huit, les seize coins, et caetera, de l’univers. Vaguement réunis en points cardinaux, mais ce n’est pas indispensable.
Close pourtant, en apparence, elle ne le serait jamais assez pour ne pas laisser filtrer une bise, une brise, une couleur, un ruban de brume, un fragment de jour, un trait de soleil. Une maison poreuse qui ne pourrait jamais vraiment se soustraire aux climats qui l’entourent. De même à tout ce qui vient du monde environnant. Une maison avec des pièces différentes, bien sur, des pièces grandes ou petites, plus claires, plus sombres, plus fraiches. Une maison avec des caves aussi. Profondes. Des combles. Noirs, hantés d’une faune qu’on ne devine que par les oreilles. Par des toiles pendantes en lambeaux. Par des traces lilliputiennes dans la poussière accumulée.
Il y a des lits dans les chambres. Si tu imagines, tu te souviens. Je ne les vois pas. Je sais seulement qu’il y en a. Je ne vois pas non plus s’ils sont en désordre, défaits, ou s’ils sont strictement couverts comme des catafalques après ce qui s’y est déroulé. Avant ce qui s’y produirait. On a pu aussi en déborder un pan de drap, de couverture, d’édredon, pour qu’on ait plus qu’à s’y glisser, avant d’y engloutir du sommeil ou de l’amour. Ou de cet insomniaque ennui qu’on y endure parfois, sans pouvoir ressortir de ce cocon tiédi, livré alors à des affres absurdes qui se meuvent mollement et nerveusement en calculs insensés, en manège de réflexions, en machine à se retourner dans son lit.
J’ignore pourquoi mais je ne vois pas de placards dans cette maison. Pas d’armoires monumentales ni de ces hauts buffets rustiques qu’on s’attendrait à y voir. Je n’y vois que des coffres, larges, spacieux, imposants, bois sombres, bois peints de teintes fanées. Coffres sur lesquels on peut s’asseoir. Coffres verrouillés avec de lourdes ferrures. Rangés le long des murs. Dans des coins. Avec des allures de majordomes pliés.
Selon qu’elle est close, dormante peut-être, apeurée, triste, que sa pierre souffre, que sa charpente magnifique lui semble peser tel jour, telle nuit, plus que le poids du monde, ou selon que ses portes et ses fenêtres sont béantes sur les extérieurs, les rideaux tombent droits et immobiles comme de grands gardiens ici austères, là plus exotiques, ou se soulèvent et volent, vastes ailes sombres, voiles diaphanes gonflées et affolées.
Elle a une histoire cette maison. Avant ce dont elle est habitée aujourd’hui. Elle était là avant. Avant tout le monde. Partout. Sur tous les continents. Sur les pentes abruptes des montagnes. Dans des déserts gazeux de mirages. Près de rivages multiples. En plein milieu même d’embrouillaminis urbains.
Ce qui est important pour cela, c’est que ce soit bien une maison de pierre, de terre, de bois. Construite avec des matières, des substances, qui soient pierre, terre, ou qui en soient directement issues : comme le bois.
C’est d’une importance qui a des liens avec la primordialité de la chair.
Cette maison parle. Bien sur. Elle siffle par les anfractuosités où des flûtes s’immiscent. Elle craque sous les changements de température. Elle gémit. Elle transpire. Elle est pareillement capable d’être rassurante qu’inquiétante. Elle apaise. Elle menace. Elle protège. Elle vibre. Elle paraît s’assoupir parfois dans de longues périodes de calme. Plus un son alors. Plus un souffle. Plus un mouvement. Les araignées sont tétanisées. Les mulots sont tapis au fond de leur cachette. Quelque fois la pendule s’est arrêtée.
Il y a une grande cuisine marquée partout du cahot constant de préparatifs qui s’interrompent mais ne cessent jamais. Il y règne un mélange de parfums de ventre et d’épices. Des odeurs de chaud, de cru, de pain. Des effluves d’herbes qu’on vient juste de cueillir. Sous la lumière douce luisent les rondeurs sucrées de fruits remplissant un panier. Des bouquets de fleurs séchées pendent des poutres. La grande gueule béante de la cheminée chauffe d’un feu paisible. Les couteaux guettent dans leur râtelier. C’est l’endroit de la maison où on vit le plus naturellement. Parce qu’on y est plus proche de la nécessité essentielle de s’alimenter, et que c’est le lieu même ou la transformation des éléments y est une des plus complexes, une des plus raffinées, en ne cessant pas d’être visible, vivable de très près, de si près, par la chair des matières, la barbarie ou la méticulosité de certains gestes, le mystère de certaines pratiques.
Je vois une salle très grande et très belle, très apprêtée, à la décoration soignée, à l’harmonie bien étudiée. La pièce qui reçoit comme salon ou pour y dîner, ou déjeuner. Son usage est particulièrement requis lorsqu’il y a une sorte de représentation. On dit plus généralement réception. Espace de conversations convenables, d’échanges d’esprit, de savoir, de demande, de séduction, le théâtre y est vulgaire ou élégant. Galant, guindé, surfait, drôle, grinçant, familial, amical, épuisant, curieux, stupide, déprimant, dramatique, il s’y joue rarement depuis les fonds des âmes et par les surfaces des êtres d’autres partitions que celles que nous connaissons déjà. Seule l’acuité d’une personne de temps en temps, d’une autre, et une complicité passagère ou durable, peut voir au-delà des apparences ce qui se trame sous les apprêts, et vivre d’un moindre ennui la cérémonie en cours, d’un attentif recul, ou d’une présence dérangeante.
Tu vois, c’est une façon différente d'envisager du monde perdu, et comment ne pas le perdre, et de fixer tout de même par un minuscule, oui, souvent minuscule trou de serrure, l’infini du monde qui reste, son étourdissante richesse. Sa vertigineuse profondeur. Et de se maintenir dans ce possible le plus vaste pour, comme nous avons tant besoin, trouver, sans ressource tarir, de quoi supporter toute cette histoire dans ce qu’elle a de si difficile, et pour se préserver d’avoir à croire jamais que tout ceci soit vain. Car ça ne l’est sûrement pas. Ca nous le savons bien. En nos forts intérieurs.
Je pense aux coffres et aux rideaux qui volent. Je pense aux lits. Je pense aux pieds nus le matin, au mois de mai, dans l’herbe mouillée. Je pense à la salle d’eau. Aux ablutions. Aux corps nus. Je pense à la silhouette qu’on aperçoit quelquefois, dans la journée, appuyée aux murs dans le grand couloir qui traverse la maison de part en part. Et à cette ombre qui sort le soir sur la terrasse, à l’heure du jour basculant dans le noir vers un autre.
Certaines constructions sont des consciences.
Certaines consciences sont des maisons.
Certaines maisons sont des êtres.
Et certains êtres sont des consciences.
Et certaines consciences sont des constructions.
J’ai quelque chose en moi d’une maison comme celle dont je viens de parler. Je suis proche de cette forme. Elle se transporte très facilement, contrairement à ce qu’on pourrait penser. Elle est mobile. Mouvante. Elle s’adapte à toutes les dimensions du temps. Il m’est arrivé de la faire tenir sur trois ou quatre mètres carrés, dans des refuges intermédiaires. Il m’est arrivé de la contenir dans un sac. Maintenant je l’ai en moi. Il y vit le meilleur de ma vie. J’y entends évidemment d’autres bruits. J’y ressens encore présent tout ce que j’ai laissé derrière moi. Tous les mouvements de l’existence y persistent. Il y a des humeurs. Des réclusions. Des fantasmagories. Des rêves. Des cris. Des pleurs. Plein de rires, plein de rires. Plein d’un durement appris et tendrement retenu.
Et cela s’est construit comme j’évoque quelquefois ma manière de choisir, ou de croire le faire : en sachant avant tout ce que je ne veux pas. Et en étant libre de tout le reste.
Madame Yourcenar dont j’ai repris un extrait de « Mémoires d’Hadrien » en exergue de ce blog, disait : « Le véritable lieu de sa naissance est l’endroit où l’on a pu porter pour la première fois un regard intelligent sur soi-même. »
Ainsi nait-on de soi-même. Et ce choix, (encore une fois : d’où vient-il ?), cette capacité à naître de nous même, nous place de fait à des endroits du monde où tout autre que ce que nous devenons peut nous sembler perdu. Toujours en train de se perdre. Et c’est possiblement vrai. Et possiblement faux. Mais peu importe. Il en est qui très tôt dans leur existence sont de cette autre naissance. Et ce qu’ils voient, ce qu’ils sentent, ressentent, entendent, captent, attrapent, qu’ils s’en amusent ou qu’ils y plongent leur chronique pour travailler un objet de lucidité qui touche, à tâtons dans le noir sensible où leur perception s’exerce, un peu du vivant qui passe par là, est une des plus belles substances dont nous puissions nous nourrir. Pour ne pas dire la plus belle. Ce qu’il n’est pas utile de prétendre car cet étant là se moque bien des championnats.
Cela participe aussi d’une pratique de l’abandon, adressée à ces origines confuses dont nous nous extrayons lentement mais avec détermination, tout en sachant retenir des ombres, qui continuent à nous accompagner, ce qu’elles nous inspirent de chercher pour agrandir la maison, y accueillir le meilleur, y vivre le mieux.
Pour mille mondes perdus n’en rencontrerions qu’un seul qui ne le soit jamais.

dimanche 18 novembre 2007

Commentaire

Petite mise au point sur ce blog, concernant les commentaires.
Sont venus, sous nos yeux, tout récemment, d’imprécises effusions, émanant visiblement de personnes qui trouvaient à redire sur le contenu de ces pages, et sur son auteur, c’est à dire moi-même. Je ne suis pas du tout allergique à la critique, bien au contraire et qu’on dise du mal de ce que j’écris ne pose aucun problème, du moment qu’on en parle. Néanmoins je me réserve évidemment le droit de destiner à une poubelle immédiate un certain type de retours, pour ne pas dire de renvois.
En premier lieu le genre petit avorton de phrase qui n’a d’autre ambition que d’être désobligeant, sans en avoir, semble-t-il, les moyens, ou sans les rechercher, et qui prétend sans doute signifier quelque chose sur mes pages en usant d’un laconisme résiduel, teinté d’un insaisissable mépris, s’élevant à un niveau d’intérêt qui voisine celui des états d’âme fessiers d’un quelconque people de fond d’égout en couverture d’un torche-groin hélas habituel de nos contemporains les moins éveillés, (la sentence du gros titre attifant de sa vulgarité la pauvreté du verbe), et dont le seul résultat est de signaler l’indigent aux yeux du riche en dégoûtant le second de jamais secourir le premier. Ajoutons que l’anonymat rétréci dans lequel loge bien sur ce niveau d’intervention, dommageable pour la couche d’ozone puisque ça ne sert à rien d’autre, achève d’occuper le temps de réflexion que l’on dépense parfois en ces instants où certaines démangeaisons nous invitent à nous gratter quelque part.
En second lieu, en apparence plus délicates, mais sans autres vraies caractéristiques que de flotter à la surface d’autres épandages, les allusions à une histoire passée, à un vécu commun, à une intimité que je veux préserver, à un relationnel présent, venant de gens qui, peut-être au prétexte que nous aurions partagé plus ou moins utilement quelques moments ou quelques années, s’en viennent vider une aigreur en s’imaginant que je vais la prendre pour un commentaire. L’acrimonie a ceci de très différent par rapport au bœuf bourguignon, c’est que plus elle est recuite plus elle a mauvais goût, et plus elle est indigeste, stérile, si tant est qu’une acrimonie puisse être féconde, ou, à tout le moins, être assez honnêtement justifiée en tant que source de pollution. L’anonymat ici se déguise en appropriation d’identité indéchiffrable, avec le souci constant d’être désagréable sans être reconnaissable, ce qui témoigne moins d’un manque de courage que d’une réelle faiblesse de la raison, aux multiples sens du terme.
Ce blog n’est pas une agence de règlement de compte.
Tout ça pour dire, comme chacune et chacun l’aura deviné, que l’anonymat ne me paraît sympathique que pour préserver la pudeur qu’on ressentirait à avoir mis de la qualité dans un commentaire même désagréable, ou du désagrément dans un commentaire de qualité, à moins qu’en lieu et place du désagrément il y ait de l’agrément, et que les celles et les ceux qui n’auraient rien trouvé de mieux pour se maintenir en éveil, voire en forme, que de sniffer la poussière qu’elles ou ils produisent, sont aimablement, très aimablement, invités à aller l’éternuer ou la recracher ailleurs.
Voilà qui est dit.

mercredi 7 novembre 2007

ARMIDE

Par où commencer ? Par l’histoire ? Allons-y ! Sans digression ? On va voir…
Armide est une magicienne musulmane. Son Oncle, Hidraot, est magicien aussi, musulman aussi, et en plus Roi de Damas. On est au temps des croisades. (Rien à voir avec les chassés-croisés sur les routes des vacances). Il s’agissait là d’une de ces interminables tueries héroïques où des chiens d’infidèles d’un côté, et des chiens d’infidèles de l’autre, faisaient rien qu’à vouloir délivrer la Ville Sainte, alias Jérusalem, sans être capable de s’entendre sur la marque divine au nom de laquelle cette délivrance devait se faire. En l’occurrence on en est à la première croisade ce qui nous fait à vue de nez du … fin XIme siècle.
Bref. Pour couper court tout de suite à toute idée de reconstitution historique, précisons d’emblée qu’Armide est un personnage fictif, son oncle itou, de même que tous les protagonistes de l’intrigue, à part une rapide allusion à un certain Godefroy de Bouillon, de vague mémoire niveau CM1/CM2, pour les moins informés. Car il est question d’une intrigue. Imaginée à l’origine par Le Tasse, (autrement nommé Torquato Tasso) grand poète italien, de la seconde moitié du XVme, (siècle, pas arrondissement …), Armide promène des charmes et une beauté à se rouler par terre dans les pages de « La Jérusalem Délivrée » dudit Tasse. J’ai commencé à lire. Faut s’accrocher un peu, c’est pas nouveau roman du tout. Mais c’est très beau.
Plus accessible, pour peu qu’on ait une paire d’oreilles pas trop lestée du plomb habituel zizico-gazouillo-pouet-pouet qu’on nous répand partout pour qu’on ait l’air moins triste, (avec le brillant succès niaiso-ahuri qui s’en suit le plus souvent), plus accessible donc, au sujet de cette fameuse Armide, une tragédie lyrique, ça s’imposait, écrite par un certain Monsieur Philippe Quinault, et mise en musique par Monsieur Jean-Baptiste Lully, musicien pas totalement incompétent, mais également célèbre et infatigable suceur de rayon solaire au près de Sa Majesté Louis, quatorzième du nom, Roi Soleil de son Etat qui était Lui.
J’en étais resté aux pompeuses timbales et autres fanfares que le ci-devant Jean-Baptiste composa à l’envie pour son Royal boss, et si la musique baroque fut longtemps de mes paysages auditifs, j’avoue m’être ensuite beaucoup vautré de Wagner à Barbara, de Schubert à Léo Ferré, de Gershwin à Carla Bley, de Rachmaninov à Pink Floyd, de et caetera à et caetera.
Or donc voila-t-il pas qu’au gré de péripéties consuméristes autant dignes d’intérêts que les confidences céphalo-clitoridiennes d’un quelconque extrait de godiche audio-visuelo-princière, je me retrouve avec Proserpine. Non pas pour de vrai. En cd. C’est une des œuvres du lécheur de majesté sus-évoqué. Très belle œuvre en vérité. Et me voilà surpris par un talent que j’ignorais, datant tout de même, en ce qui concerne le dernier souffle qu’il expira, de l’an de grâce 1687. Ce qui ne nous rajeunit pas. Je fais donc rapidement l’emplette d’une deuxième œuvre du compositeur ainsi redécouvert : Persée. Magnifique. Encouragé par tant d’art et de culture amassé en si peu de temps, je m’enhardis et me porte acquéreur d’Armide, repérée comme le chef d’œuvre de Monsieur Lully.
Et je suis tombé par terre. Quand je pense que cette Star de Bourbon Versaillais, prétextant que son compositeur de la Cour, bien que marié et pourvu d’enfants, passait quand même un peu trop de temps à sodomiser des jeunes pages dans les rideaux du palais, bouda les représentations de cette merveille musicale, tragique et lyrique : je me dis que quand même il y a des coups de pied au cul, fut-il franco-royal, qui se perdent, en tout cas qui se sont perdus.
Bon ! Entrons dans le vif du sujet et laissons-là les concurrences en appétit sexuel du Grand Loulou avec le Grand Lully.
Armide, c’est beau dés le début. Après c’est encore plus beau. Ensuite c’est toujours plus beau. Et à la fin tu pleures ta race tellement c’est grave trop beau. (Les éventuels confits dans le français labellisé voudrons bien me passer cette irruption de syntaxe débilo-jeuniste destinée à tenter avec une démagogie à peine honteuse de racoler les admirateurs de comédies musicales francophones de type barbeurk-livien & C°, et de les inciter à se hisser à des hauteurs qu’ils ne soupçonnent même pas. Fermer la parenthèse.)
Donc Armide c’est beau. Pourquoi est-ce beau ? Comment est-ce beau ? Où est-ce beau ? A quelle heure est-ce beau ? C’est difficile à dire. C’est beau comme tes yeux quand tu dis « je t’aime » à quelqu’un. Ou quelqu’une, le cas échéant. C’est beau comme quand tu as envie de mordre dans la chair du couchant, là-bas, sur la plaine, sur la mer, sur le désert, n’importe où, on s’en fout. C’est beau comme si le ciel venait à toi, alors qu’on n’arrête pas de nous tanner, religieusement parlant, en nous disant qu’on ira pas si on n’est pas sage.
D’ailleurs Armide n’est pas sage. Et c’est une magicienne. Et elle est un peu secouée du bulbe et du cœur. Et elle, aller au ciel, à mon humble avis, c’est pas son problème. Elle, elle veut pas aimer. L’intéresse pas. Elle veut bien qu’on l’aime, ça oui. Mais elle préfère sa liberté. Et comme en plus elle a plein de pouvoirs, elle fait ce qu’elle veut. Elle arrive comme ça à charmer toute une cohorte de vaillants croisés, qu’elle fait ramener à Damas, pour les enfermer. Na ! Elle les a tous ! Tous !? Sauf un : Renaud. « Renaud pour qui ma haine a tant de violence ! » fulmine-t-elle à cet égard. En plus, au premier acte, le Renaud en question lui pique tous ses captifs et les délivre tous. Hou laaa !... Bon, il faut se venger. Tonton Hidraot et sa gentille nièce vont donc jeter un sort à cet indomptable héros qui, lui aussi, se fait fort d’ignorer les charmes de l’amour. (Quand on y pense ! Hein ?!? Non mais j’vous jure … Enfin !) Donc hop ! Un sort sur le chevalier Renaud ! Il s’endort dans un coin plutôt joli de la tragédie, au bord d’une rivière, et là, une fois bien parti dans des songes total amoureux, (voire note sur concession syntaxique précédemment entre-parenthèsée), Armide débarque, en principe pour l’occire d’une manière résolument définitive : « Je vais percer son invincible cœur ! » : pas tellement d’ambiguité …
Là, particulièrement là, partout aussi, mais là, oui, à ce moment là, vous arrêtez tout. Sauf le cd bien sur. Là je ne veux plus entendre une machine à café, un pet de mouche, un battement de paupière, une sonnerie de portable, un mot, un grincement de porte, même pas un glissement de lèvres en vue d’un hypothétique sourire devenu vain et inexorablement ridicule devant la grandeur inouïe qui va descendre du zénith de la beauté jusque dans vos frustres esgourdes et les transformer irréversiblement en coquillages sacrés dignes du babil divin. Là, la voix d’Armide, (merci de privilégier l’enregistrement dirigé par Monsieur Philippe Herreweghe avec Madame Guillemette Laurens dans le rôle-titre), là donc, la voix d’Armide va vous faire entendre une des plus belles, une des plus puissantes, une des plus bouleversantes pages de la musique : « Enfin ! Il est en ma puissance ! » clame-t-elle. Celui ou celle qui me dit que ça ne lui fait rien est assuré de n’être pas tout à fait sorti du règne des protozoaires, des amibes, et autres organismes unicellulaires qui sub-flottaient dans le Grand Bouillon, (pas Godefroy, l’autre) d’où certaines et certains sont sortis : d’autres pas. (Et d'autres aimeraient bien, peut-être, mais c'est pas gagné).
Voila ! C’est à peu près tout ce que j’avais à dire. La première fois que j’ai écouté ce chef d’œuvre, j’ai vraiment senti que le souffle allait me manquer. Oui. J’ai déjà entendu parler du syndrome de Stendhal : p’tet’ ça … Je sais pas.
Et, de plus, l’effet persiste, et résiste sans la moindre baisse de régime, à la ré-écoute !!!
Bon j’vous laisse quand même pas sans vous raconter la suite.
Donc il est en sa puissance. Ok. Seulement la Belle Armide, au moment où elle va pour percer le cœur du vaillant chevalier endormi, elle craque. Il est canon le Beau Renaud. Elle s’adoucit dans la douleur. Il lui plait. Sans le savoir, il la prend à son propre piège. « Qu’est-ce qu’en sa faveur la pitié veut me dire ? » s’interroge-t-elle. « Quelle cruauté de lui ravir le jour … » poursuit-elle. « Il semble être fait pour l’amour » : c’en est fait d’elle.
La où ça va se gâter c’est que d’une part elle a quand même besoin de lutter contre cet amour : d’où une scène où elle invoque la Haine, (Sublime John Hancock – baryton profond et inquiétant), mais finit par y renoncer. Et d’autre part les potes de Renaud aimeraient bien le récupérer et sont à sa recherche avec un bouclier magique destiné à rompre les charmes dans lesquels la Belle Armide tient son amant en son pouvoir.
Ouai ! Vous avez deviné : les potes de Renaud finissent par le réveiller et par l’arracher au sortilège dans lequel le garçon n’avait pas tant l’air de s’ennuyer. Il a des regrets, mais la Gloire et la Victoire l’appellent, et chez ces mecs-là, c’est triste à dire, mais c’est souvent plus fort que l’amour. Renaud, donc, va quitter Armide.
Les trois airs que chante Armide au dernier acte sont grandioses et déchirants : «Si je ne vous vois plus, croyez-vous que je vive ? » Elle évoque son ombre qui pour toujours suivra son amant parti : « Et sa fureur, s’il est possible, égalera l’amour dont j’ai brûlée pour toi ! » Mais c’est fini. Renaud ne l’entend plus. Elle se relève d’un évanouissement, elle le voit s’éloigner : «Il est déjà près du rivage. Je fais pour m’y traîner d’inutiles efforts… » C’est la fin. Elle ordonne qu’on détruise le palais enchanté qu’elle avait fait construire pour eux, vite fait bien fait, et s’enfuit sur un char volant. Et c’est triste, triste, mais bordel ! Qu’est-ce que c’est beau !!!!
Voila, voila : n’oublions pas Howard Crook et son chant délicat et brillant dans le rôle de Renaud. Le ténor enchanteur Gilles Ragon dans le rôle de l’Amant Fortuné, au cours d’une passacaille magnifique : « Dans l’hivers de nos ans, l’amour ne règne plus. Les beaux jours que l’on perd sont pour jamais perdus » Et Mesdames Véronique Gens, Noémi Rime, et Messieurs Bernard Deletré et Luc Coadou. Elles sont plus qu'impeccables. Ils sont plus qu'impeccables.
Ah ! Oui ! Compliment aussi à Monsieur Philippe Quinault : en plus c’est super bien écrit !!!
Le pied, je vous dis ! Trop la classe ! Un vrai Bonheur, avec comme vous pouvez le constater un B majuscule, c'est dire !!!
Si vous passez à côté de ça, inquiétez-vous pour tout le reste …

N.b. Cet article est écrit avec la plus parfaite objectivité.

Illustration : Renaud et Armide/Nicolas Poussin

mardi 6 novembre 2007

Theo Francos

Ce qui m’a le plus marqué chez Theo Francos ce sont ces yeux. Il venait de publier avec l’aide d’une journaliste un livre de ses mémoires : « Un automne pour Madrid ». Sur la couverture une photo de Theo, jeune, à vingt trois ans, au moment où il s’engageait dans les combats qui allaient déchirer l’Espagne de 1936 à 1939, avant de s’achever par l’avènement d’une des pires dictatures du siècle dernier. Laquelle ne s’achèvera qu’avec la mort par petits morceaux du Caudillo, fin novembre 1975.
La photo de couverture d’ « Un Automne pour Madrid » nous montre un jeune homme beau. Visage avenant, cheveux noirs et des yeux bleus magnifiques. Des yeux bleus remplis de force et de tendresse. Des yeux vaillants, pleins de courage ; un regard pour aller jusqu’au bout du monde.
Lorsque j’ai eu l’occasion de le rencontrer, c’était dans un stand dédié à la mémoire des combattants républicains de la Guerre d’Espagne. Je n’étais pas sur qu’il s’y trouvât, mais en pénétrant sous la tente, j’aperçu bien vite un homme, de dos, plutôt petit, solide, visiblement vigoureux, et sûrement très vieux : quatre vingt treize ans selon ce qui m’avait été dit. Ce petit homme devisait plein d’entrain avec deux autres personnes. J’étais accompagné d’une amie. Je m’approche du vieux monsieur, je pense le reconnaître de profil, et je dis timidement : « Vous … Vous êtes Theo Francos ? » Il se retourne d’un bloc et me lance « Oui ! C’est moi ! » Ses yeux ! Les mêmes que sur la couverture du livre ! Les mêmes ! Les yeux du vieil homme, vif et riant qui me toisait étaient exactement du même bleu, de la même force, de la même vaillance, que les yeux du jeune homme qu’il avait été soixante dix ans plus tôt. J’étais stupéfait. Emerveillé. Et ému comme je le suis rarement.
Passé le moment de surprise je lui dis ce qui, en quelque sorte, m’amène : « Je suis un des fils de Gabriel W. » Il réfléchit. J’ajoute « Il a combattu avec vous pendant le Guerre d’Espagne ». « Oui ! Oui ! » fait-il rapidement. Il est vrai que la famille W. il connaissait depuis quelque temps : mes frères avaient fait les recherches nécessaires pour retrouver d’éventuels survivants qui auraient croisé notre père, mort aujourd’hui, durant cette terrible guerre. Et ils avaient appris l’existence de Theo Francos et l’avaient rencontré.
Le vieux Theo n’est plus qu’un mélange de vaste sourire et de mots qui fusent. En un quart d’heure je crois qu’il me raconte la moitié du monde. Ca c’est sa vie à Theo. Aujourd’hui encore il n’a de cesse que de courir de place en place, souvent dans des écoles, pour dire ce que c’était, cette guerre. Encore aujourd’hui, lorsqu’il écrit, il signe à la fin de la lettre : « No Pasaran ! »
Sa fierté de soldat qui s’est battu pour la liberté, pour la démocratie, pour la république, elle niche tout près de son cœur. Tout près.
Théo a subi dans les camps franquistes, (ce sont les nazis qui montraient aux espagnols comment faire des camps d’internement …), toutes les rigueurs de l’incarcération. Il est vrai qu’il avait une fâcheuse tendance à vouloir s’évader. Enfermé trois mois dans un trou de terre, à même la terre, avec à peine un passage pour faire passer un minimum de nutriment. Enterré jusqu’à la ceinture dans la terre durant plusieurs semaines, dehors, sous la chaleur comme sous la pluie. Etc …
Theo a fait parti de ceux que la Croix Rouge put sauver et faire passer en France. Repos ? Non, il s’engage immédiatement dans les forces françaises libres. Jusqu’au bout, et même après la libération de Paris il continue. Il continue.
Il continue jusqu’en Belgique où les allemands qui se replient le font prisonnier de nouveau avec une poignée de camarades. Tout va vite alors. Ils vont être fusillés. Ils sont fusillés. Leurs corps tombent dans la fosse qu’on leur a fait creuser. Trop pressés les allemands ne recouvrent pas les corps. Un couple de résistants belges qui passe par là, à l’affût de ce qui peut survenir dans le désordre tragique où la victoire s’avance, repère la fosse, constate les morts, et voit qu’une poitrine semble encore respirer. C’est Théo. Ils le sortent de là, l’emmène chez eux, le soigne autant que possible. On ne peut l’opérer sur place. Theo est rapatrié à Paris. Trop tard, l’opérer est plus dangereux que ne pas le faire.
Tout près du cœur, Theo a une balle logée depuis plus de soixante ans. Tout près du cœur la mort s’est arrêtée. La mort n’a pas voulu de lui, dit-il. Je crois que c’est lui qui n’a pas voulu de la mort. Trop vivant. Trop vivant ! Tellement vivant ! Son regard en témoigne toujours.
Dans le livre de Theo il y a une scène dont je me souviens aussi : dans cette Espagne du début du siècle dernier. Dans cette Espagne rurale de grands propriétaires. L’heure de la pause pour manger. Le coin où les ouvriers vont s’asseoir à même le sol et se nourrir pauvrement d’un morceau de pain frotté d’un oignon. Et la table où les maîtres, en compagnie du curé, vont déjeuner grassement et boire à volonté. Les ouvriers retourneront vite travailler, sous le cagnard pour le sale air de la misère.
Ne demandez pas aux peuples pourquoi malgré les carottes des églises et les bâtons des maîtres, ils finissent toujours par vouloir que de la liberté leur vienne.
Il y a longtemps que je n’ai pas eu de nouvelles de Theo. Mais je ne suis pas triste d’imaginer qu’il puisse un jour ne plus être parmi nous.
Theo Francos ne meurt pas.
Il nous a donné ses plus belles années.
Lisez donc « Un Automne pour Madrid », s’il vous plait.

lundi 5 novembre 2007

Les loups,les lapins, et quelques autres.

L’action se passe à peu près n’importe où. Du simple fait qu’il risque de s’agir d’une métaphore. L’action pourrait se passer à peu près n’importe quand. Autant dire qu’elle peut être contemporaine mais pas forcément : ça évitera sans doute quelques complications. Enfin… Faut voir …
En ce temps là, c’est vous dire si ça date d’aujourd’hui, les vastes contrées qui formaient l’ensemble de n’importe où s’étendaient à peu près de là à là, et de là à là. Ce n’est pas difficile, il suffit de suivre mon doigt sur la carte. Nous appellerons cet ensemble le pays, pour des commodités évidentes. Le pays, en ce temps là donc, n’allait pas très bien. Ca n’était pas pire, loin s’en faut, que dans d’autres ensembles de vastes contrées, ici, ici, ou là également. Mais enfin, la situation continuait à se dégrader dans pleins de domaines, et depuis pas mal de paquets de saisons. Faire le détail des problèmes serait infiniment fastidieux. Toujours est-il que les populations paraissaient toutes avoir matière à se plaindre. Parmi tous ces problèmes on notait cependant que pour beaucoup le niveau de remplissage régulier de l’estomac glissait de plus en plus du quotidien à l’aléatoire. Que pour d’autre le confort du terrier, la sécurité du nid, où la banale possibilité de disposer de l’un où de l’autre, requéraient des efforts sans arrêt plus importants, jusqu’à devenir tout à fait vain. Il est vrai que parallèlement on en voyait dont les tanières s’étaient mise à ressembler à de véritables palais. On pouvait voir de plus en plus ceux-là même, jour et nuit, partout, portés sur des pavois, hissés sur des tribunes, sillonnant en cortèges bruyants une foule qui curieusement finissait par les regarder avec envie, et même avec espoir, au fur et à mesure que les premiers imposaient qu’on les voit, et que cette foule tremblait, inquiète de l’état dans lequel elle sombrait.
Il y avait bien longtemps que dans ce pays on avait institué un intéressant système qui faisait que ceux qui décidaient de la façon et des moyens de faire fonctionner la société à poils et à plumes qui la composait, ne devaient cette responsabilité, et donc ce devoir, ne pouvait le faire, que si une très grande partie des autres en était d’accord. La plus grande partie, pour tout dire.
On avait donc récemment procédé à ce qu’on avait pris l’habitude de nommer des élections.
Comme souvent, dans les périodes difficiles, celui qui était parvenu à crier le plus fort, le plus longtemps, et à se voir offert qu’on l’expose et l’entende bien partout le plus possible, était arrivé à obtenir cette responsabilité.
Tout de suite, l’ennui vint que ceux qui obtinrent, au moment où j’en écris, ce pouvoir de prendre les décisions pour tous, étaient aussi des amis très proches de ceux dont les tanières étaient des palais. A commencer bien sur par l’élu en chef.
Ils avaient été, cependant convaincants, sur des sujets où ils avaient su, soit faire assez peur, soit être assez véhéments, dominateurs, n’hésitant pas à user parfois de toutes les cordes sensibles dont ils avaient appris les notes les plus émouvantes, sans en avoir jamais été touchés eux-mêmes.
Les loups s’étaient donc installés au sommet.
Oh ! On en avait déjà eu des loups au sommet. Mais, ceux-là, c’était une nouvelle sorte de loups. Ceux-là s’étaient nourri de pas mal de renards et de vieux singes. Ils souriaient avec conviction. Ils avaient de la compassion dés qu’un petit lapin, ou autre bestiole de type biche, canard, etc, se faisait mordre. Ils allaient aux obsèques des hérissons. Leur chef surtout s’était montré tout de suite extrêmement doué pour ça. Ils expliquaient en ayant l’air d’y croire dur comme fer qu’il fallait absolument promouvoir l’égalité entre tous. Même si leur premier souci fut en réalité de remplir les garde-mangers de leurs amis, dans les tanières en forme de palais.
Mais le plus important dans leur stratégie de loups rusés et malins, c’était comment ils avaient constitué la meute de tous ceux qui diraient aux autres comment faire, que faire, pourquoi faire. Il y avait des loups, évidemment. Des jeunes, des moins jeunes, différentes sortes de loups : des loups qu’on connaissait pour être gentils, d’autres qu’on connaissait pour l’être moins. Bon c’était toujours des loups : même ceux qui se déguisaient avec une trompe. Il y avait des louves aussi. Certaines qui venaient de très lointaines contrées, étrangères au pays, et justement, on les montrait bien haut avec leur promotion pour qu’on sache bien que désormais il suffisait d’être un loup, ou de plaire au chef des loups, et que le reste, notamment l’origine, ça n’était plus vraiment important.
Et il y avait des lapins. Dans ce grand conseil des loups qui allaient décider de tout, ils avaient mis des lapins. Une idée géniale ! Qui oserait-dire qu’on ne pensait pas au sort des lapins, et donc aussi des canards, des rouges-gorges, des agneaux, etc, avec un gage pareil !
On avait eu beau reprendre des arguments chez la horde des hyènes, pour être choisi par le plus grand nombre, on aurait des lapins, des lapins venus de l’autre côté des grandes forêts, des lapins aux couleurs étranges, et qui feraient partie du grand conseil où on déciderait de tout. Et des lapins avaient accepté. Y compris ceux descendaient de lapins venus depuis une ou deux générations de par delà les grandes forêts, et qui en avait vu des vertes et des pas mûres pour pouvoir s’installer dans le pays. Et d’ailleurs ils en voyaient toujours des vertes et des pas mûres. Mais voilà, le grand chef des loups avait pu convaincre quelques lapins de cautionner ce qu’il allait faire avec ses frères loups.
Au début, les lapins étaient tout fiers. On allait leur faire confiance. Ils auraient les moyens d’exister dans le grand conseil des loups.
Au début.
On a en fait vraiment commencé à regarder les lapins avec curiosité le jour où un des loups à proposer au grand conseil, de vérifier dorénavant le statut des lapins qui voulaient s’installer à leur tour dans le pays. Et particulièrement de vérifier s’ils n’avaient pas la myxomatose. Ca avait pas mal agité les bois et les sous-bois cette affaire. Ca avait remué pas mal de monde. On se disait alors pourquoi ne pas faire passer un test de la rage aux renards qui se promenaient un peu partout. Et aux chiens aussi. Et aux loups eux-mêmes. On s’attendait à ce que les lapins disent que si on imposait des tests de myxomatose aux nouveaux lapins arrivants, et bien ils quitteraient le grand conseil.
Finalement l’histoire de tests de myxomatose est passée.
Les lapins sont restés au grand conseil.
Pour le moment.
Ce n’était que le début.
A suivre …