"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

dimanche 28 octobre 2007

Des papes, des papes, oui mais des pas nazis !

Y’a pas très longtemps, invité au réveillon de Noël chez des amis, j’ai vu le Pape. Non pas en vrai. A la télé. Simplement il y avait là Mamé, l’Ancètre. Mamé, très croyante, suivait d’une oreille d’autant plus distraite qu’elle était à peu près sourde, les divagations du petit groupe de bouffeurs d’huîtres et de foie gras, à la table, tandis qu’elle, dans son fauteuil, casque à fond vissé sur sa tête, ne ratait pas une miette de la messe diffusée en direct de St Pierre de Rome sur TF je sais pas combien. Comme je n’étais pas très loin, j’entrecoupais le patchwork de conversations qui se tenaient entre deux verres de champagne, de fréquents coups d’œil au spectacle retransmis, sans le son, puisque le son n’arrivait donc qu’aux tympans de la Mamé. C’est pas que ça soit vraiment utile d’assister à ça, mais enfin, à l’occasion de voir un peu à quoi ça ressemble, franchement, ça vaut le coup. C’est, comme on dit, édifiant. Je me souvenais régulièrement de cette réplique de deux « précieuses » dans « Molière » d’Ariane Mnouchkine, apostrophant gentiment le grand auteur après que ce soit déroulé dans une église un mariage forcé entre une ravissante jeune fille effrayée et un grabat encore à peu près ambulant : « Que pensez-vous, Monsieur, de ce théâtre-ci ? ». J’avais ri, lorsqu’à un moment, Monsieur Ratzinger, (Benoît XVI de son nom de scène), après un changement de chapeau, avait délicatement passé la main sur ses cheveux neigeux, pour remettre en place une mèche un peu folle. Petite marque émouvante de coquetterie, touchante chez une authentique vieille dame ou chez un authentique vieux monsieur, et tout à coup tellement ridicule chez ce stupéfiant potentat en grand habit de parade, en train d’exécuter la liturgie, au milieu d’un aréopage de subordonnés, le petit doigt sur la couture de la robe, et devant un parterre choisi de gens qu’on pouvait imaginer oscillant entre l’incroyance, nécessitée par leurs activités, politiques ou financières, et la croyance mêlée à l'inquiètude de savoir, si jamais tout ça était vrai, à quelle sauce ils seraient cuisinés le jour il leur faudrait comparaître devant leur Créateur.
Mais, me direz-vous, pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce qu’au cas on en viendrait à se contenter de trouver terriblement désuètes ces cérémonies pompeuses, une autre est promise aujourd’hui même, en Espagne, promue par la même maison de production, mais sans doute moins anodine qu’une messe de Noël. La béatification de quelques quatre cents adorateurs de Jésus Christ, qui eurent la bonne idée de soutenir le Dictateur Franco durant la guerre civile espagnole, et qui périrent « martyrisés », dit-on chez St Pierre Trade Corparation and C°, par les vilains républicains.
Utile donc, bien sur, de rappeler qu’il y eut des religieux anti-franquistes, qui si l’on suit bien le synopsis des productions Universal Vaticancan, n’ont pas été eux martyrisés par les gentils amis franquistes de Monsieur Ratzinger, mais simplement et justement punis d’avoir voulu soutenir le camp de ceux que les élections de 1934 avait très légitimement porté au pouvoir en Espagne.
Chassez le naturel barbare, il revient au galop dans de jolis habits. Chassez les tortionnaires, ils reviennent en chantant « aimez-vous les uns les autres ». Chassez les salauds, ils sont toujours là, pignons sur rues et comptes bancaires en Suisse.
Je pense aujourd’hui, tout particulièrement à Théo Francos : (oui, le pauvre, avec un nom pareil…) Mais lui, lorsqu’à 23 ans il a décidé qu’il fallait se battre pour l’Espagne républicaine, il n’attendait aucune béatification, ni religieuse, ni laïque,(en existe-t-il des laïques ?). Théo Francos : je vous en parlerai prochainement.
Ah oui, Mamé est montée au ciel, hop ! hop ! hop ! il n’y a pas très longtemps, dans sa quatre vingt quatorzième année. J’aurais dû lui filer un message pour Dieu, mais voilà, j’ai été pris un peu de court. Si ça se trouve Il l’aurait même pas lu.
Et si ça se trouve, Il existe même pas. Dommage pour Mamé.

Aucun commentaire: