"Puisque nous sommes nés, il va bien falloir faire avec." Samuel Beckett

jeudi 3 mars 2016

JLM2017_Politique

Politique : qui est relatif aux affaires publiques – manière de diriger un état – stratégie de gestion.
D’origine latine et issu du grec ancien politikos, composé de politis qui veut dire citoyen.
Il est souvent entendu que la politique serait un art. A suivre des kilomètres, en image, en son, en écrits, de discussions avec ou sans controverse, qui occupent voire qui encombrent les espaces dits de débats, on peut sans doute prolonger cette option en la définissant comme un art du cirque. Quitte à fâcher peut-être un peu les vrais clowns et autres authentiques trapézistes.
Plus simplement, plus modestement, je pense que la politique est un ensemble de pratiques de langage et d’actions. L’objectif de ces pratiques ne devant être autre qu’assurer des équilibres dans une société ou dans un ensemble de sociétés de telle sorte que chacune et chacun, chaque citoyenne, chaque citoyen, y trouve autant que possible les moyens d’œuvrer à son propre bonheur. Je m’abstiens de digresser sur le mot bonheur : il s’agit d’une clé pour tout le monde et ce qu’il y a derrière la porte qu’elle déverrouille n’appartient qu’à soi.  
L’usage de la politique consacre des millénaires d’évolution humaine durant lesquels la contradiction ontologique de l’être humain, entre son individu, sa solitude, et la collectivité, produits et partages des progrès matériels, a conduit à chercher et à s’interroger sur les systèmes à mettre en place pour vivre les plus longues périodes possibles de cohésions pacifiques.
Des époques lointaines où des clans armés de massues s’entre-fracassaient leurs crânes pour un bout de territoire, un gibier encore chaud, de l’eau ou du feu, jusqu’aux apocalypses du siècle passé qui débordent jusqu’à nous, l’être humain a appris. Bien sûr qu’il a appris. Lentement, trop lentement, démuni des choix inventés par les puissantes religions, notamment monothéistes, même si l’option n’en a pas encore, c’est peu de le dire, été suffisamment renvoyée aux huis-clos des consciences intimes, l’être humain a largement de quoi comprendre non seulement ce qu’est le bien, ce qu’est le mal, mais surtout ce que sont le mieux et le pire.     
La politique comme une des manières d’envisager le monde et ses mutations. Par-delà la seule existence de l’être humain.
C’est un fait incontestable que nous vivons, nous traversons, des temps où la politique, par une suite de conséquences où on est parvenu à enrôler les peuples, se trouve reléguée au second rang des moyens d’administrer une société, derrière l’économie qui ne devait en être qu’un des instruments.
Cet astucieux et déplorable tour de passe-passe du capitalisme, dont les effets ne cessent de s’accélérer, est sans doute pressé par diverses formes de développements des êtres, individus et collectivités, susceptibles de permettre une résistance et qui sait même un renversement du mouvement.
Ce tour de passe-passe n’a été rendu possible qu’à deux conditions, remplies bon gré mal gré par les collèges d’acteurs de la politique que convoquent régulièrement un régime démocratique : les responsables politiques d’une part et les électrices et électeurs d’autre part. Les premiers ont vendu à la découpe la puissance d’action que leur ont déléguée les électrices et les électeurs, et ont vendu cette puissance d’action à des intérêts privés dont l’innocuité a su longtemps se préserver derrière une vitrine où les produits de ces marchandages paraissaient garantir une part de bénéfices et autres gratifications aux citoyennes et aux citoyens. Les seconds ont plus ou moins consciemment, probablement selon des penchants idéologiques, validé le marché, élections après élections, d’engouements en perplexités, puis de pressions en pressions, et désormais de menaces en menaces. Le détail des enjeux ainsi que la graduation des processus requièrent de se concentrer méthodiquement sur chaque période notamment depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.
Cependant quoique chacune de ces périodes offre d’observer de quelle façon gouvernants et peuples ont su s’opposer à cette colonisation de la politique par l’économie, le constat, pallier par pallier, c’est qu’on nous veut de plus en plus populations soumises à une sorte d’état des choses hissé au niveau du quasi divin, au pied d’un grand totem mécaniste de la Sainte Economie, érigé et adapté pièce par pièce par des politiques asservies à des forces qui n’ont aucune légitimité démocratique. Des forces capitalistiques dont la volonté, depuis des siècles, depuis des millénaires, a toujours été d’imposer une domination dont le modèle le plus proche qui vienne spontanément en mémoire est le féodalisme. Encore qu’en ces temps lointain le seigneur avait un devoir de protection sur ces vassaux et serfs. Aujourd’hui les parrains du cac40 s’en exonèrent en arguant que la protection des peuples reste à la charge des états. Etats dévertébrés, exsangues, abandonnés à la comédie honteuse de l’obole communicationnelle. Des états où seuls s’agitent encore quelques pseudopodes mécaniques chargés de raser du champ légal tout ce que l’Histoire a légué au présent pour le progrès et la dignité de chacune et de chacun.
La responsabilité de chaque citoyenne et de chaque citoyen est donc, dans un complexe d’urgence et d’intelligence, de récupérer le primat du politique. Avant que les derniers ravages du capitalisme qui s’est équipé de deux redoutables armes de destructions massives, le totalitarisme libéral et la mondialisation, n’impose son impérium définitif, au double risque d’un anéantissement civilisationnel et comme toujours, de la guerre, vecteur habituel de son terrorisme, hélas si répandu déjà.
Notre pays, la France, est depuis plus de mille ans un acteur de premier plan dans l’Histoire, pour le pire, malheureusement souvent, et pour le meilleur aussi.
A ce second titre devenue la proie favorite de la prédation capitaliste, peut-être d’ailleurs parce que la plus coriace, j’ai le sentiment que nous devons y rendre prioritairement sa place à la politique. Sa place et sa chance. Sa chance et son avenir.
Dans cette perspective, investir une personne de mon suffrage citoyen suppose que je place assez de confiance à la fois dans ce qu’est cette personne et dans ce qu’elle dit.
Et pour autant que je saurai le faire et l’estimer utile, participer à tout ce qui permettra à cette personne de parvenir là où de l’Etat elle se sera engagée à rétablir le peuple dans ses droits et l’économie dans ses devoirs. Sans préjudice d’autres remises en places concomitantes. Et à l’épreuve d’une nouvelle constitution pour notre pays.
Comme il y a cinq ans, suivant la démarche à laquelle obligent les lois et les institutions actuelles, je pense utile et nécessaire de soutenir Monsieur Jean-Luc Mélenchon.
Sans personnification. Sans idolâtrie. Sans aveuglement. Avec ce que je sais indispensable de cohésion. Ayant bien toujours à l’esprit qu’il n’est pas de sauveur suprême.
La politique veut des femmes et des hommes qui assurent les intérêts du peuple en usant des moyens de l’Etat. Ces femmes et ces hommes sont relativement choisis par la voie des élections. Ce fonctionnement n’est surement pas le meilleur mais faute de mieux et à défaut d’en déserter les règles au profit de pouvoirs privés, je consens régulièrement à y participer.
Je pense toutefois que la conscience collective, si son intelligence peut y connecter les aspirations individuelles, doit se prémunir dans le futur des conséquences de tout vote en cela qu’un mouvement populaire ne doit plus aujourd’hui se contenter de servir des urnes. Le mouvement du peuple doit devenir une constante. A pressentir qui cela peut gêner et déranger on ne mettra pas longtemps à comprendre que cela favorisera forcément la société et la démocratie.
De la petite souche que peut constituer ce texte j’essaierai de faire partir quelques branches.
Offertes au partage s’il s’y trouve quelques formulations assez pertinentes. Alors tant mieux !
Il va y avoir des questions essentielles de langage à poser et à résoudre. Contre les sabirs économistes aux inventions multiples et aux raisonnements hypnotiques qui murmurent de partout formant un écho permanent et qui sont parvenus à faire partie du paysage sonore quotidien sans presque qu’on s’en aperçoive.
Des questions sur l’Etat, la liberté, le travail, la paix, l’écologie, la consommation, l’information, l’éducation, etc… Et il me parait presque sûr que sans restaurer une langue appropriée nous pourrions nous heurter au dangereux confort d’être bien souvent d’accord dans un espace sans extensions suffisantes.

samedi 6 février 2016

Hashem Shaabani.


 


J’avais pensé t’écrire ce jour-là. Pensé des mots sachant pourtant que tu ne les lirais jamais. Que tu ne les lirais jamais parce que mort. Parce que toi mort, les mots des vivants deviennent de cette même poussière que ton corps devenant après qu’on l’ait dépendu de la corde qui t’a étranglé.

Et puis j’avais pensé écrire, plus simplement, parce que tu sais, pour nous autres demeurés là, encore vivants, il ne reste que ça. Ecrire. Certains peignent. Ou sculptent. Je ne sais pas faire. Ou composent de la musique. Je ne sais pas bien. D’ailleurs nous ne savons jamais bien quoi faire lorsqu’un être comme toi meurt. Particulièrement lorsqu’il meurt comme tu es mort : exécuté. Sentence mécanique ratifiée par la main sauvage et décharnée, instruite mais glacée, calme et autoritaire, d’un pouvoir gangréné, d’une puissance merdeuse de vieillards sans âmes qui prêchent à qui veut les entendre – et davantage à qui ne veut pas – qu’on ne sait quel dieu parlerait par leurs bouches sèches, du fond de l’étroit gosier de leur paroles haineuses.

Alors j’écris. Et déjà je quitte, le front bas, la potence de ton supplice. Voici deux ans déjà que tes chairs se défont de tes os par les soins domestiques de la mort qui ne t’attendait probablement pas si tôt. Tu avais trente-trois ans.

Tu étais poète. Nous savons de tous temps que ceux qui règnent se méfient de toi. Nous savons depuis toujours que plus leur règne est armé et plus ils te craignent et plus ils se sentent le devoir de te faire taire. Nous savons que plus leur règne leur parait de droit divin et plus ils s’acharnent à brûler tes écrits et à t’éliminer.

Ce n’est pas une fatalité. C’est leur fatalité. Parfois même soutenue par des peuples plus ou moins pliés. Comme la fatalité de la peste est d’infester le plus possible de femmes, d’hommes, d’enfants. A ceci près, qui fait toute la différence, c’est qu’un bacille n’a pas de conscience. Les tyrans en ont une, eux, et en font ainsi connaître la matière barbare, criminelle, véreuse, fécale d’une nauséabondance dont ils pulvérisent tout.

Au service matériel d’un état dont les multipropriétaires, quoiqu’il leur soit utile que le peuple soit hanté de croyances primitives et de foi mortifères, sont principalement soucieux de maintenir leur proie tremblante sous leurs intérêts complices, leurs appétits bien réels qu’on palpe en liasses.

Etre poète. Libre. Le plus libre de tous. Bien plus que de cette liberté que nous avons à partager lorsqu’on a la modeste chance d’être né sous des horizons propices, aux luttes encore inachevées, et que nous est échu le droit, et même le devoir, de vivre et de chanter, de rire et de danser, y compris contre ceux qui règnent.

Libre. De cette liberté insaisissable qui m’a permis de te voir ce soir au bord du lac, cheminant le nez en l’air et traversant à la fois le jour fini et la nuit venant. De cette liberté qui seule peut permettre de n’avoir pas à expliquer d’où nous est advenu ce qui nous advient, c’est-à-dire d’avoir la faculté de penser au-dessus et à travers le monde, au-dessus et à travers les êtres, la patte de la mort juste posée doucement sur l’épaule gauche, et l’amour, quelque part, aussi simplement que ton ombre diluée comme un charme dans un grand champs de blé en herbe.

Libre de cette liberté dont on doit user comme de l’air pour respirer, non seulement pour se rendre l’existence supportable, mais plus encore pour saisir les fils qui retiennent les quarks et les étoiles. Pour montrer mieux qu’aucun prophète tout ce qui se voit et tout ce qui ne se voit pas. Etant bien là pourtant. Fleur plus que fleur. Soleil plus que soleil. Corps dénudé plus que corps dénudé.

Libre penseur. Sans doute. Libre chercheur bien davantage. Désespérément éclairé d’un vivant esprit penché sur l’établi oeuvrant à un récit sans début et sans fin, dépeçant la laideur, sapant les saintetés, détournant les fusils.
Libre poète et je n’ai eu l’audace que de te suivre des yeux jusqu’à apercevoir des larmes au-dessus des tiens. Jusqu’à comprendre que tu humais en vain les parfums de la terre et du crépuscule. Que tu marchais en vain dans la terre semée. Qu’en vain pour toi se faisait entendre la petite foire enfantine des oiseaux fusant dans la fraicheur. Et comme tu me manques, toi que je ne connaissais pas.

mercredi 6 janvier 2016

Liberté


Toujours te revenir, toujours de longs couloirs,
Et n’en jamais finir d’en subir les détours,
Et l’attente élimée de parloir en parloir,
Où des bibles armées veillent à double tour.

Arrimée aux esprits d’une candeur innée,
Baignée des prophéties de vieillarde imposture,
L’or factice remplit, sur ceux des condamnés,
Tes yeux pendus de noir pour les temples futurs.

Dans un jour trop étroit pour ignorer la mort
Je penche dos au mur mon front sur les défunts
Au souvenir de toi prise parmi ces corps.

Et pressé mêmement d’une insoluble fin,  
Sur ton épaule nue, près de ton sein blêmi,
Je pose le moins digne une main qui frémit.