mardi 17 novembre 2009

Défait l'être


Un moteur, sans qu’on se soit jamais demandé comment les pièces se sont assemblées, se sont imbriquées, encastrées, réglées les une avec les autres. Une mécanique insonorisée. Les pas qui vont tout seul. Les bras et le regard ballants. Les dernières lumières de l’aquarium jaune où sont accoudés quelques sauriens engoncés qui hésiteraient, s’ils s’en donnaient encore la peine, entre le retour aux fonds marins, et un prochain interstice par où se faufiler pour gagner à la faveur de la nuit un sursit machinal.
Le trottoir, un quai repoussé des yeux jusqu’à ce qu’il ne finisse pas. Les têtes des fémurs sans effort dans les iliaques. Les rotules modestes. Suivant les cases du cadastre alignées en façades tombales. Nuque froide. D’où pendent comme un manteau superflu, sur les épaules gênées, les épaisseurs tiédies aux essences mordantes. Un peu de carburant pour les souffleries lentes et par la bouche, furtifs mirages forains, des goulées de vapeur que gobe l’air glacé. De quoi brûler un peu dans la batterie vide. Où le flux peut aller et venir sans contrainte.
Un son. Sous une voûte sourde. Les talons réguliers. Anatomie du temps sur la partition nue avec la même note rangée sur la même ligne. Le tempo qui va comme un cheval de bois déraillé du manège. Le métronome calmant au fond des yeux hypnotisés.
Il n’y a rien d’autre. Ces villes n’existent pas. On les traverse. C’est tout. Quelquefois en une heure. Quelquefois il faut plusieurs jours. Il arrive qu’on s’y égare. Qu’on préfère s’y égarer. Des saisons, oui. Ca peut durer des saisons. En fait une seule, une unique saison. Recommencée. Et recommencée. Et recommencée.
On y pénètre. Lourds. Encombrés. Pourtant déjà si on a su franchir la porte, celle du nord, celle de l’ouest, c’est qu’on sait. Et qu’on cesse. On a quelque chose à perdre. Tout peut-être. Jusqu’à ce qu’on ne sente plus que le moteur et deux ou trois bricoles qui demeurent pour dire voyez, c’est encore de l’être. Plus de beaucoup, non. Mais si vous saviez le frôler, comme un peu de douceur nous frôle parfois, il en goutterait quelques mots et si ça vous inspire, si ça vous parle, vous pourriez les garder. Vous rentrerez chez vous et vous direz que vous avez trouvez une preuve. Souvenez-vous en quand même. Il arrive que cela pâlisse comme cette chimie moderne sur certains tickets. Et sans la mémoire, vous oublierez vite que cela existe. Bien qu’il soit possible que vous n’ayez pas à vous en servir.
Et ces rues ne conservent rien. Vous entreriez si vous pouvez dans un de ces aquariums pour questionner. Et on vous regarderait de travers. Pas méchamment. Mais on vous regarderait à la manière dont on dévisage quelqu’un qu’on a dû connaître il y a bien trop longtemps. Et vous seriez obligé de comprendre que si vous n’avez rien à perdre, mais pas dans le sens où vous avez l’habitude qu’on le dise, c’est que vous n’avez rien à faire là. C’est une ville où on ne pose pas de question. D’ailleurs on y pleure pas non plus. Ou alors en cachette. On y rit. Certains soirs. Lorsque tous les autres sont couchés. On y joue du tonnerre dans les ventres sonores. On s’y vomit des gros paquets de joie rocailleuse. Pour rien. Comme tout, pour rien. On essaye d’entraîner celui qui n’y arrive pas. Celui qui part toujours le premier. Pour aller se balader dit-il. C’est un marcheur. La vieille patronne qui est quasiment morte depuis longtemps mais qui n’a pas complètement tout foutu en l’air demande si c’est un semeur ou un cueilleur. Les autres rient de plus belles. Qu’est-ce qu’elle veut qu’il cueille ou qu’il sème par ici lui lancent-ils. Alors elle essaye d’expliquer en se marrant avec eux. Elle n’en est plus à dire que ça lui rappelle ceci ou cela. Ou quelqu’un. Ca devient rare que ça leur rappelle quelque chose. Ou bien ils font des mots. Celui qui marche, ils ont fini par le surnommer « petite cylindrée » : parce qu’il consomme peu mais qu’il marche longtemps. Et puis quand la tempête est passée, ils redescendent sur leurs coudes. Doucement. Ballons dégonflés. La patronne fait sa caisse. Ils échangent encore quelques claquements de mâchoires. Ca va fermer. Il doit y en avoir un ou deux qui l’envient, secrètement, celui qui marche. Ca prend mieux la place de ce qui s’est défait.
Même s’il ne cueille rien. Ni qu’il ne sème rien non plus.
On doit pouvoir s’user moins durement.
Au début on doit penser. Et puis ça doit s’effilocher. Sans qu’on s’en aperçoive. Ca s’évapore dans la fatigue. Et la fatigue devient un soutien. Ça s’insinue dans les reins. Ca fait comme une traîne. Et ça disparaît au fur et à mesure. Sous le crâne aussi. Des ailes silencieuses qui balaient et dispersent, et aident à maintenir le regard droit devant soi pour avaler le fil sur lequel la note, patiente, équilibre le funambule.
Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien. Juste la mécanique.
Le quai qui déroule son pavé ou son bitume. De temps à autre un train furieux qui file et à une fenêtre son visage. Etait-ce le sien vraiment. A cette vitesse. Non. Pas sûr. Il repassera. On verra bien. Si c’est pour devenir sans importance. Si c’est pour n’être plus que là, le plus possiblement là. Si c’est toujours son visage c’est simplement qu’il est trop tôt. On doit attendre le prochain train. Ou autre. Dans ces villes il y a même des navires qui vous passent sous le nez avec des familles qui font des grands signes et qui doivent se croire dans un film. Il y a également des chats qui miaulent. Ca fait autant d’indifférence. On peut leur dire un mot. Presque jamais les caresser. De toute façon il ne faut pas enrayer la mécanique. Se laisser faire. Défaire. Parvenir à entendre la petite broyeuse. Par instant. Comme on aimait, la tête sur l’oreiller, autrefois, écouter son cœur résonnant dans l’oreille. La petite gommeuse vibreuse. Celle qui effacera ce visage. Celui-là ou un autre. Qui fera disparaître les images du film. La petite grignoteuse qui va manger la rouille avec les souvenirs inachevés où elle s’est déposée.
Il y a de la répétition. Ce carrefour par exemple. Il faut choisir. On ne peut pas toujours aller tout droit. Ca demande beaucoup d’usure pour ne plus choisir. Gagner la confiance du pilote automatique. Tester l’aveuglement. Eviter les rencontres bien qu’il y ait très peu de risque. On devient invisible. C’est l’étape la plus encourageante. On le repère facilement car alors on ne fait plus peur aux rats. Il vous regardent déambuler devant eux et il paraît qu’il ont des regrets de trésors gâchés. On les pendrait en affection. Mais c’est bien entendu hors de propos.
Ce n’est pas qu’il faudrait ne plus souffrir mais tant qu’à faire se contenter de souffrir de ne plus.
Mieux qu’un arbre en hivers. Mieux qu’un chien qui ne sent plus les coups. Mieux qu’un total idiot qui s’échine à vouloir naître. Et ce qu’il a salement raison malgré tout.
On ne sait pas ce que deviennent les quelques uns qui sont arrivés à leurs fins. Peut-être nous croisent-ils, impeccablement transparents. Ou se sont-ils dissous. Evanouis. Tout ce qu’ils attendent c’est qu’à son tour le corps cède. Pour le reste il n’ont plus rien. Selon les cas ils ont sans doute conservé une pointe de méchanceté ou un grammage de gentillesse. Le calendrier glisse sous la porte. Chaque jour n’est que ce seul jour. Chaque nuit n’est plus qu’une seule nuit. On imagine. Mais à quoi bon.
Il n’y a au fond qu’un danger dans ces villes. Ou plutôt il n’y aurait. Car il est difficile d’envisager que cela se soit produit. Il faudrait vraiment ne pas avoir de chance. Etre entré par inadvertance. Avoir jouer les curieux et s’être soi-même pris au jeu. Rien n’est moins un jeu.
Et ce n’est même pas pour ça que ce danger, ce serait d’y croiser un enfant.

vendredi 23 octobre 2009

Pâle heure

Du quai désert et de l’eau toute posée sur elle même, lourde, lisse et immobile. D’un pas qui balance comme un rocking-chair d’une sieste qui plane sous les vêtements. D’un fil pendant d’une voûte vide qui oscille dans l’air comme un radar sans contact. D’un éloignement retourné en lentes palmes translucides qui repoussent en ramant toutes les réalités. Les fauves et les pourpres. Les oripeaux de tous les costumes. Les surfaces des scènes. Les débarras providentiels. Les pesées indécises. Les penchants fardés. Les croix de chemins et les tapis de marbre. D’un élan arrêté qui se replie en corolle, draperie panoptique qui ré-enroule le champs de son ressort.
Du ciel entre deux lunes troubles, sans savoir si c’est quoi qui commence ou si c’est quoi qui finit, une peau diluée en frileuses vapeurs très loin confine d’un côté les apprêts de la nuit ou ses dernières cendres, de l’autre le projet d’une aube ou un luxe crépusculaire.
Ne cherche pas cette heure sur un cadran quelconque. Ni dans une mémoire même toute neuve. Ni dans un tout prochain rendez-vous. Elle ne peut être que présente. Et un présent à toi. Offert.
Une matière fluide que tu sens en suspension autour de toi, qui se resserre sans t’oppresser et t’enveloppe. Une texture douce, impalpable, dans l’espace de laquelle fondent tous les alentours, les murs, les paysages, les visages et les choses, la nature et l’inanimé. Où toi même tu sens tes limites corporelles se dissoudre. Tes sens anesthésiés. Ton cœur indifférent. Ton esprit perdant ses formes habituelles.
Comme au milieu des marées de rumeurs, tu t’éteindrais d’une fine mousse de clarté blanche. Comme au milieu des façades bleues d’où dégoulinent les connexions tu reculerais d’une fatigue insomniaque. Comme encerclé toujours par les rouleaux sans cesse ré-encrés de titres lâches ou hurlants, tu te replierais. Tu te retrancherais dans une nuée sourde, aveugle, interdite.
Brouillée l’image de tel malheur dont disparaît aussi la main de l’enfant rangé sous un atelier dans la main du clandestin traqué sur une frontière. Enfumé le film de la mort qu’on distingue, incrédule, en morceaux indécents sous le soleil crasseux de contrées ravagées. Noyées les colères courbées qui se regroupent, qui se dispersent, se regroupent encore, s’éparpillent à nouveaux, d’êtres désabusés, trompés, dépossédés, harcelés, menacés, broyés, et qui sentent la poudre et ignorent ce que dit cette odeur infernale. Figée sans un cri sous son voile ta sœur humiliée, battue, assassinée. Et le soldat à peine plus grand que son fusil. Et les chiens qu’on laisse devenir tes frères dans des ghettos.
Evanouies les clameurs des espérances au goût de sel qui rongent le monstre répugnant en s’acharnant à le détruire plus vite qu’il ne reconstitue incessamment.
Le monstre répugnant. Cet hydre répandu dont tous les gras replis on envahi toutes les terres et tous les océans. Dont tous les gras replis prolongés en serpents flasques et glacés se propagent partout où des sangsues avides et grimées d’autorité le nourrissent en suçant son huile empoisonnée. Cet immondice enflé dans les foires boursières et même maquillé, par sa cour de bouches zélées, en bonace dispenseur de bienfaits mirifiques. Cette créature obscène aux mille langues avisées qui tantôt parlent le fiel en bavant du sucre, tantôt suintent du miel en crachant des sentences. Cette hideuse idole qu’un veau d’or ferait ricaner, attifée et clinquante de miroirs venimeux dans lesquels on peut voir les reflets déformés des canons qui s’emploient à maintenir son culte. Et son clergé facile, prosterné, docile. Ces petits maîtres des beaux marchés qui n’ont dés leur naissance qu’une âme domestique.
Décalqués ruisselants sur les murs qu’écarte l’heure pâle qui te viens enlever au violent cauchemar.
Fuite élogieuse, tout y est force de se taire. De ne plus rien dire, ni en creux ni en vague. De laisser se flétrir les pierres bavardes et les minces feuillages dernièrement lancés au dessus de l’arène. Si déjà tu en es là, c’est que les retours ont cessé, provisoirement, de te servir de drame.
Si tu sais que ton petit cosmos trouble veille enfin, sans houle et sans feu, rendu à l’instance qui t’évoque bien avant d’être venu.
Si rien ne te manque alors. Qu’à peine un peu d’acide témoigne des objets assoupis du cœur, éteints dans son vase silencieux, comme des preuves sacrées.
Si tu sens le sommeil tenir tes reins qui tanguent sur ta promenade, et le tuteur d’une ancre délaisser tout ton geste.
Si tu n’es plus qu’une eau avec un peu de souffle. Et plus même le son de tes semelles sur le pavé.
Si ce que tu vois n’est plus que le papier d’un décor travaillé où s’est dissout ton rôle.
Si tu n’as plus qu’à respirer. Sans heurt. Comme en reculant un pied devant l’autre.
Goûte.
Goûte en plein dans la page qui brûle, qui se déchire, au verso du rouleaux sans arrêt déclamé, funambule sur le fil du feuillet qui commande, goûte à part des débats aux pattes innombrables, dans l’estompage des images inconsolables, dans cette pâle heure ajoutée aux clapets des autres, goûte ta gracieuse évaporation.
Goûte.
Cette amicale absence.

dimanche 18 octobre 2009

Hordelou -1

Voilà, tu sais qu’il est là maintenant. Muet, presque sans gestes, presque sans corps, avec ses yeux transparents et sa mâchoire osseuse. Avec sa peau si fine, couleur de corrosion. Tu peux entendre le son qui provient de sa nuque s’il tourne la tête. Tu peux le voir. Tu le regardes. Tu voudras le fuir et tu rentreras chez toi. Tu tireras les rideaux. Tu t’étendras sur ton lit. Tu ne voudras plus te demander s’il s’en ira à force que tu restes ainsi couché dans l’obscurité. A ne savoir quoi faire. S’il finira pas s’en aller. Ou s’il resterait, sous les pluies qui vont certainement se succéder maintenant. S’il resterait encore après le retour des affres du soleil brûlant de ses dernières semaines. A se dessécher. A tomber en poussière, à glisser sous le vent et à se dissoudre, de l’autre côté du canal, le regard vide, tant qu’il persistera, rivé à tes fenêtres. Sans jamais avoir eu la moindre intention de te retrouver, de t’ignorer comme tu l’as fait, ni de te perdre.
Tu croises depuis des années la puissante gorgone gazeuse qui lui nuira. Tu vas en rencontrer le fils exilé dans son taudis et le groupe de celles et ceux qui s’assemblent sous les tilleuls puis qui se séparent avant le soir pour regagner leur domicile. Eux le protégeront. Il faut seulement que tu laisses faire.
Tu es peut-être déjà prêt à ne pas renoncer. Peut-être déjà suffisamment débarrassé. Suffisamment désert. Suffisamment réduit à la ténuité et à l’étirement du son de l’archet sur le violoncelle qu’accompagne le ressac indifférent, qui s’est peu à peu habitué à ta mémoire nue. Ce n’est plus de la peur que tu ressens. Tu t’es faufilé en dessous et bien sûr tu ignores ce qui s’y cache. Tu n’éprouve plus le froid. Juste la froideur d’un fil sans sa gaine défensive.
Lorsque tu te rendras à nouveau dans cet autre appartement, celui de la personne qui t’aide, parfois, tu observeras de nouveau, de l’autre coté de la cour cette femme, belle, en noir, qui se déplace chez elle avec une lenteur folle et gracieuse et au sujet de laquelle on t’a raconté des histoires qui t’ont souvent fait penser à l’être de rien qui ne naît jamais mais de qui chaque expérience d’y échouer se prolonge des quelques mots de la phrase que tu n’a, toi-même, pas cessé de murmurer depuis le début.
Cette phrase que tu vis, formée dans des foisonnements qui en transformaient le cours en entrelacs inaudibles, puis que tu as, à ton insu, laissée s’étendre devant toi et te dépasser, vers l’insidieux isolement, se déchargeant de ses échafaudages, de ses cordages, puis de tes repos malades, de tes pendules promenades.
Tout est là. Et tu ne pourras plus dormir assez pour oublier qu’il est revenu. Pas oiseau, non. Ni prince. Pas lézard aux écailles mordorées. Ni sage au front d’ombre. Ni danseuse Africaine ou chanteuse Irlandaise. Ni centaure au poitrail d’airain. Pas davantage voyageur. Rien de ce que tu as pu imaginer mais rien non plus que tu n’aies su. Et véritablement espéré. Brouillon mille fois effacé. Epreuve mille fois reportée. Sonate blanche mille fois écoutée. Retour autant esquissé. Témoignage refusé.
Mais tu ne dors pas. Et finalement, si tu es rentré chez toi, tu n’as pas tiré les rideaux. De ses yeux sans vie il t’a encore plus reconnu que toi tu n’as deviné qui il est. Tu as parlé il y a quelques années d’un monde de réfugiés. Tu ne le l’abandonneras pas aux pluies, au vent, au soleil incandescent. Tu vas te souvenir du rêve qu’il faut. De l’enfant-corbeau. Plié dans une boite. Sous la tombée des feuilles. Du fleuve déployé. De tes pas dans la pente. Pour parvenir à la rive. Du petit corps presque éteint que tu serres contre toi. Et que tu as relâché dans l’eau froide et claire. Dans le courant calme et indifférent.
Tu t’allonges. Tu fixes le plafond. Tu te relèves. Tu te mets à ta fenêtre. Tu l’observes. Il ne bouge pas. Recroquevillé sur lui-même. Il se confond avec la couleur de la pierre contre laquelle il se blottit. Tu crois détacher des images.
Ce sont celles des réfugiés, oui. C’est toi. Ces images ne se détachent pas. Elles se superposent. Elles se décalquent les une sur les autres. Elles se fondent, se dissolvent, se reforment, se reconstituent, et à nouveau se flouent, se morcellent. C’est le énième peuple. Le peuple d’entre les peuples. C’est ton appartenance et ta déprise. Leurs semelles aux racines de sève qui perle sur des diagonales. Tu nies ton joug de nomade castré. Ils fuient. Ils fuient éperdument. Ils meurent. Tu perds le fil. Tu évites au mieux la vaine honte de ne pas te reconnaître. Tu ferais ton métier. Comme ceux qui photographiaient les migrants d’Ellis Island.
En toi bruit dans une progressive limpide harmonie le long message reçu tous ces derniers mois. Long message entrecoupé de tes questions restées pur oxygène pour te maintenir.
Tu vas retourner auprès de lui. Tu vas écouter ses serrures. Tu vas caresser sa porte. Tu vas finir par t’y abriter. Le plus sourd, le plus difficile soupçon que tu as sur toi se laissera cueillir comme un abîme s’élargit et offre enfin sa vraie respiration au souffle de la distance.
Le germe de l’inquiétude que tu gardes de partir, de repartir, ce germe que tu pinces mais que tu n’as pas éradiqué, pourrira naturellement.
Tu conserveras cette curiosité en revoyant quelquefois cette signature au bas du long message.
Ce sera sans interrogation : Téoxx n’a pas à avoir eu raison ou tort. Il n’a qu’à avoir été Téoxx. C’est tout.